- Page 2

  • Fini la pizza et le kebab, vive la koubéba!

    Imprimer

     Les Italiens ont construit nos tunnels, nos routes, nos écoles, nos maisons... sous le regard méfiant et méprisant de certains Helvètes. Et malgré ces pluies d’insultes, tantôt visibles tantôt invisibles, ils ont ouvert des pizzerias. Les Portugais, comme mon ami Carlos au Petit-Saconnex, des bistros «Aux gambas à gogo» et des épiceries qui nous plongent dans l’univers poétique de  Pessoa. Les Vietnamiens, des restaurants asiatiques où les rouleaux de printemps nous propulsent l’instant d’un rêve sur les rives magiques de la rivière des Parfums. Et les Turcs, les kebabs où le voyageur averti peut se lécher les babines en dévorant un lachmajoun, plat d’origine arménienne. Et, bien entendu, tous les autres qui ont participé à l’embellissement et à la stabilité de la Suisse... Ils ont tous apporté quelque chose et ils nous ont tous conduits aux portes du voyage et de la connaissance,  qu’on le veuille ou non.

     L'afflux de migrants va changer l'Allemagne, a déclaré Madame Merkel, la chancelière allemande. Elle s’est trompée la pauvre dame, la femme la plus puissante de L'Europe selon certains journalistes de la RTS, en disant cela. Car l’Allemagne d’aujourd’hui n’est plus l’Allemagne de hier, de l’époque du diabolique moustachu. Heureusement! Rien n’est stable sur cette planète. Tout bouge. Tout change constamment. Tout est destiné  à se transformer puis à ne plus être, à disparaître.

     Les femmes syriennes sont de remarquables cuisinières.  Et j’ai une envie folle d'avaler une morceau de koubéba (d’après mes souvenirs d’enfant). Alors permettons aux Syriens de s’installer vite chez nous. Avant qu’il ne soit trop tard!

     Le changement n’a tué que les imbéciles. Les autres s’y adaptent. Étrangement surtout les plus pauvres. 

    Lien permanent 0 commentaire
  • Les nouvelles vacances (4, à suivre)

    Imprimer

     Les nouvelles vacances.jpgLa femme
     - Les femmes se bronzent également au soleil. Pourquoi les hommes n’utiliseraient pas cette énergie pour mieux faire fonctionner leur matière grise? 

     L’homme
     - Notre pays compte parmi les régions les plus nuageuses de la planète.  Et notre ciel est trop avare en éclaircis.

     La femme
     - Nous n’avons qu’à demander à notre gouvernement de s’occuper de ce cas.

     L’homme
     - Il en serait incapable.

     La femme
     - Et pourquoi?

     L’homme
     - Parce que durant des années, il a essayé de s’occuper de plusieurs cas brumeux... Résultat: de nombreuses têtes sont tombées,  ce qui a rendu la situation gouvernementale encore plus orageuse.

     La femme
     - Et les météorologues n’ont pas réagi?

     L’homme
     - Une fois la tempête passée, ils ont annoncé le beau temps.

     La femme
     - Et tout le monde les a cru?

     L’homme
     - Pas les marchands de parapluies.

     La femme
     - Je les comprends.

     L’homme
     - L’espoir fait vivre.

     La femme
     - Le bonheur des uns fait le malheur des autres.

     L’homme
     - Les écrivains se sont tout de même méfiés.

     La femme
     - Pourquoi tu dis ça?

     L’homme
     - Parce que de temps en temps, je sens que j’ai une âme d’écrivain.

     La femme
     - Tiens!

     L’homme
     - Et c’est à l’insu de ma volonté.

     La femme
     - Tu devrais aller voir un médecin.

     L’homme
     - Tu crois?

     La femme
     - On ne sait jamais, un accident est vite arrivé.  Un accès de poésie ne pardonne pas, c’est la ruine de l’écrivain au profit de l’éditeur.

     L’homme
     - Alors je ne risque rien! Pour l’instant. Parce que je ne suis qu’au stade d’écrire des textes en prose.

     La femme
     - Si je raisonne bien... tu as écrit de la prose?

     L’homme
     - Oui, hier.

