Soyons Net - Page 2

  • On naît ange, on meurt démon (12, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly a un peu plus de vingt-quatre heures pour penser, rêver ou se torturer. Vingt-quatre heures pour mettre sur pied toute une stratégie, un plan de combat pour conquérir un cœur, une âme...

    Et les il faut que, les il ne faut pas que, les comme ceci, les ou comme cela et les ou plutôt ainsi ne tardent pas à se mettre à vibrer, à troubler son ordre mental, à agiter les cellules les imaginatives de son cerveau.

    Alors Charly se gratte la tête, se frotte les yeux, se mord les lèvres, se mouche, crache, soupire, aspire, expire, s’étire, se masse les bras, les jambes, se caresse le front, les joues, les parties génitales... Quelle gymnastique! Le désir d’amour frise-t-il parfois la démence?

    Le temps s’écoule dans une atmosphère chaotique, forcément. Mais, finalement, le moment tant attendu est sagement là.

    Et comme convenu, à l’endroit choisi, Charly attend l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise.

    Et à l’heure précise, plus une dizaine de minutes, féminité oblige, le couple se retrouve.

    On est gêné des deux côtés. On décide d’aller au restaurant le plus proche. La promenade, c’est trop tôt. C’est pour plus tard. Peut-être. Si tout se déroulera progressivement, normalement. Si ça en vaudra la peine. On se dit des choses banales, presque idiotes. On parle et on se sourit. On se regarde, on s’observe, on se toise presque par brefs instants. On se pose un tas de questions. Toujours les mêmes et éternelles questions relatives aux sentiments, au sexe... Tout va très vite. Très très vite dans le ciboulot. On s’arrête devant une auberge asiatique. Cuisine thaïlandaise, indonésienne ou chinoise. En tout cas: cuisine asiatique à la méthode européenne. On hésite. On entre...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (5, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout revient à la normale, façon de parler.

    Je me frotte les yeux. Le commissaire profite pour m’extorquer quelques lointains souvenirs:

    - Pourtant la femme de ménage a dépoussiéré mon bureau juste avant votre arrivée. Seriez-vous plus sensible à la poussière domestique qu’ à celle du désert? Les tempêtes de sable, ça doit être très éprouvant, n’est-ce pas?

    - Rudement voire terriblement éprouvant, je lui explique. Mais je n’en ai vraiment vécu aucune. Ou de loin et très rarement, tel un voyeur qui prend plaisir à observer la mort en train de tout anéantir et de tout effacer sur son passage. En même temps. Tuer et ne pas laisser la moindre trace de son abominable crime. Voilà un bel exploit!... Qui est capable de faire mieux? Vous? Moi? Non! Nous sommes trop honnêtes ou pas assez futés. Les dictateurs alors? Ceux que tous les crétins et branleurs de drapeaux adorent et que toutes les polices du monde protègent sans raisonner...

    - Comment ça?...

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  • On naît ange, on meurt démon (11, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly dévore son baba, avale son thé de Chine, puis, le visage sombre, il fait signe à la serveuse de d’approcher de lui.

    La jeune femme obéit.

    - Vous n’allez pas me dire que le baba n’était pas excellent? s'inquiète-t-elle.

    - Non, au contraire, je pendrais volontiers un autre, répond-t-il tout souriant.

    - Je constate que Monsieur est un fin connaisseur, soupire-t-elle.

    - Je ne le pense pas. C’est plutôt une question de gourmandise. Ou une envie folle de replonger en enfance... époque glorieuse où les sucreries remplaçaient tout. Crimes et châtiments.

    - Quelle horreur! s’exclame-t-elle, toute étonnée voire troublée que Charly ait employé ces mots.

    Pourquoi une telle aversion? s'interroge-t-il.

    - On a commis ça dans votre famille quand vous étiez enfant? lui demande-t-elle, le regard lointain.

    Charly grimace puis répond:

    - On a tué des souris et des guêpes.

    - Ah bon! J’aime mieux ça.

    Et, toute rassurée, elle va chercher le deuxième baba...

    Elle pose délicatement la pâtisserie sur la table. Quasi avec grâce. Comme si quelque chose venait de naître entre elle et lui. Du respect ou une certaine gêne. Ou un sentiment plus fort. Et Charly en profite pour lancer d’autres hameçons. Plus gros, plus accrocheurs, plus convaincants. Et finalement le rendez-vous est accepté. Pour le lendemain soir, après le travail, à la fermeture du tea-room.

    Un miracle pour Charly!

    Mais aussi un exploit chargé de pièges. Car l’ex bagnard est méfiant. Parfois trop. Les salauds l’on rendu ainsi...

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  • Un salaud de bonne moralité (27, fin)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgQue de questions inutiles sur mon titre de voyage ou passeport d’étranger! Et que de réponses insensées de ma part, à se cogner la tête contre les murs!

