Soyons Net - Page 13

  • J'ai aimé et tué ma soeur (3, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Quel bon vent vous amène, monsieur Vogel? me demande le commissaire.

    - Vous renversez les rôles, monsieur de la peau lisse, je lui réponds avec le sourire au bout des lèvres. C’est vous qui m’avez convoqué et non pas le contraire. Bien que ce contraire est totalement irréalisable voire inexistant dans le monde dans lequel nous espérons évoluer...

    - Rentrez-vous au pays la valise vide ou chargée de revendications?

    - Vous me faites vraiment penser à un personnage d’un tableau de Hugo van der Goes.

    - Au serpent de La chute de l’homme, peut-être?

    - Eh bien! Pour une surprise, c’est une surprise... Mais... mais...

    - Mais?

    - Avant d’occuper ce poste fort confortable, vous étiez soit archiviste à la brigade de la lutte contre le trafic des biens culturels, soit gardien dans un musée tel que le Louvre à Paris ou l’Ermitage à Saint-Pète... soit... soit...

    - Ou encore?

    - Étudiant en historie de l’art à l’université de Fribourg où vous êtes tombé amoureux d’une belle cantinière, fille de flic et non pas fille à papa, qui vous a conseillé et finalement convaincu de marcher sur les traces de son paternel au lieu de courir derrière les filles à poil des peintres flamands...

    - Qui vous a parlé de moi?

    - Personne.

    - Je ne vous crois pas.

    - Alors la CIA, le FSB et le Mossad vu vos origines.

    - Je ne vous crois toujours pas.

    - Vous avez tort.

    - Vous êtes une personne bien inquiétante, bref! Puisque vous semblez tout deviner, savez-vous pourquoi je vous ai demandé de venir?

    - Par courrier officiel! Un coup de fil aurait largement suffit...

    - Le savez-vous?

    - A cause du portrait de sœur jumelle sur internet?...

    Anke Vogel.jpg

    Anke Vogel

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  • Un salaud de bonne moralité (23, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgAprès ses oui, ses non et ses encore agaçants, qui ne servent pour ainsi dire strictement à rien, car quand la flamme est là le feu brûle à merveille pas besoin donc de chercher à le raviver, mes piètres gestes de séducteur amateur et la maigre récompense finale, je demande à Ivy allias Yvette:

    - Ça était? Pas un peu douloureux pour la première fois?

    - Je n’ai rien senti, me répond-t-elle avec fierté.

    - Rien du tout?

    - Un petit chatouillement peut-être. Tout au plus.

    - Es-tu certaine?

    - Pourquoi mentirais-je?

    - En principe... en principe...

    - Je me suis peut-être dévirginisée un jour en me lavant.

    - Ou ton hymen n’a jamais existé...

    - Combien de filles as-tu déflorées jusqu’à maintenant?

    - Je n’en sais rien. Je ne suis ni Madame Gynéco ni Sœur Confesse.

    - Comment ça?

    - Les bonnes femmes sont en principe très muettes avec les mecs sur ce sujet...

    - En principe, en principe! Tu n’as que ce mot à la bouche. Tu me fais vraiment penser à la lune. Oui, à la lune, l’astre qui ment. Eh oui!

    - Explique!

    - Lorsqu’ elle forme un C, on croit qu’elle croît mais elle décroît... Tu es pareil à elle...

    - Et toi, tu me fais songer à sa face cachée.

    - Explique aussi!

    - Combien de passeports possèdes-tu?

    - Je ne vois pas où tu veux en venir.

    - Quatre, trois, deux, un seul ou aucun comme moi?...

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  • Un salaud de bonne moralité (22 à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête, c’est sans doute mon tic actuel, et je lui réponds:

    - On a sûrement dû te raconter beaucoup de salades sur moi et tu y as cru les doigts dans le nez. Je ne suis pas celui que tu t’imagines. Mon âme frise plus l’énigme que l’anecdote. Mais si tu souhaites que je te dépucelle afin que tu puisses te sentir plus légère, je suis celui qu’il te faut. Est-ce cela cette proposition qui gémit au fond de ta belle et mince gorge et qui a terriblement peur de franchir le seuil de tes pulpeuses lèvres?