     La femme
     - Hier déjà?

     L’homme
     - Oui, hier déjà.

     La femme
     - Ça m’inquiète. J’aurais préféré que tu te casses une jambe.

     L’homme
     - Tu exagères!

     La femme
     - Non, je n’exagère pas, car notre vie de couple serait moins en danger. Mieux vaut souffrir physiquement que moralement.

     L’homme
     - Pourtant, je manque encore de style.

     La femme
     - Heureusement!

     L’homme
     - Une lecture s’impose?

     La femme
     - Bonne idée! Coupe... ce bastringue et lis-moi ce que tu as écrit.

     L’homme
     - Vraiment?

     La femme
     - Vraiment.

     L’homme éteint le projecteur...

    Lien permanent 5 commentaires
  • Les nouvelles vacances (3, à suivre)

    Imprimer

     Les nouvelles vacances.jpgL’homme
     - Tu as pourtant dit tout à l’heure que les souvenirs détruisaient la jeunesse.
     
     La femme
     - Je l’ai lu dans dans un livre. Je ne suis pas l'auteur de cette malheureuse pensée.

     L’homme
     - Moi, je ne la trouve pas si malheureuse que ça.
     
     La femme
     - Cela n’a aucune importance, laissons de côté les idées des autres et occupons-nous plutôt de nos problèmes.

     L’homme
     - Mais les idées des autres font partie de nos problèmes.
     
     La femme
     - Peut-être.

     L’homme
     - Alors?
     
     La femme
     - Alors, j’ai envie de goûter aux plaisirs de la vie. Pour être plus précise: aux plaisirs des yeux et des oreilles. Et en parlant d’oreilles, je te demanderais de bien vouloir monter le son.

     L’homme
     - Tu veux dire amplifier le bruit des vagues  et celui du vent?
     
     La femme
     - Les vagues seulement. J’ai horreur des vents violents.

     L’homme (il amplifie le son)
     - Malheureusement pour toi, les deux bruits sont sur la même bande.
     
     La femme
     - C’est un manque de professionnalisme! Moi, j’aurais séparé les deux éléments pour les réunir ensuite selon la loi des probabilités.

     L’homme (il augmente davantage le volume du son)
     - Le vent et les vagues ont été enregistrés au même moment.
     
     La femme
     - Mais quel est l’imbécile qui a réalisé cette cacophonique œuvre sonore.

     L’homme
     - Les photos, c’est moi qui les ai faites.
     
     La femme
     - Il s’agit du son et non pas des photos. Je répète: quel est est l’imbécile qui a réalisé cette cacophonique œuvre sonore?

     L’homme
     - C’est une femme.
     
     La femme
     - Cela ne m'étonne pas... Elle est connue?

     L’homme
     - Je ne sais pas.
     
     La femme
     - Avec tout ce fracas, elle a sûrement dû se faire remarquer. C’est triste à dire mais c’est la vérité, de nos jours seuls les fous récoltent récompenses et honneurs... J’aimerais bien connaître le nom de cette faiseuse de bruit.

     L’homme
     - Un nom n’est qu’un nom.
     
     La femme
     - Il permet parfois de nous orienter.

     L’homme
     - Plus actuellement, nous avons perdu le nord.
     
    La femme
     - C’est la faute des atomistes. Ils auraient mieux fait de s’occuper de leurs jardins.

     L’homme
     - De leurs jardins?
     
     La femme
     - Dans un jardin, il y a des fleurs et les fleurs s’embellissent sous les rayons du soleil.

     L’homme
     - Et alors?...

    Lien permanent 0 commentaire
  • Les nouvelles vacances (2, à suivre)

    Imprimer

     Les nouvelles vacances.jpgLa femme
     - Quel genre de chômage pratiques-tu?

     L’homme
     - Un chômage payant.
     
     La femme
     - C’est nouveau?

     L’homme
     - Je ne sais pas, j’ai toujours pratiqué ça. C’est sûrement payant... Pourquoi, tu souhaiterais que je gagne davantage?
     
     La femme
     - Je ne sais pas ce que tu gagnes, je ne peux  donc pas répondre à ta question. Ni d’ailleurs à aucune autre question qui concerne ta vie professionnelle.