    Nous descendons tous de la même guenon. A quoi bon savoir sur quel arbre mes ancêtres se balançaient? Et pourquoi se sont-ils échapper du cirques des traditions?

    Je suis un enfant de nulle part. Mais cela ne m’empêche pas de me sentir chez moi partout, au contraire.

    La Terre est à tout le monde et, elle seule, je la défendrai contre ceux qui ne cessent pas de la fractionner en de minables petits jardins privés.

    A Amman, je loue une voiture avec chauffeur. Direction: Pétra.

    Et au bout de quelques heures de route à travers des paysages désertiques idylliques, le véhicule s’arrête brusquement et son conducteur, un Jordanien ou un Palestinien fort sympathique, m’explique dans un anglais approximatif et beaucoup de signes que pour atteindre le site archéologique on doit faire le reste à pied en suivant l’étroit passage entre les parois rocheuses qui se trouvent en face de nous.

    Allègrement, je descends du tacot et je m’engage dans le canyon, nommé le Sîq.

    Dieu qu’ils se sont bien cachés ces sacrés Nabatéens, me dis-je, en marchant et en admirant tel un géologue en extase cette gigantesque gorge creusée par les eaux durant des millénaires.

    Et me voici enfin face à la Khazneh, appelé aussi Trésor du Pharaon, le fameux tombeau dont la façade est taillée dans le gré.

    Soudain, j’ai l’étrange impression que la vie n’est qu’une incommensurable sinusoïde dessinée par un savant secret à l’imagination débordante.

    Trois mots me viennent alors à l’esprit: vide, beauté et éternité.

    Pourquoi spécialement ces termes-là et pas d’autres? je me demande. Sommes-nous parfois des robots malgré nous?

    Et je me réponds en chuchotant, pour me rassurer probablement:

    - Rien n’est important. Tout n’est suite aléatoire d’improvisations, d’arrangements et d’accidents... C’est fou comme je me sens libre et hors du temps.

    Une jeune et belle touriste, s’écarte de son groupe, s’approche de moi et me dit curieusement:

    - Il y a plus de deux mille ans, ces braves gens ont su donner du relief et une âme à la pierre et un sens stable et judicieux à leur société. La femme était l’égal de l’homme... Je suis architecte comme vous, puis-je vous accompagner un bref moment?...

    Une année plus tard, elle porte dans son ventre notre premier enfant.

    220px-PS-Petra_6158_tonemapped.jpg

    Le Sîq (cliquez sur la photo)

    800px-Al_Khazneh.jpg

    La Khazneh (cliquez sur la photo)

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (4, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgLe commissaire me fixe du regard croyant ainsi apercevoir la source de mes pensées. Mais je suis un écrivain à double tranchant ou sur fil du rasoir. Ou plutôt un explorateur qui voyage à travers les âges. Constamment à cheval entre le vécu et l’avenir. Un passé recomposé et un futur en semi-gestation. Entre le rêve et la réalité. Le présent, avec ses casse-têtes superflus et immédiats, ne l’intéresse guère, semble lui échapper. Car trop sur terre, trop terre-à-terre.

    - Vous planez souvent, me dit-il. Mais je plane aussi quelquefois. Différemment. Je fais totalement confiance à la science, contrairement à vous. Surtout aux technologies nouvelles. Quand l’homme ne peut pas, il fait appel à machine. Construite par d’autres cerveaux, bien entendu. Mais des cerveaux qui nous écoutent et nous aiment. Eux!

    - Où voulez-vous en venir?

    - Une petite question avant de vous répondre... ou pas, pourquoi écrivez-vous plusieurs romans à la fois.

    - Avez-vous interrogé mon épouse sans que je le sache?

    - Ce n’était pas nécessaire... Pourquoi écrivez-vous plusieurs romans simultanément?

    - Un artiste qui peint aux aurores le soleil qui se lève sur une toile et la nuit les étoiles qui brillent sur une autre toile puis revient sur celle du matin puis sur celle du firmament... et le petit bourge qui se tape plusieurs maîtresses par jour sont-ils en infraction avec la loi?

    - Cela n’a rien à voir avec l’ordre public. C’était...

    - La réponse est dans ma question... Que cherchez à me faire savoir au juste? Que vous fouinez à distance, les doigts dans le nez et sans vergogne, dans mon ordinateur? Mon prochain récit est-il en train de vous donner déjà de sacrés frissons? Si au moins!...

    - Lequel? Ma mère, cette Italienne?

    J’éclate de rire...

    Ma Mère cette Italienne Hank Vogel.jpg

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  • Un salaud de bonne moralité (26, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgLe lendemain matin, à la cuisine, je dis à ma mère en m’asseyant à table:

    - Yvette m’a payé trois mois à l’avance comme chez les dresseurs de bourricots... Je peux les garder?

