Soyons Net - Page 16

  • Un salaud de bonne moralité (16, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgMa mère m’a terriblement surpris, me dis-je, une fois dans le bus en direction du centre-ville. C’est vrai, j’ai pu enfin avoir une discussion sérieuse avec elle. Mais c’était comme si... j’ai eu parfois l’impression de parler avec quelqu’un d’autre, une femme beaucoup plus jeune qu’elle ou plutôt avec un jeune homme blessé qui s’est échappé d’une mystérieuse prison... Pourquoi mes parents ne m’ont jamais parlé de leur vie amoureuse, de leur rencontre ou de leurs premiers baisers? Pourquoi ont-ils laissé le soin aux autres, à l’école et à mes copains plus âgés et avertis, pour parfaire intellectuellement mon éducation sexuelle? Tabou, secret défense, moralité oblige, des poids écrasants sur leurs épaules!... Bien que vous soyez le chef de famille, Monsieur Joseph Murchadha, il vous est formellement interdit d’offrir à votre fils sa première capote! C’est gravé au carbone 14 dans vos gènes. Une cigarette passe encore, un préservatif jamais. Paradoxe des paradoxes! Tout est si arbitraire dans notre triste société. Règles et lois. Toutes arrangées et promulguées par une minorité qui dirige et écrase toujours la majorité. Comme tu as dû souffrir et tu souffres encore, mon cher Papa, dans ce monde sauvage et injuste! Qui a fait de toi un soumis, un parfait mollusque. Le souvenir de ta faiblesse sera ma force. Je l’espère!...

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  • Un salaud de bonne moralité (15, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Allô, bonjour...

    - Salut, c’est Yvette. On peut se voir pour l’appart?

    - Pas de problème!

    - J’ai aussi une proposition très intéressante à te faire.

    - Rendez-vous dans deux heures comme d’hab. Ça marche?

    - Parfait!

    Il n’y a pas mieux qu’un coup de fil vite fait sur le gaz, dirait Lolita, la concierge de mes vieux. C’est direct et moins coûteux.

    C’est son avis et, philosophiquement parlant uniquement, si je puis m’exprimer ainsi, je le partage entièrement.

    En effet, je ne supporte pas les longues et interminables conversations au téléphone. Pas de visage en face. Pas de mimiques, de signaux révélateurs, que des mots. Des mots, des mots et encore des mots. Quel gargarisme verbal! D’un côté comme de l’autre...

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  • Un salaud de bonne moralité (14, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgL’admiratrice sans équivoque de la Nazaréenne croise lentement ses mains puis, avec un calme quasi divin, elle me déclare:

    - Tous les régimes actuels ne sont que des dictatures. Au nom du bien universel ou de la démocratie, on nous manipule sans cesse dans tous les sens... et on nous force même, sous peine d’amende ou d’emprisonnement, à apprécier ou à supporter les êtres et les choses qui nous répugnent le plus au monde. Pourquoi devrais-je aimer absolument une fofolle qui pue le foutre de son mec à longueur d’année?... C’est épidermique chez moi. Génétique! Quand je vois, à la télé, deux hommes en train de s’embrasser, j’ai aussitôt envie de vomir. Faut-il que j’aille me faire soigner pour cela?

    - ...

    - Et pire! Qu’à toi seulement. Les orthodoxes me dégoûtent à un tel point que j’ai parfois l’envie...

    Le téléphone sonne. Avortant ainsi son secret.

    - Vas-y! m’ordonne-t-elle gentiment...

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  • Un salaud de bonne moralité (13, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête et lui dit:

    - D’après ton raisonnement, Jésus est devenu le Christ grâce à Marie.

    - Bingo! s’exclame-t-elle... Tu as tout compris. L’ange Gabriel, c’est l’amant idéal que toute jeune-fille souhaite rencontrer à l’aube de ses envies de grossesse afin d’engendrer sa première créature parfaite. C’est dans l’inconscient féminin. Dans notre sang à nous, les femmes!... La pucelle de Judée n’a fait que de concrétiser ses pensées en...