    Elle me fustige du regard puis elle m’ordonne presque:

    - Baise-moi sur le champ! Au lieu de frimer tel un ménestrel.

    - Iii... ci? je bafouille.

    - Ici ou ailleurs, où tu veux, mais aujourd’hui.

    Celui qui joue avec le feu risque fort de se brûler le premier, me dis-je.

    Et ni une, ni deux, nous courons à mon... non, à son nouvel appart forcément...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (2, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Montrez-moi la direction et je trouverai le bon chemin, demanda le fils prodige à ses parents.

    Et son père lui conseilla:

    - Prends celui-ci, c’est le moins escarpé.

    L’enfant fit une petite grimace puis il dit à sa mère:

    - Ton mari a choisi pour nous. Mais je ne fais plus partie de vous. Ton silence était plus proche de la vérité que son courageux conseil.

    Choisir! Choisir pour les autres! A la place des autres. Voilà l’incommensurable erreur!

    Choisir, trier, sélectionner, retenir, adopter, aimer mieux, préférer, désigner, distinguer, jeter son dévolu sur, coopter, mandater, plébisciter, se prononcer pour, élire...

    Ainsi fonctionne le cerveau de notre société en général. C’est-à-dire: vous et moi sous l’emprise de notre éducation. Cette éducation maladive et maladroite imbue de pouvoir.

    Tout le monde veut choisir à la place de l’autre, ou presque. Soit: les professeurs trop sûrs d’eux-mêmes. Les politiciens trop attachés à leurs convictions. La flicaille. La presse partisane. Les religieux dépravés. Et tous les autres pékins qui se comportent comme des fascistes, bon gré mal gré...

     

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  • On naît ange, on meurt démon (10, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly retrouve le tea-room de tout à l’heure, s’arrête devant, hésite quelques secondes puis entre. Le décor lui semble différent. Inexplicablement différent. Il s’installe. Près de la sortie. Pour faciliter toute éventuelle fuite. On ne sait jamais!

    La serveuse, l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise s’approche de lui. Subitement, son cœur se met à battre très fort.

    Pourquoi maintenant et non pas la première fois? se demande-t-il.

    La jeune femme sourit puis elle lui dit:

    - Je vous connais, vous savez. Vous êtes parti comme une flèche. En abandonnant tout. Baba au rhum et thé de Chine. Sans rien toucher. Mais la maison ne vous en pas pour autant. Bien qu’elle a horreur du gaspillage. Et c’est combattre ce fléau qu’elle vous a gardé votre baba. Uniquement le baba. Le thé réchauffé, on n’aime pas ça ici. Qu’en pensez-vous?

    - Je trouve que c’est sympathique de votre part, répond l’ex prisonnier. Surtout que j’adore le baba au rhum.

    - Je vous l’apporte alors?

    - C’est une excellente idée...

    - Et avec ça? Un thé de Chine?

    - Un jus de fruit pour changer.

    - Abricot, pêche, poire ou mangue?

    - Mangue.

    - OK!

    Et elle se retire.

    Charly est tout agité. Intérieurement agité. Extérieurement, ça ne se voit pas, tout parait normal.

    Elle s’est souvenu de moi, se dit-il. C’est bon signe. J’ai peut-être une chance. Mais que dire, que faire?

    La serveuse réapparaît. Encore plus troublante. Encore plus désirable. Elle est toute joyeuse, toute décontractée. Elle dépose le tout sur la table puis elle lance:

    - Vous n’avez pas l’air d’ici. Vous êtes diplomate? Journaliste?

    Charly se sent flatté. Surévalué. C’est prometteur. Très prometteur. Alors il décide de mentir. Non, d’inventer. Et il avance:

    - Je suis un homme d’affaires. J’achète, je vends, je revends des maisons, des tableaux, des œuvres d’art...

    - Vous n’en avez pas l’air.

    - C’est pourtant la vérité. Vous ne me croyez pas?

