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  • Les pommes et l'arbalète (14, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpg- Je sais que depuis la création ou la mise en route du taux d’intérêt négatif dans nos bleds, vous n’aimez plus ces palaces à combines et leurs chasseurs.

    - Eh bien, mon cher Guglielmo, je vais vous surprendre. En vérité, je n’ai jamais aimé les banquiers. Pour deux raisons bien précises. La première, parce que leur philosophie est anti-chrétienne donc contraire à la mienne. Car, pour moi, un vrai chrétien donne ou prête sans la moindre récompense en retour. La deuxième, parce qu’on peut devenir milliardaire sans devoir passer par cette bande d'éternels endimanchés. Ma fortune, je l’ai faite à la sueur de mon front et non pas en pianotant sur le clavier de mon ordinateur...

    - Et, aussi, grâce aux compétences de vos affables employés, ajoute Roby. Comme Gugus, par exemple.

    - Gugus? C’est qui ce con?

    - C’est moi, monsieur Vogelstein.

    - Mais qui donc vous a attribué un pareil sobriquet? me demande-t-il avec une mine faussement navrée.

    - L’autre con, dit Roby.

    Dix secondes de mutisme général. Seigneur! Que cela peut paraître parfois terriblement long et déstabilisant!

    Subitement le diable reprend du galon ou, pour être plus précis, les retrouve après sa pause inhabituelle dans les sphères biscornues du mal et du mal et déclare par le truchement de la voix de mon mandarin:

    - L’homme n’est ni blanc ni noir. Il est gris. Gris comme la poussière qui se balade sous mon lit quand ma femme de ménage se balade ailleurs... Vous me suivez?...

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  • Les pommes et l'arbalète (13, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgRoby et moi, nous nous grattons la tête. Chacun la sienne, il y va de soi. Car nous ne sommes pas des singes dans jardin zoologique mais presque vu la situation bizarroïde dans laquelle nous nous trouvons. Difficile d’expliquer l'inexplicable. Et cela irrite les neurones chargés de la compréhension dans son ensemble. En tout cas les miens, farouches défenseurs également de la liberté de penser et d’agir. De penser certainement. D’agir, ce l’est un peu moins. C’est plus compliqué, dramatique. N’ont-ils pas été déformés, estropié, pollués par les interdits et les abus éducatifs?...

    - Alors, messieurs, ça vient? répète le riche personnage.

    Un silence surréaliste plane dans la pièce.

    - Guglielmo Tello, mon meilleur ingénieur au service de la recherche, cessez de philosopher sur vos cacas nerveux et lancez-vous comme ces fous du volant et ces surexcités de la raquette que l’on glorifie à la télé à longueur d’année faute de vrais intellos amusants... oui, osez, lancez-vous dans le monde de l’imaginaire, me conseille-t-il d’une voix quasi paternelle.

    - Il doit donc se loger ailleurs que sur les étagères de ce monstrueux meuble, ce foutu fruit défendu, n’est-ce pas? je réponds.

    - Vous n’êtes pas loin du but. Bien que le terme défendu ne soit pas approprié...

    - Mais c’est quoi pour un fromage tout ça? Bon Dieu! s’énerve Roby. Ça fait une heure que je crève de soif et je constate que vous ne tenez vos promesses comme la plupart des nababs de votre genre. Vous n’avez qu’à le baptiser comme votre nom, ce maudit trognon!

    Alfred Vogelstein est aux anges. Malgré ces propos insultants.

    - Il a raison mon camarade de combat, dis-je. Mais! Comme vous aimez les bien que... une Stein en plus sur le marché serait de trop et...

    - Pourquoi?

    - Parce qu’il y a déjà la Gravenstein et celle de Steinseltz.

    - Et alors?

    - Qui dit Stein dit Berg...

    - Alors appelez-la Boule de Tell! propose Roby tout emballé.

    - C’est bon pour la Suisse, son chocolat, ses montres et ses banques, je talonne... Bien que, une fois encore...

    - Bien que?...

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  • Les pommes et l'arbalète (12, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgVogelstein frappe dans ses mains et c’est de nouveau le miracle!

    J’espère que c’est le second et non pas le deuxième, me dis-je en pensant à mon cœur.

    - Une armoire qui sort de la terre, je n’ai jamais vu ça, bégaye Roby.

    Une fois le meuble fixe, mon patron se met à siffler un air proche de la Marseillaise et, l’une après l’autre, de petites casses s’ouvrent mystérieusement laissant apparaître ainsi des fruits en faïence et en bois. Tel un calendrier de l’Avent mécanique, manœuvré par une main invisible.

