Soyons Net - Page 8

  • Extrême (34, fin)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpg

    Après la soif et la peur, toutes les fontaines coulent librement à flots et plus rien n’est comme avant.

    Malheureusement les crétins et les salauds préfèrent le contraire. Soit par ignorance soit, selon eux, pour mieux contrôler la situation. L’ancien serait plus rassurant que le nouveau, a fait ses preuves et tous les gens ou presque ont survécus aux pires tempêtes.

    Six semaines plus tard, Napoléon alias Ekstrèm se pointe chez moi, accompagné de deux mercenaires armés jusqu’aux dents, un noir et un blanc originaires probablement de Cuba, et me dit:

    - Je conteste le vote. Il a été truqué. On a volontairement mal compté.

    - Comment ça truqué, mal compté? je lui demande tout étonné. Nous avons tous dit oui en levant le bras. Même toi!

    - Quel bras?

    - Je ne comprends pas. Nous avons tous sauté de joie. Même toi!

    - Tu te répètes, faux patriote!

    - C’est la vérité.

    - Je me suis forcé pour ne pas gâcher la fête.

    - Alors?

    - Ta complice négroïde a déclaré: le bras droit pour le oui et le gauche pour le non... et j’ai compté plus de...

    - Spot! Chantimanee a proposé exactement, et cela figure dans mes archives: que tous ceux qui sont pour la pension lèvent leur bras droit et tous ceux qui sont contre leur bras gauche... ou plutôt aillent se faire bouffer par les requins!... Et personne ne s’est baigné ce jour-là.

    - L’eau était trop froide.

    Je m’esclaffe puis je lui avoue:

    - Tu me fais vraiment penser au plus mauvais perdant des présidents américains... J’espère que tu es plus intelligent et moins orgueilleux que lui pour changer ton fusil d’épaule.

    - Va chercher tes archives, tête de nœud! m’ordonne le mercenaire blanc, crûment.

    - Excellente idée! souligne Extrême.

    Et le mercenaire noir sort aussitôt de sa poche arrière une boîte d’allumettes.

    A cet instant précis, je me trouve face à un trilemme: obéir, fuir ou me battre.

    Obéir: c’est souvent frustrant mais c’est la chose la plus facile à faire. Il n’y qu’à regarder autour se soi.

    Fuir: c’est angoissant, dangereux très difficile à atteindre un but.

    Se battre: seul, c’est la mort assurée. Pas seul, c’est la défaite ou la victoire.

    Alors, en tant que Glaronais de père en fils depuis des siècles et au nom de la démocratie nouvelle version, je siffle de toutes mes forces et par chance...

    Deux concubines en colère valent à elles seules toute une armée de Cubains!

    La femme est l’avenir de l’homme, a écrit le poète Louis Aragon.

    Ohalatva, le 21 novembre 2020.                                                                                                            

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  • Extrême (33, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpg- Et ce sont eux aussi qui balancent des déchets électroniques et surtout des piles électriques à quelques mètres de la source et du grand réservoir d’eau, là où ils ne vont jamais? je rétorque. Pourquoi faut-il que l’on mette tout sur le dos des étrangers? Sont-ils des pestiférés?

    - Bien plus que ça, affirme Napoléon. Ils sont non seulement porteurs d’un tas de maladies pareilles ou pires que ce virus couronné mais aussi de nombreuses idées tordues made in city. Pour qui te prends-tu? Pour le messie du capitalisme? Et puis ton fric, il nous servirait à quoi?

    Je souris puis je lui explique ironiquement:

    - A acheter des masques que tu imposes aux autres, avec peu de succès ma foie!... Tu critiques à fond les autorités des grandes villes et, ironie du sort, tu agis exactement comme elles. Tu as profité d’une situation inquiétante, crée principalement par les ondes et la voix opprimante de tes tam-tams chez nous et tous médias au niveau mondial, pour te mettre en avant et en créer une autre encore plus inquiétante. Celle de la terreur. J’exagère peut-être mais je n’en suis pas loin. Avant de vouloir nous rendre plus ridicules de ce que nous sommes, as-tu au moins songé à nous prendre la température?

    - Je ne suis pas toubib.

    - Ça tombe bien! Mon fric, le fric servirait entre autres à ça. Un bon médecin serait le bienvenu. Ainsi qu’un instituteur ou une institutrice pour les enfants. Non? Oui? Non?...

    - Grâce à l’internet, les gosses s’instruisent déjà par eux-mêmes.

    - En regardant des vidéos drôles ou musicales?

    - Tous les parents ne sont pas débiles.

    - Je partage enfin un de tes avis. Mais l’éducation à distance ou la télé-école n’a pas encore fait ses preuves. Nous sommes avant tout des humains et non pas des robots. Les contacts réels entre enseignants et élèves sont plus que bénéfiques. Sincèrement, je pense que ma première maîtresse d’école est le seul véritable guide spirituel que j’ai eu. Par sa féminité, sa douceur et ses leçons de choses, elle m’a ouvert les portes de mon imaginaire. Bref!... Mesdames, vous n’a envie de faire du lèche-vitrines autrement que sur votre tablette ou votre ordi?...

    - Que tous ceux qui sont pour la pension lèvent leur bras droit et tous ceux qui sont contre leur bras gauche... ou plutôt aillent se faire bouffer par les requins! propose subitement Chintamanee, craignant des propos vulgaires ou malsains de la part de son ex soupirant.