    - En couchant avec un Romain aux yeux bleus.

    - Ça, c’est une autre histoire.

    - Comme celle du second tombeau de ton cher sauveur! Les histoires enrichissent les historiens et appauvrissent les paroisses...

    - Spot fiston! Nous nous égarons, revenons à notre sujet!

    - Plutôt à nos tendres lascars.

    - Qui ça?

    - Le pasteur et sa prêtresse ou le curé et sa pastoresse... J’ai deux questions à te poser.

    - Pose-les toujours!

    - La première: qu’est-ce qui te dégoûte chez les pédés? La seconde: avec ton incroyable pouvoir, capable de déplacer des montagnes, qu’est-ce qu’il t’a pris de faire appel à ces deux babouins?...

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  • Un salaud de bonne moralité (12, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Sur moi? Comment?

    - Oui, Agostino Murchadha, sur toi. Tous mes espoirs! Quand tu étais tout petit et doux comme un ours en peluche, je te suppliais souvent de devenir quelqu’un de bien. Un esprit à l’écoute de l’autre. Une âme pleine de compassion. Dans sa fraîche et pure innocence, le bébé enregistre tout et certaines paroles, sous forme de sons, restent gravées à jamais dans sa mémoire. L’éducation commence là.

    Je souris.

    - Tu as beau sourire, mon fils, mais sache que tes réussites scolaires et universitaires sont les fruits de ma volonté, me confie-t-elle. Oui, la mienne. Le pouvoir de la pensée fait des miracles.

    - Mais...

    - Non, je ne t’ai pas violé psychologique. Contrairement aux suppositions malsaines des vieilles vipères, j’ai agi, telle la publicité le fait en toute impunité quotidiennement à la radio, à la télévision et via les autres médias. Mais en mieux, uniquement dans ton propre intérêt. Oui, c’est vrai, je t’ai supplié souvent quand tu étais dans mes bras ou dans ton berceau. Mais plus tard aussi, quand tu dormais comme chevalier épuisé. C’était des prières, des cris silencieux chargés de recommandations et d’encouragements. Pour tes années à avenir... Ton cher Papa rêvait que tu deviennes chirurgien, médecin ou psychiatre, des vocations fort honorables sans aucun doute. Mais moi, je voulais absolument que tu deviennes architecte, un métier moins absorbant, plus libérateur... Lui, il rêvait. Moi, je voulais absolument. Entre le souhait pas assez certain d’un père et le désir profond d’une mère, le Ciel a tranché en ma faveur...

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  • Un salaud de bonne moralité (11, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Enfin, exprime-toi clairement, Maman! je gueule.

    Elle secoue la tête, tel un enfant grondé à tort, et me dit:

    - Je sais, je me comporte parfois comme une extraterrestre. Que veux-tu, je suis née à une mauvaise époque! A une époque où les filles n’avaient pas le droit de porter des pantalons à l’école... J’ai subi tellement d’injustices dans ma jeunesse, par rapport à mes frères, le choix imposé de mes études par exemple... que j’ai fini par me refermer sur moi-même. On a fait de moi une sorte d’esclave non confinée, à l’air libre, sans chaîne mais muselée intellectuellement. «Sois belle et tais-toi!» Ou plus explicitement: «On te regarde, je veux bien, mais c’est moi que l’on doit entendre!» C’était la devise inconsciente des mâles inconscients en ces temps médiocres, si tu permets cette expression. La rencontre avec ton père fut un grand moment de joie, de délivrance, de liberté... Mais bien vite la famille et la belle-famille me firent comprendre que je faisais faute route. Traditions par-ci, coutumes par-là! Habitudes par-là, bonnes manières par-ci! A longueur d’année. Alors je me suis enfermée à nouveau dans ma cage de femelle ou ma cellule de femme condamné à la fermer. Heureusement, tu es venu au monde et j’ai tout misé sur toi.