    - Si. Mais vous me faites penser plus à quelqu’un qui se ronge l’esprit qu’à quelqu’un qui calcule ou qui marchande.

    - En effet, je sais pas calculer ni marchander, c’est ma secrétaire qui se charge de ça à ma place.

    - Comment c’est possible?

    - C’est très possible mais c’est long à expliquer. Si vous le désirez, je pourrai tout vous dévoiler un de ces prochains jours. Ailleurs mais pas ici.

    - Je vois, dit-elle avec un sourire au bout des lèvres et s’éloigne pour aller servir un autre client.

    Charly est satisfait, il a lancé le premier hameçon. Mais il lui reste le plus dur à faire: être convaincant. Être convaincant comme un marchand de tableau ou de tapis. Et il le sait. Et il sait aussi qu’il est incapable de convaincre qui que ce soit pour quoi que ce soit. C’est sa grande faiblesse. Faiblesse qui l’a conduit déjà en prison. Cette satisfaction ne dure donc que quelques minutes, le temps d’une maigre vanité...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (1, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout crime s’explique! Est élucidé! C’est ce que l’on prétend officiellement dans certains voire la plupart des pays démocratiques et dits transparents. Mais la réalité est toute autre, partout.

    A cheval entre le vrai et le faux, une énigme policière nous plonge souvent dans l’univers du calcul infinitésimal, marmonnerait un mathématicien obsédé par l’algèbre et la géométrie, en pianotant sur sa calculette.

    Ou!

    Elle nous force à nous rendre à l’auberge du Seigneur la plus proche afin que Jésus nous vienne en aide, crierait du haut de sa chaire un évangéliste assoiffé de vérité.

    Bref! D’après les statistiques du FBI, aux États-Unis forcément, en 2017:

    Sur 100 meurtriers, 38 courent toujours.
    Sur 100 violeurs, 65 rodent toujours.

    Et je passe à la trappe les agresseurs violents, les flics racistes envers les noirs, les cambrioleurs et les voleurs de voiture(s).

    Nous vivons donc dans un monde dangereux. Les gens sont dangereux. Vous êtes dangereux. Et je le suis certainement plus que vous.

    D’où mon histoire...

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  • Un salaud de bonne moralité (21, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgUn long silence. On se croirait dans un salle d’interrogatoire malgré le brouhaha habituel du lieu. Une étrange salle, lumineuse. Sur une autre planète. Où les coupables et les victimes s’unissent, plaident et finissent toujours par s’embrasser voire plus... Loin des bourreaux étatiques et du spectre du cahot.

    - Il faut que je t’avoue quelque chose, me dit Yvette.

    - Moi aussi.

    - Moi d’abord.

    - Bien entendu.

    - Je constate quand même que tu as une certaine moralité inqualifiable mais digne d’un brave garçon...

    - Vas droit au but!

    - Je sais, tourner autour du pot c’est ma spécialité favorite. C’est dû à ma farouche timidité. D’après les membres de ma communauté. Mais en vérité...

    - Quelle communauté?

    - Je suis finlandaise et laestadienne. Mais en vérité...

    - Je comprends maintenant pourquoi tu ne bois jamais d’alcool...

    - En vérité, je ne m’appelle pas Yvette mais Ivy. Mon père, nous a quittées, ma mère et moi, quand j’avais six ans.

    - Il est mort?

    - Non, il est plus que vivant. En bonne santé. Et en parfait travailleur écossais, il adore se saouler au whisky et faire la fête tous les vendredis soirs.

    - Tu as honte de lui?

    - Au contraire. J’aimerais tant lui ressembler, me comporter comme lui, ou presque. Malheureusement, je n’y arrive pas... Äiti... äiti...

    - Pardon?

    - Maman a une telle emprise sur moi que dès que je m’apprête à prendre la moindre décision, plus ou moins sérieuse, sans elle, sans son consentement, j’ai aussitôt l’impression d’avoir commis un péché.

    - Je vois, je vois, je vois!

    - Tu vois quoi?...

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  • Un salaud de bonne moralité (20, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Jésus Marie! Continue, ça commence à m’exciter...