     L’homme
     - Je ne t’ai jamais privée de vacances, n’est-ce pas?

     La femme
     - Si tu considères que regarder des diapos c’est passer des vacances, alors en effet tu ne m’as jamais privée de vacances. Sauf une fois, il y a fort longtemps heureusement. Lorsque la lanterne était nase.
     
     L’homme
     - Ce n’était pas de ma faute.
     
     La femme
     - En tout cas pas de la mienne. Mais c’était toi qui avait eu l’idée de prendre la prise de la lanterne...

     L’homme
     - Du projecteur...
     
     La femme
     - Je préfère le féminin au masculin... pour la mettre à la place de celle de l’aspirateur ou l’inverse et tout sauta en éclats. Y compris la voiture.

     L’homme
     - La voiture, c’était à cause des nerfs.
     
     La femme
     - Nerfs ou pas, tout sauta en éclats, les vacances avec.

     L’homme
     - C’est pourquoi, ma chère épouse, admirons les images qui se présentent à nous avant qu’elles ne ternissent.
     
     La femme
     - Elles me rappellent tellement de beaux souvenirs.

     L’homme
     - Elles sont ce qu’elles sont. La mer est toujours la mer. Le sable est toujours le sable. Les oiseaux sont toujours les oiseaux... Ces images sont le reflet du réel. Il serait donc insensé de notre part de vouloir nous retrouver face à la réalité. Ce serait comme faire deux fois le même travail.
        
     La femme
     - Il n’empêche pas qu’elles me rappellent de beaux souvenirs...

    Lien permanent 3 commentaires
  • La Suisse est vraiment un pays où tout est cher

    Imprimer

    La Suisse est vraiment un pays où tout est cher. Même le moins cher coûte trop cher.

    Exemple:

    Je viens d'envoyer un livre, dans une enveloppe à bulles, en France par la poste helvétique... Coût de l'envoie: 4 francs et 90 centimes. Par courrier normal. Durée du transport: entre 3 jours et un semaine, m'a-t-on expliqué.

    Le même jour.

    Je viens de recevoir le même livre par la poste de la République française... Coût de l'envoie: 0,87 euro. L'enveloppe à bulles, presque identique à la mienne, fut postée le 2 et nous sommes le lundi 7. Donc le transport a duré 5 jours, samedi et dimanche compris.

    Quelle différence! Mais pour qui? Il faut bien que le directeur ou la directrice du géant jaune touche un SALAIRE GÉANT, j'ai pensé ou a pensé le petit diable qui est en moi.

    J'ai ruminé comme une vache glaronaise puis je me suis dit:

    Que cela n'en déplaise à certains, la prochaine fois, je traverserai la frontière...

    Je songeais aux naturalisés qui détestent les Frouzes, bien entendu.

    Mais si seulement ce n'était que ça! Non, il y a tout le reste. Les assurances (obligatoires, quel piège pour le peuple), les loyers, les médicaments (obligatoires aussi pour certains), le vin, le lait (quasi volé au paysans par les grands distributeurs), les comptes négatifs... et toutes les taxes que l'on surtaxe.

    Et j'ai conclu:

    Je n'ai plus qu'à émigrer, chercher un coin tranquille... où tout serait enfin plus abordable pour un modeste bénéficiaire de l'AVS comme moi et laisser la Suisse aux riches afin qu'ils puissent dormir sur leurs deux oreilles... Oui, qu'aux riches, qu'à eux! Qu'ils soient autochtones ou émigrés, cela n'a aucune importance, pourvu qu'ils aient de l'oseille.        

    Lien permanent 19 commentaires
  • Les nouvelles vacances (1, à suivre)

    Imprimer

     Confortablement assis au salon, le ou la woonkamer, à côté d’un projecteur synchronisé à un magnétophone, un couple delftois, habitant forcément la splendide ville de Delft aux Pays-Bas, est en train de visionner des diapositives projetées contre un écran perlé...

     L’homme
     - Les voyages forment la jeunesse.

     La femme
     - Les souvenirs la détruisent.