    - Sur moi? Comment?

    - Oui, Agostino Murchadha, sur toi. Tous mes espoirs! Quand tu étais tout petit et doux comme un ours en peluche, je te suppliais souvent de devenir quelqu’un de bien. Un esprit à l’écoute de l’autre. Une âme pleine de compassion. Dans sa fraîche et pure innocence, le bébé enregistre tout et certaines paroles, sous forme de sons, restent gravées à jamais dans sa mémoire. L’éducation commence là...

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  • Joyeuses Pâques!

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    Joyeuses Pâques, Hank Vogel.pngBien que je ne pratique aucune religion, j'adore étrangement les fêtes de Pâques. Et là où j'habite actuellement, à Pouchkine, je suis religieusement bien servi. Mon épouse et moi, nous les fêtons toutes. C'est-à-dire: celles des orthodoxes et celles de ma tendre et belle enfance.

    En épluchant un œuf rouge, vert, jaune ou bleu, mon esprit se me met souvent à vagabonder, à voyager...

    Je me souviens ainsi d'Alexandrie avec ses nombreux temples, églises et mosquées. De la générosité de mes parents. Du gros lapin en chocolat, forcément. Des sourires et éclats de rire de mes petits copains et copines suisses, irlandais, italiens, grecques, arméniens et arabes. Tout allait si bien, à merveille. L'avenir nous attendait les bras grand ouverts.

    Je me souviens aussi de Guelenjik, ville du Caucase qui m'a tant inspiré, avec ses habitants et ses prêtres fort sympathiques.

    Je me souviens de tout cela, et d'autres choses encore, et mes yeux se mettent à briller.

    Je regarde le Ciel et je chuchote en cachette:

    - Merci!... Joyeuses Pâques à tous!

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  • Un salaud de bonne moralité (10, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Tu ne les aimes pas?

    Pas de réponse verbale mais une grimace.

    Le visage d’une mère est une belle encyclopédie, un bréviaire ouvert, chargé de petits signes miraculeux. Des signes qui mettent en garde, rassurent et expliquent.

    Tout y est dans ce livre sacré qui s’ouvre à la naissance du premier enfant. L’amour, la peur, la douleur, l’espoir, la mort, la vie!

    Malheureusement, à force de l’avoir trop regardé, consulté, fouillé dans ma petite enfance, mon regard pourtant si admiratif mais terriblement vagabond et follement attiré par l’ailleurs s’est finalement détourné de lui.

    Alors ce bouquin unique, par tristesse, s’est refermé sans protester. Fermé pour l’éternité. Probablement, certainement.

    Va-t-il s’ouvrir à nouveau, exceptionnellement pour mes beaux yeux? je me demande. Non, la parole a sans doute détruit définitivement ce langage si divin.

    - Enfin, exprime-toi clairement, Maman! je gueule...

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  • Un salaud de bonne moralité (9, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg

    - Sors-la immédiatement et allume! crie-t-il de toutes ses forces. J’obéis et que vois-je à ma plus grande stupéfaction? Une photographie géante de moi déguisé en nonne.

    ***

    Au petit-déjeuner, encore à moitié endormi, ma mère me demande, en me beurrant une tartine:

    - Sais-tu que tu parles dans ton sommeil?

    - On me l’a déjà reproché, je lui réponds.

    - Qui ça? Pétra?

    - Pas possible!

    - Elle est au moins jolie?

    - Plus que ça!

    - Jolie mais pas polie.

    - Pourquoi tu dis ça?

    - Parce qu’elle a téléphoné sans se présenter et n’a pas voulu laisser son numéro de téléphone.

    Morphée disparaît pour de bon.

    - Quand ça? je m’inquiète.

    - Ce matin très tôt pendant que tu dormais comme un loir... mais je n’ai pas osé te réveiller, m’avoue ma chère protectrice.

    - Tu aurais dû! C’était certainement Yvette, elle est si timide, la pauvre...

    - Encore une?