    - Les qui? marmonne-t-elle toute distraite ou plutôt trop concentrée à me préparer un plat, inhabituel pour elle mais mon préféré pour le petit déjeuner. Soit: des œufs brouillés, à la thaï ou à la chinoise, avec de la ciboule, de la coriandre, du gingembre, du piment rouge et quelques grosses gouttes de sauce de soja.

    - Les qui? répète-t-elle.

    - Comme à la régie, je précise.

    Et j’épilogue avec mépris:

    - Les dresseurs de bourricots: les propriétaires bailleurs, ceux qui se lugent sur le dos des moins chanceux et qui les menacent au moindre écart de parcours, ceux que les gouvernements de droite, du centre et de la gauche endormie soutiendront jusqu’à la Trinité...

    - Pourquoi tu en veux à tout le monde, cher Agostino?

    - A ceux qui n’ont pas le sens du partage seulement, chère Maman... Je peux les garder?

    Ma maternelle me sert à manger comme si de rien n’était. Puis elle se penche sur moi et me chuchote à l’oreille:

    - C’est pour aller à Pétra?

    Je saute presque au plafond.

    - Merde, merde, quelle trahison! je m’exclame... Pourquoi faut-il que je parle en dormant et que je dévoile ainsi à Pierre, Paul et aux autres mes plus intimes secrets, codés ou pas?

    - C’est héréditaire et passager, me rassure ma tendre mère. Pourquoi vouloir à tout prix défigurer le bénin? Il n’y a pas le feu au lac que je sache, chanterait notre voisine genevoise.

    - Mon ami l’écrivain croit aux rêves prémonitoires, tu y crois aussi?

    - Aux prémonitions surtout.

    - Je rêve souvent de Pétra. Comme si Dieu ou une force mystérieuse cherchait à... c’est dur à expliquer...

    - Alors vas-y! Je t’offre le billet d’avion...

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  • Un salaud de bonne moralité (25, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgBrusquement, Yvette alias Ivy alias Dieu seul sait comment demain, s’écarte de moi, se lève et, en se rhabillant en toute hâte, me déclare pathétiquement:

    - Je ne suis pas assez bonne pour toi. Mais pas forcément plus nulle que toutes les autres connes. Tu tires ton coup et hop aussitôt prêt à vouloir baiser une autre. Tu es un prédateur sexuel. Tu ne penses qu’à bouffer du cul du matin au soir. Ton unique nourriture spirituelle. Qui t’a violé dans ton enfance pour que tu sois ainsi?

    Étrange déduction, me dis-je. Est-elle abonnée à la revue de psychanalyse pour les poulets trop souvent en panne d’intuition? Ou souhaite-t-elle que je sois sa copie conforme?

    Je m’éjecte du lit et, insensible tel une plaque photographique déjà utilisée, inattendue et bizarre expression, je lui réponds:

    - Pas à ma connaissance. J’étais terriblement naïf quand j’étais petit. Je faisais totalement confiance aux grandes personnes. Et elles ont profité de me circoncire quand je dormais sur mes deux oreilles, dans mon mignon berceau, paraît-il. Mes parents, pourtant chrétiens, ont sans doute dû suivre les conseils troublants d’un rabbin persuasif ou d’un iman menaçant. Ou l’inverse. Je trouve tout cela aussi grave qu’un viol. Et à cause de sombre épisode de mon existence, quand je suis à poil je me sens doublement nu. Tu n’as rien remarqué?

    Elle bondit un pas en arrière, braque ses yeux sur mon sexe et m’avoue presque avec regret:

    - Je suis novice en la matière... Il n’a pas l’air plus biscornu que celui de... d’un autre.

    Et elle rougit, forcément.

    Je m’approche d’elle, je lui caresse le visage, elle se laisse faire, et je lui dis:

    - Je te demande pardon. J’adore fabuler comme j’adore me déguiser en nonne pur jus ou fan de foot américain. Mon âme est actuellement celle d’un vulgaire saltimbanque. Autrefois, elle était celle d’un poète amoureux. Plein d’espoir. De bonnes intentions... Depuis que mon premier amour m’a quitté pour se marier avec le plus hypocrite de mes copains, je refuse de faire deux fois l’amour avec la même personne. C’est plus fort que moi. Plus fort que tout. C’est comme si on m’obligeait à récidiver ou à revenir sur les lieux du crime. Tu me suis?

    Elle sourit puis elle me conseille, ironiquement:

    - Enfile ton pantalon avant que la brigade des mœurs ne te découvre dans cette état.

    - Elle en vu d’autres...

    - Tu devrais écrire des romans policiers, tu sais.

    - En somme, j’ai parlé dans le vide.

    - Si au moins!

    - Plaît-il?

    - Si au moins c’était le cas.