    Mais quand l’argent est là, propre ou sale, sous nos yeux ou prêt à glisser dans notre tirelire, seul l’ermite ne se laisse pas séduire par les charmes du veau d’or.

    Même le Pape, en secret après un bon gueuleton bien arrosé, vous confirmerait cela...

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  • Extrême (32, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgTrois jours plus tard, à l’heure précise, décidée et ébruitée avec conviction par mes deux messagères et complices, dont il n’est plus nécessaire d’évoquer leur nom, tous les habitants de l’île sont dans mon jardin. Debout, assis sur une chaise ou par terre, selon leur choix. Seule un quinzaine d’entre eux portent un masque de protection, imposé par Extrême vu le coriace virus chinetoque qui est en train de ronger la planète mais loin de chez nous.


    Fier de ce rassemblements inespéré et ému tel un ancien élu à la retraite qui reconnaît enfin et sincèrement que ses réussites politiques dépendaient principalement des efforts de ses collaborateurs et de ses partisans, je prends la parole en disant:

    - Mes chers amis, merci d’être tous là. Si mes deux chères calculatrices en chair et en os, ici présentes à mes côtés, ne se sont pas trompées dans leur tâche, je peux affirmer à la face du monde que cinquante-deux individus de races, d’ethnies ou d’origines diverses habitent sur cette archipel idyllique au confond de toute civilisation. Vingt-deux femmes, dix-neuf hommes, six filles et cinq garçons. Ont-elles calculé juste, ces braves dames?

    Certains se mettent à compter et à recompter et les autres se forcent à faire semblant. Puis, au bout de trois minutes, pour que ça fasse sérieux et crédible, tous les conviés crient joyeusement et quasi simultanément:

    - Oui, c’est juste, c’est juste!

    On se croirait presque à l’école enfantine.

    Et je poursuis:

    - Bon! Cinquante-deux, retenez bien ce chiffre! Comme dans toutes les démocraties, les chiffres sont très importants. Au poil près et non pas à la virgule près. Ou inversement. Conformément aux caprices des parlementaires, êtres bavards qui ont une certaine facilité tordue à se contredire. Bref! Mettons cela de côté pour l’instant... La chose la plus importante dans la vie, c’est l’amour. Et quand l’amour va à merveille tout s’approche du meilleur et s’éloigne du pire. Cependant, ce dernier reste sur place, stagne pour alimenter l'imaginaire des défaitistes et des pessimistes. Et quand l’amour est là aussi, le sens du partage prend l’ascenseur. Donc, j’ai décidé de partager tous les bénéfices de ma fortune entre vous, entre nous tous. Et ils sont colossaux.

    Des ouah! magistraux montent jusqu’au ciel.

    Je précise:

    - Tout insulaire, qu’il soit adulte ou mineur, recevra chaque mois, de ma part dans un premier temps, une certaine somme d’argent qui devra être considérée non pas comme un cadeau privé mais comme une pension étatique obligatoire attribuée dès l’enfance. En contrepartie, symboliquement ou pratiquement, tout bénéficiaire devra... d’où entre en jeu le chiffre 52, une semaine par année... prendre les fonctions de chef ou de représentant de...

    - C’est moi le chef ici et personne d’autre! intervient violemment Extrême, me coupant ainsi la parole.

    Un ouh! généralisé m’étourdit durant plusieurs secondes.

    - As-tu l’intention de contester la décision sonore de ce comité que je viens d’entendre? je demande à mon faux frère glaronais, tout embarrassé. Qui t’a conféré un tel pouvoir?

    - Les sept sages du village.

    - Sont-ils parmi nous? Ou, pareil qu’en Suisse, toujours au moulin et jamais au four...

    - Non, ils sont morts. Mais, contrairement à tes prestidigitateurs surpayés, leurs jugements et décisions méritent des prolongations.

    - A vie? Aurais-tu une âme de roi ou de dictateur, mon cher Extrême?

    - Ne m’appelle plus ainsi! Mon vrai prénom, c’est Napoléon.

    Sifflements, sourires et rires sont à la fête.

    Effondré, le pauvre bonhomme s’explique:

    - Si mon paternel a eu l’idée de me baptiser ainsi, ce n’était pas pour honorer la mémoire de Bonaparte, cet esclavagiste de Corse, mais pour emmerder tout bonnement les Anglais. Car quand je suis né, Antigua appartenait totalement à la Couronne des bouffeurs de cakes.

    Applaudissements.

    Alors, Extrême, tout radieux, pour ne grimper au cocotier et passer pour un méchant, me fait signe de poursuivre.

    Et je déclare haut et fort:

    - Faites de votre corps et de votre esprit ce que bon vous semble mais pas de votre pays, de l’endroit où vous vivez. Cette île, c’est notre avenir, notre enfant à tous et, en ce moment, il est aussi vulnérable qu’un nouveau-né qui ne peut grandir aisément que dans le calme et la propreté. C’est aussi notre jardin sacré, notre source de vie. Ils nous donne tout ce dont nous avons besoin pour subsister, sainement. Des fruits et légumes en abondance. Des bananes, des patates douces, des papayes, des manges, des goyaves...

    - Nous savons déjà tout ça! crie un jeune homme.

    - C’est faux, archi-faux! je proteste. Ce matin même en me promenant au bord de la mer, j’ai ramassé au moins cinq bouteilles en plastique qui flottaient à moitié sur l’eau et une dizaine de masques de chirurgien qui trainaient sur le sable...