    - Mais non Maman! Pétra est inscrite sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO et Yvette à mon ancienne école.

    - Je ne comprends rien à tes salades...

    - C’est une étudiante franco-suisse très douée qui souhaite reprendre ma chambre en ville... Zut! Je ne sais pas ce qu’il m’a pris de lui filer vos cordonnées...

    - Tu penses revenir définitivement à la maison? Jusqu’au mariage, bien entendu...

    - Certainement... Pour mieux vous surveiller... Au fait, il est où Papa?

    - Mais au travail! Comme tous les autres jours... Nous surveiller pour quelle raison?

    - Je trouve que vous avez beaucoup changés depuis un certain temps.

    - Tu dis ça à cause de hier soir?

    - Justement, je vous dois des excuses...

    - C’est plutôt le contraire.

    - Comment ça?

    Ma mère hésite un instant puis, d’un air désolé voire coupable voire les deux à la fois, elle m’explique à voix basse:

    - Ton père et moi, nous avons joué la comédie face ces deux messieurs. Je sais, même un libre penseur dirait que ce n’est pas très catholique ce que nous avons fait. Mais nécessaire pour ton avenir. Afin que tu obtiennes rapidement un bon poste et un passeport. Ça n’a pas fonctionné cette fois-ci. De qui la faute? Aucune importance. Tant pis! Ce n’est pas grave. Bref! En réalité, nous sommes moins religieux et pratiquants que nous le prétendons...

    - Et la tresse du dimanche alors? je grogne.

    - Chut! me dit-elle très doucement en levant son index. On nous espionne là-haut. Assis confortablement sur leur nuage rose.

    Je jette un coup d’œil vers la fenêtre ouverte.

    - Pas au ciel mais à l’étage supérieur, précise-t-elle. Pas de micro-fouineur mais de grandes oreilles. Ils habitent ensemble nos chers visiteurs de hier soir.

    - Non?

    - Oui! Et vivent comme deux agapornis canus.

    - Deux quoi?

    - Des inséparables à tête grise. Ce sont des oiseaux qui, selon la légende, quand l’un meurt l’autre se laisse mourir.

    - Mais ils porteraient aussi malheur comme dans le film Alfred Hitchcock.

    - J’espère pour eux-mêmes.

    - Tu ne les aimes pas?...

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  • Un salaud de bonne moralité (8, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgA peine trois ou quatre pas en avant, le ciel devient tout jaune et une monstre tempête se lève.

    Illico presto, je me réveille et je me frotte les yeux.

    - Saleté de sable, je râle.

    Je regarde ma montre, il est six heures du matin.

    - Quel con! je murmure en pensant à je ne sais qui ou à je ne sais quoi et je me rendors.

    C’est le noir total.

    - A qui parles-tu? me demande Legov.

    - A personne, je lui réponds, tout désorienté. Et avec toi?

    - Ton téléphone portable, pardi!...

    - Mais où sommes-nous?

    - Dans le trou du cul d’un nègre.

    - Eh bien!

    - Eh bien quoi?

    - Tu n’as pas peur que l’on te traite un jour de raciste?

    - Au fond d’une grotte ou plutôt au saint des saints d’un temple?

    - Quel temple?

    - Mais celui de Pétra, bordel!

    - Nous sommes à Pétra?

    - Non, dans les caves de l’Élysée, bébête!

    - Pourquoi tu es si nerveux?

    - Et toi si égaré?...

    - Tu n’as pas répondu à ma question?

    - Vraiment?

    - Pas vraiment.

    - Répète-là!

    - Tu n’as pas peur que l’on te traite un jour de raciste?

    - C’est déjà fait.

    - Par qui?

    - Par tous ceux qui ne m’aiment pas.

    - Et?

    - Et quoi?

    - Ça te touche?

    - Ça m’énerve. Uniquement quand on n’arrête pas de me les briser.

    - Sois plus explicite!