    - C’est ma collection de pommes, explique mon patron. Toutes les pommes de la terre, à ne pas confondre avec pommes de terre, sont là. Toutes les variétés. De l’Akane du Japon à la Winston d’Angleterre. Elles sont toutes présentes, sculptées ou modelées pour l’éternité. L’Arlet, les Baguettes, les Belles, la Borowinka, la Fuji, les Golden, les Reinettes, la McIntosh, la Rhode Island Greening, la Sans Pareil de Peasgood, la Vanda, la William's Pride des USA et cetera, et cetera... et...

    - La poire, murmure Roby.

    - Non, pas elle! Pas cette enfant de Pyrus qui me rappelle les fesses brûlantes de ma secrétaire!

    - C’est une devinette? je demande.

    - Si l’on veut! répond Vogelstein avec un sourire jusqu’aux oreilles... Alors, messieurs, ça vient? Il s’agit de ma préférée...

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  • Les pommes et l'arbalète (11, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpg- C’est architectural, colossal, éléphantesque, gigantesque, impressionnant, monumental, mais rien n’est plus sublime que le désert, je répond franchement mais avec froideur face ce décor inhabituel, excentrique.

    Et je poursuis aussitôt:

    - Votre villa, trop moderne à mon goût, me semble un peu perdue en plein milieu d’un immense jardin public privatisé anti socialement clôturé...

    Petite tape amicale sur mon épaule. Amicale, vraiment? J’en doute. Vogelstein cache bien son jeu. C’est quelqu’un de rusé. Un homme d’affaire. Très subtil et très malin. Je dirais même une sorte de ministre des affaires étrangères au service de la sphère privée. La sienne bien entendu.

    - Si on allait boire un bon jus de pomme pour se rafraîchir les idées? lance-t-il.

    Rafraîchir ou laver? Dans quel intérêt? Et de quelles pommes s’agit-il? Le sien et les siennes, forcément...

    Et, comme deux chiens égarés, sans collier, Roby et moi, nous suivons aveuglément l’imprévisible molosse.

    Les portes s’ouvrent et se referment au gré des valmuefrø et autres mots de passe chuchotés pour des raisons de sécurité.

    Et, et, et...

    Nous nous trouvons au saint des saints de la demeure sacrée d’Alfred Vogelstein, chef d’entreprise, le président-directeur général de la boîte pour laquelle je transpire, été comme hiver, comme je vous l’ai déjà signalé. Superficiellement pour le moment...

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  • Les pommes et l'arbalète (10, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgEt après une heure dans une limousine conduite par un chauffeur qui ressemble plus à un robot qu’à un domestique terrorisé, nous voilà devant l'immense portail du domaine secondaire de l’esclavagiste que j’ai dû choisir par nécessité vitale.

    - Valmuefrø, ouvre-toi! prononce Vogelstein.

    Et le rideau de fer, installé par une firme championne dans le domaine de la sécurité internationale, glisse musicalement sous yeux. Et c’est le miracle!

    - Merde alors! s’exclame Roby. C’est cent fois plus beau que le Matterhorn transformé en hôtel de luxe et en appartements réservés aux riches...

    - Mille fois plus démocratique que le Palais fédéral quand les parlementaires sont en vacances, j’ajoute ironiquement.

    - C’est grandiose, n’est-ce pas? Vous aimez? nous demande son propriétaire...

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  • Les pommes et l'arbalète (9, à suivre)

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    Les pommes et l'arbalète de Hank Vogel.jpgDeus ex machina! Vu l’impasse due à la situation non espérée. Vogelstein entre dans le boui-boui.

    - Vous là, l’employé modèle? crie-il presque en me voyant.

    - Oui lui, celui qui permet à son négrier de se bronzer toute l’année au pays des cocotiers, répond à ma place Roby, d’un ton moqueur.

    Mon patron s’approche de nous et, furieux, il lui dit:

    - Un mot de plus qui rappelle la traite des noirs, par conséquent en fait l’apologie, et je vous dénonce à la police pour racisme aggravé.

    - Ho, ho! Tout doux! On n’est pas chez les Frouzes ici, à l’époque des tordus et des écorchés vifs...

    - C’est mon boss, je murmure à l’oreille de mon ami.

    Alors? Faut-il pendre la chose au sérieux ou à la légère? Tout dépend de la culture ou, pour un généticien acharné, des gènes des uns et des autres. Ce n’est pas facile, la vie! Et encore moins les relations humaines. Mais pour la première fois depuis que l’humanité existe, le diable décide de se comporter en bon samaritain.

    - Et si on se la jouait à la suisse? propose Vogelstein.

    - À la neutre, je précise. Pas de gagnant, pas de perdant, que des satisfaits.

    - OK!

    Et les deux hommes se serrent la main.