    - Ce sont les touristes, accuse la même personne. Et puis quel rapport?...

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  • Extrême (31, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgUn bon matin, ma belle au bois fumant et noir charbon me dit en se réveillant, sans aucune arrière-pensée en apparence ou, plus exactement, au premier son de cloche:

    - Tu as ronflé comme un hippopotame, mon un bel étalon.

    - Pourquoi me compares-tu à ces animaux de cirque ou de foire? je lui demande d’un air vaseux.

    - Tu aurais préféré que j’emploie les termes pacha et musulman?

    - Je vois plus ou moins où tu veux en venir.

    - Vraiment?

    - Plus que ça.

    - Eh bien! C’est prometteur pour quelqu’un encore sous l’influence de Morphée.

    - Eh bien, oui... Sache, ma plus que chère, que ma situation, notre situation, me convient parfaitement. Car elle est nulle- ment hypocrite. D’après Mademoiselle ou Madame Nashidil Rouiaï, la quasi-totalité des pays musulmans, à l’exception de la Tunisie et de la Turquie, autorise la polygamie et plusieurs pays d’Afrique majoritairement chrétiens et animistes ont légalisé cette pratique. Alors pourquoi pas chez nous, pas nous? Nous ne dépendons d’aucune juridiction précise. La France, l’Espagne et le Royaume-Uni, ces ex esclavagistes, revendiquent verbalement cette île paradisiaque mais aucun de ces trois peuples de cocus n’osent faire les démarches nécessaires, bref. Alors secundo, tertio, quarto...

    - J’ai du mal à te suivre.

    - Moi aussi.

    - Tu commences à me faire peur.

    - Désolé, ce n’était pas du tout mon intention. Je pensais à mes œufs brouillés et je me suis mal exprimé... Je voulais tout simplement te faire savoir que je me sentirais mieux dans peau d’un Arabe qui a deux ou plusieurs épouses que dans celle qu’un Européen marié qui ne cesse pas d’aller à gauche. Et... et...

    - Et?

    - Ces temps-ci, je jubile comme un mahométan qui vient de fêter son double mariage.

    - Mais tu n’es marié avec personne. Li nan tout nan tèt la.

    - Traduis!

    - Tout est dans ta cafetière, à peu près...

    - C’est encore mieux!... Mais!

    - Mais quoi?

    - Prenons notre petit-déjeuner d’abord, avec des œufs bien entendu, et ensuite essayons de réunir tous les habitants de cet état à l’état latent car j’ai une révélation très importante à leur faire.

    - Et moi, je compte pour du beurre?...

     Nashidil Rouiaï.jpg

    Nashidil Rouiaï

    (pour des informations détaillés sur la polygamie, cliquez sur cette photo)

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  • Extrême (30, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgTout n’est qu’une question d’éducation, de conditionnement ou d’arrangement(s) dans la vie sociale ou pas, je me répète souvent. Ou une salade, un amalgame de ces trois éléments-là. Tant qu’il y aura des guerres, des poteaux d’exécution, des prisons, des compétitions sportives, des académies artistiques, littéraires, scientifiques et autres qui décernent douteusement prix, médailles et trophées et, métaphoriquement, des ânesses qui applaudissent des ânes, ou l’inverse, qui se prennent pour des chevaux de course, bien entendu!

    Malgré cette lourde pensée, quand je marche au bord de la mer, j’ai l’impression d’avoir dix-huit ans et, par moments, de pédaler dans le ciel. Identiquement à certains personnages du génial artiste polonais Igor Morski.

    Cela grâce à ma voisine alias Madame Cameron et à Chintamanee qui s’entendent comme deux inséparables copines d’école avant leur puberté et qui agrémentent mes soirées, mes nuits et mes longues matinées.

    C’est-à-dire, pour éviter toute suspicion, je couche tantôt avec l’une, tantôt avec l’autre et, les jours de pleine lune, avec les deux. Selon un programme et un calendrier bien établis. Établis par elles-mêmes à mon insu...

    Igor Morski : lire Extrême de Hank Vogel.jpg

    Œuvre d'Igor Morski (cliquez sur l'image)

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  • Extrême (29, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgEt voilà! Je m’y attendais et je m’y attendrai toujours.

    Il suffit que le Bon Dieu se manifeste dans toute sa bonté et nous fasse ainsi un formidable cadeau pour que sa sœur jumelle ramène sa fraise et en rajoute une couche.

    - Je vous ai vu avec elle, vous êtes injuste! m'accuse violemment Chintamanee... Pourquoi elle et pas moi? C’est à cause de la noirceur de ma peau? Vous avez peur de devoir nourrir un pitit chokola lèt jusqu'à sa majorité? C’est ça, c’est ça!

    Secoué tel un prunier en pleine bourrasque, malgré ma rassurante intuition, je déballe deux de mes plus intimes convictions, croyant être forcé de plaider ma défense:

    - Il y a deux types de bras cassés qui me donnent d’abord le torticolis ensuite la nausée, ce sont les retardataires et les soi-disant profs qui ne se prennent pas pour la queue d’une poire...

    - Vous avez fumé un joint ou quoi?

    - Et vous?

    - La moitié d’un... Es-tu satisfait, blanc bec?

    - Vous... tu me tutoies maintenant?

