Soyons Net - Page 12

  • Double Tsar (3, à suivre)

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    Double Tsar, Hank Vogel.jpgIl y a des gens qui ont fait de hautes études tous azimuts et des gens qui n’ en ont point fait, mais qui sont persuadés d’avoir la science infuse, qui se permettent de déclarer à tout bout de champ qu’il ne faut jamais généraliser... Généraliser! Ni pour ceci, ni pour cela. Ni sur ceux-là, ni sur ceux-ci. Comme qu’ils avaient passer en revue tous les mécanismes existentiels possibles, tous les animaux et tous les humains de la terre voire d’ailleurs et d’avantage.

    En somme, d’après le raisonnent de ces braves personnes, les nazis n’étaient pas tous des salauds. Et les négriers, pas tous des esclavagistes.

    Mais il y a aussi des gens qui se plaisent à diviser... Diviser!

    Ainsi, par exemple dans le domaine de la croyance, ils considèrent qu’il y a trois types d’individus: celui qui croit dur comme fer, celui qui ne croit pas du tout et celui qui est à cheval entre les deux et qui ne cesse pas de galoper dans tous les sens.

    Enfin!

    Pour simplifier cette mini-thèse spontanée et m’approcher éventuellement de la vérité, je dirais que l’homme est un être double. C’est-à-dire: une sorte de gentil petit jardinier qui adore arroser ses fleurs mais, trop souvent pressé et pour vite vider son arrosoir, n’hésite pas à marcher sur les plates-bandes de son propre jardin.

    Donc!

    En enfilant mes pantoufles, je suis forcé d’admettre que le tsar était double et que je le suis également.

    Que c’est absurde tout ça! penserait ma nounou africaine qui soignait mes blessures morales juste en me souriant...

    Nicky-03.jpg

    Le tsar Nicolas II, un beau visage inoubliable à mes yeux

    800px-Russian_Imperial_Family_1913.jpg

    La famille royale au complet

    La jeune fille debout à gauche, c'est Maria, l'héroïne de mes rêves les plus fous...

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  • Double Tsar (2, à suivre)

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    Double Tsar, Hank Vogel.jpgD’après un poteau indicateur, planté en bas de chez moi, j’habiterais, en non pas j’habite, vu que je me méfie phylogénétiquement et très philosophiquement du service des ponts et chaussées, à neuf-cent-cinquante mètres du palais Alexandre situé à Tsarskoïe Selo ou Pouchkine, pour ceux qui préfèrent les poètes aux monarques. Palais néo-classique construit par l’architecte lombard, comme ma mère, Giacomo Quarenghi. Chaleureuse bâtisse en apparence mais trop chargée d’immenses salles à manger et pour danser, de grandes chambres à coucher et de petits salon douteux, pour moi qui ai peur des fantômes. Pour ne rien vous cacher du triste sir que je suis, je ne me sens rassuré, en toute sécurité, que dans une cabane. Mieux encore: dans un mobil-home équipé de tout confort nécessaire et d’une sirène.

    Le petit Nicolas II est né au palais d’Alexandre, dans une chambre couronnée, sous les applaudissements de son peuple. Moi: à la maternité d’Alexandrie, dans une chambre de deuxième classe, sous les applaudissements de mes futures et encourageantes concierges.

    Bizarrement, dans mon enfance, ma Sainte Mère m’appelait souvent Nicola. Croyait-elle que j’étais la réincarnation du tzarévitch assassiné? Difficile de communiquer avec les défunts. Mon esprit n’a pas été forgé pour ce genre gymnastique cérébrale. Trop craintif de nature, trop vite effrayé.

    En fin de compte, conte serait plus justifiable à mon avis, je ne souhaite guère être la prolongation d’un personnage historique mais plonger dans le passé avec mon âme ou en chair et en os avec une machine telle que celle à explorer le temps de Wells m’enchanterait peut-être...

    Feuille du nouveau-né 271, Hank Vogel.jpg

    Ma feuille de sortie de la Maternité d'Alexandrie.

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  • Double Tsar (1, à suivre)

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    Double Tsar, Hank Vogel.jpgDepuis que ma chère épouse, Natalia Guennadieva, originaire de Sibérie et, par mariage, de Glaris, m’a acheté une paire de pantoufles sur lesquelles on a soigneusement brodé au fil rouge le mot Tsar en russe, je pense chaque matin en me levant, soit du pied gauche soit du pied droit, à Nicolas II, sauvagement assassiné par les bolcheviques. Lui, sa femme, leurs cinq enfants et quatre autres personnes proches des Romanov.

    Qui donc a ordonné ce monstrueux massacre? Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, ou Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski?
    La question est définitivement sans réponse à mes yeux. Perdue à jamais dans les limbes de l’histoire. Car je ne fais nullement confiance aux historiens, surtout à ceux reconnus par leur état, qui, comme la plupart des prêtres, des politiciens et des journalistes, ne prêchent que pour leur paroisse. La vérité ne plaît pas à tout le monde et encore moins aux autorités de bien des pays qui ne perdurent que grâce à leurs mensonges.

