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  • Comparer et haut-parleurs (2, à suivre)

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    Comparer et haut-parleurs.jpg6
     Celui qui a soif s’approche de la fontaine.
     Le jardin d’Éden est devenu trop peuplé.

    7
     Celui qui est riche n’aspire jamais à la pauvreté.
     Les livres d’histoire se vendent moins bien que les romans policiers.

    8
     La guerre des sexes n’aura lieu que dans les livres.
     Dans un livre, il y a très peu de pages vierges.

    9
     Deux sociétés qui s’affrontent n’aspirent qu’à leur propre défaite.
     Qu’arrive-t-il lorsque deux vents violents se rencontrent?

    10
     Café turc ou café grec?
     Tout dépend d’où l’on se trouve... à suivre

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  • À la poursuite du vent (32, fin)

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         Frank ouvrit sa boîte de peinture, déplia son chevalet portatif et installa le tout à l’ombre, sous un pommier. Jules s’assit au pied de l’arbre.
        - Qu’est-ce que vous allez peindre? fit-il à Frank.
        - J’attends, répondit Frank en scrutant le paysage de ses yeux.
        - Et ça vient vite?
        - Ça bouillonne et j’attends que ça explose.
        - Je comprends.
        - C’est impossible.
        - Qu’est-ce qui est impossible?
        - Que vous compreniez.
        - Et pourquoi?
        - Parce que moi-même je ne comprends pas. J’attends sans comprendre.
        - Ah, bon.
        Frank resta un bon moment immobile les yeux fixes, puis sortit de sa poche un crayon violet et esquissa quelques traits sur la toile.
        - C’est venu? demanda Jules.
        - Depuis bien longtemps, répondit Frank en ouvrant un tube de bleu cobalt.
        - Alors, qu’est-ce que vous allez peindre?
        - Je suis en train de peindre l’arbre au fond.
        - Le petit arbre isolé sur le tas de terre?
        - Vu d’ici, il paraît petit mais il n’est pas aussi petit que ça. Et le tas de terre, c’est une colline.
        - Je vois, vous embellissez les choses.
        - Je peins.
       Frank prépara tranquillement ses couleurs puis se mit à peindre un ciel tranquille. Il préférait la spatule au pinceau et la pâte épaisse à toute autre peinture. Il aimait déformer les paysages par respect de la nature. C’était une sorte de peinture intermédiaire entre le figuratif et l’abstrait.
       - Vous connaissez l’histoire du petit vieux, qui commet une folie pour la première fois de sa vie? demanda-t-il à Jules, tout en étendant la pâte de sa main svelte.
        - Non, répondit vaguement Jules.
        - Il était une fois un vieil homme bien portant qui vivait sans passion, ni révolte. Un beau jour un oiseau étrange, jamais vu, passa, et ce jour-là par un coup de folie, il décida de ne plu s se raser. Puis attiré mystérieusement par l’inconnu, il partit à sa découverte. Il explora les coins les plus reculés des forêts, y découvrit d’autres oiseaux jamais vus, mais non celui qu’il cherchait. Les semaines passèrent. Fatigué et déçu, il retourna chez lui et s’allongea sur l’herbe de son jardin, ses yeux regardant le ciel. Savez-vous ce qu’il vit?
        - L’oiseau étrange?
        - Oui, et dire que cet oiseau-là passait tous les jours au-dessus de sa tête mais l’homme ne s’était jamais donné la peine de lever la tête... Alors les yeux de l’homme se mirent à briller et son cœur à palpiter. Il était libre et en paix.
        Jules sourit.
        - J’en connais une autre, fit Frank, celle d’un enfant qui peignait avec amour. Il peignait parce qu’il aimait faire ça. Il ne connaissait ni lois ni techniques. Un beau jour une grande personne examina ses toiles et lui dit de ne pas faire comme ci mais de faire comme ça, d’employer telle couleur à la place de telle autre, bref tout pour bouleverser l’enfant. Fatigué comme le vieil homme de se battre, il décida de ne plus peindre. Les années passèrent. Un matin de printemps l’enfant devenu jeune homme traversa une région en train: il regarda le paysage et quelque chose le poussa à peindre de nouveau. Alors les yeux du jeune homme se mirent à briller et son cœur à palpiter. Il était libre et en paix.
        - Elles se ressemblent, dit Jules.
        - Toutes les histoires qui parlent d’amour se ressemblent.
        Frank continua à peindre sans prononcer un mot.
       Jules contempla le ciel; un vide immense, un silence extraordinaire habitait le vieil homme.
        C’est beau d’être libre, pensa-t-il. Faut-il vraiment se battre toute une vie pour gagner un moment pareil dans sa vieillesse? Le soleil se lève, le soleil se couche; l’univers ne cesse de bouger et l’homme se tue à trouver le bien-être, le bonheur, ou la liberté, mais sait-il que c’est si simple et si reposant de regarder ce ciel immense?

