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  • Kiitos paljon, enfin un bol de liberté! (1, à suivre)

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    Kiitos paljon, enfin un bol de liberté! de Hank Vogel.jpg  Hier, mon épouse et moi, nous avons quitté Saint-Pétersbourg sur la pointe des pieds, avec deux valises à peine remplies, quelques roubles et un carte de crédit qui ne fonctionne plus sur le territoire du peuple sanctionné et muet et de la jeunesse muselée... pour nous rendre en Finlande, le pays des gens heureux et libres.

    Arrivés à la gare de Tikkurila, j'ai dit à ma femme, en plaisantant par joie:

    - Kiitos paljon (merci beaucoup en finnois), enfin un bol de liberté... Dommage que tu n'es pas finlandaise...

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  • Un amour entre les gouttes, suite (1, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes (suite) de Hank Vogel.jpgJe suis scout-routier et encore puceau malgré mes dix-huit ans. C’est normal, je  suis dans la norme.

     En apparence seulement! Aux yeux de ceux qui me regardent et m’écoutent. Et de ceux qui ont lu la première partie de cette ouvrage peut-être.

     Car j’ai omis de vous dévoiler mes plus intimes secrets.

     D’un côté, cette façade me concernant est trompeuse et de l’autre, elle reflète bien l’animal inexpérimenté que je suis. Considérant que, dès notre naissance, le sexe est en nous mais qu’il n’acquière une sérieuse compétence, sexuelle forcément, qu'en se baladant ailleurs, avec sa grande complice la bouche. C’est-à-dire, pour un homme, à l’extérieur et à l’intérieur d’un corps féminin. L’anus n'est qu'un refuge fortuit habituellement mal considéré. Bien qu’il soit très prisé chez les bisexuels et jugé primordial chez les homosexuels qui forniquent toujours avec des femmes.

     Donc, pour dissiper ce brouillard qui a tendance à persister autour de moi:

     Mon zizi a déjà pas mal voyagé. A Alexandrie, entre les doigts de ma petite copine Saïouda et à Paris, entre et au-delà des cuisses de deux prostituées, l’une algérienne et l’autre française. Mais ma bouche, elle, est encore totalement vierge. Jusqu’à aujourd’hui, aucune lèvre n’a effleuré les miennes. Et je ressens cela comme une frustration, un handicape. 

     D’où ma tronche d’enfant de cœur, probablement.

     Pour moi, le baiser c’est tout. C’est l’invitation à l’amour, au vrai amour...

    Un amour entre les gouttes (suite) de Hank Vogel*.jpg

    Invitation à l'amour, graphique de Hank Vogel

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  • Ne me volez pas ma perle (4, à suivre)

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     Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpgEntre parenthèses, une fois de plus et ce n’est pas fini, certaines personnes pourraient penser que je jongle facilement avec mes origines ou mes nationalités. D’après elles, cela pourrait être dû à ma participation à de nombreuses beuveries organisées par une société complotiste dont je serais le président, à une dépression vacillante ou en phase terminale, à un vieillissement trop précoce ou à un truc que seul Dieu serait capable de diagnostiquer sans la moindre faille. Malheureusement pour elles, il en est rien. Mais je tiens tout de même à mettre les points sur les i afin qu’aucune nébuleuse mentale ne vienne à l’avenir assombrir mon discours.

     Je suis ce que je suis et ce que je pense être ou vouloir être. C’est-à-dire, par ordre alphabétique: africain, américain, antarcticain, asiatique, européen et océanien.

     Et je suis heureux partout où la paix et la liberté règnent en maîtresses absolues. Mais très heureux que sur une île quasi déserte, loin de tout bavardage urbain...

    Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel*.jpg

    Hank Vogel alias Has sur son son île promise

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  • Ne me volez pas ma perle (3, à suivre)

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    Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpgLa démocratie, c’est quoi à vrai dire? Quand est-elle né, où, pourquoi et grâce à qui et à quoi?

     Petit rappel concernant son étymologie pour ceux qui l’auraient déjà oubliée et pour ceux l’ignorent encore, par malchance, forcément:

     Le terme de démocratie vient de démokratia, δημοκρατία en grec ancien, qui n’est autre que la fusion de deux autres termes dont le premier signifie le peuple et  le second gouverner. Et nullement le contraire, pour ceux qui auraient tendance à comprendre tout à l’envers.

     Mais ce petit blabla ne désigne qu’une parcelle, la nôtre, de cette immense champ imaginaire où peuvent émerger nos plus salubres  libertés.

     - Malheureusement, cette nôtre est souvent arrangée voire manipulée par les élus de nombreux pays occidentaux et occidentalisés! crierait ma concierge glaronaise lors d’un manifestation devant le Palais des Nations à Genève... Et vos veto en sont la preuve!

     Définition du petit Larousse:

      Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple. [La démocratie politique est née dans la Grèce antique. Pourtant, ce n’est pas avant le XVIII e siècle que fut formulée la théorie de la séparation des pouvoirs (Montesquieu) et mis en place le suffrage universel (États-Unis, 1776), qui en sont deux des fondements. Le respect des libertés publiques est au cœur même du fonctionnement de la démocratie dite aujourd'hui « libérale ».]

     A vous de juger, mes chers compatriotes et amis fidèles de la Suisse! 

     Ils sont reconnaissants nos voisins, non? 

     Bref, ce n’est de leur faute, ils ont toujours été assujettis mentalement par des rois et des présidents prétentieux qui, pourtant, adoraient jouer à cache-cache et à saute-mouton avec leurs maîtresses à travers les 365 pièces de l’Élysée. Et ce cirque perdure probablement encore.

     Bien que ce goût naturel pour une gouvernance juste et logique ait traversé l’esprit de plusieurs individus et groupes dans l’antiquité, en Inde comme en Mésopotamie, pour simplifier ma thèse, je dirais en mon âme et conscience qu’il a vu le jour en Égypte dans la tête du sieur Solon, plus grec que moi selon mon ADN, grâce à la première grève de l’histoire qui a eu lieu à Set Maât her imenty Ouaset, ou Deir al-Médîna en arabe, village situé entre le Ramesséum et la vallée des Reines, où j’ai fait une courte sieste dans le sarcophage de Nefertari, épouse de Ramsès II. C’est la pure vérité!

