Un amour entre les gouttes (31, fin de la première partie)

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 Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgLes voyages forment la jeunesse, dit-on.

 Mais j’ajouterais: et les rencontres la réconfortent lorsqu’elle est en détresse!

 Ainsi:

  L’avant-veille de mon départ pour le royaume des pharaons avec ma nouvelle bande de copains, des explorateurs inexpérimentés certes mais nullement des bras cassés, je  rencontre  une  collégienne de mon âge, Viviane Graff, fille ainée d’un banquier pas trop gourmand, dont notre amitié s’est forgée au fil de nos trajets scolaires, qui me propose séance tenante de fêter le Premier Août chez elle. Dans le jardin de la villa de ses parents, bien entendu.

 - Tu verras, m’explique-t-elle avec joie et fierté, il y aura de la bière, du vin rouge, des saucisses de Vienne, des cervelas et la plupart de mes copines d’école seront là. Et nous danserons autour du bûcher allumé par mon cher Papa... Tu viendras? C’est demain soir. Au couché du soleil, au cas où tu l’aurais oublié.

 - Comment puis-je oublier la seule fête incontournable qui salut  la mémoire de nos trois plus vaillants Waldstätten? je lui dis. Même isolés au milieu de nulle part et face aux pires dangers, les Pères Blancs lucernois ou fribourgeois s’en souviennent en fumant un pétard à la place du feu traditionnel... Je viendrai, parole de scout!

 Et aussitôt, je m’interroge:

 Confond-t-elle facilement un ex Suisse de l’étrange dévalisé et un Zoulou à moitié à poil avec une plume dans le cul, cette bourge en herbe? Sait-elle au moins que le patriotisme n’a rien à voir avec le fait de s’accommoder avec les quatre volontés de la Mère Patrie... Bah! J’y serai tout de même.

 Et, à la veille de mon envolée, par terre et mer vu que je un routier débutant et non pas un élève pilote, je me trouve miraculeusement au seuil de mon paradis tant espéré.

 En effet, quelle surprise! Parmi les invités, j’aperçois  Denise. Ma Denise, Denise Bigarrow! 

 Mon cœur se met à battre la chamade. La durée d’un quarante-huit tours seulement, heureusement.

 Viviane me présente ses copines puis, en dernier, la fille de tous mes rêves.

 Pourquoi en dernier? Prévoit-elle ou imagine-t-elle quelque chose, la progéniture d’un cachottier du secret bancaire? je me demande sans espérer la moindre réponse.

 Un long et étrange silence s’installe entre Denise et moi. Chargé de petits sourires et de légères grimaces. 

 Aucun vocable n’ose sortir de ma bouche, je suis comme paralysé du langage. 

 Pareil pour elle, probablement. 

 Alors Viviane monte sur ses grands chevaux en nous balance:

 - Mes poissons rouges sont plus attractifs que vous. Si la pluie et le beau temps ne vous inspirent guère, dites-vous au moins ce que vous allez faire demain. 

 - Je pa... pars pour la Suède et la Fin... lande, bafouille Denise.

 - Cette aphasie n’est que très brève, elle est due à une forte émotion, commenterait sur le champ mon ancienne concierge, Madame Biderbost, dont le fils se prépare à faire des études de médecine.

 - Moi, pou... pour l’Égypte, je poursuis dans cette même voix obscure de l’inconscient humain.

 - Pour... pour combien de temps?

 - Trois... trois semaines.... Et toi?

 - Trois semaines aussi... Si tu veux...

 - Oui.

 - Rendez-vous donc dans un mois?

 - Où ça?

 - On verra!

 J’ai franchi la porte, me dis-je. Il ne me reste plus qu’à entrer.

Fin de la première partie.

Petite pause avant la suite! Car la réalité est moralement plus dure à rédiger que la fiction. Mais en attendant que mes vieilles batteries mentales se rechargent, voici prochainement:

Ne me volez pas ma perle de Hank Vogel.jpg

 A la mémoire de mon ex beau-père Henry Anton Scheffer, un Hollandais silencieux qui préférait Vermeer à Rembrandt et qui, lors de la deuxième guerre mondiale, se cacha durant des mois voire davantage dans son grenier pendant que dans son salon un soldat-tailleur, également silencieux, confectionnait des costumes pour les officiers de la Wehrmacht stationnés à Apeldoorn. Heureusement, tous les Allemands n'étaient pas salauds!

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