    - Définitivement. Et c’est irréversible... A toi de choisir: ou tu acceptes de me faire l’amour comme un dieu grec et sur le champs ou tu refuses et dès demain tu seras obligé de t’adresser à moi comme si j’étais la fille ou la petite-fille de la Reine d’Angleterre...

    - Si... non... quels mots pompeux devrais-je utiliser?

    - Votre altesse royale, la première fois. Et Madame, les fois suivantes. Oui, Madame. Non, Madame. C’est cela, Madame...

    - D’où tu détiens ces informations?

    - Grâce à l’internet, nul ne risque de trébucher sur les marches d’un palais... Alors, quel est ton choix?

    - Baisse ta culotte!

    - Toi d’abord.

    Lentement, j’enlève ma chemise et mon pantalon sous son sourire narquois et, en me débarrassant rapidement de mon slip, je la préviens d’un ton sec:

    - Sache que si dans quelques secondes tu te tires en éclatant de rire, tu ne me verras plus jamais.

    Et me voici dans de vrais beaux draps. Non froissés et non froissants! Mais jusqu’à quand?...

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  • Extrême (28, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgTout va à merveille entre ma voisine et moi.

    Quand elle a besoin de se faire soulager, elle me siffle et je cours vers elle comme un chien.

    Quand c’est moi qui a besoin de me faire soulager, je la siffle et elle court vers moi comme une chienne.

    Mais quand, miraculeusement, l'envie de nous entrelacer harmonieusement nous chatouille au même moment les neurones adéquats, nous marchons l’un vers l’autre tels deux Casques bleus prêts à mourir pour la paix et à vous d’imaginer la suite.

    Vu du ciel et pour les badauds, ma voisine c’est ma voisine et rien de plus. C’est-à-dire une honorable personne qui, pareille à la lune, alimente sa face cachée. Et c’est déjà trop.

    Par contre pour moi, elle est le contraire d’une voisine banale qui vous dévoile son pédigrée et vous réclame le vôtre avant même de franchir sans gêne le seuil de votre porte lors de la première rencontre.

    La preuve, je ne connais ni son nom de famille ni son vrai prénom. Et ni son âge, bien que féminité oblige! Et c’est mieux ainsi. Et elle, aussi, rien de tout ça me concernant. Égalité oblige!

    Sans doute, les quelques habitants de ce paradis perdu, moi y compris, ont tous été impressionnés voire conditionnés, un jour ou l’autre, par une drôle de pancarte près du port où il est inscrit:

    Hommes et femmes de bonne volonté, vous n’êtes pas des bouteilles ni des boîtes de conserve, que je sache! Alors ne collez aucune étiquette trompeuse sur votre visage avant d’avoir goûté au fruit du bonheur pour la dernière fois.

    Signé: Raoul qui se les roule.

    Un petit texte absurde pousse parfois le commun des mortels plus à réfléchir et à réagir qu’un long et sensé serment bien rédigé.

    Ce qui me conduit à me dire:

    Les meilleures leçons scolaires sont probablement les plus confuses. Ce sont celles qui obligent les élèves à penser d’avantage par eux-mêmes...

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  • Extrême (27, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgSoudain, je me revois gamin au tribunal de l’enfance de ma ville d’adoption, devant la juge, une quadragénaire prétentieuse et sèche comme une trique, qui s’est permise d’humilier mon père en le traitant de parent immature pour deux ou trois boules de neige que j’avais balancées sur le pare-brise d’un autobus à l’arrêt, avec des copains.

    - C’était pour rire, pour nous amuser, vieille saucisse protestante! je ronchonne en fixant mon assiette vide. Nous étions heureux, la neige venait à peine de tomber... Il y a longtemps, très longtemps. Causes? Causes et effets! Si lointaines et si proches!

    Et j’accuse à haute voix, tel un affamé de justice dans une cour d’assises, injustement réprimandé:

    - Tout est faux dans cette société qui nous colle encore au cul. Du plus petit au plus grand. Tous des vendus au plus offrants. La morale joue des castagnettes. Elle me fait penser à une danseuse d’opéra condamnée à s’exhiber dans un cabaret pour survivre. Hier, l’homosexualité était interdite, aujourd’hui elle est plébiscité voire fortement conseillée pour empêcher la surpopulation mondiale. Chez nous, nos semblables, bien entendu. Par certains de nos illustres abrutis. Et tous les cons suivent le mouvement, ses mouvements. Les élus, les magistrats, les avocats, les policiers, les militaires, les enseignants, les historiens, les artistes, les journalistes, les écrivains, les patrons, même les concierges que je chérie si souvent du fond de mon âme, sauf... sauf... Sauf qui au fait?

    - Toi et moi?

    - Non. Ce serait trop beau.

    - Qui finalement?

    - C’est trop tôt ou trop tard pour le savoir.

    Ma voisine se lève alors et, piquée par Dieu sait quel moustique diabolique, m’envoie dans les gencives:

    - Cesse de serpenter et de vouloir bouffer ta queue comme un serpent.

    Puis d’un air angélique et envoûtant, elle me propose:

    - Foutons-nous à poil et, la main dans la main, allons nous baigner dans les eaux émeraude. Nos sexes n’attendent que ça.

    Et ni une ni deux, nous nous déshabillons en toute hâte, nous plongeons dans la mer et nous obéissons à nos instincts libérateurs.

    Sans l’autre, la liberté n’est qu’un leurre...

    République dominicaine.jpg

    A la mémoire de toutes ces belles îles où j'ai séjourné...