     Solon, n’était pas un type con. Loin de là! C’est normal, il était grec, un Grec de l’époque des grands philosophes et non pas un métèque baptisé dans une église orthodoxe... 

    ***

    A la mémoire de ces héros oubliés!

    Quand les ouvriers de pharaon se mettent en grève

    Capture d’écran 2016-04-27 à 20.01.43.png

    Pour lire le texte, cliquez sur cette triple image!

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  • Ne me volez pas ma perle (2, à suivre)

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     Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpgMesdames, Mesdemoiselles, Messieurs, bonjour!

     Officiellement, je porte le nom de Henry Anton Scheffer et je turbine comme un zinc de guerre au Bureau central des plans de la ville de La Haye.  Mais mes proches et mes amis m’appellent Has et ils s’imaginent tous qu’au boulot je passe tout mon temps à fumer la pipe, de l’Amsterdamer pour les plus explicites. Parce qu’ils ne connaissent que cette marque populaire de tabac, grâce à la pub, et ignorent totalement toutes les autres forcément, entre parenthèses. Mais le pire dans cet univers relationnel dit de bonne compagnie, c’est qu’ils me considèrent comme un grand rêveur qui prend tout à légère. Noms, adjectifs, verbes et tout le tralala, y compris.

     Sympas les copains et la famille, non?

     Erreur fondamentale d’appréciation! Hélas, digne également de la plupart des êtres humains qui parlent pour parler. Tels  que les prêtres et les politiciens corrompus qui prêchent pour une société plus honnête.

     Oui, les dires et les pensées de la gent qui constitue mon cercle familial et amical ne valent pas un clou. Car, lors d’une conversation, avant qu’un mot fort, susceptible de sonner telle la cloche d'une cathédrale dans les oreilles de mon interlocuteur, ne s’échappe de ma bouche, il a été mille fois réfléchi.

     Voici quelques mots forts: démocratie, neutralité, liberté d’expression...

     Commençons donc à nous intéresser au premier de ces termes maltraités!...

    Henry Scheffer.jpg

    Henry Scheffer en 1971, peinture mixte de Hank Vogel

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  • Ne me volez pas ma perle (1, à suivre)

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     Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpgUn gros mensonge n’est utile que s’il apporte une pierre à l’édifice du bien, consacré à humanité toute entière il y va de soi. 

     Certains historiens rougiraient en lisant cette phrase, les autres s’en moqueraient comme de l’an quarante.

     Voici donc une grosse contrevérité, bien que mêlée à de nombreuses charmantes vérités:

     Il était une fois... non, c’est ringard!

     Il y a Henry Scheffer et Henry Scheffer.  

     Le premier, né à La Haye, était un peintre français d’origine néerlandaise qui épousa une certaine Adélaïde. 

     Le second, né également en Hollande, était un archiviste purement néerlandais qui épousa une certaine Araldina.

     Le premier est répertorié dans Wikipédia, cette encyclopédie libre que chacun peut améliorer. Le second dans le coin le plus privé de ma cervelle car il fut mijn eerste stiefvader (mon premier beau-père) et un homme hors du commun.

     Ainsi, au nom de mon admiration à l’égard de ce dernier, j’ai décidé de me mettre dans la peau d’un personnage, si possible identique à la sienne, afin que sa mémoire ne reste pas totalement dans l’oubli...

    Henry Scheffer (Ne volez pas pas ma perle de Hank Vogel).jpg

    Henry Scheffer

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  • Un amour entre les gouttes (31, fin de la première partie)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgLes voyages forment la jeunesse, dit-on.

     Mais j’ajouterais: et les rencontres la réconfortent lorsqu’elle est en détresse!

     Ainsi:

      L’avant-veille de mon départ pour le royaume des pharaons avec ma nouvelle bande de copains, des explorateurs inexpérimentés certes mais nullement des bras cassés, je  rencontre  une  collégienne de mon âge, Viviane Graff, fille ainée d’un banquier pas trop gourmand, dont notre amitié s’est forgée au fil de nos trajets scolaires, qui me propose séance tenante de fêter le Premier Août chez elle. Dans le jardin de la villa de ses parents, bien entendu.

     - Tu verras, m’explique-t-elle avec joie et fierté, il y aura de la bière, du vin rouge, des saucisses de Vienne, des cervelas et la plupart de mes copines d’école seront là. Et nous danserons autour du bûcher allumé par mon cher Papa... Tu viendras? C’est demain soir. Au couché du soleil, au cas où tu l’aurais oublié.

     - Comment puis-je oublier la seule fête incontournable qui salut  la mémoire de nos trois plus vaillants Waldstätten? je lui dis. Même isolés au milieu de nulle part et face aux pires dangers, les Pères Blancs lucernois ou fribourgeois s’en souviennent en fumant un pétard à la place du feu traditionnel... Je viendrai, parole de scout!

     Et aussitôt, je m’interroge:

     Confond-t-elle facilement un ex Suisse de l’étrange dévalisé et un Zoulou à moitié à poil avec une plume dans le cul, cette bourge en herbe? Sait-elle au moins que le patriotisme n’a rien à voir avec le fait de s’accommoder avec les quatre volontés de la Mère Patrie... Bah! J’y serai tout de même.

     Et, à la veille de mon envolée, par terre et mer vu que je un routier débutant et non pas un élève pilote, je me trouve miraculeusement au seuil de mon paradis tant espéré.

     En effet, quelle surprise! Parmi les invités, j’aperçois  Denise. Ma Denise, Denise Bigarrow! 

     Mon cœur se met à battre la chamade. La durée d’un quarante-huit tours seulement, heureusement.

     Viviane me présente ses copines puis, en dernier, la fille de tous mes rêves.

     Pourquoi en dernier? Prévoit-elle ou imagine-t-elle quelque chose, la progéniture d’un cachottier du secret bancaire? je me demande sans espérer la moindre réponse.

     Un long et étrange silence s’installe entre Denise et moi. Chargé de petits sourires et de légères grimaces. 

     Aucun vocable n’ose sortir de ma bouche, je suis comme paralysé du langage. 

     Pareil pour elle, probablement. 

     Alors Viviane monte sur ses grands chevaux en nous balance:

     - Mes poissons rouges sont plus attractifs que vous. Si la pluie et le beau temps ne vous inspirent guère, dites-vous au moins ce que vous allez faire demain. 

