- Page 2

  • Un fabricant d'histoires (4, à suivre)

    Imprimer

     Rouge. Vert. Bleu. Ces trois couleurs me viennent à l’esprit. Les couleurs de base du cinéma d’aujourd’hui. J’aimerais faire un film. Capter des images puis... Peut-on révolutionner le cinéma? Les vieux cons ont établis des lois. Dommage. Mais on peut toujours. Comment? Je suis fatigué. Je renonce alors. Pour l’instant. 

     Quelques jours plus tard. Même endroit. C’est-à-dire: même décor, mêmes tables rouges et noires. Rouge sang. Et noir ébène. Je commande un café noir. On m’apporte un café crème. Tant pis! Je mets de côté la crème. Cela me donne à réfléchir. L’erreur est-elle vraiment humaine? Ne serait-elle pas plutôt sociale? Je me gratte la tête. La réponse ne veut pas venir. Aucune importance. Je pense à autre chose. À quoi? Faut-il vraiment... Je me lève et brusquement, je me secoue comme un prunier. Puis je me rassieds. On me regarde. Forcément. Ils sont nombreux. Des hommes et des femmes. Des hommes avec des femmes. Des femmes avec des femmes. Et des hommes avec des hommes. Étrangement, il n’y a pas d’enfants. Ils sont à l’école. Les pauvres! Il n’est pas normal, doivent-ils penser de moi, ces hommes et ces femmes. Il a dû sûrement s’échapper d’un asile psychiatrique. Sûrement. Erreur! L’erreur est bien sociale. Question de comparaison. S’ils savaient que je suis un fabricant d’histoires! Et forcément d’images. Non, ils ne savent rien. Comme tout le monde, ils projettent. Ils se projettent des histoires. Qu’ils fabriquent ou qu’ils ont fabriquées involontairement...

    Lien permanent 2 commentaires
  • Un fabricant d'histoires (3, à suivre)

    Imprimer

     - Alors  vous planez constamment?

     - Souvent. Car il y a aussi des moments où je ne plane pas du tout.

     - Par exemple?

     - Quand je mange et quand  je bois.

     - Et quand vous faites l’amour?

     - Je plane. Malheureusement pour l’autre. Heureusement pour moi.

     - Êtes-vous heureux?

     - Je ne sais pas... mais parlons plutôt de vous. Qui êtes-vous? Qui êtes-vous selon vous?

     Un petit air de tristesse se dessine sur son visage.

     - Ou alors, parlez-moi de votre allergie.

     - De mes allergies, vous voulez dire?

     - Ah! Parce qu’il y en a plusieurs?

     - Elles sont multiples.

     - Parlez-en, ça m’intéresse.

     - J’ai horreur de l’asphalte et des feux rouges quand ils sont verts.

     Tiens! Elle aussi n’aime pas l'asphalte. Qui se ressemblent s’attirent.

     - J’aime l’herbe, le sable et les rivières, dit-elle... Je suis une fille des steppes. J’aime les grands espaces. Ici, nous nous marchons les uns sur les autres. Et j’étouffe.

     - Je vous comprends.

     Oui, je la comprends fort bien car je suis comme elle: je souffre de ce mal de société.

     - Ici, poursuit-elle, les murs nous empêchent de flirter avec l’infini.

     Avec Dieu. Peut-être avec Dieu.

     - Il faut partir alors, je lui dis.

     - Partir?

     - Oui, partir, voyager, aller ailleurs.

     Elle sourit.

     - Partir où?...

     Subitement, je me lève et je dis à cette inconnue:

     - Excusez-moi, il faut que je vous quitte,  ça me rappelle que j’ai un train à prendre...

     Mensonge? Non, fuite...

    Lien permanent 2 commentaires
  • Un fabricant d'histoires (2, à suivre)

    Imprimer

     Une femme entre. Cheveux rouges. Manteau noir. Rouge feu. Et noir anthracite. Nous sommes en plein dans le rouge et le noir. En plein café. Une histoire se prépare. Forcément. Ou peut-être. La femme s'installe à une table. Commande un café. Un café noir. Et un jus d’orange. D’oranges sanguines. C’est l’histoire. Il faut la respecter. Comme ma concierge qui est respectée par ceux qui la respectent. Évidemment! La femme ôte son manteau. Elle est en pull maintenant. Un pull rouge. Rouge sang et feu. Alors je m’approche d’elle et je lui demande:

     - Vous n’êtes pas allergique aux feux verts, par hasard?

     - Comment avez-vous fait pour le deviner?

     - Je peux m'asseoir?

     - On ne peut rien refuser à un prophète.

     Je souris et je m'installe.

     - Qui vous a dit que je suis allergique aux feux verts? me demande-t-elle.

     - Dieu, puisque je suis prophète.

     - Vraiment?

     - Ne suis-je un produit de sa création?

     - Bien sûr.

     - Alors, toute l’explication est là.

     - Et comment a-t-il fait pour vous le dire?

     - Je vous ai regardée et j’ai tout compris.

     - Tout?

     - L’essentiel.

     - L’essentiel?

     - Oui, l’essentiel. Mais rien ne vous empêche de me parler de vous.

     - Dans quel but?

     - C’est vrai, il y a un but.

     - Puis-je savoir lequel?

     - Connaître, m’enrichir, m’exprimer.

     - Vous pouvez être plus explicite?

     - Je m’intéresse à la vie de l’autre. Pour ensuite fabriquer une histoire. Ou un fragment d’histoire.

     - Vous êtes écrivain?

     - Non, je suis un fabricant d’histoires.

     - C’est-à-dire?

     - Je récolte des informations et je les allonge sur un support. Papier, film ou toile.

     - Alors vous êtes un artiste?

     - Peut-être.

     - Vous n’êtes pas certain?

     - Probablement... L’incertitude est la première de mes faiblesses et l’avant-première de mes qualités.

     - Vous êtes étrange.

     - C’est à ce prix que l’on est un fabriquant d’histoires...

    16787176_cover.jpg

    Lien permanent 3 commentaires