L'espionne et moi (30, à suivre)

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 L'espionne et moi Hank Vogel.jpgMême si j’ai écrit dans ma jeunesse le mensonge est une vérité dans un monde inconnu, j’attends de Louise qu’elle crache toute la vérité, rien que la vérité.

 Mon ancienne amante d’une seule nuit d’été archi torride, peut-être d’avantage si l’on compte la ou les prolongations dans une ambiance moins insolite, me fixe puis me déballe la mine abattue:

 - A seize ans, mes parents m’ont chassé de chez eux, de chez moi, d’où j’ai toujours vécu. Soi-disant pour que j’apprenne à vivre, parce que je n’en foutais pas une, selon eux! J’étais totalement perdue. Déboussolée, déphasée, anéantie... Heureusement et malheureusement, un restaurateur m’a accueillie dans son auberge... Mais! Du matin au soir, je travaillais comme serveuse. Et les jours de congé et toutes les nuits, il me sautais rapidos en me promettant qu’il allait quitter sa bobonne pour m’épouser. Cela a duré de trop nombreuses années... Un beau jour, comme mon visage a tendance à ressembler souvent à un livre ouvert, un client très observateur s’est rendu compte de ce manège et m’a conseillé de faire la pute pour mon propre compte et plus allègrement. C’est-à-dire: sans devoir suer la journée pour un patron esclavagiste, mythomane et menteur, et subir après minuit ses assauts terrifiants en guise de cadeaux ou de surprises. C’est ce que j’ai fait. Puis, lors d’un voyage touristique à Moscou, au Café Pouchkine exactement, un Russe au regard ténébreux m’accosta... et.... et... de fil en aiguille, en passant par sa balalaïka et sa kalachnikov, finit par me proposer de bosser pour un service d’état dont le directeur est jusqu’à aujourd’hui un véritable mystère et tant mieux pour moi. Et pour mes chefs! Car moins tu sais, mieux tu te portes dans la vie. Si tous les soldats en savaient trop sur leurs capitaines, il n’y aurait plus personne sur les champs de bataille et les bistrots seraient remplis de déserteurs à moitié saouls. Quelle aubaine pour les bistroquiers mais quelle catastrophe pour les marchands d'armes auxquels je suis sensée tirer les vers du nez, entre autres! Car sans ces affairistes, je serais partiellement au chômage. Youri est mon agent de liaison, à Genève. C’est lui qui me donne les ordres et je tâche de les exécuter à la lettre. Sauf quand je soupçonne un vrai client d’être un client. Capiche?

 - Donc un espion, je chuchote.

 - C’est ça... Veux-tu m’aider?

 - A tirer les vers du nez avec ma caméra?...

Café Pouchkine à Moscou.jpg

Café Pouchkine à Moscou (pour plus d'infos... cliquez sur l'image)

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