     - Je pa... pars pour la Suède et la Fin... lande, bafouille Denise.

     - Cette aphasie n’est que très brève, elle est due à une forte émotion, commenterait sur le champ mon ancienne concierge, Madame Biderbost, dont le fils se prépare à faire des études de médecine.

     - Moi, pou... pour l’Égypte, je poursuis dans cette même voix obscure de l’inconscient humain.

     - Pour... pour combien de temps?

     - Trois... trois semaines.... Et toi?

     - Trois semaines aussi... Si tu veux...

     - Oui.

     - Rendez-vous donc dans un mois?

     - Où ça?

     - On verra!

     J’ai franchi la porte, me dis-je. Il ne me reste plus qu’à entrer.

    Fin de la première partie.

    Petite pause avant la suite! Car la réalité est moralement plus dure à rédiger que la fiction. Mais en attendant que mes vieilles batteries mentales se rechargent, voici prochainement:

    Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpg

     A la mémoire de mon ex beau-père Henry Anton Scheffer, un Hollandais silencieux qui préférait Vermeer à Rembrandt et qui, lors de la deuxième guerre mondiale, se cacha durant des mois voire davantage dans son grenier pendant que dans son salon un soldat-tailleur, également silencieux, confectionnait des costumes pour les officiers de la Wehrmacht stationnés à Apeldoorn. Heureusement, tous les Allemands n'étaient pas salauds!

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  • Un amour entre les gouttes (30, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgLe lendemain de cette journée moralement ténébreuse, sur la terrasse de cette tour de Babylone, où les malades ont trop souvent de la peine à comprendre le langage des soignants concernant la souffrance et vice versa, j’aperçois un jeune homme, déguisé comme moi, en train de scruter l’horizon d’un air très hésitant.

     Blouse blanche trop courte et tablier blanc de travers, c’est certainement un étudiant qui est là pour les mêmes intérêts que moi, me dis-je.

     Je m’approche de lui et, après les habituels salamalecs et présentations entre jeunes, du genre salut ça va, moi c’est Jules et toi mon pote?, je lui demande:

     - Tu as le vertige, Maurice?

     - Pas du tout, me répond-t-il en souriant, je m’imaginais au sommet d’une pyramide.

      - Laquelle? Khéops, Khéphren ou Mykérinos?

     - La plus grande, c’est laquelle?

     - C’est Khéops.

     - Alors c’est sur celle-ci que je saluerai Amon, le dieu du soleil et du vent, très prochainement.

     - Comment ça?

     - Non, je plaisante! Je fais partie d’un clan de routiers-scouts... et pour le mois d’août, mon équipe et moi, nous avons décidé de visiter l'Égypte. Du nord au sud, jusqu’à la première cataracte du Nil...

     - Vous êtes nombreux?

     - Six pour l’instant. Trois anciens et trois novices... 

     - C’est cher le voyage?

     - La moitié de ton salaire mensuel, s’il est identique au mien.

     - C’est tout?

     - Pourquoi, ça t’intéresse?

     Et je saute sur l’occasion pour me vanter:

     - Tu sais, je suis né à Alexandrie, j'ai appris à déchiffrer les hiéroglyphes et je parle l’arabe. Peut-être plus comme avant. Mais ma présence pourrait vous aider dans ce pays bourré de moqueurs et de voleurs.

     Maurice me toise puis il me dit, le regard digne d'un pasteur débutant:

     - C’est très intéressant... Mais as-tu au moins dix-sept ans et es-tu capable d’adhérer au scoutisme?

     - J’ai dix-huit piges et je suis prêt à tout pour voir ce j’ai raté dans mon enfance, je lui avoue avec hâte et enthousiasme.

     - O.K., j’en parlerai à mon chef de groupe et tu as auras un réponse d’ici peu.

      Pourvu qu’il ne raisonne pas comme l'arménoïde maniéré! je m’inquiète. 

     Mais comme le fantôme de Robert Baden-Powell rode toujours autour de ses funs, le contrecoup ne peut être qu’un bon coup...

    Robert_Baden-Powell_in_South_Africa,_1896_(2).jpg

     Le Lord des éclaireurs (pour plus d'info... cliquez sur la photo)

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  • Un amour entre les gouttes (29, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpg- Mais que réclames-tu exactement? s’énerve le Glaronais francisé.

     - Voir passer des gens par la fenêtre de la cuisine et entendre le bruit de la circulation. 

     - Pourquoi par la fenêtre de la cuisine et non pas par celle du salon ou des toilettes pendant que tu y es?

     - Primo: c’est là où je me trouve la plupart du temps, ogres que vous êtes tous. Secondo: au cas où tu l’aurais oublié, le calme me rappelle le silence sourd des abris avant les bombardements. Les blessures de la guerre  ne se soignent jamais...

     - Si j’ai bien compris ton cinéma, tu aimerais que l’on déménage et que l’on aille vivre ailleurs, n’est-ce pas?

     - Exactement! Au 127 de la rue Genève... l’immeuble est encore en construction. Renseigne-toi auprès de la régie!

     Un mois plus tard, je liquide mon petit laboratoire secret de la cave, j’offre ma collection de pierres à un instituteur d’un village perdu au milieu de la France, rencontré par hasard chez un ami, je fais mes  maigres bagages.... et me voici dans ma nouvelle chambre d’enfant gâté.

     Pour moi tout seul comme en Égypte, plus conforme à mes goûts et prête à accueillir Denise au cas où,  je prétends.

     En juillet, je réitère le sport de passer la panosse dans les couloirs du même hosto mais sous la tutelle d’un grand et costaud gaillard qui porte le nom peu commun de Couille- yayé, un frontalier fort sympathique qui semble prendre un plaisir fou dès qu’une jeune infirmière s’apprête à lui demander comment il s’appelle.

     Du lundi au vendredi, de l’aube à midi: 

     Après un centaine de minutes de sueurs, légères, vu que tout le monde ronfle à cette heure-ci, à part les insomniaques, et que Monsieur Villa, notre chef, ne passe jamais trop tôt vers nous, pour s’assurer que tout roule comme sur des roulettes, nous nous enfermons dans les toilettes réservées aux visiteurs et nous nous tapons une courte sieste ou un petit moment de repos. Et ce sur le conseil de mon coéquipier, bien entendu.