    - Soit! Imagine: tu as toujours défendu les minorités et voilà qu’un soir lors d’un conférence de presse un branleur de ces gens-là t’accuse du contraire et insiste... Ça te ferait quoi à toi?

    - Je n’en sais rien... Du moins, j’essayerais de le comprendre.

    - Tu es un parfait salaud mais de bonne moralité. Bref! Par hasard... tu n’aurais pas des allumettes ou un briquet?

    - Je ne fume pas.

    - Je m’en doutais. Moralité oblige!...

    - Mais j’ai une petite torche électrique dans ma poche.

    - C’est seulement maintenant que tu me le dis?

    - C’est que...

    - Sors-la immédiatement et allume! crie-t-il de toutes ses forces.

    J’obéis et que vois-je à ma plus stupéfaction?...

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  • Reflets

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    Reflets, Hank Vogel.jpgLe berger ne caresse et ne met en avant que ses tendres et propres moutons.

    Il y va de même avec les hommes politiques et les autres petits chefs.

    ***

    La vie est faite plus de douleurs que de satisfactions.

    Quand tout va pour le mieux! Bébés, on nous espère et on nous adore. Enfants, on nous supporte et on nous réprimande. Adultes, on nous utilise et on nous exploite. Vieux, on nous abandonne et on nous oublie.

    Finalement, un collier de perles n’a-t-il pas forcément plus de chance et de valeur que nous, pauvres humains?

    Peinture (acrylique) du maître Koli que je côtoie et admire.

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  • Un salaud de bonne moralité (7, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgMerde alors! Suis-je sur ou dans la lune? je m’interroge. Non, en plein désert. C’est plus plausible.

    J’... arpente, avance, me balade, chemine, circule, clopine, crapahute, me dirige, déambule, erre, flâne, tourne en rond, traîne, trimarde, trotte, trottine, vagabonde, voyage.

    Bizarre! Tant de verbes dans ma tête pour me persuader... de quoi au fait? Et par ordre alphabétique par dessus le marché! Est-ce à cause de mes études scientifiques ou semi-scientifiques? M’a-t-on mathématisé à ce point-là?

    Stop!

    Tout à coup, je me trouve nez à nez avec mon écrivain préféré, Legov.

    - Qu’est-ce que tu fous-là? je lui demande, tout surpris.

    - Et toi alors? me répond-t-il d’un air pressé.

    - Tu vas où? J’ai l'impression que tu as le feu au cul.

    - C’est fort possible.

    - Cela est dû à quoi?

    - A tes cachotteries.

    - Quelles cachotteries?...

    - Pourquoi tes zinzins ignorent mon existence?

    - Mais de quoi et de qui parles-tu?

    - Veux-tu que je te fasse un dessin... une perspective ou un plan? Tu adores ça, non?

    - Non merci, j’en ai assez bavé. Et puis chaque chose en son temps!... Où sommes-nous exactement?

    - Sur la route de Damas, je crois.

    - Damas Damais! La ville... qui n’est plus qu’une ruine?

    - Elle t’intéresse?

    - Je ne suis pas archéologue.

    - Je sais. Mais en tant qu’architecte?

    - Sûrement. Car j’ai hâte de porter secours aux sans-logis.

    - Dommage! Je pensais le contraire.

    - Comment ça?

    - Je sens l’odeur de Pétra. Tu ne sens rien?

    - Quoi par exemple?

    - L’antiquité.

    - Pétra n’est pas une femme?

    - Non, un transsexuel ou un transgenre.

    - C’est vrai?

    - Mais non, maçon diplômé! C’est un site archéologique... anciennement la capitale des Nabatéens, un peuple qui a mystérieusement disparu. Sans doute à cause de ces abrutis de Romains...

    - C’est comment?

    - Marchons et tu découvriras la splendeur des splendeurs...

    Pétra.jpg

    Pétra (Cliquez sur l'image!)

