L'espionne et moi (19, à suivre)

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 L'espionne et moi Hank Vogel.jpgFinalement, je me planque derrière une porte (à des fins de sécurité, je ne vous dévoilerez pas laquelle) et je guigne par le trou de la serrure.

 Deux malabars entrent. Un chauve et un bridé.

 Salutations à la prussienne d’un côté et mimiques parisiennes de l’autre. Soit, d’après mon œil de vidéaste habitué aux cadrages bien équilibrés: à droite, de brusques et rapides hochements de tête et, à gauche, de longs et mielleux sourires.

 Louise tient sa fameuse gourde dans ses mains.

 - Ты доверяешь этой суке-алкоголику? demande le bridé à son collègue.

 - A ты своему больному президенту? rétorque le chauve.

 Misère! Ce sont des espions russes, je conclus en toute hâte vu ma frayeur. 

 Ou Kazakhstanais, après trois secondes. L’un Kazakh et l’autre Russe. A moins que je me trompe.

 Le chauve, probablement un roux rasé et épilé à l’extrême, s’approche de Louise et lui dit:

 - Youri n’a pas venir... pour des raisons de santé.

 - Comment est-ce possible? s’étonne-t-elle. Je n’ai jamais eu affaire avec un mec plus vigoureux que lui. C’est grave?

 - Il se remettra.

 - De quoi souffre-t-il?

 - Il a trop bu ces derniers temps.

 - A cause?

 - De l’Ukraine.

 - Il n’est pas ukrainien que je sache?

 - Si, maintenant.

 - Comment ça?

 - C’est un Russe à cent pour cent. Mais depuis l’opération spéciale, il a changé mentalement de camp. Et tous ça parce que ses sœurs ont épousé des bras cassés de là-bas.

 - Eh bien, vous parlez le frouze comme un indigène!

 - Que voulez-vous depuis le temps que j’habite ici.

 - Vous aussi, le bras en breton de monsieur... pardon, le remplaçant? dit-elle en s’adressant au bridé.

 - Non à Taipei, répond le chauve à sa place... Désolé pour lui, mon collègue ne comprend pas le français.

 Risettes de toutes parts.

 Et il précise:

 - Par contre, il parle le russe comme un Russe, le taïwanais et le mandarin de Taïwan comme  un taïwanais et le pékinois comme un Chinois. Et en plus, il pratique la langue des signes et le braille.

 - Et les codes, ajoute Louise.    

 - Et les codes, bien sûr! affirme joyeusement le présumé agent secret.

 Virement de comportement.

 - On fait quoi maintenant? s’énerve-t-il. On continue de rester debout comme les pingouins de notre regrettée Alaska, l'Amérique russe, ou on... 

 - Spot! crie Louise en levant la gourde en l’air, lui coupant ainsi la parole. Poison ou poisson d’avril?

 Puis à voix basse, le regard miné, forcé forcément:

 - On a essayé de m’empoisonner et j’ai failli crever tout à l’heure. Je regrette mais  la partie de plaisir n’aura pas lieu aujourd’hui. Demain peut-être. Inchallah! Je refuse de coopérer dans de telles conditions.

 Elle dévisse le bouchon de son flacon préféré, tend ce dernier aux deux titans des terres lointaines et leur dit:

 - Dites-moi si vous sentez la farce ou la mort. A cause du covid ou de ma ménopause précoce mon petit nez a décidé  de partir avant moi à la retraite.

 A la surprise générale, le vrai ou faux Taipéien lui arrache des mains l’objet incriminé et lui promet illico presto dans un français sans accent:

 - Nous analyserons son contenu dans les plus brefs délais et nous mettrons un terme aux activités subversives de son ou ses auteurs, le cas échéant. Sur ce, nous prenons congé de vous afin vous puissiez vous remettre de vos émotions.

 Ah ces sacrés Chinetoques, me dis-je, même nos farces estudiantines ils savent imiter...

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L'Amérique russe (pour plus d'info... cliquez sur l'image)

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