    - Pendant que les politicards et les échotiers rabâchent les mêmes discours minables et les éternelles polémiques, les rien-à-foutre se divertissent comme des fous. A quoi bon s’intéresser aux autres si ces autres sont pires que nous, pensent-ils en... en... en...

    - En faisant quoi?

    - Tout et n’importe quoi.

    - Estu preciza mia amiko!

    - Tu es espagnole?

    - Non, écossaise... une Écossaise qui adore l’espéranto.

    - Ça alors!... La langue des anges, que je suis distrait!

    - Tu m’as comprise?

    - Forcément, j’ai vécu avec eux toute mon enfance.

    - Prouve-le moi, traduis-moi ce que je t’ai dit.

    - Sois précis mon ami!... Je suis fort, n’est-ce pas?

    - Facile, ça ressemble tellement à un dialecte des Conchita. Que j’apprécie d’ailleurs...

    - Sais-tu que je ne me suis pas encore tapé de Gaélique comme toi?

    - Et après?

    - Après quoi?

    - Tu fais quoi avec India? Tu l’accompagnes simplement? Rien d’autre?...

    - Nous dansons, nous stimulons, nous encourageons les novices, présents pour la première fois, à nous imiter...

    - Ce sont qui ces novices?

    - Des avocats déçus, des juges ratés, des inspecteurs de police corrompus, des banquiers prêts à se ruiner, des fils à papa à la poursuite d’un vrai père, des secrétaires de direction insatisfaites de leur patron, des putes de luxe qui rêvent de se caser avec un connard fortuné, des curieuses semblables à toi et des branleurs identiques à moi. Entre autres!...

    - Tous déguisés? Et en quoi?

    - Tous, sans exception! Comme en démocratie. Le sexe pour tous, tous pour le sexe!... En nonne ou en gardien de la paix.

    - Et... pour quelle raison doivent-ils vous imiter, ces braves gens?

    - Parce que personne n’arrive du premier coup à se comporter exactement comme un gendarme en délire ou comme une religieuse consentante.

    - C’est une blague?

    - Par du tout, c’est la pure vérité. Triste pour les uns, amusante pour les autres.

    - En résumé, visuellement parlant, vous faites des galipettes devant des inconnus. Ton amie, la pute, déguisée en nonne et toi en flic...

    - Le contraire, India en commissaire pourri et moi en bonne sœur.

    - Pas possible! De mieux en mieux... Elle te baise et tu acceptes ça?

    - C’est un jeu. Nous faisons semblant. Nous stimulons... Comme les enseignants... Tu as déjà vu ton prof de gym monter deux fois de suite à la corde? Le mien, à part qu’il savait à merveille siffler et guigner à travers les vasistas des douches, il était incapable de nous montrer correctement le moindre exercice. Au moins India et moi, nous nous forçons, l’espace d’un bref et émouvant instant, d’entrer dans la peau de notre personnage. Pour convaincre. Donner envie de se surpasser, de se déconditionner. Mettre un terme à, tirer un trait sur, abolir enfin l’esclavage intellectuel...

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  • Un salaud de bonne moralité (19, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Pour l'incroyablement vrai.

    - Ce qui signifie?

    - La vérité incroyable.

    - Explique!

    La transparence serait sans aucun doute bénéfique en politique et pour les affaires mais aucunement avant les préliminaires amoureux, le plus sincère risquerait de passer soit pour petit prétentieux soit pour un grand naïf, me dis-je. Alors, je me lance l’âme sereine, pareille à celle d’un démon totalement décomplexé:

    - India, une demi-mondaine de mère en fille qui, entre parenthèses, rend parfois service aux dépravés de la mondaine, fait appel à moi quand la réalité dépasse sa fiction. Je précise sa fiction. S, a, comme société anonyme. Elle plus son ombre, ça fait toujours un, une. Non?

    - Est-ce une devinette? me demande-t-elle en se grattant la tête, toute paumée.

    - Loin de là.

    - Je ne comprends rien à ta présumée histoire.

    - Ce n’était qu’un prélude, le prélude à des événements peu communs, quasi absurdes...