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  • Extrême (26, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgElle ferme les yeux, respire profondément, puis les ouvre et me demande avec une pointe de colère:

    - En tant que mâle, peux-tu me jurer sur ta génitrice que tu n’as jamais abusé d’une femelle?

    - Je ne jure jamais mais j’en suis certain, je lui réponds spontanément, sans la moindre hésitation. Je suis aussi pur que Saint Joseph de ce côté-là...

    - Ni aucune tentative ou envie de harcèlement?

    - Ni l’une, ni l’autre. L’ onanisme est peut-être ma seule fâcheuse dérogation. Mais je drague en bonne et due forme. Que veux-tu, Dieu a fait de nous les mecs des éternels chasseurs et les prophètes de toute part cherchent à nous réduire en couilles molles. Ceux qui se permettent tout dépassent tout simplement les bornes. Et les bornes ne sont les mêmes partout.

    - Explique!

    - Il y a des endroits où les bonnes femmes adorent jouer au chat et à la souris. Soit pour mettre du beurre dans les épinards, soit pour grimper plus facilement et plus rapidement les échelons, soit pour pouvoir ensuite traiter leur matou, au singulier comme au pluriel, de tous les noms d’oiseaux, soit...

    - Stop! Tu te marches sur les bretelles, l’ami! Et tu tires à perte de vue dans tous les sens. Certes, il y a autant de salopes que de salauds dans notre société mais ce n’est pas une raison suffisante pour croire que certains milieux sont plus néfastes que d’autres... Je vois où tu voulais en venir.

    - A quoi?

    - Au milieu du cinéma porno ou à celui de la prostitution, n’est-ce pas?

    - Pas obligatoirement.

    - Alors auquel?

    - Aucune importance, crache la vipère du fond de ta gorge et on verra.

    - J’ai déjà entendu cette expression, plus ou moins...

    - Probablement, moins on est nombreux plus on se copie dans ce jardin d’Éden. Dis ce que tu as à dire!

    - Tout est une question de contrat, de conditions. Il y a ceux qui les respectent et ceux qui ne les respectent pas.

    - C’est à cause de ces derniers que tu t’es réfugiée ici?

    - Parfaitement!... Plus précisément, j’en avais assez d’entendre le mot raciste parce que je refusais de faire l’amour avec des acteurs non blonds et non européens, même semblant. C’est plus fort que moi. C’est plus épidermique que psychologique... En démocratie, on a tout de même le droit de choisir ce que bon nous semble sans devoir subir automatiquement de cruelles pressions, bordel! Chantages ou menaces! Non?

    - Certaines communautés ne s’en privent pas...

    - Et puis, excuse-moi du peu, mais mon anus et mon vagin sont à moi. A moi seule et à personne d’autre! Et je les vends ou les offre à qui je veux et à ma guise. Quand ça me prend... Heureusement plus maintenant, car j’ai pris ma retraite anticipée. Et toi?

    - Moi quoi?

    - Pourquoi tu vis sur cette île paumée? Tu fuis les flics ou tes créanciers?

    - La liste est longue... mais pour des causes bien plus graves.

    - Énumère-les, nous sommes loin de tout micro espion...

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  • Extrême (25, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgPuis, après s’être bien bidonnée, elle me dit d’un air solennel, ironiquement bien entendu:

    - Vous êtes trop mignon, preux chevalier, vous avez droit à la liberté et au plaisir du tutoiement et à toute mon amitié. Non?

    Et je lui réponds sur le même ton:

    - Vous avez parfaitement raison, noble dame, à vous donc l’honneur... Oui?

    - Oui quoi?

    - J’attends.

    - Tu attends quoi?

    - Bingo!

    - Je ne comprends pas.

    - J’attendais que tu prononces le premier tu....

    - Que je suis bête!... C’est parce que tu m’as troublée... Je croyais... non rien... ma vie d’avant ne mérites pas d’être racontée.

    Je croise mes mains et lui explique:

    - La confession est le meilleur remède psychologique. C’est une force libératrice capable de transformer un démon en ange. Et non pas le contraire, comme lors d’un discours politique enflammé. Mais! Car il y a toujours un mais ou une condition. Pour que les choses aillent dans le sens de mes prédilections, il faut que celui qui écoute, l’auditeur plus que parfait au présent, ne soit ni un prêtre dogmatique ni un psy prisonnier de son école mais un individu libre, dépourvu de tout préjugé, du moins des abominables et des impardonnables, très attentif et bon conseiller... Si tu estimes que je corresponds plus ou moins a un tel profil, je pose ma candidature.

    Elle regarde droit dans les yeux et me demande:

    - Es-tu sérieux? Et après? Pourras-tu m’apprécier comme maintenant, sans trop d’arrière-pensées? Car je sais ce que tu sais déjà sur moi. Chanti, pour défendre son camp, a certainement dû salir le mien. Tes rêves en sont la preuve. Sinon, tu ne serais pas en face de moi à tenter je ne sais quoi...

    - As-tu peur de tomber de ton piédestal?

    - Plus que ça!

    - C’est-à-dire?...

    Extrême, Hank Vogel.gif

    Mes rêves avec Chanti!

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  • La tour de Babel, c'est de la nioniote à côté!