         Vers midi, les cloches d’une église se mirent à sonner.
        - C’est l’heure d’ aller engraisser notre gentille petite panse, fit Frank. Vous entendez les cloches? Les gens d’ici aiment beaucoup manger.
        Les deux hommes déjeunèrent comme prévu à la petite auberge et aussitôt après le dessert, ils retournèrent sous l’arbre et tous deux firent une bonne sieste.
        Lorsque le sole il commença à baisser, Frank se mit à fignoler son tableau.
        Jules s’approcha du jeune peintre et admira son œuvre.
        - Bien, fit-il.
        - Vous l’aimez? demanda Frank.
        - Assez.
        - Je l’ai peint pour vous.
        - C’est vrai?
        - Parfaitement vrai. Vous comprenez ce que ça veut dire?
        - Un arbre isolé, planté au sommet d’une colline.
        - Si l’on veut. Mais c’est surtout quelque chose de vivant en train de s’élever. L’homme aussi est quelque chose de vivant qui comme cet arbre doit grandir pour donner un jour des fruits.
        - Oui, il n’est rien de plus. À chacun de trouver le terrain propice...
        Au coucher du soleil, Jules et Frank s’assirent par terre et comme deux enfants sages assistèrent à ce splendide spectacle où, d’une seconde à l’autre, les choses de la vie n’ont plus les mêmes couleurs.
        Ils étaient dans un monde où toute chose est belle, où tout être est respecté, où pancartes et barrières n’existent pas, et où l’amour, la paix et l’homme ne font qu’un.

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  • À la poursuite du vent (31, à suivre)

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       Quel monde, pensa-t-il. Il faut prendre le monde pour ce qu’il est. Pourquoi dramatiser le ridicule? Ça ne sert à rien.
        Il fit quelques pas et s’arrêta pour allumer sa pipe.
        Aussitôt une main se posa sur son épaule.
        - Qu’est-ce que c’est? fit-il, en se retournant tout effrayé.
        - Vous n’avez pas la conscience tranquille? demanda ironiquement Frank.
        Le jeune peintre était coiffé de son chapeau de paille et tenait dans sa main gauche une toile vierge et sa boite de peinture.
        - Vous m’avez fait peur, dit Jules, en tâtant sa poitrine.
        - Je suis désolé, fit Frank, en souriant.
        - Ça me fait tout de même plaisir de vous revoir.
        - Pourtant..., on vous attend toujours.
        - Je sais, je sais..., c’est pas facile.
        - C’est pas facile? Nous sommes des amis, non?
        - Il ne s’agit pas de ça. J’avais besoin d’être seul.
        - Des problèmes?
        - Si l’on veut.
        - Alors vous auriez dû venir, on les aurait résolus ensemble.
        - Non, c’était mieux ainsi. C’est un travail qui se fait en solitaire.
        - Vous avez raison. Chacun a ses problèmes. Un âne ne peut pas comprendre les problèmes d’un lion en cage, et le lion ne peut comprendre les problèmes d’un âne perdu en pleine brousse et entouré de bêtes féroces.
        - C’est presque ça.
        - Oui, c’est presque ça. Changeons de disque, voulez-vous? Qu’est-ce que vous faites?
        - Qu’est-ce que vous me proposez?
        - Ça vous plairait une balade à la campagne? J’ai une envie folle de peindre en pleine nature. Ça vous dit?
        - D’accord!
        Frank héla un taxi et les deux hommes s’engagèrent dans un voyage improvisé vers le monde où règnent les chants des oiseaux.
        La veille, la pluie avait lavé l’herbe, et le feuillage des arbres. Tout semblait propre et frais. Le soleil brillait dans un ciel limpide.
        Frank fit arrêter le taxi près d’une petite auberge isolée, si tuée à mi-chemin entre deux villages.
        - Ça fait vingt-cinq francs, dit le chauffeur du taxi.
        Frank sortit de sa poche trois billets de dix francs tout chiffonnés.
        - C’est juste, fit -il au chauffeur, en lui remettant l’argent.
       - Merci monsieur, merci bien monsieur, dit l’homme en s’inclinant plusieurs fois.
        On aurait dû prendre l’autobus, pensa Jules. Le taxi s’éloigna.
        - Nous avons soif, dit Frank. N’est-ce pas? Venez, on va boire un verre.