    C’est triste à dire mais j’ai l’impression que l’homme de la rue se laisse facilement marcher sur les pinceaux et qu’il adore même ça. Pareil à ces femelles sans cervelle qui préfèrent les voyous aux sages. Les bavards aux silencieux. Les flambeurs aux réservés.

    - Mais où est donc passé ma pantoufle de droite, bon sang? Non, de gauche!...

    Mes pantoufles, Hank Vogel.jpg

    Mes pantoufles!

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  • On naît ange, on meurt démon (16, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLe soleil règne en maître absolu. Le ciel est donc bleu. Les gens sont donc moins habituels. Ils vibrent. Ils vibrent harmonieusement. Cela plaît à Charly. Il aime voir le monde sourire de bonheur.

    Il marche. Sans but précis. Son horizon est multiple. Je dirais même: ses horizons sont multiples. Car il y a l’imagination. Et cela compte. Compte énormément. L’homme vit plusieurs vies à la fois. Des vies qui se suivent. Des vies qui s’entrecroisent. Des vies qui se superposent.

    Il saute dans un autobus. Destination: le bord de mer, la campagne ou une autre cité. On est entassé.  Comme des sardines, dans une boîte à sardine. Mais debout, bien entendu. Le contraire aurait été choquant ou absurde. Mais guère impossible. N’avez-vous jamais entendu parler de wagons chargés de prisonniers de guerre, de Juifs, de Tziganes ou d’Africains? Bien sûr! Et vu de vos propres yeux? Ces images se gravent à jamais dans votre propre mémoire. Vous collent à la peau. Vous déforment certains organes...

    Terminus, tout le monde descend!

    Charly se dirige vers la plage. Ils croisent des vacanciers, des prêtres, des sœurs religieuses et quelques chats égarés.

    Que c’est étrange! se dit-il. Les plaisirs estivaux se marient mal avec les plaisirs célestes. Que font-ils là ces êtres d’outre-érotisme? Sortent-ils d’une pêche miraculeuse? Mais qui a pêché qui?

    L’ex-prisonnier s’installe sur une terrasse d’un cabanon rongé par le sel. Il commande une limonade. On le sert. Il paye. La mer attire ses regards. Forcément, l’infini intrigue, inspire et aspire les rêveurs d’une vie meilleure. Sans roi ni bourreaux. Mais l’infini inquiète et chasse aussi. Chasse les anges, les démons et les demandeurs d’une terre promise, due, obligatoire.

    Charly a subitement faim. Quoi manger? Où aller? Et pourquoi ne résisterait-il pas? Comme au temps où même ses besoins naturelles étaient programmés des mois voire des années à l’avance. Où ses désirs se gonflaient de patience. Où, faute d’objet, tel un mendiant, il se contentait de fantômes. De dévorer des images, des ombres ou des symboles. Non, il refuse de résister. L’avenir lui appartient désormais.

    - Que les mainteneurs de l’ordre aillent tous se faire foutre, murmure-t-il. Quoi, quand, comment... ont réintégré mon discours, ma logique, mes démarches.

    Il se lève d’un bond et part en quête d’un restaurant.

    Cuisine chinoise à toute heure comme à la maison, annonce une pancarte. Il trouve cela amusant. Il se laisse séduire. Tout à coup, un flash! Il se souvient de l’Allemande, de la Néerlandaise ou de la Suédoise. Sans importance! Une jeune femme lui propose une table dans un coin. Il en choisit une près d’un aquarium. Et le rituel gastronomique commence...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (9, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Moshi moshi... Pronto... Allo...

    - Allô, c’est qui?

    - Ton vieux zèbre... Désolé, j’étais ailleurs...

    - C’est qui cette Moshi?

    - C’est personne, ma louloute. C’est allô en japonais. Je croyais qu’on m’écoutait depuis très très loin et d’ailleurs. C’était pour faire diversion...

    - A part ça, ça va?

    - Tout va à merveille au pays de mes ancêtres.

    - Vraiment? Vraiment vraiment?

    - Que veux-tu dire par-là?

    - Les Suisses, nouvelle cuvée, ne te cherchent-ils pas des noises pour des bagatelles, par hasard?

    - Comment le sais-tu?

    - Intuition féminine, mon cher!... Et?

    - Comme d’habitude. Surtout dans les sphères de la justice et de la police. Mais cela me donne de l’inspiration. Car sans eux et les autres lèche-bottes, je n’aurais plus qu’à m’intéresser aux sportifs qui s’en mettent plein les poches. Et ce grâce au public...

    - Du calme, du calme! Pense avant tout à ta santé...

    - Un public adorateur qui s’enflamme tout simplement pour une balle ou un ballon bien visé.