    - Pour un fois, cher Agostino, descends de ton échafaudage d’architecte et sois terre à terre...

    - OK, OK!... J’accompagne India à des soirées déguisées. Des soirées très particulières où la lune est la seule à rougir et les étoiles à s’inquiéter...

    - Jésus Marie! Continue, ça commence à m’exciter...

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  • On naît ange, on meurt démon (9, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly se lève. Quitte son petit appartement, un studio. Et part à la conquête de son âme sœur, de son éventuelle moitié. Cette moitié trop fréquemment doublée. Il part tel un collégien envoûté par un parfum de femme.

    - Les femmes sentent bon, murmure-t-il.

    Avant, là-bas dans l’enfer des hommes, ça sentait la désinfection. Le chloroforme, l’alcool ou quelque chose comme ça. Comme à l’hôpital, presque. La femme n’existait qu’en image, en photo. En noir et blanc ou en couleur. Dans toutes sortes de positions. Des positions étudiées. Diaboliquement étudiées. Pour plonger l’homme dans l’univers de l’amour solitaire et terriblement mécanique.

    Charly se prépare. Intérieurement. Psychologiquement. Comment faire le premier pas? Ce pas si important, si décisif. A partir duquel tout s’emboîte, se joue. Où l’orientation se trace...

    - Restons calmes, bougonne-t-il. Pas d’affolement. La sérénité la plus totale.

    Il se prépare également extérieurement. En marchant, il se donne un coup de peigne. Range le col de sa chemise. Les apparences! Elles sont si souvent si trompeuses mais enfin... elles participent activement à l’échafaudage d’une relation. Elles sont la carte de visite, le laisser-passer pour un voyage relationnel. On ouvre toutes grandes les portes ou l’on dresse des murs, une muraille.

    Merde! j’aurais dû mettre une cravate, réaliste-t-il... Et puis zut! Ce serait ridicule si tout dépendait d’un petit nœud. C’est pourtant couramment le cas. L’homme est contradictoire. C’est l’animal le plus absurde. Le plus cruel aussi.

    Charly retrouve le tea-room de tout à l’heure, s’arrête devant, hésite quelques secondes puis entre. Le décor lui semble différent. Inexplicablement différent...

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  • Un salaud de bonne moralité (18, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgYvette rougit.

    On me l’a souvent décrite, et j’ai pu parfois le constater aussi, comme une fille angoissée, complexée, confuse, craintive, douteuse, effrayée, embarrassée, floue, gauche, hésitante, indécise, indéfinie, pusillanime, timide, timorée, vague, vaporeuse... Tant d’adjectifs pour décrire la même personne dans un ou des états qui échappent totalement à notre entendement. Mais rien n’est figé pour l’éternité excepté la pierre... et encore! elle s’effrite avec le temps. Le temps? Le plus grand des farceurs après Dieu.

    - Tu n’avais pas quelque chose à me proposer? je demande à Yvette, après cette étrange et inopinée réflexion.

    - Sssss...si, siffle-t-elle.

    - Alors?

    Face aux trop vertueuses et aux dévergondées, je crains souvent le pire. C’est-à-dire: perdre pied et me noyer dans les eaux salées de leur féminité, extrême. Suis-je un macho en chute libre?

    - Alors? je répète.

    Ses yeux se mettent fortement à briller puis, avec une rage digne d’une sorcière innocente qui vient tout juste d’être condamnée aux flammes de l’enfer, elle me crache à la figure:

    - Tu es comme mon père, mes frères et tous les autres... incapable d’admettre l’inhabituel sans le salir. Au lieu de faire un pas en avant pour me venir en aide ou me comprendre tout simplement, non, tu préfères en faire deux en arrière afin de ne pas décamper de ta rassurante médiocrité.

    Je tombe des nues.

    - Pourrais-tu l’admettre pour une fois? me demande-t-elle en se frottant l’œil droit.

    - Excuse-moi mais j’ai déraillé, je suis hors course, je lui réponds.