     L’homme
     - Tu crois ça?
      
     La femme
     -Je l’ai lu dans un journal, hier soir.

     L’homme
     -Hier soir?

     La femme
     - Oui, hier soir.

     L’homme
     - Mais hier soir, nous avons joué aux cartes du matin au soir.
     
     La femme
     - Alors c’était avant-hier.

     L’homme
     - Es-tu certaine?

     La femme
     - Très certaine.

     L’homme
     - Archi... certaine?

     La femme
     - À vrai dire, j’ai un doute... Je l’ai peut-être lu dans un livre que j'ai emprunté à la bibliothèque municipale.

     L’homme
     - Alors, c’était bien hier soir.
     
     La femme
     - Heureusement que tu es là pour me rappeler les dates de mes faits et gestes.
     
     L’homme
     - Question d’habitude, ma chère. C’est mon travail qui veut ça.

     La femme
     - Mais au fait, quel est ton travail maintenant?

     L’homme
     - Tu n’es au courant?
     
     La femme
     - Au courant de quoi?
     
     L’homme
     - Mais ça fait six mois que je suis au chômage!

     La femme
     - Au chômage?

     L’homme
     - Oui, au chômage depuis six mois.
     
     La femme
     - Et tu me le dis seulement maintenant?

     L’homme
     - Je n’ai jamais eu l'occasion de te glisser cette information... lors nos conversations... ni... ni...
     
     La femme
     - Ni?

     L’homme
     - Ni lors de nos nombreuses journées comme celle-ci.

     La femme
     - Les journées comme celle-ci, je peux les compter sur les doigts... Et tout ce temps qu’as-tu fait de ton temps?

     L’homme
     - De quel temps veux-tu parler?

     La femme
     - Du temps libre bien entendu.

     L’homme
     - Je suis allé au travail comme d’habitude jusqu’à...

     La femme
     - Jusqu’à?

     L’homme
     - Jusqu’à hier.
     
     La femme
     - Et pourquoi pas aujourd’hui?

     L’homme
     - Parce qu’aujourd’hui nous sommes samedi.

     La femme
     - Déjà?

     L’homme
     - Eh oui, ma chère, personne ne peut échapper aux lois de l’univers...

    Les nouvelles vacances.jpg

    Univers-livresques

    Lien permanent 0 commentaire
  • Le photographe de l'enfant mort sur le sable?

    Imprimer

     "Hommelibre" que j'admire pour ses positions et ses écrits m'a propulsé malgré lui dans le passé:

     Lors d'une projection de rushs, un caméraman, d'une organisation humanitaire internationale très connue dont le siège est à Genève,  s'exclama en revoyant une de ses scènes, filmée par lui ou par son assistant, où un Afghan en larmes serrait dans ses bras un gosse qui venait de perdre un œil et une main, suite à l'explosion d'une mine:

     - Fantastique! Je suis fier de mes images.

     Si j'avais pu, je l'aurais giflé de toutes mes forces ce fonctionnaire de l'horreur. Comme bien d'autres...

     Et, aussitôt après ce mauvais flash, je me suis dit:

     J'espère que le photographe de l'enfant mort sur le sable n'a pas une âme de salaud. Qu'il n'a pas pensé au fric en appuyant sur le bouton de son appareil de photo. Qu'il a au moins versé une larme pour cet innocent... J'espère...

     Le malheur du monde est devenu malheureusement un commerce qui nourrit diaboliquement de nombreuses personnes... une infinité de personnes. 

    Univers-livresques    

    Lien permanent 12 commentaires
  • Je suis un réfugié (suisse)