        Les deux aventuriers entrèrent dans l’auberge et s’assirent à une table près d’une cheminée. L’ensemble de la salle était rangé avec soin; la lumière était faible et reposante.
        Une jeune femme d’une trentaine d’années, vêtue d’une jupe courte laissant ainsi apparaître le charme de ses belles jambes, s’approcha des deux hommes.
        - Bonjour messieurs, fit-elle d’une voix lente et prenante.
        Jules et Frank se regardèrent sans rien dire.
        - Bonjour messieurs, répéta-t-elle.
        - Mademoiselle, murmurèrent les deux hommes.
        - Vous buvez?
        - Du pastis? demanda Frank à Jules.
        - Du pastis.
        La serveuse alla préparer les apéritifs.
        À l’autre bout de la salle, trois paysans étaient en train de jouer aux cartes.
        - Ils ont la belle vie, fit Frank à Jules, en regardant les trois paysans.
        - Oui et non, dit vaguement Jules.
        - Vous croyez?
        - Oui et non.
        La jeune femme apporta les deux verres de pastis et une carafe d’eau fraîche.
        - À votre santé, fit-elle, en posant le tout sur la table.
        - Merci, répondirent-ils.
        - C’est un beau jour pour peindre, fit-elle, en montrant de la tête la toile que Frank avait posée sur une chaise à côté de lui.
        - Une très belle journée, répondit Frank. Mais je ne peins pas seulement les paysages, je peins aussi les belles femmes, surtout lorsqu’elles ont votre charme.
        - Merci.
        - La nudité féminine, expliqua Frank d’un ton ironique, est un paysage dans lequel l’homme se perd souvent. Il s’en sort toujours mais, comme un explorateur attiré par l’inconnu, il se replonge dès que l’occasion se présente dans ce monde où voluptés et tendresses fleurissent toute l’année.
        - Poète ou baratineur? demanda la serveuse.
        - À vous de trouver.
        - Poète?
        - Baratineur. Pendant que j’y suis, pouvez-vous nous réserver une table pour midi?
        - Bien sûr. Plat du jour ou à la carte?
        - À la carte.
        Jules s’apprêtait à payer.
        - Laissez tomber, fit Frank. Vous êtes mon invité. J’offre parce que j’ai gagné le gros lot.
        - C’est du baratin ou de la poésie? demanda la serveuse avec un léger sourire au bout des lèvres.
       - À vous de trouver, répondit Frank, en sortant de sa poche un billet de cinq cents francs.
        - Du baratin, fit-elle.
        - De la poésie.
        - J’ai toujours apprécié les poètes, dit-elle, d’un air rêveur.
        - Ça fait combien? demanda brusquement Frank.
        - C’est offert par la maison, répondit la jeune femme. La maison apprécie les artistes. À tout à l’heure, continua-t-elle de sa voix émouvante en se retirant dans les cuisines...
        Les deux hommes quittèrent l’auberge tout étonnés pour un joli coin de nature... à suivre

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  • 5 juin

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     C'est l'anniversaire de mon grand frère et celui du fameux débarquement... Mais c'est aussi le souvenir du terrible jour où mes parents et mon frère ont failli mourir suite à l'explosion d'une mine marine qui tomba en parachute à cent mètres de notre maison, à Alexandrie. Une bombe balancée par un aviateur italien. 

     Mais grâce à Dieu et grâce à un mur de notre véranda sans doute, le souffle de cet engin diabolique, par un étrange effet de ricochet, propulsa toutes les persiennes, toutes les fenêtres et toutes les vitres à l’extérieur et non pas à l’intérieur de l’appartement. Ainsi, ma famille évita le pire. Mais la maison d’en face fut totalement réduite en poussière et plusieurs personnes, dont l’épouse d’un cousin de ma mère, perdirent la vie.  