     A huit heures, c’est la pause, le petit déjeuner pour les cols blancs, nous courons à la cantine et nous avalons un bol de café au lait et un morceau de pain. Tout est gratuit et à volonté. Et nous retournons au turbin. Certains n’hésitent pas de se remplir les poches, et leur thermos, avant de quitter la salle.

     Un jour d’orage ou de pleine lune, grâce à mes outils de ramasseur de merdes et sous la pulsion de ma curiosité,  je constate et je  m’affirme qu’il y a trois lieux bien distincts dans cette immense galère chargée de naufragés, afin que le personnel hospitalier puisse se désaltérer et apaiser sa faim de bête humaine.

     Tout en haut, au dernier étage, près du ciel, le saint des saints strictement réservé aux professeurs, les prêtres de la santé, et aux infirmières chefs. Et au dirlo!

     Au milieu, le réfectoire destiné aux internes, les futurs docteurs dans le privé,  aux infirmières non gradées, aux laborantins, aux secrétaires, aux archivistes et aux autres gratte-papier.

     Et tout en bas, la cantine attribuée aux subalternes du corps médical. C’est-à-dire:  celles et ceux qui font la même sale besogne que moi et ceux qui transportent les malades et conduisent les morts à la morgue.

     Du coup, je me dit:

     L’assassin de Michel Servet n’a nullement changé la mentalité des genevois. Au contraire, avec sa doctrine ou triple doctrine inspirée de la trinité, il a envoûté la gent  féminine genevoise dans l’espoir qu’elle enfante des séparatistes, des esclavagistes et de futurs banquiers... J’espère que les bons samaritains ne finiront pas aussi leur dernier séjour à Sodome ou à Gomorrhe.

     Chagriné et abasourdi par mon tumulte, mon ange gardien décide enfin d’agir sérieusement...    

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  • Un amour entre les gouttes (28, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgLe temps passe comme une lettre à la poste, soviétique ou du Zimbabwe. A vous de comprendre cette allusion.

     Le cercle familiale en Suisse s’est agrandi au fil de ces dernières années.

     Mes oncles, tantes, cousins et cousines ont dit bye bye à Nasser et à sa clic de bandits pro-soviétiques et hostiles aux Européens et boivent maintenant des tisanes digestives  préparées avec l’eau du Léman et plus avec celle du Nil, bourrée d’amibes.

     Mon grand frère Frédéric, bien que décoré Officier de la reine d’Angleterre pour avoir trouvé et mis au point une méthode toute particulière pour sécher les bananes, a dit également bye bye à l’Australie et à ces Australiens qui maltraitent les Aborigènes et qui traitent tous les étrangers de bastards et s’adonne à fond à présent aux betteraves sucrières au sein des Stations fédérales de recherches agronomiques.

     Mon frère moyen Ouly arrache de justesse sa belle Elsa des griffes de son paternel, à Venise, dû à un départ précipité de ses parents, l’épouse vite fait sur le gaz et les deux tourtereaux s’installent dans un nid près de chez nous. Il a dix-neuf ans, elle un peu moins. 

     Le frangin, conscient de sa situation merdique, décide de reprendre sérieusement le chemin des études, abandonne ainsi son minable  apprentissage de dessinateur en bâtiment dans un bureau où les architectes pètent tous plus haut que leur cul voire parfois au-delà de la Cathédrale Saint-Pierre, s’inscrit à l’ETS (Écoles techniques supérieures, section architecture et génie civil) et m’entraîne avec lui dans cette aventure.

     Ma mère également consciente de sa situation merdique, mais en tant que femme et cheffe de famille à égalité avec son mari, quitte le clan des Dallasiens ou des Chicagoans, tant pis pour mes chaussettes blanches et mes chemises bleu ciel de la marque Arrow commandées aux USA par la charmante Madame Ackerman, postule à un poste de vendeuse au GP et, vu qu’elle parle le français, l’italien, l’anglais, l’ARABE, le grec et un peu l’arménien, elle est aussitôt engagée. Car c’est l’âge d’or où les princesses arabes, dotées de dix mille francs d’argent de proche par jour, font du shopping dans les rues basses de la Rome protestante.

     La vieille, fière son exploit, profite donc de réclamer à son vieux: 

     - Oggi o mai più! J’en ai marre de me lever tous les matins dans un appart situé aux confins d’une enclave morbide dont le sol est en linoléum bleu caca et dont toutes les fenêtres donnent sur un Salève qui n’arrête pas de s’effriter! Si tu apprécies toujours mes pâtes au four, rase ta légère moustache à la Hitler et lave-toi mieux les yeux.

     - Mais que réclames-tu exactement? s’énerve le Glaronais francisé...

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

    Edgar Vogel avec sa légère moustache (piqué du virus de la photo de père en fils)

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  • Un amour entre les gouttes (27, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgDu début du mois de juillet à la fin du mois d'août 1963, de l’aube à midi, je passe la panosse dans les couloirs de l’Hôpital cantonal de Genève.

     En septembre, la porte de la chimie m’étant définitivement fermée, je passe par la fenêtre du génie chimique, au tech (Écoles techniques supérieures). Hélas, la mécanique est omniprésente à presque  tous les cours et je n’aime pas trop ça. Car je ne suis pas un fun du moteur à explosion. Ni de la voiture à eau d’ailleurs, si elle existe déjà.

     Heureusement, Pâques arrive à mon secours! Je bouffe des œufs durs, cuits à la parisienne, avec Dudu et son colocataire, Georges Grivel, un assistant-réalisateur qui est train de faire ses premiers pas dans le métier avec ou chez un certain Claude Lelouche. L’assistanat semble être à la mode dans ce milieu-là. 

     Quant à mon copain, il a trouvé un poste d’assistant de production à la Gaumont (la firme à la marguerite). 

     Le lendemain de mon arrivée, journée très particulière, le bougre, par amitié, fierté ou plaisanterie, me présente à une vieille serveuse, soi-disant starlette à l’époque du muet, au réfectoire des studios de cette firme, me prête sa carte professionnelle donnant droit à l’entrée libre à tous les cinémas de cette même société, me montre un tas de scénarios, me saoule avec des termes typiquement cinématographiques, tels que traveling et plan américain, et, après un bref passage chez les putes de la rue Saint-Denis,  me propose de jouer dans son prochain premier court métrage avec Blandine Decaunes, la fille de Georges.