    - Mieux vaut ça qu’il foute le feu aux baraques après chaque discours religieux sans queue ni tête. Et ils nombreux, ces faux panégyriques divins!...

    - Tu as raison. Les jeux épuisent et adoucissent les esprits belliqueux.

    - Outre cela, rien de très palpitant chez les Helvètes?

    - Si.

    - Quoi?

    - Ma sœur est revenue?

    - Tu as une sœur maintenant? Depuis quand?

    - Depuis... depuis... Je te dévoilerai tout voire plus dès que tu seras là...

    - Je croyais que les cachotteries n’existaient... n’étaient monnaie courante que dans mon pays, à l’époque soviétique.

    - L’homme est homme partout et de tout temps. Même à l’avenir sur mars... Mais ne crains rien, tes inquiétudes se transformeront en fous rires.

    - Je le souhaite profondément... Et le reste?

    - Ça suit son cours.

    - Je t’embrasse.

    - Idem et à bientôt...

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  • On naît ange, on meurt démon (15, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLe lendemain matin, Charly se lève tout décontracté et souriant. Libéré sans doute du souci de l’autre. Être de chair et d’infinies interrogations.

    Il se rase, se peigne, s’habille puis s’adonne à l’art du grand petit-déjeuner.

    Quel art! Grandiose, évidement. Jus d’orange, café noir, omelette au lard, tartines beurrées, fromage au cumin, confiture de rose, lait entier... un maximum pour le plaisir et le maintien des graisses.

    En effet, depuis quelque temps, l’ex-interné a pris du poids. Un nouveau rythme de vie provoque forcément quelques bouleversements physiologiques. Face au vide, l’homme se nourrit davantage de nourriture ou d’espérance. Pour faire fuir ce vide si déconcertant. Ce vide si chargé de pièges et de supplices.

    Un fois, l’estomac plein, bien plein, Charly se met à roter. Comme quelqu’un qui adore l’opéra et qui imite son ténor préféré.

    Et que faire maintenant? se dit-il après avoir réalisé quelques unes de ses prouesses gastro-phonétiques.

    Le monde n’est pas sérieux, pense-t-il. Pourquoi devrais-je l’être, moi, pion parmi les pions? Con parmi les cons! Exploité parmi les exploités! Victime parmi les victimes! Anonyme parmi les anonymes.

    Alors il décide de sortir. D’affronter ce monde mal foutu. De croiser des éléments énigmatiques et douteux de l’existence. Et il sort...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (8, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgUne personne n’existe réellement que si l’on peut la voir, l’entendre et la toucher.

    Je n’ai donc vraiment, véritablement, connu que très peu de personnes jusqu’à maintenant. Toutes les autres que j’ai croisées sur mon chemin n’étaient en somme que des fantômes ou plutôt des êtres à l’existence incertaine.

    Alors sans tarder, j’allume mon ordinateur, je voile avec un spray de peinture noire l’objectif de ma caméra incorporée et je déclare en ricanant:

    - Flics de mes deux, gros lards ou petits macaronis naturalisés, vous entendrez tout, voire davantage, mais vous verrez que dalle... Ma sœur ne tardera pas à se pointer. Dommage pour vous! Car à poil, elle surpasse la sœur du Bon Dieu.

    Il n’est pas nécessaire d’être un auteur de romans policiers ou de récits fantastiques pour s’inventer des histoires sanglantes ou à dormir debout.

    En cherchant bien, aux confins de nos limbes ancestrales, les démons et les anges assassinés sont toujours prêts à nous aider.

    Et voici que:

    Anke, ma sœurette, sort de son long silence et me demande:

    - Sais-tu que d’après la Banque mondiale plus d'un milliard d’individus dans le monde sont incapables de prouver leur identité avec un document officiel?

    - Non, j’ignorais ça, je lui réponds fort étonné... Un peu plus d’un sur sept... c’est terriblement affolant!

    - Ton étonnement m’étonne étonnamment.

    - Wouah, quelle belle phrase!... Je ne comprends pas.

    - Et moi, je figure sur quelle liste? On me crois morte et pourtant j’existe mais sans papier.

    - Pourquoi, tu regrettes de n’avoir jamais dû payer des impôts? Mais grâce aux nombreuses sociétés caritatives qui refusent de jouer aux gendarmes et aux voleurs tu as su profiter de leurs aides...

    - Suis-je la seule?

    - Non, bien entendu... Mais... mais...

    - Mais quoi? Accouche pour une fois sans gémir!

    - Bêler serait plus adéquat. Car je ne suis pas toi.

    - Pas pour Maman et Papa.

    - Et qui d’autre?

    Et je m’esclaffe...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (7, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgJe rentre chez moi. Ma femme est chez elle, en Russie.

    Petit éclairage: l’éclaireur part toujours le premier et si possible seul, la troupe suit ses traces un peu plus tard, si l’avenir a tendance à se dessiner.