     Cet événement traumatisa ma mère. À vie. Elle fut condamnée jusqu’à la fin de ses jours à trembler au moindre bruit de sirène.

     J’en ai la preuve. En 1956, à la guerre de Suez, j’ai vu ma mère trembler comme un feuille. Et ce à plusieurs reprises. Quels spectacles inquiétants!
     
     Ces scènes de panique ne s’effaceront jamais de ma mémoire. Car elles coulent encore dans mes veines et se transforment  souvent en larmes. Surtout, lorsque je vois à la télévision ce qui se passe en Syrie, patrie de mon cher oncle et de mes lointains cousins...

     5 juin, jour du débarquement... Que la paix débarque enfin! Pour l’amour du Ciel!

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  • À la poursuite du vent (30, à suivre)

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        Jules entra au café «Chez la Mère Scarlett», s’assit à sa place habituelle et commanda un café au lait et deux croissants.
        La patronne apporta le tout.
        - Merci bien, fit-il.
        - Ça va? demanda madame Scarlett, d’un ton sévère.
        - J’ai mal à la tête, répondit Jules.
        - Ça vous apprendra à faire des folies, dit-elle sèchement.
        - Merci, merci, fit Jules d’un air surpris. Vous me connaissez, pourquoi dites-vous ça?
        - On connaît mal les gens et un malheur, une maladresse sont vite en cause.
        - En effet.
        - Vous voyez bien que j’ai raison. N’ai-je pas raison?
        Jules ne répondit pas.
        - Vous savez, continua-t-elle, depuis quelque temps, bien des gens se posent des questions au sujet de votre
    comportement.
        Jules regarda la vieille patronne du café d’un air interrogatif.
        - Vous permettez que je sois franche? demanda-t-elle; elle s’assit en face de Jules. Vous permettez?
        - Faites donc.
        - Je vous dis ça par amitié: méfiez-vous des gens que vous fréquentez!
        - Mais je ne fréquente personne.
        - Je vous dis ça par amitié. Il parait que l’on vous a vu avec une femme peu convenable.
        - Une femme peu convenable?
        - Une serveuse de bar.
        - Vous voulez parler de la serveuse du «Café du Tiercé»?
        - Oui, sans doute.
        - Mais c’est une jeune femme inoffensive, un peu particulière. Tantôt gentille, tantôt agaçante.
        - Justement, méfiez-vous d’elle sérieusement.
        - Et pourquoi?
        - Parce que c’est une femme de mauvaise vie. Elle aime trop les hommes. Vous comprenez ce que je veux dire?
        - Parfaitement, mais pourquoi devrais-je me méfier d’elle ? Elle est comme elle est. C’est de moi que je devrais plutôt me méfier.
        - Vous vous êtes fait embobiner.
        - Pas du tout. Il ne s’est jamais rien passé entre elle et moi. Nous avons causé, uniquement causé. Et même..., serait-ce un mal d’accomplir ses désirs?
        - Monsieur Jules! Ne soyez pas grossier.
        Jules sourit gentiment.
        - Vous avez beaucoup changé, dit-elle, d’un air déçu. Beaucoup changé. On ne vous reconnaît plus. Redevenez celui que vous étiez avant. Coupez-vous la barbe et éloignez-vous des mauvaises personnes . À votre âge, on est posé.
        - Ça me fait plaisir de vous entendre dire tout ça , dit Jules d’un ton sérieux.
        - Vous n’êtes pas fâché?
        - Pas du tout. Vous m’avez ouvert les yeux et je me suis rendu compte que j’étais amoureux.
        - Vous l’aimez?
        - Mais non, mais non! Il ne s’agit pas d’elle, mais de la vie. Au fond de moi-même bien des choses sont mortes, les nationalités, les races, les religions, les riches, les pauvres, les fous, les sages; je ne sais plus ce que c’est. Je suis dans un état inexplicable, je me sens bien. Non, je me sens pas bien. Comment pourrais-je vous expliquer ça? Bref, disons que c’est bien. J’ai encore un peu mal à la tête, mais ma tête est vide, prête à tout redécouvrir, non, à découvrir des choses nouvelles. Je suis un papillon qui vient de quitter son cocon.
        - Vous parlez sérieusement ?
        - Ai-je l’air de plaisanter ?
        - À vous entendre parler..., non, répondit-elle en quittant la table.
        Jules déjeuna tranquillement.
        Trop de gens s’occupent des affaires des autres, pensa-t-il. De quel droit juge-t-elle cette serveuse? Nous jugeons les autres selon notre moralité et nos craintes. Nous proposons, nous disons, nous ordonnons aux autres de faire ceci ou cela, mais nous ignorons tout d’eux, de leur âme. De quel droit? L’homme est si profondément conditionné qu’il se permet de condamner celui qui ne partage pas ses idées. Mais sait-il que chaque fleur a son propre parfum? Ce que nous ressentons est une déformation de la réalité: chaque être traduit à sa façon suivant son conditionnement ce qu’il capte de l’extérieur. Cette déformation de la réalité est le fruit de tant de siècles de souffrances, de haines, de préjugés, d’idéaux, de séparations, amassés dans l’inconscient humain. Cette déformation cesse dès que la mort est constamment présente pour chasser le passé et pour faire naître l’amour.
        Madame Scarlett s’approcha de Jules, un verre d’eau effervescente à la main.
        - Buvez ça, dit-elle à Jules, en posant le verre devant lui.
        - Qu’est-ce que c’est ? demanda Jules d’un air surpris.
        - Quelque chose qui ne peut que vous faire du bien, répondit-elle. Buvez ça sans poser de questions.
        Jules but le contenu du verre en grimaçant.
        - J’espère que dans une heure vous aurez remis votre tête en place, fit madame Scarlett.
        - Je n’aime pas beaucoup ça, dit Jules. Je n’ai jamais pu avaler un cachet d’aspirine sans faire la grimace. Il ne fallait pas le diluer.
        - Acceptez ce que l’on vous offre. Vous êtes vraiment devenu difficile.
        - Je suis ce que je suis. Et l’aspirine..., ce n’est pas mon fort.
        - Vous n’êtes plus un enfant, dit  madame Scarlett qui s’en alla servir un client qui entrait à l’instant.
        Jules paya sa collation.
        - Merci de votre breuvage, fit-il à la vieille patronne, en se levant. Merci, belle nymphe, continua-t-il, avec un sourire au bout des lèvres.
        Madame Scarlett regarda fixement Jules d’un air fâché. Jules se mit à rire.
        - Le mal est parti, dit-il, et il sortit du café... à suivre