    Imprimer

     Je suis un ressortissant suisse né en Égypte. J’ai fui, avec mon frère et mes parents, le berceau de la plus grande des civilisations, ensoleillé presque toute l’année, aux plages infinies de sable blanc et riche en histoire à cause d’une politique mise en place par des officiers enragés qui, du jour au lendemain, se mirent à détester tous ceux qui les avaient pourtant aidé à se former, à se construire en quelque sorte,  ainsi que tous ceux qui pouvaient en être proches, soit par leurs idées, soit par leurs croyances... C’est ainsi que la société pour laquelle travaillait mon père fut nationalisée. C’est-à-dire: le gouvernement de l’époque remplaça de force le directeur suisse par un soi-disant haut fonctionnaire égyptien et imposa de nouvelles règles. Fini le jour du Seigneur!  On devait désormais travailler le dimanche et ne se reposer que le vendredi. Tout allait dans ce sens. Tous les moyens étaient bons pour déstabiliser, nuire à l’étranger. Même établi de vieille date. En somme, à l’abri des regards de toute presse et d’un Occident pas encore remis des horreurs de la guerre, la sienne, on cherchait à tout prix à le tuer à petit feu...

     Ma famille et moi, nous avons donc quitté pour toujours le royaume des Pharaons en nous embarquant sur un bateau grec qui a failli chavirer dans une mer démontée, au mois de décembre... Je me souviens encore des dragées de dramamine qui m’ont plongé dans un sommeil de quarante-huit heures et je sens encore l’odeur des vomissements.

     Cette fuite, bien que presque en douceur, m’a marqué pour la vie. C’est sans doute pour cela, que je rêve toujours d’une île désert où je pourrais vivre enfin heureux loin, très loin des folies et des absurdités engendrées par la cupidité et l’entêtement de la race humaine.

      Tout homme qui fuit le désordre est un réfugié. Je suis donc condamné à le rester encore.     

    Lien permanent 3 commentaires
  • Saïouda, la fille du portier (16, à suivre)

    Imprimer

     Saïouda, la fille du portier.jpgSaïouda se met à pleurer.

     - Pourquoi tu pleures? je lui demande, tout étonné.

     - Ma mère n’arrête pas de me répéter que je suis trop sensible, me répond-t-elle... Que je chiale facilement pour des histoires qui me regardent pas.

     - C’est à cause te mes cadeaux?

     Elle secoue la tête en signe de négation.

     - C’est à cause... ?

     - Cesse de me poser des questions. J’ai l’impression  d’être au caracol face au chef des chawichs... C’est à cause de ton docteur.

     - Il a été méchant avec toi?

     Elle s’arrête de sangloter et me dit sèchement:

     - Nous, les arabes,  nous n’avons pas assez d’argent pour nous faire soigner... Non, je pensais à  sa petite sœur qu’il a perdue en fuyant les Turcs, paraît-il. J’espère qu’elle n’est pas morte écrasée par la foule. Mourir ainsi, ça doit être terrible. C’est pire que...

     - Pense à autre chose sinon tu vas finir par tomber malade.

     - À quoi tu veux que je pense?

     - Je ne sais, aux jouets que tu vas recevoir à ta fête par exemple.

     - C’est impossible.

     - D’après mon oncle, la richesse que possède la reine d'Angleterre, n’importe quel imbécile peut l’acquérir. Alors pourquoi ce serait impossible pour toi?
     
     - Parce que mes parents ne se souviennent plus quand je suis née.

     - Ils ont tout oublié?

     - Pas tout. Le jour et l’année seulement.

     - Alors aux cadeaux...

     - Cadeaux, jouets, cadeaux, jouets! Je comprends maintenant  ce que ça veut dire être un enfant gâté.

     Elle se lève d’un bond et me lance en décampant, toute énervée:

     - Le jour où tu jetteras toutes tes babioles par la fenêtre, je t’aimerai à la folie.  

    Lien permanent 2 commentaires
  • Saïouda, la fille du portier (15, à suivre)

    Imprimer

     Saïouda, la fille du portier.jpg- Tu n’es pas italien?

     Je ne réponds pas. Mon esprit voyage. Comment est-il mon pays que je ne connais pas? Qui se trouve au-delà de la mer, au-delà des nuages. Il navigue à travers les paysages flous proches de l’univers du dessin et des caricatures.

     - Tu as le droit de ne pas me répondre. Alors comment se fait-il que tu parles l’italien  avec ta mère et Fardossa?

     - Parce que ma mère est italienne.

     - Et ta bonne?

     - Elle l’a appris avec ma mère.

     Saïouda se gratte l’oreille.

     - Et toi, qui t’a appris l’arabe? me demande-t-elle.

