L'espionne et moi (10, à suivre)

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 L'espionne et moi Hank Vogel.jpgUn regard tendre se dessine sur son visage, inhabituel de sa part.

 - Alors pourquoi tu ne m’as pas demandée en mariage? m’interroge-t-elle.

 J’hésite un bref instant puis je lui réponds:

 - Parce que je n’avais pas encore fait le deuil de mon divorce.

 - Le fait-on vraiment un jour?... Ou plutôt parce que je n’étais qu’une putain?

 - Tu étais plus que ça... Tu étais différente des autres.

 - Desquelles? Des bonnes à marier ou des bonnes qu’à baiser?

 - Des autres femmes, en général. 

 - Et maintenant?

 - Et maintenant quoi?

 - Nous pourrions envisager de... de...

 - Impossible, je ne suis pas libre.

 - Tu as trouvé la perles rare?

 - Exactement.

 - Dommage.

 - En effet.

 - Tu regrettes?

 - Pas du tout, au contraire... C’est que... nous nous étions rencontrés à un mauvais moment et à un mauvais endroit.

 - C’était mon lieu de travail. Là je t’ai racolé... Tu regrettes?

 - Tu regrettes, tu regrettes! Cesse d’imaginer la queue du diable un peu partout! Surtout là où la mienne était plutôt aux anges.

 - Ce qui signifie, grivois de Genevois?

 - Vaudois depuis quelques mois...

 - C’est kif kif abricot! 

 - Bourricot! On dit bourricot et non...

 - Je sais, je sais! Désolée, un Valaisan m’a traversé l’esprit... Continue...

 - Grâce à toi, j’ai appris à aimer l’autre pour ce qu’il est. Sans condition. Sans préjugé... C’était une vraie victoire sur moi-même. Une sorte de libération après la mise à mort de tous mes a priori.

 - J’ai de la peine à te croire.

 - Je n’y t’oblige pas.

 Aussitôt ses yeux se mettent à clignoter telle la plus juteuse des figurines d’un orgue de barbarie en plein délire puis elle dit:

 - Tu devrais t’inscrire à un parti politique. Afin de mieux clamer tes vérités.

 Je hausse les épaules et lui explique:

 - J’ai déjà commis cette erreur. Et... et...

 - Et?

 - A gauche comme à droite, toute vérité n’est pas bonne à dire. Car chacun tire la couverture de son côté. La camaraderie tant rêvée, on ne la retrouve qu’au bistrot. Après un coup dans le nez, lors une conversation sans queue ni tête. Mais... mais...

 - Mais?

 - Dès que tu t’apprêtes à grimper en direction du sommet du baobab, un singe pareil à toi te tire illico presto par la queue.

 - Queue, queue, queue! Tu n’as pas une autre gourmandise à offrir à tes démons?

 Elle n’est pas conne la conne, me dis-je, tout surpris. Elle mérite bien sa couronne, la grue. 

 Elle glousse un bref instant puis elle me crache:

 - A chacun son tour son venin.

 - Sa... ta vengeance, je rétorque. Tu es Ève et non pas le serpent...

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