    - Je ne comprends pas

    - Cherche et tu trouveras. Tu as tendance à tout dramatiser pour rien. Baisote comme bon te semble mais ne culpabilise pas. Il y a autant de salopes que de salauds sur terre. Et plus problématiques que toi et moi.

    - La lune ment, je mens, tu mens, nous mentons tous!

    - Pour paraître plus brillants qu’elle...

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  • Un salaud de bonne moralité (24, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgYvette se blottit contre moi et me dit:

    - Désolée, mille excuses! Je ne suis qu’une minable Française à moitié bourbine.

    - Je le sais plus que bien, je confirme.

    - Comment ça? Tu m’espionnes?...

    - C’est moi qui ai pris ton inscription au bureau de la société des étudiants, tu ne t’en souviens pas?

    - Si. Parfaitement bien.

    - Alors?

    - Les mythos ont parfois la mémoire courte, ils déconnent à tout bout de champ.

    - Tu es mythomane?

    - Par moment. Mais ça se soigne d’après mon psy... D’après lui aussi, j’ai dû subir un choc émotionnel à la mort de mon père.

    - Tu l’aimais beaucoup?

    - Plus que ma mère.

    - Je comprends tout.

    - Tu comprends quoi?

    - La laestadienne d’un côté et l’ Écossais alcoolique mais vivant de l’autre...

    - J’ai fantasmé... je me suis rappelé le dernier épisode d’une série finlandaise que j’ai regardé hier soir ou avant-hier à la télé.

    - Cela me prouve clairement et une fois de plus que les médias ont une forte influence sur le comportement de chacun de nous... Et j’ajouterais à titre préventif: pour empêcher ou remédier à tout massacre intellectuel, il n’y qu’un seul remède: l’attention. Être ultra attentif à nos propres faits et gestes!

    - Serais-tu philosophe à tes heures perdues?

    - Pourquoi perdues?

    - Je ne sais pas... Je disais ça comme ça... Pourquoi es-tu ainsi?

    - Ainsi comment?...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (3, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Quel bon vent vous amène, monsieur Vogel? me demande le commissaire.

    - Vous renversez les rôles, monsieur de la peau lisse, je lui réponds avec le sourire au bout des lèvres. C’est vous qui m’avez convoqué et non pas le contraire. Bien que ce contraire est totalement irréalisable voire inexistant dans le monde dans lequel nous espérons évoluer...

    - Rentrez-vous au pays la valise vide ou chargée de revendications?

    - Vous me faites vraiment penser à un personnage d’un tableau de Hugo van der Goes.

    - Au serpent de La chute de l’homme, peut-être?

    - Eh bien! Pour une surprise, c’est une surprise... Mais... mais...

    - Mais?

    - Avant d’occuper ce poste fort confortable, vous étiez soit archiviste à la brigade de la lutte contre le trafic des biens culturels, soit gardien dans un musée tel que le Louvre à Paris ou l’Ermitage à Saint-Pète... soit... soit...

    - Ou encore?

    - Étudiant en historie de l’art à l’université de Fribourg où vous êtes tombé amoureux d’une belle cantinière, fille de flic et non pas fille à papa, qui vous a conseillé et finalement convaincu de marcher sur les traces de son paternel au lieu de courir derrière les filles à poil des peintres flamands...

    - Qui vous a parlé de moi?

    - Personne.

    - Je ne vous crois pas.

    - Alors la CIA, le FSB et le Mossad vu vos origines.

    - Je ne vous crois toujours pas.

    - Vous avez tort.

    - Vous êtes une personne bien inquiétante, bref! Puisque vous semblez tout deviner, savez-vous pourquoi je vous ai demandé de venir?

    - Par courrier officiel! Un coup de fil aurait largement suffit...

    - Le savez-vous?

    - A cause du portrait de sœur jumelle sur internet?...

    Anke Vogel.jpg

    Anke Vogel

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  • Un salaud de bonne moralité (23, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgAprès ses oui, ses non et ses encore agaçants, qui ne servent pour ainsi dire strictement à rien, car quand la flamme est là le feu brûle à merveille pas besoin donc de chercher à le raviver, mes piètres gestes de séducteur amateur et la maigre récompense finale, je demande à Ivy allias Yvette:

    - Ça était? Pas un peu douloureux pour la première fois?

    - Je n’ai rien senti, me répond-t-elle avec fierté.

    - Rien du tout?

    - Un petit chatouillement peut-être. Tout au plus.

    - Es-tu certaine?

    - Pourquoi mentirais-je?

    - En principe... en principe...

    - Je me suis peut-être dévirginisée un jour en me lavant.

    - Ou ton hymen n’a jamais existé...

    - Combien de filles as-tu déflorées jusqu’à maintenant?

    - Je n’en sais rien. Je ne suis ni Madame Gynéco ni Sœur Confesse.

    - Comment ça?

    - Les bonnes femmes sont en principe très muettes avec les mecs sur ce sujet...