    - Cesse de m’humilier en m’auscultant du regard tel un antiquaire blasé, je ne suis nullement un objet cassé, une infirme, et décide-toi enfin de me séduire comme toutes les autres. Nue, je suis peut-être plus excitante que la plus voluptueuse de tes prostituées. Au fait, il est vrai que tu te tapes également des putes?

    Je n’ai rien à perdre mais probablement tout à gagner. J’avoue donc.

    - Régulièrement? insiste-elle sur cette délicate question très intime voire secrète.

    - Épisodiquement, je minimise.

    - Pourquoi?

    - Pour l'incroyablement vrai.

    - Ce qui signifie?

    - La vérité incroyable.

    - Explique...

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  • On naît ange, on meurt démon (8, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLe plafond l’invite à un voyage dans l’imaginaire.

    - Bon sang qu’il est blanc, murmure-t-il.

    Son esprit a bondi en arrière. Il s’est laissé séduire par le jeu mécanique des comparaisons.

    Le plafond insiste. Il adore absorber les énergies poétiques.

    Je suis libre, pense Charly... Où aller? Que faire!

    Le jeune homme n’est pas pauvre; il y a deux ans de cela, il a touché une grosse somme d’argent. Un bel héritage.

    Il faut que je rattrape le temps perdu, le temps volé, se dit-il. Il faut que je jouisse au maximum des plaisirs de la vie. Par les yeux. Par la bouche. Par les mains. Par le sexe.

    Il s’imagine déjà... Accompagné. Ou dans les bras d’un belle blonde. Comme l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise du tea-room. Pourquoi pas? Elle a un corps sublime. Taillé par un sculpteur de génie. Un dieu plus artiste que psychologue. Un dieu joueur. Un dieu provocateur.

    Le plafond est blanc et vide. Semblable à l’existence de Charly.

    Il faut que je me trouve une compagne, une complice, une victime consentante, se dit-il, alors pourquoi pas elle?

    Il faut, il faut, il faut... que de désirs, légitimes! Les salauds! Ses bourreaux sont intarissables. Quand disparaîtront-ils? Une fois pour toutes?

    - Bientôt, bientôt! crie l’espérance...

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  • On naît ange, on meurt démon (7, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly se prépare un petit plat. D’après une recette de cuisine découverte, par hasard comme d’habitude, dans un quotidien du matin. Avant, les menus étaient obligatoirement proposés. La nourriture n’était que nécessité vitale. La différence est énorme. Incalculable.

    Il déguste. Il se souvient. Les repas de son enfance. De sa mère. Préparés avec tant d’amour. Et les rares repas avec les rares amis. Rares, rares, rares... tout fut si rare. Quelle machine! Sans cesse en activité. Sans cesse en train de remuer les boues préhistoriques. De faire et de défaire des nœuds.

    Il avale son dernier morceau de pain. Qui a saucé à la perfection son assiette. Car pour Charly, rien ne doit être jeté.

    Un rot profond sort de sa bouche. On pourrait dire de sa gueule.

    Puis il ouvre le robinet et laisse couler l’eau. La largesse d’Isis, il ne l’aime que fraiche, très fraiche. Et jamais pendant le repas. Toujours après. Après aussi son énorme et bruyante éructation. Qui choque les esprits raffinés. Il engloutit toute une rivière. Quelle soif! Le repas était fort. Pimenté.

    Il se gratte le ventre. Rond. Ouvert à toute gastronomie depuis peu. Du jamais vu pour Charly. Que cacherait cette nouvelle passion? Oui, on peut dire passion. Un vide à combler? Des vides? Quels vides? Il y a sûrement de nombreuses réponses et la bonne ou la meilleure parmi elles. Mais... il y a toujours un mais.

    Il s’allonge sur son lit. Un deuxième rototo s’échappe de son bec. Involontaire celui-là. Les yeux ont été plus gros que le ventre? Ou complices d’un avaloir sans la moindre retenue? Certainement. Mais ce n’est pas un drame...

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  • Un salaud de bonne moralité (17, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Je te le sous-loue meublé aux mêmes conditions que je me saigne pour sa location non meublé mais pas question que je te cède mon bail, je propose à Yvette. Cela te convient?

