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  • Un salaud de bonne moralité (6, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgQu’ont-ils ces mousquetaires à vouloir m’enfermer dans un moule et en l’honneur de quel roi digne de confiance, il n’est pas encore né? me dis-je le soir, couché dans mon lit douillet. Douillet, grâce à Dieu! Ou plutôt à mes vieux! Je dois le reconnaître... Dès ma naissance, on a essayé de transformer ma petite cervelle de révolté, onto ou phylogénétique selon les heures, en une sorte d’éponge à vaisselle, douce et parfaitement absorbante. Hélas pour les notables et tant mieux pour moi, personne n’a réussi un tel exploit! Parents, oncles, tantes, maîtresses, belles et moches, professeurs, employeurs occasionnels, voire même des camarades d’université, surtout parmi les politisés et les plus bourges, ils m’ont tous saoulé avec leurs idées souvent contradictoires et leurs conseils à la mords-moi le nœud. Pour qui se prennent-ils, ces singes nourris aux cacahouètes sucrées? Pour des êtres sublimes sortis tout droit et debout de la cuisse de Jupiter? Certains, les chiants, prônent la liberté aux aurores et la tue au crépuscule en créant des règles ou des lois la concernant. Et les autres, les chiards applaudissent et les constipés se taisent et encaissent. Il y va de même avec l’amour du prochain, l’égalité des sexes et le respect envers l’animal. Quelle société de faux-culs et de pommés!

    Et je m’endors...

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  • Un salaud de bonne moralité (5, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Blasphème! s’écrie l’abbé du quartier.

    - Il insulte, il critique par désespoir, temporise le réformateur. Peut-on revenir à ces mais avant qu’ils ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé?... Qui cherches-tu à protéger, mon garçon? Ou... ou...

    - Ou?

    - A dévoiler de si horrible... Mon collègue apostolique et moi, nous n’avons rien à nous reprocher. Strictement rien à cacher... Malgré nos toutes petites différences philosophiques, nous luttons souvent la main dans la main pour les mêmes bonnes causes. Si nous sommes ici, aujourd’hui, c’est tout simplement pour t’aider à mieux te... à mieux gérer tes affaires. Tu as deux bons chemins devant toi, s’il te plaît, ne choisis pas un troisième qui risque de te mener nulle part voire droit dans le mur. Pour l’amour du Ciel! Et... et...

    - Et?

    - Et par la suite, poursuit le catho, tu auras droit à un beau passeport et un bon travail.

    - En somme, dis-je caustiquement, le sourire aux lèvres, les marchands du temple persistent et signent.

    Outrés, les deux hommes du Bon Dieu se lèvent d’un bond et prennent la fuite.

    Ma mère éclate en sanglots.

    Mon père me foudroie du regard et me crache au visage:

    - Tu gâches toujours tout, tu es le diable en personne...

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  • Un salaud de bonne moralité (4, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJ’inspire et expire profondément. Puis, après dix secondes de concentration, je déclare:

    - Avant que les mais ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse... Il y a fort longtemps, lors d’une remise officielle d’un prix littéraire à laquelle j’étais convié, dans un lieu typiquement bourgeois, bourré d’illustres professeurs d’université, d’académiciens, de dignitaires tous azimuts et d’autres personnalités imbues d’elles-mêmes, mon écrivain préféré, et l’amant de ma meilleure amie, me chuchota à l’oreille: pour ne rien te cacher camarade, je suis devenu intelligent non pas en lisant... mais en écrivant. Ce petit silence entre lire et écrire voulait sûrement insinuer: les conneries de ces grands connards. Puis il m’expliqua aisément: car quand j’utilise ma plume, je médite, je plonge, je vais ou j’essaie d’aller au fond des choses. Par contre quand je lis, je reste en surface, je stagne, je fais la planche ou je nage, je nageote... souvent comme une vieille grenouille pressée de s’accrocher à une branche égarée et pourrie... Et depuis cette soirée-là, chaque fois que je doute de moi ou que je me sens perdu, ces ou ses paroles me viennent rapidement à l’esprit. Je remercie vivement cet homme. Fin de la parenthèse!...

    - Lui qui? s’inquiète ma chère maman. Quel genre d’écrivain est-ce?

    - De gauche, d’extrême droite ou anarchiste? rajoute mon cher papa, tout terrifié... Et notre Seigneur Jésus-Christ, tu ne le remercies pas? Il s’est laissé crucifier pour nous, pour nous sauver...

    - Du calme, mes très chers parents! Vos convictions ne sont pas les miennes et me pousser comme un condamné à mort vers le poteau d’exécution, tel que vous le faites, ne me fera pas changer d’avis. Certes, enfant, j’adorais aller à l’école du dimanche. Écouter les belles histoires sur Esther, Marie Madeleine, Marie, Joseph et l’autre Jojo jeté dans un puits sec ou boueux. Je m’en souviens plus très bien. C’était passionnant. Très passionnant. Mais après, adolescent, tout le reste ne valait que dalle. Les serments, les chants et les prières, c’est du pipeau. Du pipi de chameau!

    - Blasphème! s’écrie l’abbé du quartier.

    - Il insulte, il critique par désespoir, temporise le réformateur. Peut-on revenir à ces mais avant qu’ils ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé?...

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