     - Dans la rue, je réponds d’un air pas convaincu.

     - Mais tu n’es jamais dans la rue comme moi. Ou très rarement...

     - C’est en me promenant avec Zio Georges.

     - Le Syrien qui a épousé la femme qui n’arrête de se laver les mains?

     - La femme, c’est Zia Lina, la sœur de ma maman... Mais d’où tu sais tout ça?

     - Il parle souvent avec mon père. Ils ont certainement des affaires ensemble.

     - Mon oncle parle avec tout le monde...

     - C’est vrai qu’il s’est échappé de la Syrie lorsqu’il était jeune?

     - Il a fui les Turcs qui massacraient tout sur leur passage. Femmes, enfants, chiens, chats... Comme le docteur Nazarian.
     
     - L’Arménien qui t’a sauvé la vie?

     - Oui, comme lui.

     Saïouda se met à pleurer...

    Lien permanent 2 commentaires
  • Saïouda, la fille du portier (14, à suivre)

    Imprimer

     Saïouda, la fille du portier.jpgC’est le 10 mars de l’an... aux environs du milieu du siècle dernier, âge de l'arrogance et de l'absurde où la race blanche qui, au nom de sa soi-disant pureté génétique et suprématie mentale, ne s’est pas gênée d’envoyer plusieurs dizaines de millions d’innocents aux enfers et de plonger une bonne partie de la planète dans la misère. C’est mon anniversaire et, comme chaque année ce jour-là, mon adorable ange de père, exauce tous mes vœux. Heureusement pour lui, je ne suis encore souillé par la société de consommation.

     Je montre mes cadeaux à Saïouda.

     - Pourquoi tu as demandé un marteau et un couteau qui ne coupe pas? me demande-t-elle.

     - Une hache et un poignard, je corrige.

     - Peut-être. Mais on dirait des faux. Ils ne  peuvent même pas blesser...
     
     - Parce que ils ne sont encore aiguisés.

     - Et quand décideras-tu que le faire?
     
     - Quand j’irai dans la forêt vierge. Pour me protéger des animaux dangereux et des sauvages. En Afrique ou en Amérique.

     - Mon oncle Farouk pense que les Européens sont des gens cruels et indignes. Ils sont incapables de reconnaître les monstruosités qu’ils ont commises sur cette terre et ne cessent pas de traiter les noirs et les Arabes de voleurs et d’assassins.

     - Je croyais qu’il les aimait.

     - Les Anglais seulement! Parce que ça l’arrange, comme dit mon père... Mais il déteste les Allemands, les Français, les Turcs, les Grecs, les Arméniens...

     - Et les Suisses?
     
     - C’est quoi pour une race?

     - C’est la mienne!

     - Tu n’es pas italien?...

    Lien permanent 2 commentaires
  • L'homme de Skardou (2, à suivre)

    Imprimer

    L'homme de Skardou.jpg2

     Je pousse une porte, j’entre, c’est le paradis. Mon paradis. Fabriqué de toutes pièces. Par mon esprit. Et par le Grand Barbu, bien entendu. Vais-je pouvoir rire, rire un peu? Qui lira rira! Je l’espère. Je l’espère sincèrement.

    3

     Il y a dans ce lieu, si généreusement étiqueté par mes soins, des hommes et des femmes de toutes les couleurs et de tous les formats. C’est-a-dire: de grands noirs et de grands blonds, de petits noirauds et de petits châtains, de grandes blondes et de grandes frisées, de petites rousses et de petites nées dans la brousse, des sveltes et des lents, des gros et des grosses, des convaincus et des vaincus...

    4

     Il y a dans ce lieu, si généreusement étiqueté par mes soins, des hommes et des femmes de toutes les couleurs et de tous les formats. Je décide donc d’en prendre deux ou trois, au hasard, et de leur faire voir de toutes les couleurs. Comme le fait si souvent le Grand Barbu quand il décide, lui, de jouer au diable et au Bon Dieu. Deux ou trois individus comme vous et moi. C’est-à-dire: ni beaux, ni laids. Ni trop intelligents, ni trop stupides.

    Lien permanent 4 commentaires