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  • Un salaud de bonne moralité (6, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgQu’ont-ils ces mousquetaires à vouloir m’enfermer dans un moule et en l’honneur de quel roi digne de confiance, il n’est pas encore né? me dis-je le soir, couché dans mon lit douillet. Douillet, grâce à Dieu! Ou plutôt à mes vieux! Je dois le reconnaître... Dès ma naissance, on a essayé de transformer ma petite cervelle de révolté, onto ou phylogénétique selon les heures, en une sorte d’éponge à vaisselle, douce et parfaitement absorbante. Hélas pour les notables et tant mieux pour moi, personne n’a réussi un tel exploit! Parents, oncles, tantes, maîtresses, belles et moches, professeurs, employeurs occasionnels, voire même des camarades d’université, surtout parmi les politisés et les plus bourges, ils m’ont tous saoulé avec leurs idées souvent contradictoires et leurs conseils à la mords-moi le nœud. Pour qui se prennent-ils, ces singes nourris aux cacahouètes sucrées? Pour des êtres sublimes sortis tout droit et debout de la cuisse de Jupiter? Certains, les chiants, prônent la liberté aux aurores et la tue au crépuscule en créant des règles ou des lois la concernant. Et les autres, les chiards applaudissent et les constipés se taisent et encaissent. Il y va de même avec l’amour du prochain, l’égalité des sexes et le respect envers l’animal. Quelle société de faux-culs et de pommés!

    Et je m’endors...

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  • Un salaud de bonne moralité (5, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Blasphème! s’écrie l’abbé du quartier.

    - Il insulte, il critique par désespoir, temporise le réformateur. Peut-on revenir à ces mais avant qu’ils ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé?... Qui cherches-tu à protéger, mon garçon? Ou... ou...

    - Ou?

    - A dévoiler de si horrible... Mon collègue apostolique et moi, nous n’avons rien à nous reprocher. Strictement rien à cacher... Malgré nos toutes petites différences philosophiques, nous luttons souvent la main dans la main pour les mêmes bonnes causes. Si nous sommes ici, aujourd’hui, c’est tout simplement pour t’aider à mieux te... à mieux gérer tes affaires. Tu as deux bons chemins devant toi, s’il te plaît, ne choisis pas un troisième qui risque de te mener nulle part voire droit dans le mur. Pour l’amour du Ciel! Et... et...

    - Et?

    - Et par la suite, poursuit le catho, tu auras droit à un beau passeport et un bon travail.

    - En somme, dis-je caustiquement, le sourire aux lèvres, les marchands du temple persistent et signent.

    Outrés, les deux hommes du Bon Dieu se lèvent d’un bond et prennent la fuite.

    Ma mère éclate en sanglots.

    Mon père me foudroie du regard et me crache au visage:

    - Tu gâches toujours tout, tu es le diable en personne...

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  • Un salaud de bonne moralité (4, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJ’inspire et expire profondément. Puis, après dix secondes de concentration, je déclare:

    - Avant que les mais ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse... Il y a fort longtemps, lors d’une remise officielle d’un prix littéraire à laquelle j’étais convié, dans un lieu typiquement bourgeois, bourré d’illustres professeurs d’université, d’académiciens, de dignitaires tous azimuts et d’autres personnalités imbues d’elles-mêmes, mon écrivain préféré, et l’amant de ma meilleure amie, me chuchota à l’oreille: pour ne rien te cacher camarade, je suis devenu intelligent non pas en lisant... mais en écrivant. Ce petit silence entre lire et écrire voulait sûrement insinuer: les conneries de ces grands connards. Puis il m’expliqua aisément: car quand j’utilise ma plume, je médite, je plonge, je vais ou j’essaie d’aller au fond des choses. Par contre quand je lis, je reste en surface, je stagne, je fais la planche ou je nage, je nageote... souvent comme une vieille grenouille pressée de s’accrocher à une branche égarée et pourrie... Et depuis cette soirée-là, chaque fois que je doute de moi ou que je me sens perdu, ces ou ses paroles me viennent rapidement à l’esprit. Je remercie vivement cet homme. Fin de la parenthèse!...