     D’emblée, Denise apparaît dans mon esprit. Comme souvent voire trop souvent.

     Mais cette une fois-ci, c’est plus grave,  son visage est éclairé par une géante auréole fabriquée avec des lettres D et B en or. 

     Merde! L’état amoureux est pire qu’un état dictatorial, il est en train de dégénérer mes neurones, me dis-je...

    1920px-Depuis_cinema.png

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  • Un amour entre les gouttes (26, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgA l’image des frères Allamand, dont la mère est une forcené du boulot qui a horreur du temps libre, forcément, surtout celui de ses jumeaux, durant toutes les vacances d’été ou presque, je travaille là où la chance m’y a entrainé afin de m’acheter quelque chose de conséquent ou de me payer un voyage.

     L’argent gagné par les enfants reste aux enfants.  Comme leurs idées ou leurs projets. Le patriarche n’intervient jamais ou que très rarement, en cas de force majeure. C’est une sorte de roi consort qui n’est là que le décor, quand il s’agit des choses cités plus haut bien entendu. 

     Un libre penseur ne peut pas se comporter tel un despote, tout de même!

     C’est ainsi qu’en 1960 j’ai pu acquérir un vélo tout neuf en louant mes services en tant qu’aide de magasin à la droguerie Meylan aux Eaux-vives...

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

    Les produits pour mes explosifs, je les achetais ailleurs!

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  • Un amour entre les gouttes (25, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgAvant de quitter définitivement Annemasse et de partir pour Paris afin de rendre hommage, concrètement, aux Frères Lumière chez les Frouzes de France, d’Algérie et d’ailleurs, Dudu m’invite d’aller voir l’œuvre cinématographique la plus grandiose de tous les temps: Lawrence d’Arabie. Et ce comme cadeau d’adieu.

     - O.K. mais à condition que chacun paie sa place, je lui dis. C’est le geste qui compte, non?

     - Si tu le penses! 

     Mais ma pensée est tout autre:

     Je ne fais par partie de ces Suisses qui profitent tous azimuts des travailleurs étrangers. 

     A la fin de la projection de ce film historique, où les des bédouins, les dromadaires et le désert, surtout le désert, de sable rouge, ont remué toute mon enfance et agité tout mon sang, je me sens libre et prêt à tout, même à m’envoler s’il le faut.

     A un tel point que j’ose déclarer à mon copain:

     - Thomas Edward, c’est du pipi ce chameau à côté de moi.

     - Si tu le pense!

     C’est son tic langagier de la journée.

     Mais à la sortie du cinoche, parmi la foule, je croisse Denise qui me foudroie du regard. Et je perds toutes mes ailes d’un seul coup...

    Te_lawrence.jpg

    Thomas Edward Lawrence (pour plus d'info... cliquez sur la photo)

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  • Un amour entre les gouttes (24, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgArrivé à cinquante mètres du lieu fatidique, à l’état latent, je constate que les persiennes de la villa, où Denise est sensée vivre avec ses parents, sont toutes fermées.

     Je saute de la selle de mon cheval à pédales afin de me dégourdir les fesses et voilà qu’un douanier sort d’un buisson, s’approche de moi et m’interroge:

     - Tu fais quoi par là, mon zèbre? Tu as l’intention de pénétrer quelque part par effraction?

     - Jamais de la vie, monsieur, je lui réponds tout intimidé. Je suis venu rendre visite à ma... à une copine.

     - Qui ça?

     - Denise.

     - Denise comment? Les Denise courent les rues...

     - Denise Bigarrow. Mais j’ai l’impression qu’elle... qu’ils sont déjà parties en vacances.

     - En effet, j’ai aperçu Monsieur le libéral faire le plein d’essence, ce matin. 

     - Son père?

     - Non, sa mère.

     - ...

     - Mais non, je plaisante!... Tu fréquentes aussi l’École internationale?

     - Qu’est-ce qui vous fait dire ça?

     - Ta coupe de douille, tes chaussettes blanches et tes penny loafers.

     - Mes quoi?

     - Tes mocassins avec un sou yankee.

     - Je ne savais pas qu’on les appelait ainsi.

     - Maintenant, tu le sais.

     - On apprend tous les jours quelque chose.

     - Ignores-tu aussi que tu t’habilles exactement comme le rejeton de Ramsès deux de mes deux?

     - Ramsès deux?

     -  Il habite dans le coin... et il rode souvent par ici. Il s’agit du fils, bien entendu.

     - Mais c’est qui ce pharaonphile?

     - Yul Brynner, l’acteur américain, pardi! Qui a joué dans le célèbre film Les Dix Commandements.  

     Je souris.

     - Tu sais au moins qui c’est? me demande-t-il en haussant le ton.  

     - Parfaitement, monsieur l’officier des douanes, je riposte. Il est également suisse et russe et il parle le français à la perfection. Et mon père lui a vendu un aspirateur.  

     - Et c’est tout?

     - Vendre un tel objet à quelqu’un qui n’aspire qu’à surpasser les demi-dieux de l’histoire, n’est-il pas plus qu’assez?

     - Bonne réponse!... Tu as tout de l’intello prêt à trahir le Bon Dieu pour traverser tel un courant d’air la frontière... 

     - Puis-je à mon tour vous poser quelques questions?

     - O.K.! Mais une seule seulement... parce que, malgré tes lacunes vestimentaires,  je te trouve très sympathique.

     - C’est vrai que le fils Brynner rode souvent par ici?

     Il grimace durant trois secondes puis il m’avoue:

     -  Non, il n’est pas encore mûr pour ça, l’ado. Il préfère sauter sur sa trampoline dans son grand jardin. D’après mes jumelles de chasse...

     - Dans quel but ce petit mensonge?

     - C’était pour observer la vérité de plus près.

     - Et?

     - Tu as failli verser une larme. N’est-ce pas?

     - Vous êtes excellent dans votre métier, cher Monsieur!

     Je réenfourche mon vélo et je déguerpis...

    SEBAGO-Penny-loafers.jpg

    Les Penny Loafers (pour plus d'info... cliquez sur la chaussure de votre choix)

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  • Un amour entre les gouttes (23, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpg Année scolaire 1962-1963!