    J’ai presque le même l’âge que Trump, le quarante-cinquième président des États-Unis d’Amérique. Ou plutôt, c’est lui qui a presque le même âge que moi. Car je suis né trois mois avant lui. Il me doit donc du respect. Si ce terme fait partie de la liste de ses prérogatives, bien entendu.

    Autre chose que nous avons en commun, c’est la jeunesse de nos épouses.

    Mais lui, le Grand Donald, grâce à sa fortune, n’a pas eu besoin d’expliquer à la police, comme moi, pourquoi il a épousé une étrangère beaucoup plus jeune que lui. Et ce afin qu’on veuille bien accorder à sa toute belle un visa!

    Faire venir des putes sur le territoire helvétique, ce n’est mon style. Mais faire venir de la main-d’œuvre bon marché outre-frontière, c’est celui des patrons.

    Pourquoi donc cette étrange comparaison?

    A vous de trouver, bon sang! La lecture ne doit être forcément une sinécure. Et ça rime par-dessus le marché!

    Et voilà que ça recommence... Il y a une vingtaine d’années, on craignait peut-être que j’étais un proxénète. Aujourd’hui, on me soupçonne de vouloir semer la merde dans la région.

    Mais comment est-ce possible?

    Le gouvernement de ce foutu canton est déjà dans le caca. Quoi de plus normal, les élus qui le dirigent ont tous le cœur, un bras ou un pied à terre à l’étranger.

    Ils se méfient de moi? Eh bien, ils en auront pour leur tirelire...

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  • Mille mercis, camarade Renaud!

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    Voici la succincte liste des hommes que j'admire pour leur noblesse d'âme, leur franchise et/ou leur courage:

    Edgar Vogel (mon père),  Lao Tseu, Omar Khayyam, Krishnamurti et Renaud.

     

    C'est au moment où tu vois un moustique se poser sur tes testicules que tu te rends compte qu'il y a moyen de régler certains problèmes autrement que par la violence. (Lao Tseu)

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  • On naît ange, on meurt démon (14, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgEt l’ex-taulard déballe ouvertement:

    - Je ne suis pas un homme d’affaires mais un vulgaire petit individu qui vient de sortir de tôle. Condamné pour viol, coups et blessures. Injustement condamné... Vous me croyez maintenant?

    La jeune femme ne répond pas. Elle fait semblant d’être ailleurs. Sur une autre planète. La sienne. Où les princes charmants existent. Comme dans les contes de fées. Elle s’y trouve peut-être réellement. Dans cet univers chargé d’illusions.

    - Vous me croyez maintenant? répète-t-il.

    Elle atterrit brutalement sur terre. Avec un sourire. Un sourire proche d’une grimace. Et elle dit froidement:

    - Partez! Je réglerai l’addition.

    - Quoi? s’exclame-t-il à haute voix.

    - Pas de scandale, s’il vous plaît! J’ai horreur de ça...

    - Je vous imaginais plus humaine, vous me décevez...

    - Hein! Et moi donc? Partez, je vous en prie!

    Déçu, profondément déçu et très mal à l’aise, Charly se lève et disparaît en courant presque.

    Dehors, c’est la fraîcheur. L’absence de tout sentiment. La nudité de tout espoir. L’autre n’est qu’une trajectoire. Un objet qui se déplace sans laisser de trace.

    Charly se laisse aller, se laisse conduire comme poussé par un ange vagabond. La vie sent agréablement l’enfance en ces moments où les esprits du ciel se chargent de mener à bon port notre destinée.

    Charly ne touche pas terre. Il plane, il nage, il flotte. L’indifférence est l’unique remède contre toute souffrance, toute attaque. C’est dans la solitude, une solitude forcée, que l’ex prisonnier a su flirter avec elle. Entre des murs gris et sales. Derrière les barreaux. La formule est simple: on t’agresse, laisse-toi mourir, tu renaîtras plus fort, plus invulnérable. Mais toute application n’est pas toujours une réussite...

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  • On naît ange, on meurt démon (13, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgOn s’installe. L’ambiance est très chintok mais fort agréable. Un bonne chance pour que tout aille à merveille. Les menus sont intéressants. On décide d’en prendre un pas trop cher. Et de l’eau plate. On est raisonnable des deux côtés. On attend l’entrée. Petits échanges philosophiques primaires, en apparence. Rien de fabuleux. Les rouleaux de printemps arrivent. On trouve ça bon.

    - Vous avez dû en connaître des endroits comme celui-ci, en tant qu’un homme d’affaires, dit l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise.

    - Sûrement, répond Charly.

    - Sûrement?

    - Quand on travaille, tout va si vite, vous savez. On ne remarque rien.

    - A ce point-là?

    - Je ne suis attentif qu’aux belles choses.

    - C’est-à-dire?

    - C’est-à-dire...

    - Citez-en une!

    - Aux tableaux, par exemple.

    - Ça, je le sais déjà.

    - Comment le savez-vous?

    - C’est vous qui me l’avez dit.

    - Moi?