    - Lui qui? s’inquiète ma chère maman. Quel genre d’écrivain est-ce?

    - De gauche, d’extrême droite ou anarchiste? rajoute mon cher papa, tout terrifié... Et notre Seigneur Jésus-Christ, tu ne le remercies pas? Il s’est laissé crucifier pour nous, pour nous sauver...

    - Du calme, mes très chers parents! Vos convictions ne sont pas les miennes et me pousser comme un condamné à mort vers le poteau d’exécution, tel que vous le faites, ne me fera pas changer d’avis. Certes, enfant, j’adorais aller à l’école du dimanche. Écouter les belles histoires sur Esther, Marie Madeleine, Marie, Joseph et l’autre Jojo jeté dans un puits sec ou boueux. Je m’en souviens plus très bien. C’était passionnant. Très passionnant. Mais après, adolescent, tout le reste ne valait que dalle. Les serments, les chants et les prières, c’est du pipeau. Du pipi de chameau!

    - Blasphème! s’écrie l’abbé du quartier.

    - Il insulte, il critique par désespoir, temporise le réformateur. Peut-on revenir à ces mais avant qu’ils ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé?...

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  • Coronavirus: nouvelles de Pouchkine (Saint-Pétersbourg) 2

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    Toutes les frontières sont fermées. Terre, ciel et mer! Pardon mers, la Russie est immense. C'est le plus grand pays du monde. Une semaine de vacances supplémentaire pour tous. A la maison évidemment et payée, j'espère pour les camarades travailleurs.

    Voici une vidéo.

    Le haut-parleur dit en gros:

    - Restez chez vous, nettoyez votre maison et faites de la gymnastique.

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  • Un salaud de bonne moralité (3, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Et les homos, pédés et gouines, ont-ils enfin le droit de se marier sous vos lumineuses chapelles? je m’adresse aux deux ministres de Dieu.

    Choqué, soit par mes mots indignes soit par ma question, le pasteur me répond:

    - Pourquoi faut-il que de nos jours le sexe soit mêlé à toutes les conversations? Le mariage est institution sociale et sacrée qui ne méritent pas la moindre critique, ni le moindre doute d’ailleurs. L’homme et la femme...

    - Ont-ils enfin le droit de se marier sous vos lumineuses chapelles? je répète agressivement. Oui ou non?

    - Pourquoi insistes-tu autant et avec une telle violence, Agostino? intervient aussitôt mon père tout inquiet. Serais-tu... aurais-tu...

    - Non Papa, je n’ai pas du tout changé de camp et je ne suis pas de la jaquette, je le rassure. J’aime trop les putes et les femelles en chaleur pour basculer dans cet univers-là. Mais... mais...

    - Mais? bêlent simultanément les soi-disant amis de la famille...

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  • Un salaud de bonne moralité (2, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe m’appelle Agostino Murchadha. Je ne possède aucune nationalité, je suis apatride. Mais d’après mon ADN, je serais:

    51,9 % ouest et nord-européen. 25,7 % grec et italien du sud. 9,4 % italien. 8,9 % breton, irlandais, écossais et gallois. Et 4,1 % asiatique de l’Ouest.

    Il semblerait que ma grand-mère maternelle soit née à Ur. Ville où naquit jadis un certain Abraham qui a failli égorger sa progéniture.

    Ah, ces sacrés bédouins! Toujours prêts à dégainer et pointer leur poignard au moindre geste de leur Chef. Même quand ce dernier plaisante ou déconne.

    C’est sans doute pour cela que j’adore les friandises orientales et les écharpes écossaises et que j’ai toujours un canif suisse dans la poche droite de mon pantalon. La gauche, elle, est strictement réservée à mon mouchoir.

    J’ai vingt-quatre ans et je viens de terminer mes études d’architecture.