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  • Le roi s’en va... vive le nouvel épouvantail!

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     Il y a fort longtemps, un maréchal, un des héros de la deuxième guerre mondiale, me serra la main et le jour-même mon père joua aux quilles avec le roi de mon pays natal.

     Comme j’étais fier de mon père qui était en contact, de près ou de loin, avec des hommes qui faisaient déjà partie de l’histoire!

     Mais mon ami Abdou, le balayeur des rues de notre quartier, lui, n’était pas fier du sien. Car  afin de permettre à sa famille de manger à sa faim, il proposait souvent à ma mère de  nettoyer les escaliers de notre maison  contre quelques piastres...

     Et, chaque fois, après avoir touché sa misérable récompense, il disait à ma mère:

     - Que Dieu vous bénisse, chère Madame. Et qu’il arrache l'épouvantail de notre beau jardin, car il ne nous apporte pas grand-chose. Il disait cela en pensant au roi avec ses nombreuses et fausses médailles étalées sur sa poitrine...

     Et un jour, Dieu exauça son vœu. L’épouvantail fut arraché du beau jardin: le roi fut forcé de quitter définitivement son royaume.

     Abdou était enfin fier de son père, de ses frères, de sa famille et de son pays.

     Le temps passa... Et un matin de bonne heure, Abdou sonna à la porte et proposa à nouveau à ma mère de nettoyer les escaliers de notre maison.

     - Alors, comment va la vie sans l’épouvantail? demanda ma mère.

     Et Abdou lui répondit avec fatalisme:

     - Avant, l’ancien épouvantail ne servait à rien mais il ne faisait peur qu’aux oiseaux. Aujourd’hui,  le nouveau ne sert également à rien fait mais il fait peur à tout le monde.        