    - Oui, vous, hier... Mais quel genre d’homme d’affaires êtes-vous donc? Vous ne savez pas compter, vous ne savez pas marchander et vous oublier tout!

    - Il ne faut pas exagérer...

    - Façon de dire. Et qu’est-ce que vous faites d’autre qui soit contraire à votre profession?

    - C’est un piège?

    - Pourquoi dites-vous ça?

    - Je ne sais pas. J’ai l’impression que vous ne me croyez pas à cent pour cent.

    - Je ne vous crois... pas du tout.

    Quel choc, quelle frappe en plein cœur! L’espérance risque de perdre une aile.

    Charly s’interroge:

    Vérité ou mensonge? Pour quelle voie opter?

    Et il choisit:

    - J’ai peut-être menti.

    - Pourquoi peut-être? demande sèchement la belle blonde.

    - Parce que dans chaque mensonge il y a une petite vérité qui s’y cache, répond le jeune homme, un tantinet embarrassé.

    Et l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise se dit:

    J’espère que je ne suis pas tombée sur un mec compliqué.

    - Soyez clair, grogne-t-elle.

    Et l’ex taulard déballe ouvertement:

    - Je ne suis pas un homme d’affaires mais un vulgaire petit individu qui vient de sortir de tôle. Condamné pour viol, coups et blessures. Injustement condamné... Vous me croyez maintenant?...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (6, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout revient à la normale, façon de parler.

    Je me frotte les yeux. Le commissaire en profite, pareil à un serpent biblique, pour m’extorquer quelques lointains souvenirs:

    - Pourtant la femme de ménage a dépoussiéré mon bureau juste avant votre arrivée, glisse-t-il. Seriez-vous plus sensible à la poussière domestique qu’ à celle du désert? Les tempêtes de sable, ça doit être très éprouvant, n’est-ce pas?

    - Rudement voire terriblement éprouvant, j'avoue. Mais je n’en ai vraiment vécu aucune. Ou de loin et très rarement, tel un voyeur qui prend plaisir à observer la mort en train de tout anéantir et de tout effacer sur son passage. En même temps. Tuer et gommer à jamais la moindre trace de son abominable crime. Voilà un bel exploit!... Qui est capable de faire mieux? Vous? Moi? Non! Nous sommes trop honnêtes ou pas assez futés. Les dictateurs alors? Ceux que tous les crétins et branleurs de drapeaux adorent et que toutes les polices du monde protègent sans raisonner...

    - Comment ça?

    Brusquement, je me lève et je lui demande tout énervé:

    - Vous n’auriez pas un fauteuil douillet comme le vôtre pour mes vieilles fesses, par hasard? Question de respect, de courtoisie ou simplement d’égalité!

    Puis je lui explique gentiment et sans gêne:

    - Les chaises métalliques et sans coussin finissent toujours par me gonfler les couilles et me donner de sacrées douleurs au cul. Vous savez, je n’ai plus l’âge débile où l’on accepte volontiers de s’asseoir même sur des crottes de chien pour écouter les paroles soi-disant sensées d’un farfelu vautré dans un canapé. Et ils sont nombreux ces guignoles qui prétendent tout savoir. Je n’ai ni maître ni dieu. Je n'ai besoin de personne. Ma modeste boussole cérébrale me suffit largement pour naviguer dignement sur cet océan infesté de requins... Ceci dit, je vous salue officier des ténèbres.

    Et je m’éclipse...

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  • On naît ange, on meurt démon (12, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly a un peu plus de vingt-quatre heures pour penser, rêver ou se torturer. Vingt-quatre heures pour mettre sur pied toute une stratégie, un plan de combat pour conquérir un cœur, une âme...

    Et les il faut que, les il ne faut pas que, les comme ceci, les ou comme cela et les ou plutôt ainsi ne tardent pas à se mettre à vibrer, à troubler son ordre mental, à agiter les cellules les imaginatives de son cerveau.

    Alors Charly se gratte la tête, se frotte les yeux, se mord les lèvres, se mouche, crache, soupire, aspire, expire, s’étire, se masse les bras, les jambes, se caresse le front, les joues, les parties génitales... Quelle gymnastique! Le désir d’amour frise-t-il parfois la démence?

    Le temps s’écoule dans une atmosphère chaotique, forcément. Mais, finalement, le moment tant attendu est sagement là.

    Et comme convenu, à l’endroit choisi, Charly attend l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise.

    Et à l’heure précise, plus une dizaine de minutes, féminité oblige, le couple se retrouve.

    On est gêné des deux côtés. On décide d’aller au restaurant le plus proche. La promenade, c’est trop tôt. C’est pour plus tard. Peut-être. Si tout se déroulera progressivement, normalement. Si ça en vaudra la peine. On se dit des choses banales, presque idiotes. On parle et on se sourit. On se regarde, on s’observe, on se toise presque par brefs instants. On se pose un tas de questions. Toujours les mêmes et éternelles questions relatives aux sentiments, au sexe... Tout va très vite. Très très vite dans le ciboulot. On s’arrête devant une auberge asiatique. Cuisine thaïlandaise, indonésienne ou chinoise. En tout cas: cuisine asiatique à la méthode européenne. On hésite. On entre...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (5, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout revient à la normale, façon de parler.