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    La tour de verre, opaque pour le grand public, est un bordel étatisé où tout le monde couche avec tout le monde, ou presque, aux frais de la princesse, m'a dit un jour mon ancienne concierge qui écoutait aux portes pour le compte du KGB et de la CIA. En tout cas, c'est sûr, les réalisateurs baisent avec leurs monteuses, parfois même dans les box de montage. On tutoie aisément son dirlo et on complote derrière son dos, sans vergogne et à longueur de journée. Ça pédale et ça gouine dans tous les coins obscurs et isolés, aussi. A rendre jaloux les cochons et les cochonnes de nos chers parlements, égalité oblige! On n'entre pas dans ce lieu sacré qui flirte avec le ciel sans un gros coup de piston. Non! C'est certain! Grâce ou à cause de qui? Mystère et boule de gomme. La tour de Babel, c'est de la nioniote à côté, du pipi de chamelle...

    Alors l'affaire du beau parleur, qui chausse du 48 et qui s'est tiré chez les grandes gueules, ne m'étonne guère.

    D'autres histoires du même genre voire plus croustillantes méritent d'être déterrées. Dans les hôpitaux et les banques, également.

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  • Extrême (24, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgLe véritable chemin pour toucher le cœur d'un homme passe par son estomac, disent les Chinois.

    Ou plutôt les Chinoises qui savent aussi bien adoucir les chinoiseries de leurs pénibles maris que de faire du feu sans allumettes ni briquet et tricoter sans aiguilles.

    En somme, le conard, avec un ou deux n, qui épousera une nana qui sait tout faire avec ses doigts et cuisiner comme un grand chef vivra une vie de pacha. C’est-à-dire: dix fois plus amusante que celle d’un roi et cent fois plus rassurante que celle qu’un président.

    - Je n’aurais jamais imaginé manger une si bonne choucroute sous les tropiques, dis-je à ma voisine, tout rayonnant de joie.

    - Et de vraies saucisses de Strasbourg, ajoute-t-elle gaiement.

    - En effet!

    - Quand on est alsacienne par son père et milanaise par sa mère, on a forcément du nez.

    - Cela confirme pourquoi Chinta vous a surnommée Madame Cameron.

    - Quelle horrible nom!... Mais où est-elle allé chercher ça?...

    - Cameron est dérivé du mot gaélique qui signifie nez crochu.

    - Me prend-t-elle pour une sorcière, la cachottière intellectuelle? Pute, j’accepte encore mais pas ça...

    - C’est elle la sorcière pas vous... Tenez, pour preuve, il m’arrive souvent de rêver d’elle moins noire que d’habitude et masquée d’une étrange cagoule qui change de couleur toutes les secondes ou presque. Elle m’a jeté un sort à distance...

    L’ Italo-Alsacienne éclate de rire...

    Chintamanee.gif

    Chinta dans mes rêves!

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  • Extrême (23, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgQu’il soit blanc, jaune ou noir, le visage d’un homme, que je rencontre pour la première fois, me fait penser à un tableau noir mal effacé. Par contre, celui d’une femme à un livre sacré et secret qui m’incite à la prière.

    Vénus réincarnée lève les mains au ciel et murmure en italien:

    - Grazie per la tua velocità.

    - Désolé, je croyais che eri francese, je baragouine.

    - En effet, je le suis, me confirme-t-elle avec fierté... J’utilise la langue de Dante uniquement quand je m’adresse à Dieu. Et vous?

    - Je ne m’adresse jamais à lui.

    - Pourquoi?

    - Parce que ce n’est dans mes habitudes de réveiller quelqu’un qui dort pour un caca nerveux.

    Étonnée par ma réplique, voir peut-être choquée, elle me regarde de la tête aux pieds d’une manière très bizarre.

    Puis elle m’avoue avec sincérité, malgré tout:

    - De près et maintenant, vous avez meilleure allure que de loin et il y a trois semaines.

    - Comment ça? Vous venez à peine de débarquer.

    - On vous a mal informé.

    - Impossible, mes sources sont sûres.

    - C’est votre Négresse qui a monté cette salade? Vous ne savez pas qu’une femme terriblement amoureuse préfère se taire ou mentir au lieu de tout dévoiler à son futur amant...

    - Mais de qui parlez-vous?

    - De Chintamanee, mon cher!

    - Eh bien!...

    - Qui m’aide du mardi au jeudi à transformer ce capharnaüm en un habitat à peu près convenable...

    - Une invention nait souvent d’une frustration.

    - Quel rapport?...

    - Puis-je entrer pour voir?

    - Pas à présent! Quand tout sera nickel...

    - Êtes-vous au courant que la nuit, le fantôme de l’écrivain Hemingway rode au tour de votre prochain château?

    - Celui de Margaux peut-être mais celui d’Ernest, j’en doute fort.

    - Qu’est-ce qui vous a poussé à me contredire avec une telle diplomatie?...

    - Comme les messages envoyés par les tam-tams locaux ne semblent pas différer de ceux que l’on découvre sur les réseaux sociaux, permettez-moi d’ajouter ceci: oser montrer son cul en public ne signifie nullement que l’on ne possède aucune culture... Pour votre gouverne, sachez que l’auteur du Vieil homme et la mer pêchait souvent à Cuba mais jamais dans ce trou perdu où il n’y a ni bar ni magasin de cartouches.

    - Toutes mes excuses!... Je n’ai plus qu’à...

    - Qu’à me considérer comme votre égal et d’accepter de partager un petit repas à l’ombre des palmiers. D’ac, camarade?

    - D’ac, pour la paix entre naufragés.