    - C’est très généreux de ta part, me répond-t-elle toute rassurée et souriante. J’accepte!

    - Tu ne te demandes pas pourquoi?

    Le visage de la timide étudiante se transforme illico presto en...

    - En un panneau d’affichage où l’on a collé la publicité suivante: Dieu est mort, venez tous à son enterrement, hurlerait ma concierge.

    Mais pourquoi faut-il toujours que je pense à cette laveuse d’escaliers quand le sens du descriptif semble m’échapper? De vrais voyous parfois mes neurones!

    - Tu as tort de songer au diable, je dis à ma future sous-locataire toute traumatisée. La raison est plus que simple. Je souhaite retrouver mon petit appart au retour de mon long voyage.

    Un ouf magistral sort quasi violemment de sa bouche.

    Puis elle bégaye:

    - Tu... tu pars... pour... pour long... temps?

    - Loin des sympathiques nains et des effroyables géants jusqu’au jour où j’aurai découvert mon île déserte, je fabule.

    - Mais... mais...

    - Je comprends ton inquiétude. Je reviendrai sûrement avant la fin de tes études. Et puis sache qu’en cas de problème financier, ma mère, qui me remplacera en tant que caissière, est aussi cool et généreuse que moi. C’est une mamma et non pas une mutti. Elle craint moins le nègre que le zèbre.

    - C’est-dire?

    - Qu’elle est très gentille, très humaine.

    - Et si elle ne l’était pas, tu aurais dit quoi?

    - L’inverse.

    - Tu es raciste?

    - Jamais de la vie! C’est trop fatiguant pour moi, le racisme et tous ses dérivés à la dérive. Je laisse ça aux gens compliqués... Mais les pires dans cet univers chargé de vengeurs tous azimuts sont les anti-ceci et anti-cela. Ils prêchent la tolérance le marteau de la justice à la main... prêts à fracasser le crâne des têtes brûlées et des insoumis.

    - Finalement, tu es moins salaud en nature qu’en photo.

    - Je dois avoir une mauvaise réputation, non?

    - Seulement, auprès de mes copines.

    - Toutes?

    - Certaines. Celles...

    - Qui m’ont pris en photo et à poil, il y va de soi!

    Yvette rougit...

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  • On naît ange, on meurt démon (6, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly arrive chez lui. Ce chez-moi tout récent. Tout neuf. Tout neuf par rapport à la prison. À cette terrible demeure close où il a dû payer sa peine. Une peine qu’il ne méritait pas. Selon lui et selon d’autres personnes. On le sait. Mais l’insistance n’est pas négligeable... Charly s’installe. Cherche à s’habituer à son nouveau décor qu’il vient de louer. Il y a une semaine déjà. Mais ce n’est pas facile. Le travail est long. Parfois rude. Il faut du temps. Beaucoup de temps. La liberté, pour un prisonnier de longue durée, est une affaire sérieuse, délicate, parfois problématique. On passe du limité à l’infini. Du cloîtré au vide. De l’impersonnel au personnel. Du dicté au multiprobable. Du censuré à l’intime. De l’artificiel au naturel. Celui qui a inventé le système carcéral devait être plus près du diable que du bon sens. Que de familles gâchées pour une mise à l’écart et à l’index! Que de fuites! Que de suicides!...

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  • On naît ange, on meurt démon (5, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLa rue est déserte. Quel bonheur pour Charly! Eh oui, la solitude le rassure. Empêche les démons du passé de se manifester. De se donner en spectacle. De salir davantage son image. Si anciennement de maligne. Quel crime! Un crime contre un viol. C’est impardonnable.

    - Être, être, être tout simplement, murmure Charly.

    Et pourtant, il est calme en ce moment. Mais il souhaite tout de même un changement radical autour de lui. Il désire vivre à l’abri de toute attaque, volontaire ou involontaire, qui perturberait son équilibre mental. Vivre enfin normalement, comme un citoyen sans reproche. Mais cette probabilité existentielle lui paraît comme un rêve difficilement réalisable, voire même impossible. Car, pour Charly, les gens, ici comme ailleurs, se réjouissent toujours et jouissent du malheur des autres. La société a besoin d’exemples, de boucs émissaires et de symboles pour exister. Surtout de nos jours où les médias exploitent à l’extrême tout sentiment considéré comme pervers et socialement néfaste par la majorité de la population. Par ces êtres fabriqués selon un moule manipulé par des siècles et des siècles d'ignorance et de traditions...