     J’entre au Collège de Genève gonflé à bloc comme un seigneur, un héros, je passe à la moulinette, et non pas à la casserole, de l’arménoïde maniéré et, dix mois plus tard, je ressors totalement à plat et la queue entre les jambes comme un chien battu et abandonné.
      
     Tel Ouly (Ulrich), tel Hans!

      Le pion doit certainement confondre les Boches et les Ottomans, me dis-je le dernier jour de mon long châtiment... Les Allemands et les Turcs, pour les générations futures. Bien qu’ils ressemblent à bien des égards. Aussi dans le pire que dans le meilleur. 

     Mais!

      A force de remuer les cendres, les descendants des bourreaux sont-ils aussi condamnés à devenir des victimes? Et inversement?

     Et soudainement, j’entends et je vois, pareil à un mirage audiovisuel, ma tante Loula, née Papaphotis, la fille unique d’un pêcheur d’éponges, nous supplier, à mon frère et moi, et ce avec une grâce digne des tragédies grecques:

     - Pour l’amour de Saint-Ulysse, mes mignons petits neveux, ne dites jamais café turc mais café grec!

     Que de préjugées, que de faux jugements, que de banalités sans nom ont ruinés des vies entières!

     Merde, bon sang! Mais, heureusement, l’insouciance est la sœur jumelle de la confiance en soi à cet âge-là.

     J’enfourche alors ma bicyclette et je fonce chez Denise. 

     Non! Pas chez Denise mais près de sa maison... dans l’espoir de la rencontrer.

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

    31 janvier 1950, à Alexandrie.

    Ma tante Loula:  deuxième rangée, deuxième personne à partir de la gauche.

    L'enfant avec les oreilles décollées, c'est moi. A force de dormir sur mes deux oreilles, elles ont fini par trouver la bonne direction.

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  • Un amour entre les gouttes (22, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgLe 2 juillet 1962, après avoir pavané à la tête du traditionnel cortège des promotions, parmi les premiers de classe, drapeaux de la république frottant à tout vent, il y va de soi, tout autour de la rue d’Italie, je reçois enfin, fièrement, la récompense tant espérée des mains d’une personnalité politique, au Victoria Hall.

     A vrai dire, une grande enveloppe beige dans laquelle se trouvaient le certificat en question et l’attestation de mes notes annuelles.

     Et je rentre gaîment et soulagé à la maison. Tel un militaire qui vient d’être décoré pour actes de bravoure lors d’un terrible combat. 

     La guerre entre certains profs et certains élèves ne cessera jamais d’exister.

     Au cas où l’on souhaiterait que la donne change, commençons d’abord par bien définir le terme certain, des deux camps, avant d’entamer le moindre pourparler de paix!

     Le seuil de la porte à peine franchi, je crie à mon frère:

     - Je l’ai eu mon trophée.

     Il court vers moi et me lance d’un ton bizarre:

     - Prouve-le moi!

     Et je lui montre les preuves.

     Il les examine d’un œil très attentif puis il me déclare en tirant des grimaces:

     - Pour le maître de classe, tu es Hans. Pour  le Conseiller d’État, tu es Jean...

     - Y aurait-il de l’anti-bourbine chez les purs welches? je me suis dit...

     - Tu n’as rien remarqué d’autre, de plus désolant?

     - Non. 

     - Que ton certo n’est pas signé mais tamponné par un fonctionnaire débile attitré au tamponnage? 

     - Si. Et alors? Nous sommes trop nombreux... ou par manque de temps. Ça viendra peut-être un jour, qui sait!

     - Oui, à Pâques ou à la Trinité... Mais pour boire des verres avec leurs copains du parti, les présumés signataires ont toute l’éternité à leur disposition...

     - Pourquoi tu détestes autant ces gens-là? je demande à Ouly, apercevant de la colère voire de la haine dans son regard.

     - Et eux, nous aiment-ils par hasard, en agissant ainsi? me répond-t-il en haussant la voix.

     Et il me rend brusquement mes documents...

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    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel *.jpg

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  • Un amour entre les gouttes (21, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgJ’entre avec mon père dans un  magasin de chaussures très particulier. Près d’un port.

     Illico presta,  une vendeuse blonde, munie d’un petit tablier bleu ciel, se précipite vers nous et me demande:

     - C’est pour une paire de souliers hors du commun, n’est-ce pas mon garçon?

     - Des mocassins comme chez les Indiens, je lui réponds.

     Elle nous déroule une peau de daim teintée en noir avec de grosses taches blanches et se dépêche de nous expliquer:

     - N’ayez crainte, les parties malsaines iront tout droit à la zibala. Malheureusement, vue la situation économique actuelle, nous  seront dans l’obligation de vous facturer la pièce entière.

     - C’est-à-dire cinquante francs pour les deux godasses? je présume à haute voix, tout inquiet.

     - Mille-cinquante-huit au moins! rétorque-t-elle. C’est du sur-mesure...

     - De la pure folie! s’indigne mon paternel en me tirant par le bas... Sortons vite d’ici, fiston, avant que l’hydravion ne s’envole sans nous.

     Je me réveille en sursaut.

     Et mon frère me dit en souriant:

     - Eh bien, ma salope!...  Je t’ai secoué comme une prunier. J’ai cru que tu étais mort.

     - Désolé...

     - La prochaine fois, si tu as l’intention de gatter les cours, avertis-moi la veille.

     - Oh, merde!

     Je bondis du lit et je m’habille en toute hâte.

     Les Vieux ne sont pas là, ils sont déjà aux turbines, pour innover le terme turbin et la société, il y va de soi. Tant pis donc pour le petit déjeuner!

     Petite explication sommaire: 

     Le Vieux au GP, le Grand Passage, premier des grands magasins genevois. Pour que l’argent roule dans les caisses. Et la Vieille pour que tout roule chez les Ackermann, une famille américaine. 

     Dans le tram, à cheval entre un Freud à moitié sorcier et un Einstein plus algébriste que physicien, je sélectionne en gros et dans un ordre purement fantaisiste les éventuels mots-clés de mon rêve, soit:

      Paire, souliers, peau, noir, Indiens, cinquante francs, mille-cinquante-huit, zibala (poubelle en arabe), hydravion...