    Je me frotte les yeux. Le commissaire profite pour m’extorquer quelques lointains souvenirs:

    - Pourtant la femme de ménage a dépoussiéré mon bureau juste avant votre arrivée. Seriez-vous plus sensible à la poussière domestique qu’ à celle du désert? Les tempêtes de sable, ça doit être très éprouvant, n’est-ce pas?

    - Rudement voire terriblement éprouvant, je lui explique. Mais je n’en ai vraiment vécu aucune. Ou de loin et très rarement, tel un voyeur qui prend plaisir à observer la mort en train de tout anéantir et de tout effacer sur son passage. En même temps. Tuer et ne pas laisser la moindre trace de son abominable crime. Voilà un bel exploit!... Qui est capable de faire mieux? Vous? Moi? Non! Nous sommes trop honnêtes ou pas assez futés. Les dictateurs alors? Ceux que tous les crétins et branleurs de drapeaux adorent et que toutes les polices du monde protègent sans raisonner...

    - Comment ça?...

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  • On naît ange, on meurt démon (11, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly dévore son baba, avale son thé de Chine, puis, le visage sombre, il fait signe à la serveuse de d’approcher de lui.

    La jeune femme obéit.

    - Vous n’allez pas me dire que le baba n’était pas excellent? s'inquiète-t-elle.

    - Non, au contraire, je pendrais volontiers un autre, répond-t-il tout souriant.

    - Je constate que Monsieur est un fin connaisseur, soupire-t-elle.

    - Je ne le pense pas. C’est plutôt une question de gourmandise. Ou une envie folle de replonger en enfance... époque glorieuse où les sucreries remplaçaient tout. Crimes et châtiments.

    - Quelle horreur! s’exclame-t-elle, toute étonnée voire troublée que Charly ait employé ces mots.

    Pourquoi une telle aversion? s'interroge-t-il.

    - On a commis ça dans votre famille quand vous étiez enfant? lui demande-t-elle, le regard lointain.

    Charly grimace puis répond:

    - On a tué des souris et des guêpes.

    - Ah bon! J’aime mieux ça.

    Et, toute rassurée, elle va chercher le deuxième baba...

    Elle pose délicatement la pâtisserie sur la table. Quasi avec grâce. Comme si quelque chose venait de naître entre elle et lui. Du respect ou une certaine gêne. Ou un sentiment plus fort. Et Charly en profite pour lancer d’autres hameçons. Plus gros, plus accrocheurs, plus convaincants. Et finalement le rendez-vous est accepté. Pour le lendemain soir, après le travail, à la fermeture du tea-room.

    Un miracle pour Charly!

    Mais aussi un exploit chargé de pièges. Car l’ex bagnard est méfiant. Parfois trop. Les salauds l’on rendu ainsi...

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  • Un salaud de bonne moralité (27, fin)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgQue de questions inutiles sur mon titre de voyage ou passeport d’étranger! Et que de réponses insensées de ma part, à se cogner la tête contre les murs!

    Nous descendons tous de la même guenon. A quoi bon savoir sur quel arbre mes ancêtres se balançaient? Et pourquoi se sont-ils échapper du cirques des traditions?

    Je suis un enfant de nulle part. Mais cela ne m’empêche pas de me sentir chez moi partout, au contraire.

    La Terre est à tout le monde et, elle seule, je la défendrai contre ceux qui ne cessent pas de la fractionner en de minables petits jardins privés.

    A Amman, je loue une voiture avec chauffeur. Direction: Pétra.

    Et au bout de quelques heures de route à travers des paysages désertiques idylliques, le véhicule s’arrête brusquement et son conducteur, un Jordanien ou un Palestinien fort sympathique, m’explique dans un anglais approximatif et beaucoup de signes que pour atteindre le site archéologique on doit faire le reste à pied en suivant l’étroit passage entre les parois rocheuses qui se trouvent en face de nous.

    Allègrement, je descends du tacot et je m’engage dans le canyon, nommé le Sîq.

    Dieu qu’ils se sont bien cachés ces sacrés Nabatéens, me dis-je, en marchant et en admirant tel un géologue en extase cette gigantesque gorge creusée par les eaux durant des millénaires.

    Et me voici enfin face à la Khazneh, appelé aussi Trésor du Pharaon, le fameux tombeau dont la façade est taillée dans le gré.

    Soudain, j’ai l’étrange impression que la vie n’est qu’une incommensurable sinusoïde dessinée par un savant secret à l’imagination débordante.

    Trois mots me viennent alors à l’esprit: vide, beauté et éternité.