    - En principe, en principe! Tu n’as que ce mot à la bouche. Tu me fais vraiment penser à la lune. Oui, à la lune, l’astre qui ment. Eh oui!

    - Explique!

    - Lorsqu’ elle forme un C, on croit qu’elle croît mais elle décroît... Tu es pareil à elle...

    - Et toi, tu me fais songer à sa face cachée.

    - Explique aussi!

    - Combien de passeports possèdes-tu?

    - Je ne vois pas où tu veux en venir.

    - Quatre, trois, deux, un seul ou aucun comme moi?...

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  • Un salaud de bonne moralité (22 à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe me gratte la tête, c’est sans doute mon tic actuel, et je lui réponds:

    - On a sûrement dû te raconter beaucoup de salades sur moi et tu y as cru les doigts dans le nez. Je ne suis pas celui que tu t’imagines. Mon âme frise plus l’énigme que l’anecdote. Mais si tu souhaites que je te dépucelle afin que tu puisses te sentir plus légère, je suis celui qu’il te faut. Est-ce cela cette proposition qui gémit au fond de ta belle et mince gorge et qui a terriblement peur de franchir le seuil de tes pulpeuses lèvres?

    Elle me fustige du regard puis elle m’ordonne presque:

    - Baise-moi sur le champ! Au lieu de frimer tel un ménestrel.

    - Iii... ci? je bafouille.

    - Ici ou ailleurs, où tu veux, mais aujourd’hui.

    Celui qui joue avec le feu risque fort de se brûler le premier, me dis-je.

    Et ni une, ni deux, nous courons à mon... non, à son nouvel appart forcément...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (2, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Montrez-moi la direction et je trouverai le bon chemin, demanda le fils prodige à ses parents.

    Et son père lui conseilla:

    - Prends celui-ci, c’est le moins escarpé.

    L’enfant fit une petite grimace puis il dit à sa mère:

    - Ton mari a choisi pour nous. Mais je ne fais plus partie de vous. Ton silence était plus proche de la vérité que son courageux conseil.

    Choisir! Choisir pour les autres! A la place des autres. Voilà l’incommensurable erreur!

    Choisir, trier, sélectionner, retenir, adopter, aimer mieux, préférer, désigner, distinguer, jeter son dévolu sur, coopter, mandater, plébisciter, se prononcer pour, élire...

    Ainsi fonctionne le cerveau de notre société en général. C’est-à-dire: vous et moi sous l’emprise de notre éducation. Cette éducation maladive et maladroite imbue de pouvoir.

    Tout le monde veut choisir à la place de l’autre, ou presque. Soit: les professeurs trop sûrs d’eux-mêmes. Les politiciens trop attachés à leurs convictions. La flicaille. La presse partisane. Les religieux dépravés. Et tous les autres pékins qui se comportent comme des fascistes, bon gré mal gré...

     

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  • On naît ange, on meurt démon (10, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly retrouve le tea-room de tout à l’heure, s’arrête devant, hésite quelques secondes puis entre. Le décor lui semble différent. Inexplicablement différent. Il s’installe. Près de la sortie. Pour faciliter toute éventuelle fuite. On ne sait jamais!

    La serveuse, l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise s’approche de lui. Subitement, son cœur se met à battre très fort.

    Pourquoi maintenant et non pas la première fois? se demande-t-il.

    La jeune femme sourit puis elle lui dit:

    - Je vous connais, vous savez. Vous êtes parti comme une flèche. En abandonnant tout. Baba au rhum et thé de Chine. Sans rien toucher. Mais la maison ne vous en pas pour autant. Bien qu’elle a horreur du gaspillage. Et c’est combattre ce fléau qu’elle vous a gardé votre baba. Uniquement le baba. Le thé réchauffé, on n’aime pas ça ici. Qu’en pensez-vous?

    - Je trouve que c’est sympathique de votre part, répond l’ex prisonnier. Surtout que j’adore le baba au rhum.

    - Je vous l’apporte alors?

    - C’est une excellente idée...

    - Et avec ça? Un thé de Chine?

    - Un jus de fruit pour changer.

    - Abricot, pêche, poire ou mangue?

    - Mangue.

    - OK!

    Et elle se retire.

    Charly est tout agité. Intérieurement agité. Extérieurement, ça ne se voit pas, tout parait normal.

    Elle s’est souvenu de moi, se dit-il. C’est bon signe. J’ai peut-être une chance. Mais que dire, que faire?

    La serveuse réapparaît. Encore plus troublante. Encore plus désirable. Elle est toute joyeuse, toute décontractée. Elle dépose le tout sur la table puis elle lance:

    - Vous n’avez pas l’air d’ici. Vous êtes diplomate? Journaliste?

    Charly se sent flatté. Surévalué. C’est prometteur. Très prometteur. Alors il décide de mentir. Non, d’inventer. Et il avance:

    - Je suis un homme d’affaires. J’achète, je vends, je revends des maisons, des tableaux, des œuvres d’art...