    Malgré mon aversion envers leurs croyances, mes géniteurs n’ont jamais fait obstacle à mes choix universitaires ni artistiques. Tout au contraire. La maternel m’a toujours soutenu moralement. Et le paternel financièrement, y compris quand il était au chômage et fauché comme les blés.

    Après la pompeuse cérémonie des remises des diplômes où j’ai préféré me rendre non accompagné, je rentre allégrement au bercail, mon trophée d’architecte patenté sous le bras.

    - Bravo fiston, je suis fier de toi! s’exclame mon père, à peine la porte d’entrée ouverte.

    Ma mère me saute au cou et m’embrasse tendrement.

    - Passons au salon, nos amis veulent également te féliciter, me dit le vieil homme.

    - Quels amis? je lui demande. Vous n’avez point d’amis.

    - Mais si, mais si... Et il me tire par le bras.

    Quel cauchemar!

    Je me trouve face à mes pires ennemis: les prêtres attitrés de mes croulants.

    Bonjour, bonjour et tout le tralala. Courtoisie oblige!

    Nous asseyons tous. Soit en toussant soit en reniflant. Par nervosité, certainement.

    Quel spectacle! A la fois comique et surréaliste.

    Ça sent pourtant le complot, me dis-je.

    L’évangéliste, dans la quarantaine, chauve et sec comme un clou, se lance le première:

    - D’après nos archives paroissiales, vous vous êtes farouchement opposé à faire votre confirmation mais il n’est jamais trop tard de remédier à cela en professant tardivement votre foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. En public ou en privé. Le dimanche de Pentecôte ou n’importe quand. Le monde a énormément changé. Notre Église aussi.

    - La nôtre également voire davantage, poursuit le papiste, d’un âge incertain et grassouillet. Et oui, nos réformes sont en voie de surpasser celles de la Réforme. Notre évêque de Rome a si grandement ouvert tant de portes closes qu’il ne sera plus jamais possible de les refermer. Se basant sur le niveau actuel de l’évolution de l’égalité entre femmes et hommes, il a proposé que les couvents soient mixtes.

    - C’est une plaisanterie, mon père? lui demande ma mère, toute scandalisée.

    - Non, ma fille, c’est la pure vérité...

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  • Un salaud de bonne moralité (1, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgMa mère est catholique, mon père protestant et moi... un apostat! Pour mes parents seulement, pour l’instant.

    Aux yeux de nos voisins, je dois toujours rester le fils parfait. Ou pour le moins en donner l’impression. C’est-à-dire: intelligent, poli et obéissant à l’extrême.

    Tout simplement, parce qu’un soir à table j’ai osé dire à mes vieux fanatiques malgré eux, les pauvres:

    - La bible est un roman fleuve d’amour et de guerre mais nullement un livre sacré.

    Depuis ce jour-là, tous les dimanches, ils m’interdisent de toucher à la tresse, pain dominical béni la veille tantôt par le pasteur tantôt par le curé du coin.

    Aucune importance et tant mieux pour moi car je souffre d'intolérance au gluten. Mais eux n’en savent rien. Ils se préoccupent davantage des problèmes de leurs paroisses que des miens.

    Que c’est triste de vivre ainsi! La chair de leurs chairs est souvent abandonnée au profit de deux chaires où s’exhibent des inconnus...

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  • Coronavirus: nouvelles de Pouchkine (Saint-Pétersbourg)

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    Plus exactement: Inkeri, un quartier tranquille aux allures finlandaises.

    Depuis ma fenêtre: pas un avion, pas un taxi, pas un chat... ou presque. L'air est pur, voire parfait, et je peux enfin respirer à pleins poumons depuis mon balcon.

    Au-delà de notre pâté de maisons, clôturé et protégé jour et nuit par un gardien, tous les magasins, à part ceux d'alimentation, les pharmacies et les banques, sont fermés.

    Les Russes parlent peu mais savent s'organiser. Lentement mais sûrement. J'espère!

    Et, contrairement à bien des peuples, ils sont très courageux et sincèrement bénévoles.

    Pouchkine - Inkeri.png

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