    Pourquoi spécialement ces termes-là et pas d’autres? je me demande. Sommes-nous parfois des robots malgré nous?

    Et je me réponds en chuchotant, pour me rassurer probablement:

    - Rien n’est important. Tout n’est suite aléatoire d’improvisations, d’arrangements et d’accidents... C’est fou comme je me sens libre et hors du temps.

    Une jeune et belle touriste, s’écarte de son groupe, s’approche de moi et me dit curieusement:

    - Il y a plus de deux mille ans, ces braves gens ont su donner du relief et une âme à la pierre et un sens stable et judicieux à leur société. La femme était l’égal de l’homme... Je suis architecte comme vous, puis-je vous accompagner un bref moment?...

    Une année plus tard, elle porte dans son ventre notre premier enfant.

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    Le Sîq (cliquez sur la photo)

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    La Khazneh (cliquez sur la photo)

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (4, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgLe commissaire me fixe du regard croyant ainsi apercevoir la source de mes pensées. Mais je suis un écrivain à double tranchant ou sur fil du rasoir. Ou plutôt un explorateur qui voyage à travers les âges. Constamment à cheval entre le vécu et l’avenir. Un passé recomposé et un futur en semi-gestation. Entre le rêve et la réalité. Le présent, avec ses casse-têtes superflus et immédiats, ne l’intéresse guère, semble lui échapper. Car trop sur terre, trop terre-à-terre.

    - Vous planez souvent, me dit-il. Mais je plane aussi quelquefois. Différemment. Je fais totalement confiance à la science, contrairement à vous. Surtout aux technologies nouvelles. Quand l’homme ne peut pas, il fait appel à machine. Construite par d’autres cerveaux, bien entendu. Mais des cerveaux qui nous écoutent et nous aiment. Eux!

    - Où voulez-vous en venir?

    - Une petite question avant de vous répondre... ou pas, pourquoi écrivez-vous plusieurs romans à la fois.

    - Avez-vous interrogé mon épouse sans que je le sache?

    - Ce n’était pas nécessaire... Pourquoi écrivez-vous plusieurs romans simultanément?

    - Un artiste qui peint aux aurores le soleil qui se lève sur une toile et la nuit les étoiles qui brillent sur une autre toile puis revient sur celle du matin puis sur celle du firmament... et le petit bourge qui se tape plusieurs maîtresses par jour sont-ils en infraction avec la loi?

    - Cela n’a rien à voir avec l’ordre public. C’était...

    - La réponse est dans ma question... Que cherchez à me faire savoir au juste? Que vous fouinez à distance, les doigts dans le nez et sans vergogne, dans mon ordinateur? Mon prochain récit est-il en train de vous donner déjà de sacrés frissons? Si au moins!...

    - Lequel? Ma mère, cette Italienne?

    J’éclate de rire...

    Ma Mère cette Italienne Hank Vogel.jpg

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  • Un salaud de bonne moralité (26, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgLe lendemain matin, à la cuisine, je dis à ma mère en m’asseyant à table:

    - Yvette m’a payé trois mois à l’avance comme chez les dresseurs de bourricots... Je peux les garder?

    - Les qui? marmonne-t-elle toute distraite ou plutôt trop concentrée à me préparer un plat, inhabituel pour elle mais mon préféré pour le petit déjeuner. Soit: des œufs brouillés, à la thaï ou à la chinoise, avec de la ciboule, de la coriandre, du gingembre, du piment rouge et quelques grosses gouttes de sauce de soja.

    - Les qui? répète-t-elle.

    - Comme à la régie, je précise.

    Et j’épilogue avec mépris:

    - Les dresseurs de bourricots: les propriétaires bailleurs, ceux qui se lugent sur le dos des moins chanceux et qui les menacent au moindre écart de parcours, ceux que les gouvernements de droite, du centre et de la gauche endormie soutiendront jusqu’à la Trinité...

    - Pourquoi tu en veux à tout le monde, cher Agostino?

    - A ceux qui n’ont pas le sens du partage seulement, chère Maman... Je peux les garder?

    Ma maternelle me sert à manger comme si de rien n’était. Puis elle se penche sur moi et me chuchote à l’oreille:

    - C’est pour aller à Pétra?

    Je saute presque au plafond.

    - Merde, merde, quelle trahison! je m’exclame... Pourquoi faut-il que je parle en dormant et que je dévoile ainsi à Pierre, Paul et aux autres mes plus intimes secrets, codés ou pas?

    - C’est héréditaire et passager, me rassure ma tendre mère. Pourquoi vouloir à tout prix défigurer le bénin? Il n’y a pas le feu au lac que je sache, chanterait notre voisine genevoise.

    - Mon ami l’écrivain croit aux rêves prémonitoires, tu y crois aussi?

    - Aux prémonitions surtout.

    - Je rêve souvent de Pétra. Comme si Dieu ou une force mystérieuse cherchait à... c’est dur à expliquer...