    Quelle femme et quel homme à la fois! me dis-je. La prochaine révolution sera celle pour la véritable égalité...

    La maison d'Ernest Hemingway à Cuba.jpg

    La maison d'Ernest Hemingway à Cuba (cliquez sur la photo)

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  • Extrême (22, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgLa curiosité est un vilain défaut, dit-on. Ou dira-t-on jusqu’à quand? Si c'était vraiment le cas, Amerigo Vespucci se serait contenté de faire les cent pas dans son petit jardin adoré et je n’aurais jamais goûté aux fruits sucrés de l’Amérique.

    Alors, si l’on accepte d’obéir aveuglement à n’importe quelle sagesse populaire, mieux se cloîtrer chez soi et attendre l’arrivée d’un messie.

    A mon humble avis, il n’y a que quatre péchés à ne jamais commettre sur cette fabuleuse planète où vivent des êtres sensibles et fragiles: mentir, voler, blesser, moralement et physiquement, et tuer.

    Petit précision concernant la blessure morale:

    Quand je vous insulte personnellement, je commets l’impardonnable.

    Mais quand je blasphème, selon vous, je n’ébranle que votre délicate croyance. A vous donc de la fortifier en ignorant mes paroles!

    Madame Cameron! Est-ce sa chair fraîche ou son esprit vagabond, qui des deux m’a suscité à de telles réflexions? je me demande.

    Eh bien, pour ne pas surcharger ma cervelle de ridicules interrogations, je prends mon courage à deux mains et je me rends chez elle.

    Quelle beauté! Je suis stupéfait jusqu’aux os. Quasi foudroyé.

    - Bonjour, je suis votre voisin, je me présente d’une voix fébrile...

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  • Extrême (21, à suivre)

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    Je souris béatement.

    - C’est quoi pour une grimace? réagit-elle.

    Pour qui se pend-t-elle, cette boniche? me dis-je et je lui réponds, vexé, en haussant la voix:

    Extrême, Hank Vogel*.jpg- La récréation est terminée, le travail nous attend, parbleu!

    - Parbleu, parbleu! répète-t-elle... Tous les mêmes ces progressistes à la noix de coco, ils critiquent les patrons et ils se comportent pire qu’eux...

    - Je ne plaisante pas!

    - Vous êtes aussi versatile que Madame Cameron!

    - C’est qui encore celle-là?

    - Une ex star du porno qui vient se s’installer non loin de chez vous. Vous feriez la paire tous les deux!

    Et, comme si notre conversation n’a jamais eu lieu, elle fonce à la cuisine mettre de l’ordre et laver ma vaisselle de toute une semaine. Car elle craint sûrement l’arrivée des rats et des serpents vu le gros merdier que j’ai laissé...

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  • Extrême (20, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgAprès une pause verbale à inquiéter le plus terrifiant de ses adversaires, elle me demande sévèrement:

    - Pourquoi êtes-vous venu sur cette île paradisiaque, pour semer la zizanie parmi ses habitants ou pour enfin trouver la paix? Soit on fuit ses démons soit on s’amuse à en créer d’autres. Qui êtes-vous en réalité?

    - La réalité n’est qu’une illusion, je lui réponds sereinement, malgré ses lourdes questions. Je ne suis rien mais... oui, mais j’aimerais devenir quelqu’un à part entière... quelqu’un de bien.

    - Est-ce ce mais dû à l’éducation qui vous dérange ou vous démange?

    - Probablement.

    - Restez donc à l’ombre de vous-même et l’univers s’en portera mieux. Ou alors!...

    - Ou alors?

    - Brûlez les mauvaises herbes qui ont envahi votre petit jardin secret et plantez y de nouvelles graines. Tel un révolutionnaire prêt à tenter le tout pour le tout. Qu’avez-vous à perdre? Pour une personne toute seule, votre fortune immense ne vaut pas grand-chose dans ce coin perdu au milieu de nulle part. Elle vous permet tout juste de commander sur votre portable des objets inutiles made in China et de vous payer les services de l’unique domestik qui a accepté de venir bosser chez vous. Avez-vous pensé à ça?

    Je souris béatement.

    - C’est quoi pour une grimace? réagit-elle...

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  • Extrême (19, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpg- Quelle vraie vérité? me demande-t-elle en fonçant les sourcils.

    - Chez de nombreuses personnes, éduquées plus à se taire qu’à s’exprimer, le problème est qu’elles anticipent mentalement les évènements et souvent de travers avant même de se poser les bonnes questions et de les poser aux autres aux moments opportuns. Le noir est d’office trop noir et le blanc pas assez blanc. Une torche, une canne ou un bras! On ne peut pas avancer dignement dans l’obscurité la plus totale sans la moindre aide. La vérité n’éclate pas au visage forcément à tout instant...

    - C’est trop sophistiqué tout ça pour moi, venez au fait. Que s’est-il réellement passé entre vous et lui?

    - Pour prouver à la face du monde que je ne suis pas raciste, il m’a conseillé d’épouser une femme de couleur. Je lui ai dit que je suivrai son fabuleux conseil et il a flippé.

    - Vous êtes certain?

    - Oui, en gros.

    - C’était avant. Non?

    - Avant quoi?

    - Qu’il ne flippe selon vous!... Certains anticipent, d’autres rétrogradent et la société pédale dans la semoule. Et mes fesses alors, elles comptent pour beurre?

    - Je ne me souviens pas très bien.