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  • À la poursuite du vent (29, à suivre)

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       Le réveil sonna, il était sept heures. Jules se leva avec un fort mal de tête. Il s’habilla lentement puis sans s’être lavé ni coiffé, descendit pour acheter le journal.
        Lorsqu’il s’approcha du kiosque, il remarqua une vieille femme au visage serein assise à la place de l’ancienne vendeuse de journaux.
        - Elle est malade? demanda-t-il à la vieille femme, en payant son journal.
        - Oh, non. Si seulement. Elle est décédée cette nuit, répondit-elle tristement.
        - Pas possible, fit Jules d’un air étonné.
        - La vie est cruelle, dit la vieille femme. Rudement cruelle.
        - Vous la connaissiez bien? demanda Jules.
        - Nous nous connaissons toutes dans le métier. Nous formons une sorte de famille. Elle était bonne. N’est-ce pas qu’elle était bonne?
        - Oui, oui.
        - Bonne et travailleuse, dit-elle, en se frottant les yeux. Jamais elle n’a été malade. Jamais elle ne s’est fait remplacer, pas même pour un quart d’heure. C’était quelqu’un qui aimait son travail.
        - En effet. Vous êtes la première personne que je vois assise à sa place.
        - C’est cruel, la vie, dit la femme en versant une larme. Elle était bonne. Elle me disait souvent: «Sois ferme Fifi, ne te laisse pas influencer par ces ridicules vendeurs de camelote, ne cherche pas à faire plaisir à ces voleurs.» C’était sa façon de parler. Elle savait ce qu’elle disait parce qu’elle connaissait bien Fifi. Qu’est-ce que vous voulez, j’ai de la difficulté à être ferme.
        - C’est vous, Fifi ?
        - Oui, c’est moi. Elle vous a parlé de moi?
        - Non , je ne vous avais pas bien comprise.
        - C’est dommage.
        - Mais oui, mais oui. Je me souviens maintenant, elle m’a parlé de vous. Vous avez un petit caniche, n’est-ce pas?
        - Je n’ai pas de chien et elle ne vous a jamais parlé de moi .
        - J’ai dû confondre. Je suis vraiment désolé.
        - Ça n’a aucune importance, tout le monde peut se tromper...
        Jules prit comme d’habitude la direction du café.
        - Quel mal de tête, grogna-t-il.
        Qu’ai-je fait pour avoir ce mal? se demanda-t-il. La douleur entraîne le souvenir et le souvenir provoque la confusion, la haine et sa suite. Ce sacré mal est venu comme ça, comme l’orage hier soir. Pourquoi faut-il que j’augmente ma douleur en m’énervant? La douleur affaiblit l’homme et abaisse sa moralité: celui qui est mesquin apparaît plus mesquin, celui qui est pénible apparaît plus pénible mais celui qui est sage reste sage. Dans la douleur bien des imperfections ressortent et s’inscrivent sur le visage de l’homme. Pourquoi devons-nous agir si bassement vis-à-vis des injustices, des fous, des insensés? Pourquoi devons-nous venger nos ancêtres, nos frères ou nos propres fils du mal qu’on leur a fait? La vengeance est comme un tigre assoiffé de sang et cette soif ne peut être apaisée que momentanément, car elle est le produit de la haine. Tant que le coeur demande justice, cet animal règne dans l’homme. Nous oublions plus facilement le mal que nous avons fait que le mal que l’on nous a fait. Il faut oublier le passé avec ses belles et sombres couleurs, car il nous emprisonne, il diminue nos moyens et nous empêche de voir les beautés du présent. La vie est mouvement et vivre, c’est aller de l’avant , vers le nouveau et ce qui est nouveau ne porte aucune trace de souvenir, de rancune, de haine, de nostalgie, etc. La douleur est le produit du conditionnement; être au-delà de ce monstre, c’est être libre... à suivre

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  • À la poursuite du vent (28, à suivre)