     Tout à coup, je crois entendre la voix de oncle Charly, colon jusqu’au côlon,  raconter à mon père, libre-penseur plus penseur que libre:

     - L’ Afrique d’aujourd’hui n’est plus celle que nous explorée ensemble en hydravion. Les Noirs, nouvelle cuvée,  le jour de leur paie, ils courent tous chez le marchand de chaussures pour s’acheter la plus belle paire de souliers. Quitte à se ruiner.

     Et je conclus:

     Cinquante, c’est deux fois vingt-cinq et vingt-cinq, c’est le salaire journalier de Papa en 1958... Et Denise où se trouve-t-elle dans tout ça?  Mes yeux, visent-ils déjà ailleurs? Quelle angoisse! 

     Et je conclus à nouveau, une soixantaine d’années plus tard:

     Notre cervelle s’invente toujours des histoires tordues pour échapper à la peur qui nous poursuit sans cesse... 

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

    Au premier rang:  mon oncle Charles à gauche, mon père à droite

    Un amour entre les gouttes (2 juin 1949).jpg

    Mon Père au Congo Belge, le 2 juin 1949

    (Quand il est rentré de sa traversée africaine, Alexandrie - le cap de Bonne-Espérance, je me suis caché sous la table. Je n'avais pas encore 4 ans, je n'en souviens encore!)

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  • Un amour entre les gouttes (20, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpg- Il y a des jours face et des jours pile, me répète souvent non tonton préféré, Georges Siriani, un Syrien syriaque qui a fui sa ville natale d’Alep à cause des Ottomans, en jouant avec son porte-bonheur en argent pur, une pièce de cinq piastres égyptiennes... Face: le roi te sourit. Pile: c’est la tuile.  

     Pardon, me répétait... avant que nous quittions définitivement la ville de Cléopâtre et  notre légendaire cimetière romain que  nous imagions enfui sous notre maison, mon frère et moi. Certifié pourtant existant a posteriori suite à la découverte hasardeuse d’une amphore funéraire en mille morceaux sous le planché du salon. D’où les nombreux visiteurs de l’au-delà que j’ai cru apercevoir.

     Donc: c’est une jour face.

     En effet, le soir de ce sept sur six symbolique, lors du requinquage familiale, mon père nous annonce avec fierté ou soulagement:

     - Mon heure de gloire est arrivée. Je suis désormais chef de rayon. A partir du mois prochain, à vrai dire.

     Ma chère Maman saute au plafond.

     - Et sans passer par le stade d’assistant, je fais remarquer au chef de famille, davantage fier de mon exploit que de sa promotion.

     - Tu avais raison, fiston, me dit-il, le regard bizarre, prêt à s’envoler ou à tomber dans les pommes.

     - Tu es souffrant, Papa?

     - Non, je pense à la fois à ta prédiction et à Dürrenäsch.

     - Qu’est-ce Dürrenäsch vient foutre ici? 

     - A sa première lettre de contrat de travail qu’il a reçue dans ce bled perdu, m’explique Ouly, froid comme le marbre.  

     - De vingt-cinq francs par jour, précise ma mère, la larme à l’œil. 

     - C’est vrai ça? je demande au paternel, tout perplexe... C’était convenable ou indécent?

     - Que veux-tu, ce sont les aléas de la vie, me répond-t-il d’un air rassurant. Mais comme tu as pu le constater, par toi-même, nous avons survécu aux pires tempêtes. En traversant une Méditerranée en colère avec un vieux rafiot grec et en subissant des humiliations dues à la pauvreté, parfois. Sans pleurer ni nous lamenter. Honorablement. Et nous sommes toujours heureux et en bonne santé... Et, j’ajouterais à notre boxe-office, en déclinant toute aide amical et ecclésiastique. Surtout celle du pasteur de la commune...

     - Pourquoi Papounet? Tu as donné, distribué tant de bakchichs, durant des décennies, c’était l’occasion d’en recevoir quelques-uns.

     - Il y a bakchichs et bakchichs, mon garçon.

     - Comment ça?

     - Il y a deux types de bakchichs: ceux que l’on donne et que l’on oublie et ceux que l’on donne et dont on espère recevoir  quelque chose en retour... Je n’avais nullement envie de me sentir obligé d’aller tous les dimanches à l’église, vous comprenez? Et puis, je ne suis pas baptisé, votre grand- père était un libre-penseur...  

     - Alors pourquoi le sommes-nous, Ouly et  moi?

     - Votre chère mère se fera un plaisir de  vous éclairer sur ce sujet

     La vieille baisse les yeux et grogne:

     - Trois hommes trop sobres à table, c’est pire de se trouver sur un échafaud en compagnie de trois bourreaux. 

     Et comme l’exception confirme la règle, au moment du dessert, une tête-de-nègre, Ouly déclare tout froidement:

     - A partir de l’instant présent, je ne suis plus un collégien mais un futur apprenti  en quête d’un emploi. Tant pis pour l’École d’architecture, je ferai un apprentissage de dessinateur en bâtiment, dès la rentrée. Le Corbusier n’a pas dû passer par les hautes écoles pour prouver qu’il avait du talent...  Mieux ça avant que je commette un meurtre. L’arménoïde maniéré me tape sur le système, il n’arrête pas de me mettre des bâtons dans les roues...

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.jpg

    La fameuse première lettre...

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  • Un amour entre les gouttes (19, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgMiracle au Collège Moderne de Genève!

     Non, il ne s’agit pas d’un évènement spectaculaire tel que la Résurrection de Lazare mais d’une simple affaire de remplacement de prof qui pourrait sauver certains de mes camarades et moi-même du dégoût des études.

     Entre nous soit dit, à quoi bon ressusciter un mort, pour qu’il retourne à ses durs labeurs et meurt quelques années plus tard? La vie au paradis, n’est-elle pas plus paisible, merveilleuse que sur terre?

     Que de contradictions dans les livres sacrés!  

     Les évangélistes Marc, Mathieu, Luc et Jean ont fait fort et remonter bien des bretelles avec leurs écrits, soit,  mais on aurait dû les classer parmi les écrivains de science-fiction et non pas parmi les braves et les saints. La face du monde serait sûrement autre aujourd’hui.

     J’ai le profond sentiment que Jésus n’a jamais accompli de miracles. 