    - Vous n’en avez pas l’air.

    - C’est pourtant la vérité. Vous ne me croyez pas?

    - Si. Mais vous me faites penser plus à quelqu’un qui se ronge l’esprit qu’à quelqu’un qui calcule ou qui marchande.

    - En effet, je sais pas calculer ni marchander, c’est ma secrétaire qui se charge de ça à ma place.

    - Comment c’est possible?

    - C’est très possible mais c’est long à expliquer. Si vous le désirez, je pourrai tout vous dévoiler un de ces prochains jours. Ailleurs mais pas ici.

    - Je vois, dit-elle avec un sourire au bout des lèvres et s’éloigne pour aller servir un autre client.

    Charly est satisfait, il a lancé le premier hameçon. Mais il lui reste le plus dur à faire: être convaincant. Être convaincant comme un marchand de tableau ou de tapis. Et il le sait. Et il sait aussi qu’il est incapable de convaincre qui que ce soit pour quoi que ce soit. C’est sa grande faiblesse. Faiblesse qui l’a conduit déjà en prison. Cette satisfaction ne dure donc que quelques minutes, le temps d’une maigre vanité...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (1, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout crime s’explique! Est élucidé! C’est ce que l’on prétend officiellement dans certains voire la plupart des pays démocratiques et dits transparents. Mais la réalité est toute autre, partout.

    A cheval entre le vrai et le faux, une énigme policière nous plonge souvent dans l’univers du calcul infinitésimal, marmonnerait un mathématicien obsédé par l’algèbre et la géométrie, en pianotant sur sa calculette.

    Ou!

    Elle nous force à nous rendre à l’auberge du Seigneur la plus proche afin que Jésus nous vienne en aide, crierait du haut de sa chaire un évangéliste assoiffé de vérité.

    Bref! D’après les statistiques du FBI, aux États-Unis forcément, en 2017:

    Sur 100 meurtriers, 38 courent toujours.
    Sur 100 violeurs, 65 rodent toujours.

    Et je passe à la trappe les agresseurs violents, les flics racistes envers les noirs, les cambrioleurs et les voleurs de voiture(s).

    Nous vivons donc dans un monde dangereux. Les gens sont dangereux. Vous êtes dangereux. Et je le suis certainement plus que vous.

    D’où mon histoire...

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  • Un salaud de bonne moralité (21, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgUn long silence. On se croirait dans un salle d’interrogatoire malgré le brouhaha habituel du lieu. Une étrange salle, lumineuse. Sur une autre planète. Où les coupables et les victimes s’unissent, plaident et finissent toujours par s’embrasser voire plus... Loin des bourreaux étatiques et du spectre du cahot.

    - Il faut que je t’avoue quelque chose, me dit Yvette.

    - Moi aussi.

    - Moi d’abord.

    - Bien entendu.

    - Je constate quand même que tu as une certaine moralité inqualifiable mais digne d’un brave garçon...

    - Vas droit au but!

    - Je sais, tourner autour du pot c’est ma spécialité favorite. C’est dû à ma farouche timidité. D’après les membres de ma communauté. Mais en vérité...

    - Quelle communauté?

    - Je suis finlandaise et laestadienne. Mais en vérité...

    - Je comprends maintenant pourquoi tu ne bois jamais d’alcool...

    - En vérité, je ne m’appelle pas Yvette mais Ivy. Mon père, nous a quittées, ma mère et moi, quand j’avais six ans.

    - Il est mort?

    - Non, il est plus que vivant. En bonne santé. Et en parfait travailleur écossais, il adore se saouler au whisky et faire la fête tous les vendredis soirs.

    - Tu as honte de lui?

    - Au contraire. J’aimerais tant lui ressembler, me comporter comme lui, ou presque. Malheureusement, je n’y arrive pas... Äiti... äiti...

    - Pardon?

    - Maman a une telle emprise sur moi que dès que je m’apprête à prendre la moindre décision, plus ou moins sérieuse, sans elle, sans son consentement, j’ai aussitôt l’impression d’avoir commis un péché.

    - Je vois, je vois, je vois!

    - Tu vois quoi?...

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  • Un salaud de bonne moralité (20, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Jésus Marie! Continue, ça commence à m’exciter...

    - Pendant que les politicards et les échotiers rabâchent les mêmes discours minables et les éternelles polémiques, les rien-à-foutre se divertissent comme des fous. A quoi bon s’intéresser aux autres si ces autres sont pires que nous, pensent-ils en... en... en...

    - En faisant quoi?

    - Tout et n’importe quoi.

    - Estu preciza mia amiko!

    - Tu es espagnole?

    - Non, écossaise... une Écossaise qui adore l’espéranto.

    - Ça alors!... La langue des anges, que je suis distrait!