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        Vers dix heures du soir, il s’endormit en croisant les bras comme un pharaon.
        Le vieil homme était assis dans une barque à rames perdue au milieu d’un océan calme. Des voix angéliques planaient légèrement dans un ciel argenté.
        - Où suis-je? cria Jules.
        Un silence étrange régna.
        - Où suis-je? cria-t-il de nouveau.
        - Au fond de l’univers, répondit une voix grave et lointaine. Au fond de ton âme. Tout autour de toi, il y a ce que tu cherches. Sais-tu ce que tu cherches?
        - La vérité.
        - Rame. Ainsi tu atteindras les terres que tu cherches.
        - Et la vérité?
        L’océan s’agita. Jules ramait de plus en plus fort mais il avait l’impression de ne point avancer.
        Puis la barque heurta un rocher qui surgit subitement des eaux.
        Jules se réveilla brusquement et alla fermer la fenêtre. Un orage avait éclaté. Il regarda machinalement le réveil: il était deux heures du matin.
        Il s’assit dans son fauteuil et alluma un cigare.
        - Sacré orage, murmura-t-il, en se grattant la barbe.
       Les années passent vite, pensa-t-il. Elles passent trop vite lorsqu’on travaille comme des robots. On prend le tram le matin encore endormi et on rentre le soir au foyer, fatigué et déprimé. On se révolte parfois à cause de certaines injustices pécuniaires ou sociales. On obtient le fruit de sa colère mais les années passent vite et notre cœur reste assoiffé de bonheur. Les villes ont aggravé la douleur des hommes. L’être faible se perd dans la foule indifférente et n’y trouve pas le moindre espoir de salut. Seul le sage traverse sans peine ce désert glacial, ce cimetière de morts-vivants. Mais les sages sont rares et vivent souvent éloignés de la cohue par respect de la vie. L’homme n ‘est pas fait pour vivre dans le bruit et le désordre; il a besoin de calme et d’espace, il a besoin de respirer. Il est aussi fragile que la plus fragile des fleurs des champs. Ses yeux demandent à voir la lumière du jour et ses poumons à absorber de l’air pur. La technique a apporté, indiscutablement, à la société des avantages mais aussi des désavantages. Ces désavantages sont dus à la faiblesse de l’homme; il s’est laissé emporter par le charme de la machine et celle-ci a fait de lui son esclave. Ne sachant plus maîtriser la technique, il organise sa vie en suivant aveuglément ce dieu impitoyable.
        Il se leva et écrasa le cigare dans le cendrier.
        Impitoyable, se dit-il, et il entra dans la salle de bain...
        Il rafraîchit son visage et se donna un coup de peigne.
        Ils ont bien poussé, se dit-il, en examinant sa barbe dans le miroir. Ils ont très bien poussé, ces petits poils. Plus je les regarde et plus ils font partie de mon visage. Pourquoi ai-je eu cette envie ridicule de ressembler à un homme barbu? Je cherchais inconsciemment à devenir quelqu’un d’autre, quelqu’un pour qui la vie est Beauté. Cette barbe n’était qu’évasion. Et maintenant? Cela n’a plus de sens, car je suis las de me battre à poursuivre le vent. J’ai creusé jusqu’au tréfonds de mon âme et j’ai découvert une multitude de problèmes; j’ai essayé de les résoudre l’un après l’autre mais ils revenaient tous car je voulais toujours devenir cet homme barbu. J’ai eu des moments où quelque chose me disait que j'étais sur le bon chemin, et ce quelque chose me faisait retomber au fond de mon gouffre. Ces moments sont cruels. Je me suis quelques fois senti libre mais je n’étais pas libre: j’étais à la poursuite du vent et non le vent lui-même. Bien des fois j’ai prié pour accéder à un rang professionnel supérieur, pour enrichir ma vie affective par des cris d’enfants mais je n’étais qu’un misérable bourgeois, avide de bien-être, et je ne vivais qu’avec mon passé. J’ai eu aussi des moments de lucidité mais ils s’envolaient vite comme les promesses qui sortent de nos bouches insensées. J’aimerais mourir à l’instant et renaître pour aimer. Observer et aimer. Regarder et aimer. Mourir sans cesse et aimer sans cesse à nouveau. Plus je me regarde et plus je me rends compte que ma barbe n’a aucun sens. Elle était une aide, un moyen pour fuir un monde superficiel, vide, et voilà que cette aide attachante n’est plus rien. J’ai obtenu ce qu e je voulais: une barbe pour paraître, pour être la projection d’un idéal mais que suis-je réellement maintenant? Un homme qui comprend certaines choses mais qui cherche toujours au fond de lui même la vraie signification de la vie. Et insatisfait de mes recherches, je cours deci delà à la poursuite du vent. Pourquoi suis-je à la conquête de la vérité? Parce que mon esprit est confus. J’ai gaspillé mes plus fortes années à travailler comme un damné pour garder ma place, assurer ma retraite et ceci par peur de vivre méprisé des hommes. J’ai gagné de l’argent et j’en ai fait gagner cent fois plus à mes patrons. Oui, j’ai gagné de l’argent et qu’en ai-je eu de plus? Une tête pleine d’idées révoltantes. Bien que je remercie le ciel de m’avoir donné cette tête-là parce qu’il y a des vieux qui, aussitôt à la retraite, trépassent... Bien des oiseaux enfermés dans leur cage sont morts sans connaître les grands espaces et leurs chants n’étaient que monotones. Toute ma vie, j’ai été un de ces oiseaux-là et maintenant, j’essaie de prendre mon envol vers la liberté mais, habitué à ma cage, j’hésite par peur de l’inconnu... Faut-il que je te coupe? Tu n’est plus qu’une simple barbe et tu es bien où tu es. Te couper augmenterait ma stupidité. Ainsi tu m’as vaincu comme tes amies, les évasions, les recherches car je me trouve au point de départ le cœur vide. J’ai fait travailler mon cerveau à comprendre ce qui est impossible à comprendre. Ce qui est beau est Beauté et si nous voyons cette Beauté, c’est que nous faisons un avec ce qui est beau. La vie n’est qu’amour et il n’y a rien à comprendre à l’amour, il faut aimer, vivre...
        Dehors, la pluie tombait abondamment sur l’asphalte usé par le temps. Des flaques grandissaient et des ruisseaux coulaient le long des trottoirs. On en tendait le chant harmonieux de cette fée bienfaisante qui calme et nettoie air et âmes... à suivre