     D’après mon imagination: ce n’était pas un prestidigitateur semi-divin ou divin mais un commun des mortels très clairvoyant, désintéressé de toute éloge et de toute prière, qui a semé de brillantes et utiles paroles pour un amour  meilleur entre les humains, au nez et à la barbe des pharisiens et des Romains.  Et les apôtres l’ont trahi en surévaluant ses capacités intellectuelles et sensorielles. Malgré eux, sans doute. Par admiration aveugle, probablement.

     Bref, soyons cools et verbalement moins serpentueux!

     A deux mois de la fin de l’année scolaire, le pion de français, absent pour trois semaines pour une cause bien secrète, est remplacé par Jean Muller, un enseignant  suisse né en Finlande, de mère finlandaise  et arrivé tout fraîchement du pays du Père Noël. 

     - Enfin peut-être un cadeau du ciel! je m’exclame dans le grand des silences.

     Le sieur en question, novice chez les pedzouilles du DIP (département de l’instruction publique), nous dévoile son attachement au finnois qu’il considère cousin germain du hongrois, nous récite quelques phrases dans sa langue maternelle, nous raconte quelques petites histoires drôles puis, d’un ton différent des autres lascars de l’enseignement public, il nous propose:

     - Jeunes gens, à vous maintenant de me révéler qui vous êtes et ce que vous avez dans vos tripes. Prenez donc vos stylos ou vos crayons de couleur et rédigez-moi... rédigez, rédigez ce que bon vous semble. Tous les chemins de la liberté sont à vos pieds, tachez seulement de ne pas trop les salir avec vos souliers crottés. 

     Et mon ange gardien, qui se balade souvent dans les sphères de la contradiction, me chuchote à l’oreille:

     - Sors de ces sentiers battus, choisie une voie inexplorée et envole-toi.

     Après une brève hésitation, j’opte pour celle de la poésie et je mets aussitôt à composer un poème d’amour en pensant, évidemment, à Denise.

     La semaine suite, Maître Muller arrive tout souriant en classe, ouvre son cartable et commence à nous rendre nos travaux, par ordre croissant des notes. Sans se presser. C’est-à-dire: tranquillement, calmement, sereinement, flegmatiquement...  

     C’est vrai, il n’y a pas le feu au lac dans ce pays et chaque élève a droit à un commentaire ou  mérite quelques minutes de gloire, pour paraphraser Andy Warhol, même les absents.

     C’est le suspens! Quasi de angoisse à la Hitchcock.

     Passons outre! Car j’ai horreur de ça.

     Au bout d’une demi-heure de verbalisations extraordinaires, le remplaçant, serrant fortement la dernière rédac du bout de ses doigts, la mienne forcément, se lâche d’un air jubilatoire:

     - Sept sur six! Sensible et courageuse composition... C’est qui Vogel?

     - C’est moi, Monsieur! je hurle presque  en me levant d’un bond.

     - Assis! m’ordonne-il gentiment.

     Je me rassieds.

     Il me dévisage puis il m’avoue:

     - J’ai failli pleurer en vous lisant... Bravo! Continuez comme ça et, qui sait, un jour vous deviendrez poète ou romancier... Si seulement je pouvais garder votre feuille...

     - C’est pour le poème et ou l’écriture? je lui demande, sûr de moi.

     - Comment l’avez-vous deviné? 

     - J’ai l’habitude... Il paraît que ma calligraphie est très séduisante mais également très proche du miroir aux alouettes. C’est héréditaire.

     Il sourit.

     - Si seulement, réitère-il son souhait.

     - C’est avec un grand plaisir que je vous l’offre, je conclus...

    Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.png

    L'écriture de mon père (Edgar Vogel)

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  • Un amour entre les gouttes (18, à suivre)

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     Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgJeudi? Jour de repos, de toutes les escarmouches et escapades et de toutes les confessions.

     J’espère qu’il n’est pas sur la liste des disparitions à venir au profit des rêveurs du samedi libre, je m’inquiète. Car j’adore trop ça.

     Donc!

     A la sortie du cinéma, après la projection du fameux film avec le chétif Charles et le costaud Lino, proposé par Hubert, je dis à ce cinéaste en herbe:

     - Désormais, je t’appelle Dudu.

     - En quel honneur? s’étonne-t-il, telle une autruche qui s’apprête à enfuir sa gueule dans le sable. 

     A-t-il fait le rapprochement entre le minus Aznavour qui surnomme ainsi le big Ventura et nous deux dans le sens inverse? je m’interroge... Cela a-t-il blessé son ego?

      Mais je passe outre et lui explique sans faute note:

     - Non,  en souvenir de cette œuvre cinématographique qui m’a plongé dans le passé. Dommage, elle aurait due être en couleur.

     - Ça se voit que tu t’es fait  très peu de toiles jusqu’à présent et que tu n’a aucune expérience dans le domaine du septième art... ni dans celui du désert d’ailleurs, me balance-t-il dans les gencives.

     Vengeance ou pas? 

     - Tu te trompes doublement, camarade Dudu, je riposte. Primo! Concernant le désert: j’ai passé presque tous les étés de mon enfance à rôtir au soleil sur les plages désertes non loin de la frontière libyenne. Et figure-toi que j’ai même serré la main au maréchal Montgomery, à El-Alamein! Lors d’une célébration, plusieurs années après la guerre bien entendu. Dans l’univers des dunes, des sables mouvants et des mirages, si hostile aux yeux des bourges, j’ai aussi rencontré de nombreux bédouins heureux et cueilli des centaines de coquelicots. Deuzio! Concernant le dernier des artichaut: je l’ai dépétalé ou effeuillé, telle une belle marguerite, avec mon frère Ouly. Et ce plusieurs fois par semaine, à l’Odéon et à la Gaîté, deux salles de cinéma proches de chez nous, à Alexandrie. O.K.! Les films étaient censurés, amputés de leurs scènes pseudo-érotiques mais point de limite d’âge. Que veux-tu, les Arabes détestent voir un couple hétéros en train de s’embrasser, ils préfèrent admirer deux hommes en train se dandiner en se tenant par la main. Bizarre, non? Tertio! En rabiot. Si j’ai accepté ton invitation, c’est aussi parce que, pour venir jusqu’ici, j’ai dû passer devant la villa de la fille que j’aime. Une équation du second degré m’excite davantage qu’un équation du premier degré, même si cela me cause des désavantages. Capiche?

     Et Dubu reste baba...

        

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