    - Tu m’as comprise?

    - Forcément, j’ai vécu avec eux toute mon enfance.

    - Prouve-le moi, traduis-moi ce que je t’ai dit.

    - Sois précis mon ami!... Je suis fort, n’est-ce pas?

    - Facile, ça ressemble tellement à un dialecte des Conchita. Que j’apprécie d’ailleurs...

    - Sais-tu que je ne me suis pas encore tapé de Gaélique comme toi?

    - Et après?

    - Après quoi?

    - Tu fais quoi avec India? Tu l’accompagnes simplement? Rien d’autre?...

    - Nous dansons, nous stimulons, nous encourageons les novices, présents pour la première fois, à nous imiter...

    - Ce sont qui ces novices?

    - Des avocats déçus, des juges ratés, des inspecteurs de police corrompus, des banquiers prêts à se ruiner, des fils à papa à la poursuite d’un vrai père, des secrétaires de direction insatisfaites de leur patron, des putes de luxe qui rêvent de se caser avec un connard fortuné, des curieuses semblables à toi et des branleurs identiques à moi. Entre autres!...

    - Tous déguisés? Et en quoi?

    - Tous, sans exception! Comme en démocratie. Le sexe pour tous, tous pour le sexe!... En nonne ou en gardien de la paix.

    - Et... pour quelle raison doivent-ils vous imiter, ces braves gens?

    - Parce que personne n’arrive du premier coup à se comporter exactement comme un gendarme en délire ou comme une religieuse consentante.

    - C’est une blague?

    - Par du tout, c’est la pure vérité. Triste pour les uns, amusante pour les autres.

    - En résumé, visuellement parlant, vous faites des galipettes devant des inconnus. Ton amie, la pute, déguisée en nonne et toi en flic...

    - Le contraire, India en commissaire pourri et moi en bonne sœur.

    - Pas possible! De mieux en mieux... Elle te baise et tu acceptes ça?

    - C’est un jeu. Nous faisons semblant. Nous stimulons... Comme les enseignants... Tu as déjà vu ton prof de gym monter deux fois de suite à la corde? Le mien, à part qu’il savait à merveille siffler et guigner à travers les vasistas des douches, il était incapable de nous montrer correctement le moindre exercice. Au moins India et moi, nous nous forçons, l’espace d’un bref et émouvant instant, d’entrer dans la peau de notre personnage. Pour convaincre. Donner envie de se surpasser, de se déconditionner. Mettre un terme à, tirer un trait sur, abolir enfin l’esclavage intellectuel...

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  • Un salaud de bonne moralité (19, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Pour l'incroyablement vrai.

    - Ce qui signifie?

    - La vérité incroyable.

    - Explique!

    La transparence serait sans aucun doute bénéfique en politique et pour les affaires mais aucunement avant les préliminaires amoureux, le plus sincère risquerait de passer soit pour petit prétentieux soit pour un grand naïf, me dis-je. Alors, je me lance l’âme sereine, pareille à celle d’un démon totalement décomplexé:

    - India, une demi-mondaine de mère en fille qui, entre parenthèses, rend parfois service aux dépravés de la mondaine, fait appel à moi quand la réalité dépasse sa fiction. Je précise sa fiction. S, a, comme société anonyme. Elle plus son ombre, ça fait toujours un, une. Non?

    - Est-ce une devinette? me demande-t-elle en se grattant la tête, toute paumée.

    - Loin de là.

    - Je ne comprends rien à ta présumée histoire.

    - Ce n’était qu’un prélude, le prélude à des événements peu communs, quasi absurdes...

    - Pour un fois, cher Agostino, descends de ton échafaudage d’architecte et sois terre à terre...

    - OK, OK!... J’accompagne India à des soirées déguisées. Des soirées très particulières où la lune est la seule à rougir et les étoiles à s’inquiéter...

    - Jésus Marie! Continue, ça commence à m’exciter...

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  • On naît ange, on meurt démon (9, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly se lève. Quitte son petit appartement, un studio. Et part à la conquête de son âme sœur, de son éventuelle moitié. Cette moitié trop fréquemment doublée. Il part tel un collégien envoûté par un parfum de femme.

    - Les femmes sentent bon, murmure-t-il.

    Avant, là-bas dans l’enfer des hommes, ça sentait la désinfection. Le chloroforme, l’alcool ou quelque chose comme ça. Comme à l’hôpital, presque. La femme n’existait qu’en image, en photo. En noir et blanc ou en couleur. Dans toutes sortes de positions. Des positions étudiées. Diaboliquement étudiées. Pour plonger l’homme dans l’univers de l’amour solitaire et terriblement mécanique.

    Charly se prépare. Intérieurement. Psychologiquement. Comment faire le premier pas? Ce pas si important, si décisif. A partir duquel tout s’emboîte, se joue. Où l’orientation se trace...