    - Alors vas-y! Je t’offre le billet d’avion...

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  • Un salaud de bonne moralité (25, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgBrusquement, Yvette alias Ivy alias Dieu seul sait comment demain, s’écarte de moi, se lève et, en se rhabillant en toute hâte, me déclare pathétiquement:

    - Je ne suis pas assez bonne pour toi. Mais pas forcément plus nulle que toutes les autres connes. Tu tires ton coup et hop aussitôt prêt à vouloir baiser une autre. Tu es un prédateur sexuel. Tu ne penses qu’à bouffer du cul du matin au soir. Ton unique nourriture spirituelle. Qui t’a violé dans ton enfance pour que tu sois ainsi?

    Étrange déduction, me dis-je. Est-elle abonnée à la revue de psychanalyse pour les poulets trop souvent en panne d’intuition? Ou souhaite-t-elle que je sois sa copie conforme?

    Je m’éjecte du lit et, insensible tel une plaque photographique déjà utilisée, inattendue et bizarre expression, je lui réponds:

    - Pas à ma connaissance. J’étais terriblement naïf quand j’étais petit. Je faisais totalement confiance aux grandes personnes. Et elles ont profité de me circoncire quand je dormais sur mes deux oreilles, dans mon mignon berceau, paraît-il. Mes parents, pourtant chrétiens, ont sans doute dû suivre les conseils troublants d’un rabbin persuasif ou d’un iman menaçant. Ou l’inverse. Je trouve tout cela aussi grave qu’un viol. Et à cause de sombre épisode de mon existence, quand je suis à poil je me sens doublement nu. Tu n’as rien remarqué?

    Elle bondit un pas en arrière, braque ses yeux sur mon sexe et m’avoue presque avec regret:

    - Je suis novice en la matière... Il n’a pas l’air plus biscornu que celui de... d’un autre.

    Et elle rougit, forcément.

    Je m’approche d’elle, je lui caresse le visage, elle se laisse faire, et je lui dis:

    - Je te demande pardon. J’adore fabuler comme j’adore me déguiser en nonne pur jus ou fan de foot américain. Mon âme est actuellement celle d’un vulgaire saltimbanque. Autrefois, elle était celle d’un poète amoureux. Plein d’espoir. De bonnes intentions... Depuis que mon premier amour m’a quitté pour se marier avec le plus hypocrite de mes copains, je refuse de faire deux fois l’amour avec la même personne. C’est plus fort que moi. Plus fort que tout. C’est comme si on m’obligeait à récidiver ou à revenir sur les lieux du crime. Tu me suis?

    Elle sourit puis elle me conseille, ironiquement:

    - Enfile ton pantalon avant que la brigade des mœurs ne te découvre dans cette état.

    - Elle en vu d’autres...

    - Tu devrais écrire des romans policiers, tu sais.

    - En somme, j’ai parlé dans le vide.

    - Si au moins!

    - Plaît-il?

    - Si au moins c’était le cas.

    - Je ne comprends pas

    - Cherche et tu trouveras. Tu as tendance à tout dramatiser pour rien. Baisote comme bon te semble mais ne culpabilise pas. Il y a autant de salopes que de salauds sur terre. Et plus problématiques que toi et moi.

    - La lune ment, je mens, tu mens, nous mentons tous!

    - Pour paraître plus brillants qu’elle...

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  • Un salaud de bonne moralité (24, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgYvette se blottit contre moi et me dit:

    - Désolée, mille excuses! Je ne suis qu’une minable Française à moitié bourbine.

    - Je le sais plus que bien, je confirme.

    - Comment ça? Tu m’espionnes?...

    - C’est moi qui ai pris ton inscription au bureau de la société des étudiants, tu ne t’en souviens pas?

    - Si. Parfaitement bien.

    - Alors?

    - Les mythos ont parfois la mémoire courte, ils déconnent à tout bout de champ.

    - Tu es mythomane?

    - Par moment. Mais ça se soigne d’après mon psy... D’après lui aussi, j’ai dû subir un choc émotionnel à la mort de mon père.

    - Tu l’aimais beaucoup?

    - Plus que ma mère.

    - Je comprends tout.

    - Tu comprends quoi?

    - La laestadienne d’un côté et l’ Écossais alcoolique mais vivant de l’autre...

    - J’ai fantasmé... je me suis rappelé le dernier épisode d’une série finlandaise que j’ai regardé hier soir ou avant-hier à la télé.

    - Cela me prouve clairement et une fois de plus que les médias ont une forte influence sur le comportement de chacun de nous... Et j’ajouterais à titre préventif: pour empêcher ou remédier à tout massacre intellectuel, il n’y qu’un seul remède: l’attention. Être ultra attentif à nos propres faits et gestes!

    - Serais-tu philosophe à tes heures perdues?

    - Pourquoi perdues?

    - Je ne sais pas... Je disais ça comme ça... Pourquoi es-tu ainsi?

    - Ainsi comment?...

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