Un amour entre les gouttes (19, à suivre)

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 Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgMiracle au Collège Moderne de Genève!

 Non, il ne s’agit pas d’un évènement spectaculaire tel que la Résurrection de Lazare mais d’une simple affaire de remplacement de prof qui pourrait sauver certains de mes camarades et moi-même du dégoût des études.

 Entre nous soit dit, à quoi bon ressusciter un mort, pour qu’il retourne à ses durs labeurs et meurt quelques années plus tard? La vie au paradis, n’est-elle pas plus paisible, merveilleuse que sur terre?

 Que de contradictions dans les livres sacrés!  

 Les évangélistes Marc, Mathieu, Luc et Jean ont fait fort et remonter bien des bretelles avec leurs écrits, soit,  mais on aurait dû les classer parmi les écrivains de science-fiction et non pas parmi les braves et les saints. La face du monde serait sûrement autre aujourd’hui.

 J’ai le profond sentiment que Jésus n’a jamais accompli de miracles. 

 D’après mon imagination: ce n’était pas un prestidigitateur semi-divin ou divin mais un commun des mortels très clairvoyant, désintéressé de toute éloge et de toute prière, qui a semé de brillantes et utiles paroles pour un amour  meilleur entre les humains, au nez et à la barbe des pharisiens et des Romains.  Et les apôtres l’ont trahi en surévaluant ses capacités intellectuelles et sensorielles. Malgré eux, sans doute. Par admiration aveugle, probablement.

 Bref, soyons cools et verbalement moins serpentueux!

 A deux mois de la fin de l’année scolaire, le pion de français, absent pour trois semaines pour une cause bien secrète, est remplacé par Jean Muller, un enseignant  suisse né en Finlande, de mère finlandaise  et arrivé tout fraîchement du pays du Père Noël. 

 - Enfin peut-être un cadeau du ciel! je m’exclame dans le grand des silences.

 Le sieur en question, novice chez les pedzouilles du DIP (département de l’instruction publique), nous dévoile son attachement au finnois qu’il considère cousin germain du hongrois, nous récite quelques phrases dans sa langue maternelle, nous raconte quelques petites histoires drôles puis, d’un ton différent des autres lascars de l’enseignement public, il nous propose:

 - Jeunes gens, à vous maintenant de me révéler qui vous êtes et ce que vous avez dans vos tripes. Prenez donc vos stylos ou vos crayons de couleur et rédigez-moi... rédigez, rédigez ce que bon vous semble. Tous les chemins de la liberté sont à vos pieds, tachez seulement de ne pas trop les salir avec vos souliers crottés. 

 Et mon ange gardien, qui se balade souvent dans les sphères de la contradiction, me chuchote à l’oreille:

 - Sors de ces sentiers battus, choisie une voie inexplorée et envole-toi.

 Après une brève hésitation, j’opte pour celle de la poésie et je mets aussitôt à composer un poème d’amour en pensant, évidemment, à Denise.

 La semaine suite, Maître Muller arrive tout souriant en classe, ouvre son cartable et commence à nous rendre nos travaux, par ordre croissant des notes. Sans se presser. C’est-à-dire: tranquillement, calmement, sereinement, flegmatiquement...  

 C’est vrai, il n’y a pas le feu au lac dans ce pays et chaque élève a droit à un commentaire ou  mérite quelques minutes de gloire, pour paraphraser Andy Warhol, même les absents.

 C’est le suspens! Quasi de angoisse à la Hitchcock.

 Passons outre! Car j’ai horreur de ça.

 Au bout d’une demi-heure de verbalisations extraordinaires, le remplaçant, serrant fortement la dernière rédac du bout de ses doigts, la mienne forcément, se lâche d’un air jubilatoire:

 - Sept sur six! Sensible et courageuse composition... C’est qui Vogel?

 - C’est moi, Monsieur! je hurle presque  en me levant d’un bond.

 - Assis! m’ordonne-il gentiment.

 Je me rassieds.

 Il me dévisage puis il m’avoue:

 - J’ai failli pleurer en vous lisant... Bravo! Continuez comme ça et, qui sait, un jour vous deviendrez poète ou romancier... Si seulement je pouvais garder votre feuille...

 - C’est pour le poème et ou l’écriture? je lui demande, sûr de moi.

 - Comment l’avez-vous deviné? 

 - J’ai l’habitude... Il paraît que ma calligraphie est très séduisante mais également très proche du miroir aux alouettes. C’est héréditaire.

 Il sourit.

 - Si seulement, réitère-il son souhait.

 - C’est avec un grand plaisir que je vous l’offre, je conclus...

Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.png

L'écriture de mon père (Edgar Vogel)

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Commentaires

  • Vers la fin de mon existence, je suis arrivé à ne croire qu'à trois certitudes; l'Univers est Mouvement, la Vie est Changement et Tout est éphémère ici-bas,

    Toutes mes autres réflexions ne sont que des suppositions, car nul Humain ne connaît ni la Réalité et ni la Vérité."

    Jésus et l'amour, hum, hum, traiter certains autres de races de vipère, c'est un "amour" très particulier. Il a été condamné pour ses crimes après tout. Par les Romains.

    Bien cordialement, cher Monsieur Vogel.

  • Mon imagination le pardonne.... D'autres contradictions justifient (amour et chasser à coup de fouet les marchands du temple, par exemple) ce que vous dites.

    Bonne journée, cher Monsieur Daniel.

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