    - Restons calmes, bougonne-t-il. Pas d’affolement. La sérénité la plus totale.

    Il se prépare également extérieurement. En marchant, il se donne un coup de peigne. Range le col de sa chemise. Les apparences! Elles sont si souvent si trompeuses mais enfin... elles participent activement à l’échafaudage d’une relation. Elles sont la carte de visite, le laisser-passer pour un voyage relationnel. On ouvre toutes grandes les portes ou l’on dresse des murs, une muraille.

    Merde! j’aurais dû mettre une cravate, réaliste-t-il... Et puis zut! Ce serait ridicule si tout dépendait d’un petit nœud. C’est pourtant couramment le cas. L’homme est contradictoire. C’est l’animal le plus absurde. Le plus cruel aussi.

    Charly retrouve le tea-room de tout à l’heure, s’arrête devant, hésite quelques secondes puis entre. Le décor lui semble différent. Inexplicablement différent...

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  • Un salaud de bonne moralité (18, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgYvette rougit.

    On me l’a souvent décrite, et j’ai pu parfois le constater aussi, comme une fille angoissée, complexée, confuse, craintive, douteuse, effrayée, embarrassée, floue, gauche, hésitante, indécise, indéfinie, pusillanime, timide, timorée, vague, vaporeuse... Tant d’adjectifs pour décrire la même personne dans un ou des états qui échappent totalement à notre entendement. Mais rien n’est figé pour l’éternité excepté la pierre... et encore! elle s’effrite avec le temps. Le temps? Le plus grand des farceurs après Dieu.

    - Tu n’avais pas quelque chose à me proposer? je demande à Yvette, après cette étrange et inopinée réflexion.

    - Sssss...si, siffle-t-elle.

    - Alors?

    Face aux trop vertueuses et aux dévergondées, je crains souvent le pire. C’est-à-dire: perdre pied et me noyer dans les eaux salées de leur féminité, extrême. Suis-je un macho en chute libre?

    - Alors? je répète.

    Ses yeux se mettent fortement à briller puis, avec une rage digne d’une sorcière innocente qui vient tout juste d’être condamnée aux flammes de l’enfer, elle me crache à la figure:

    - Tu es comme mon père, mes frères et tous les autres... incapable d’admettre l’inhabituel sans le salir. Au lieu de faire un pas en avant pour me venir en aide ou me comprendre tout simplement, non, tu préfères en faire deux en arrière afin de ne pas décamper de ta rassurante médiocrité.

    Je tombe des nues.

    - Pourrais-tu l’admettre pour une fois? me demande-t-elle en se frottant l’œil droit.

    - Excuse-moi mais j’ai déraillé, je suis hors course, je lui réponds.

    - Cesse de m’humilier en m’auscultant du regard tel un antiquaire blasé, je ne suis nullement un objet cassé, une infirme, et décide-toi enfin de me séduire comme toutes les autres. Nue, je suis peut-être plus excitante que la plus voluptueuse de tes prostituées. Au fait, il est vrai que tu te tapes également des putes?

    Je n’ai rien à perdre mais probablement tout à gagner. J’avoue donc.

    - Régulièrement? insiste-elle sur cette délicate question très intime voire secrète.

    - Épisodiquement, je minimise.

    - Pourquoi?

    - Pour l'incroyablement vrai.

    - Ce qui signifie?

    - La vérité incroyable.

    - Explique...

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  • On naît ange, on meurt démon (8, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLe plafond l’invite à un voyage dans l’imaginaire.

    - Bon sang qu’il est blanc, murmure-t-il.

    Son esprit a bondi en arrière. Il s’est laissé séduire par le jeu mécanique des comparaisons.

    Le plafond insiste. Il adore absorber les énergies poétiques.

    Je suis libre, pense Charly... Où aller? Que faire!

    Le jeune homme n’est pas pauvre; il y a deux ans de cela, il a touché une grosse somme d’argent. Un bel héritage.

    Il faut que je rattrape le temps perdu, le temps volé, se dit-il. Il faut que je jouisse au maximum des plaisirs de la vie. Par les yeux. Par la bouche. Par les mains. Par le sexe.

    Il s’imagine déjà... Accompagné. Ou dans les bras d’un belle blonde. Comme l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise du tea-room. Pourquoi pas? Elle a un corps sublime. Taillé par un sculpteur de génie. Un dieu plus artiste que psychologue. Un dieu joueur. Un dieu provocateur.

    Le plafond est blanc et vide. Semblable à l’existence de Charly.

    Il faut que je me trouve une compagne, une complice, une victime consentante, se dit-il, alors pourquoi pas elle?

    Il faut, il faut, il faut... que de désirs, légitimes! Les salauds! Ses bourreaux sont intarissables. Quand disparaîtront-ils? Une fois pour toutes?

    - Bientôt, bientôt! crie l’espérance...

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