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  • L'avaleuse de livres (43, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgLangoureux baiser où nous mènes-tu?

    Après tout acte amoureux toute déclaration est superflue. Mais souvent hors de propos. Que faire alors? On rote et on pète bien après un dîner d’affaire, non?

    - Au fait, comment dois-je t’appeler, Lilit ou Denisa? je lui demande.

    - Selon ton humeur ou ton humour du moment, me répond-t-elle toute joyeuse.

    - Et au fait, pour en finir avec les au fait, qu’est-ce que tu fabriques dans la vie à part avaler des livres comme prétend ma cheffe?

    - Elle t’a répété ça, la gouine? Cela ne m’étonne pas d’elle. C’est moi qui lui ai parlé de ma dépendance à la littérature, aux récits romanesques...

    - Mieux vaut ça... que d’être alcoolique ou droguée...

    - C’est pire.

    - Pire?

    - Oui, pire.

    - Comment ça?

    - Parce que tous les abrutis de psys pensent le contraire. En tout cas tous ceux je connais. Donc, donc et donc... pas moyen de trouver remède, même en suppliant ou en priant.

    - Tu es sérieuse ou tu te moques de moi?

    - Je plaisante à moitié.

    - Telle Denisa, telle Lilit!

    - Tu trouves vraiment que je n’ai pas changé?

    - Aussi mutine qu’auparavant...

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  • L'avaleuse de livres (42, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgComme décidé, Lilit règle la note et nous quittons le Santa Fe.

    A un cinquante de mètres du restaurant, il y a un banc. Nous nous asseyons. L’un à coté de l’autre. Pas trop près. Face à la mer. Plus noire, plus inquiétante que jamais. Ses flux et reflux aiguisent mon appréhension. Tels les battements de cœur d’un monstre prêt à me dévorer. Pour le plaisir. Quel monstre? Quel plaisir?

    La peur est là dans toute sa gloire. Victorieuse à l’extrême. Avec toute son armée. Tous ses généraux et ses incalculables petits soldats déguisés en affolements, frayeurs, frissons, paniques et autres phobies.

    Tout à coup, Denisa se colle à moi et pose ses lèvres sur les miennes.

    L’héroïne prend la fuite aussitôt. Lâchée en une fraction de seconde par ses fidèles.

    Alors nos bouches n’hésitent pas un seul instant à faire connaissance. Plus amples et profondes connaissances que d’habitude. Les mots et les phrases ont donc cédé leur place aux mouvements et à la fluidité de la langue.

    Langoureux baiser où nous mènes-tu?...

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  • L'avaleuse de livres (41, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgStop! Impossible d’absorber quoi que ce soit de plus. J’en ai pris plein l’estomac. Plein la cervelle. Émotion sur sensation sur émotion sur sensation!

    - On paye? Je suis saturé, dis-je avec agacement.

    - Saturé? Saturé de quoi? me demande Lilit, toute étonnée.

    - De tout et de rien.

    - Tu n’aimes pas la fondue?

    - Il ne s’agit pas de ça.

    - De quoi alors?

    - J’ai besoin de voir la mer.

    - Il te suffit de tourner la tête.

    - Pour toi tout est facile, vite réglé.

    - Qu’y a-t-il Ivan, tu es déçu de nos retrouvailles?

    - Je ne sais pas, je me sens tout bizarre...

    Illico presto, je me lève, je cours aux latrines et je vomis presque mon âme.

    Ciel que le corps et l’esprit sont si soudés!....

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  • L'avaleuse de livres (40, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpgDenisa alias Lilit me sourit. Puis elle me dit:

    - Il n’ y a que les montagnes qui ne changent pas. Les photographies jaunissent, rosissent, palissent et s’éclipsent quand elle sont de très mauvaise qualité. Et nos plus beaux souvenirs ne sont que des images que nous préservons contre l’usure du temps en les remuant sans cesse dans notre tête. Nous les embellissons souvent, probablement, de peur qu’elles disparaissent.  À tort ou à raison? Notre sensibilité est notre seul juge. Suis-je faible? Suis-je forte? Je suis ce que je suis. Le jugement de l’autre m’importe peu ou guère. Car il n’est ni mon miroir ni mon guide. Et les guides, je ne sais qu’en faire, à part ceux des hauts sommets, il y va de soi pour une grimpeuse comme moi.

    Mon cœur se met à palpiter comme un fou.

    - Le verbe serait-il plus puissant l’image? je murmure.

    J’ai envie de pleurer. Malencontreusement mes larmes sont sèches. Forcées à l’être par éducation. Mon éducation. Malmenée.

    Alors je répète:

    - Oui, c’est toi.

    Et j’ajoute:

    - Jusqu’aux entrailles...

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  • L'avaleuse de livres (39, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Elle était rousse et sa rousseur dérangeait quelqu’un qui considérait que le roux était destiné aux sorcières et aux prostituées.

    - Peut-être.

    - Non, pas peut-être mais certainement.

    - Je n’en suis pas convaincu.

    - Moi, si!

    - Qu’est-ce qui te pousse à l’être?

    - C’était moi.

    - Toi qui?

    - Cette espiègle qui t’a marqué pour toujours selon toi.

    - Tu plaisantes?

    - Non, Ivan Kurkunov, c’est la vérité.

    - Impossible, elle s’appelait...

    - Denisa Belova... C’est moi. C’était moi. Mes parents adoptifs ont souhaité que je change de prénom et que je prenne leur nom de famille.

    Merde alors! Dieu est vraiment un sacré farceur. Plein de subtiles intentions. Tantôt douces, tantôt salées. On dirait qu’il nous cuisine à sa guide, selon son humeur.

    - C’est toi, vraiment toi? je lui demande, profondément ému, bouleversé, à la fois content et déçu de moi-même... Oui, c’est toi... Mais comment est-ce possible que je ne t’ai pas reconnue tout de suite?

    Denisa alias Lilit me sourit. Puis elle me dit:...

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  • L'avaleuse de livres (38, à suivre)

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    Hank Vogel, L'avaleuse de livres.jpg- Tu l’as aimé? je lui demande.

    - Je l’aime encore, me répond-t-elle en me foudroyant du regard.

    Puissante et bouleversante expression! Aucune fille, aucune femme ne m’a regardé auparavant avec une telle intensité. Suis-je ce galopin frimeur qu’elle a coudoyé dans ce fabuleux jardin sans barrières ni pancartes? Ma mémoire s’est-elle insurgé contre ses nobles et propres obligations? Les brumes du passé nous empêchent-elles parfois d’apercevoir le passé lui-même?

    - Ton anecdote m’a dérangé et me dérange encore, je lui avoue curieusement... Car quand j’étais gosse, j’ai connu une adorable gamine qui m’a marqué à jamais.

    - Blonde, brune, noiraude, rousse, mince, grosse? me sonde-t-elle.

    - Difficile de préciser, on lui colorait souvent les cheveux. Tantôt en blond foncé, tantôt en noir ou presque...

    - Pourquoi?

    - Je l’ignore.

    - Elle était rousse et sa rousseur dérangeait quelqu’un qui considérait que le roux était destiné aux sorcières et aux prostituées.

    - Peut-être.

    - Non, pas peut-être mais certainement.

    - Je n’en suis pas convaincu.

    - Moi, si!

    - Qu’est-ce qui te pousse à l’être?...

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