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  • À la poursuite du vent (27, à suivre)

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        Un paysan d’une quarantaine d’années s’approcha de Jules.
        - Vous êtes sur mes terres, dit-il, d’un ton agressif.
        - Est-ce possible? répondit Jules, calmement, tout en restant couché.
        - Vous êtes sur mes terres, répéta-t-il. Et je vous ordonne de foutre le camp.
        - Rien ne prouve que je suis sur vos terres, dit Jules.
        - Foutez le camp ou...
        - Ou quoi? fit Jules, en se levant brusquement.
        Le paysan prit peur.
        - Ou j’irai chercher les gendarmes ou mon fusil, continua Jules. C’est ça, les gendarmes. Pauvre petit bonhomme! Pauvre petit paysan!
        - Faites attention à ce que vous dites. Je suis sur mes terres.
        - Pauvre petit bonhomme. Vous en êtes encore à ce stade? Vous n’avez pas honte de parler de vos choses? Ma voiture, ma maison , ma maman.
        - Foutez le camp!...
        Jules n’insista pas et s’éloigna des terres du paysan.
        - Quel monde, murmura-t-il.
        Il bourra nerveusement sa pipe et l’alluma.
       Ça me fait plaisir de t’avoir, se dit-il, en marchant vers l’arrêt du bus. Un morceau de bois grossièrement sculpté, ce n’est pas grand chose mais parfois ça vaut plus qu’un ami. Un ami nous laisse facilement tomber pour une histoire de femme ou d’argent. La pipe, elle, elle m’aide à me calmer, à oublier une dispute. Il faut être grand pour pouvoir se passer de toute sorte d’objets symboliques. Et je suis encore loin d’être grand. Nous avons besoin de symboles parce que nous sommes incapables de ressentir la noblesse de la vie; incapables parce que notre esprit est dans un état de confusion totale. Il est comme un estomac qui a mal digéré un aliment et qui cherche à se rétablir. Il faut être grand pour savoir sentir ce qu’il faut exactement faire à chaque moment de notre existence. Notre âme est un royaume dans lequel le roi a souvent cédé sa place à ses serviteurs. Et le serviteur a besoin de preuves, de diplômes pour justifier son nouveau poste de roi, mais il est loin d’être le roi, car il est rusé et dépourvu de noblesse. Qu’est-ce qu e finalement la vérité? Pourquoi faut-il que je sois à la poursuite de moi-même? Je ne suis qu’un pauvre homme, avide de bien-être, un homme qui cherche à être le bien-être. C’est probablement cette avidité qui m’empêche de m’approcher de la vérité. Le royaume que nous cherchons tous à travers notre pensée, notre imagination est fugitif, illusoire. Ce paradis que nous souhaitons atteindre, comme le sommet d’une montagne, est un jardin sans formes, ni couleurs; c’est quelque chose qui n’est rien et qui est tout à la fois. Ma tête est pleine de théories et ce n’est pas bon pour ma petite cervelle... à suivre

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