Un amour entre les gouttes (11, à suivre)

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 Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgFinies les deux semaines de vacances chargées de grasses matinées, d’expériences inespérées et de promenades sauvages au bord du Foron, retour donc à la normalité qui ne me semble pas si normale que ça. 

 La quotidienneté! La quotidienneté? Une ruine de plus pour ceux qui se sont ruinés aux jeux du hasard.

 Bien que! Quand on a de très bonnes notes à  l’école, tel que moi en Algèbre sans me vanter, ou une activité professionnelle intéressante voire défoulante, pareille à celle du flic par exemple, on se lève toujours du bon pied, à condition qu’il ne soit pas blessé, il y va de soi. Et on part à la guerre la fleur au fusil et en sifflant.

 Tout est en moi,  me dis-je, en empoignant courageusement mon cartable. Le bien, le mal, Dieu, le diable, la réussite, la défaite et tout ce qui s'ensuit.

 Cette pensée n’est pas de moi mais de mon Papa. 

 Contrairement à mes premiers copains sincères et honnêtes dans la commune de Thônex, les frères Allamand, Arthur et André, des  jumeaux dizygotes dont le premier a une petite tache de naissance sur la joue gauche et le second a perdu une testicule en tombant d’un poirier, qui croient dur comme fer aux paroles des évangiles et qui adorent le Seigneur Jésus-Christ de toutes leurs forces, je ne fais confiance qu’aux diktats jetés en l’air par mon cher père, ce sacré Edgar Albert Johannes Vogel, et je n’adule que lui.

 Aimer Jésus, cela me paraît totalement absurde. 

 - Parce que c’est le fils de Dieu? me demanderait ma concierge catholique, accro  aux messages du Pape.

 - Non, because c’était un homme, je lui répondrais. C’est-à-dire: un être de chair, poilu, barbu et muni d’un verge circoncise. Et il n’est plus là. Par contre, être amoureux de la Vierge Marie, cela ne me paraît pas trop insensé et parfois pas du tout...  

 - Parce que c’est ou c’était une femme?

 - Certainement, car je suis attiré par  tout ce qui représente la féminité. D’ici, d’ailleurs et de nulle part. Et... et...

 - Et?

 - Elle me rappelle une voix féminine qui me sauva la vie dans mon enfance. Difficile à narrer en quelques mots, le devoir m’appelle!

 Je cours et je saute dans le tram, bourré de frontaliers.  Direction le collège... 

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In memorian Arthur Allamand (cliquez sur la photo)

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Cher Monsieur Vogel,

    Je lis "C’est avec un immense chagrin"... Bonjour la cohérence! Ils devraient sauter de joie, fêter ce "départ"... puisque n"ous savons où est notre frère Arthur aujourd’hui,"...

    Cela m'étonnera toujours.

    Cordialement!

  • Que voulez-vous, le Bon Dieu est le grand des prestidigitateurs. Alors, quand il rate une de ses nombreuses farces, les hommes, souvent, ne savent pas s'ils doivent rire ou pleurer.

    Très cordialement, cher Monsieur Daniel.

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