    Puis avec le sourire exceptionnel d’un promoteur immobilier, Alfred Vogelstein nous dit avec exaltation:

    - Quittons cet endroit lugubre aux odeurs incertaines et dévastatrices! J’ai un domaine unique à vous faire visiter où la beauté du décor se conjugue avec la pureté de l’air. Venez, mes chers amis, la splendeur helvétique nous attend!...

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  • Les pommes et l'arbalète (8, à suivre)

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    Hank Vogel, les pommes et l'arbalète .jpgUne minute de silence. Inattendue et nullement imposée par les officiels aux heures creuses de l’histoire. Où tout peut basculer après, soit dans l’horreur soit dans la grâce. Il suffit parfois d’un minuscule grain de sable pour que la machine la plus sophistiquée sur le plan sécuritaire au monde s’arrête brusquement et c’est la catastrophe. Le chaos ou le grand saut dans l’inconnu...

    - Tu as l’air bien songeur, Tella, me dit Roby.

    - Si encore une fois tu m’appelles par mon nom de famille féminisé, tu peux définitivement tirer un trait sur notre amitié, je lui réponds tout énervé. Tu as compris?

    - Excuse-moi! C’est sorti comme ça, bêtement, sans la moindre arrière-pensée... Mais pourquoi tu te fâches pour rien?

    - Ce n’est pas pour rien et tu sais bien que ce type de taquinerie m’énerve énormément.

    - Pourtant... un a à la place d’un o, ce n’est tout de même pas la fin monde.

    - Pour toi peut-être. Mais pour moi, c’est le détonateur... ou... l'étincelle qui met le feu aux poudres.

    - Tu ne m’as jamais dit ça auparavent.

    - Eh bien, maintenant tu es au courant.

    - Au courant de quoi?

    - Que ton a me casse les roubignoles parce qu’il me rappelle un top mauvais souvenir.

    - Quoi?

    - Ne cherche pas à verser du sel dans la plaie.

    - C’est-à-dire?

    - Hell salt i såret.

    - C’est du chinois?

    - Non, du norvégien.

    - Et ça veut dire?

    - Verser du sel sur la plaie.

    - Ce qui signifie?

    - Remuer le couteau dans la blessure.

    - Toutes ses années d’université pour en arriver là, quel gâchis!

    - Chacun son point de vue!

    - E poi?

    - Cosa?

    - Raconte, Raconte-moi, raconte à ton meilleur ami cette vilaine réminiscence si égoïstement gardée pour toi tout seul, chante-t-il avec désinvolture...

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  • Les pommes et l'arbalète (7, à suivre)

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    Hank Vogel, les pommes et l'arbalète .jpgUne fois les consommations servies,  la loufiat au service de Sa Majesté britannique et de l’Oncle Sam se retire dans les bas fonds secrets du zinc. Ou éventuellement dans les water-closets. Difficile de savoir... Avec qui jaser? Que faire? Rien. Ou attendre. Car à part trois Chinois ou Japonais bien bridés, deux Arabes non pratiquants et un curé défroqué, il n’y a aucune victime potentiel à l’horizon.

    - Je me demande ce qu’on est venu foutre dans ce bordel? rumine Roby, un peu la rage aux dents.

    - Cassez du sucre sur le dos de l’armée anglaise, je précise.

    - Dans quel but?

    - Afin que la moutarde leur monte au cerveau.

    - Mais à qui?

    - Aux timbrés de la langue à Willy?

    - C’est ton patron?

    - Non, mon domestique est suisse toto.

    - Alors c’est qui ce Willy?

    - C’est William Shakespeare.

    - Ça me dit rien.

    - Dommage pour toi. Car c’est le dramaturge le plus psychologue que je connaisse. Molière, c’est du pipi de chameau à côté.

    - Tu l’a connu où ce con?

    - Je t’interdis de le traiter ainsi!

    - Il faudrait savoir! Tu es contre ou pour nos envahisseurs?

    - Contre bien entendu! Mais William est un être à part. Le seul Anglais à qui je n’ai rien à reprocher si ce n’est que l’origine douteuse de son génie.

    - Because?

    - Because it is not clear.

    - To be or not to be.

    - Donc tu le connais?

    - Non.

    - Alors d’où tu détiens ça?

    - Je ne détiens rien, j’ai entendu ça à la télé... comme le what else répété à plusieurs reprises dans la fameuse pub de ce café à cartouches...

    - Tu veux dire en capsules?

    - Cartouche ou capsule, pour moi, c’est du pareil au même. Dès que ça siffle aux oreilles, la guerre n’est pas loin.

    - Je ne comprends pas.

    - Faut pas essayer. Moi, j’ai compris et c’est l’essentiel.

    - Moi, moi, mouaaaaaa!

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