    - Lui, par contre, il a une mémoire d’éléphant. Et il m’a répété mot pour mot ce que vous lui avez dit, avant d’exploser de chagrin ou de jalousie. Soit, qu’est-ce qui chatouille le plus ta curiosité: mon glaronisme en chute libre ou, au contraire, mon attirance en croissance vertigineuse pour les fesses de Chinta, si fermes et si douces?

    Je me frotte l’œil droit et je murmure:

    - Toute une histoire pour quelques mots.

    - On déclenche une guerre pour moins que ça, me dit-elle, toute chiffonnée de mon manque de sincérité, probablement...

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  • Extrême (18, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgChinta réfléchit un long moment.

    Elle stagne dans ses pensées, je rumine entre temps, tel un psychanalyste attentif et soucieux de sa patiente. Elle cherche une stratégie, un angle d’attaque, se concentre sur sa probable verbalisation, pèse le pour et le contre. Va-t-elle déclencher une tempête au risque de perdre son emploi?

    Puis elle me dit tout sagement:

    - Pour ne pas changer ses sacrées habitudes, Ekstrèm raconte des histoires à faire peur aux crédules et aux petits enfants. Comme tout extrémiste qui se respecte, aussi bien à gauche qu’à droite. Dommage pour lui! Car il n’est pas moche, le mulâtre, et de loin idiot...

    - Quel genre d’histoire?

    - Que vous sautez sur tout ce qui bouge.

    - Même sur vous?

    - Spécialement sur moi.

    - Le salaud!

    - Non, il est jaloux.

    Je me frappe le front et j’avoue:

    - Tout est de ma faute... Je le savais, je le savais! En réalité, il ne savait rien, il voulait sans doute connaître la vraie vérité.

    - Quelle vraie vérité? me demande-t-elle en fonçant les sourcils...

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  • Extrême (17, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgHier, c’était: métro, boulot, dodo.

    Aujourd’hui, c’est: plage, nage, dorlotage.

    Hier, j’étais un esclave anonyme parmi une myriade d’abrutis de la même espèce d’une société mercantile sans scrupule.

    Aujourd’hui, je suis un membre isolé du farniente et du rien-à-foutre.

    Un retour en arrière définitif, c'est le pire qui puisse m'arriver. C’est pour cela que tous les matins en me levant, j’embrasse la vie de pleines lèvres. A faire rougir le Bon Dieu. Ainsi, les heures coulent à mes pieds au lieu de ronger ma cervelle comme dans le passé.

    Les lundis, les mardis, les mercredis, les jeudis, les samedis et les dimanches passent comme une lettre à la poste.

    Pour moi, le jour du Seigneur, c’est le vendredi. Quand Chintamanee est là.

    Et quand on parle du loup on en voit la queue!

    Ma bèl sèvitè arrache nerveusement le masque blanc et bleu de son visage noir animal et me dit toute essoufflée:

    - Désolée d’être en avance... sur mon horaire... mais il fallait que je vous vois... de toute urgence.

    - Vous êtes malade? je m’inquiète.

    - Non, c’est ce filtre imposé qui me rend dans cet état.

    - Alors ne le portez plus. L’île est à l’abri de toute contagion. Personne n’entre ni ne sort de ce paradis perdu. A part le capitaine et les deux matelots de la navette qui nous approvisionne et transporte nos colis...

    - Justement! Extrême se méfie d’eux... Et... et...

    - Et?

    - Particulièrement de vous.

    - Il pense que je suis porteur de ce virus chinois parce que j’ai commandé des produits en Chine?

    - Entre autres.

    - Pourtant, dernièrement, il est venu chez moi sans la moindre protection.

    - Mais le problème principal, ce n’est pas ça.

    - C’est quoi alors?

    - C’est vous!

    - Moi?

    - Oui, vous... rien que vous. Avec vos messes basses made in je ne sais quoi...

    - Allez droit au but, au lieu de tourner autour du pot!

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  • Extrême (16, à suivre)

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    Extrême, Hank Vogel*.jpgJe le savais, je le savais!

    Chagrin, jérémiade, gémissement, lamentation, plainte... Je ne trouve pas le mot juste.

    Que voulait-il insinuer par son exclamation sans suite, ce cher Extrême? me dis-je. Sincèrement, je ne vois pas. Suis-je devenu naïf à force de ne fréquenter quasi plus personne? C’est vrai, ailleurs qu’ici, dans les grandes cités surtout, j’ai... non, j’avais la fâcheuse sensation que les autres se plaisaient à me pousser dans le cercle infernal de la méfiance afin que je ne considère que le côté sombre des êtres et des choses. Un regard de travers ou un geste maladroit de la part d’un inconnu à la mentalité différente de la mienne et voilà que toute beauté présente se transformait aussitôt en laideur... La famille, les amis, les collègues de travail, les médias avec leurs pro-ceci et les anti-cela nous influencent sans cesse et nous culpabilisent souvent à tort. Nous ne sommes jamais entièrement nous-mêmes, nous traînons toujours avec nous les rancunes et les séquelles imaginaires des autres.

    La peur, tel un monstre soutenu par ses nombreuses épouses, les craintes tous azimuts, chercherait-elle quotidiennement, systématiquement à réussir son coup? Fatal pour ceux dont l’intelligence est à fleur de peau?...

    Pitit Pitit, Hank Vogel.jpg

    Les enfants, les petits-enfants... leur avenir dépend en grande partie de leur éducation!

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