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  • Il était une fois le confinement

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    Voici quelques notes audiovisuelles... D'après ce que j'ai entendu et compris, beaucoup de Russes pensent que ce confinement est une grande farce. Sans doute, ces gens-là... ne font-ils plus confiance à leur cher Président? Et, caméra éteinte bien entendu, certains rêvent même d'une sérieuse révolution...

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  • On naît ange, on meurt démon (4, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCette histoire pourrait se terminer là. Surtout pour la grande Allemande, Néerlandaise ou Suédoise. Qui raisonne sûrement comme ma concierge qui dit et redit ce que les autres avant elle ont dit, c’est-à-dire: un de perdu, dix de retrouvés. Bien que, en effet, il y a chez Charly matière à comparaison et à réflexion. Des choses que l’on découvre chez tout le monde mais aussi des choses typiques, étranges qui encouragent un auteur à prendre sa plume et à partir en guerre contre ceux et celles qui les ont déclenchées, engendrées ou avortées. Car il ne faut pas oublier, les mots naissent souvent à cause des maux. Alors, allons-y, partons à la poursuite du délicat, du dérangeant et du vite camouflé...

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  • On naît ange, on meurt démon (3, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgÉtonné, même fort étonné de l’image qu’il vient de donner de lui, il demande à cette créature de rêve, car il faut dire qu’elle est vraiment très belle:

    - Ai-je l’air si angélique que ça?

    - Peut-être, répondit-elle avec un sourire au bout des lèvres, en se retirant.

    La prison m’a-t-elle donc transformé à ce point-là? se demande Charly.

    Et toute une montagne de scènes vécues dans l’univers carcéral surgissent du fond de sa mémoire et il se met à transpirer.

    Et d’autre scènes, d’avant sa condamnation, se réveillent et se mettent à danser dans sa tête.

    Et c’est l’enfer! La cervelle bout dans des eaux diaboliques. Les mains tremblent, le cœur palpite et les yeux cherchent de l’aide, cherchent bizarrement une solution dans des airs incontrôlables. Charly se croit perdu. Il a peur d’exploser. De se transformer en une boule de haine et de colère. Car les longues et longues années passées entre quatre murs gris et sales est le fruit amer d’une énorme injustice qu’il n’a jamais digérée. Elle est encore là cette pomme empoisonnée des hommes. Elle est toujours là. Dans son estomac, ses veines, son sang... dans tout son être.

    Brusquement, comme piqué par un insecte, Charly se lève, jette un billet de dix francs sur la table, abandonne son thé de Chine et son baba au rhum, et quitte le tea-room...

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  • On naît ange, on meurt démon (2, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgConfortablement assis dans leur fauteuil en cuir noir et souple, les bien installés boivent leur traditionnel café crème et mangent leurs croustillants croissants au beurre dans la quiétude la plus totale. Pendant qu’ailleurs des hommes sans ressources se battent à mort pour un coin de terre aride et enterrent leurs morts en gesticulant et en hurlant des slogans de haine et de vengeance. Sur quelle planète sommes-nous? La planète des injustices et du non-sens.

    Charly Stone, surnommé Charleston par toute une peuplade d’individus avides de sourires et de moqueries, vient de sortir de prison. Il avait été condamné pour viol et pour avoir battu, tel un animal assoiffé de sang, sa victime.

    Charly entre dans un tea-room chargé de vieilles femmes dont une bonne partie sont de vieilles filles, s'installe dans un coin, à l’écart des discours de ces dames, et commande un thé de Chine et un baba au rhum.

    La serveuse, une Allemande, une Néerlandaise ou une Suédoise, vu la grandeur et la blondeur, dit à Charly, en posant le tout sur la table:

    - Vous semblez tomber tout droit du ciel...

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