Un amour entre les gouttes (10, à suivre)

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 Un amour entre les gouttes, Hank Vogel.jpgL’année se termine quand même en beauté. C’est-à-dire: sans trompettes ni échanges, d’objets inutiles, sur-estimés ou surévalués, comme à Noël et à Pâques, et ni larmes forcées, forcément, mais par une monstre explosion due par une bombe artisanale non incendiaire et non destructrice ou, plus sobrement, par un gros pétard fabriqué par mes soins dans mon mini-laboratoire clandestin, dans un coin de la cave attribuée à mes parents.  

 - Enfin un cadeau, un vrai! je hurle, en fuyant le sous-sol. Tout le reste ne sert qu’à graisser les roubignoles et les chattes en chaleur.   

 Dans la fuite, où l’héroïsme et la peur du gendarme se mélangent à merveille tels l’huile et le jaune d’œuf lors d’un fouettage maîtrisé afin d’obtenir une mayonnaise réussie, je croise Madame Biderbost, la concierge du 19 chemin Adrien-Jeandin, notre immeuble, qui m’arrête et m’accuse presque, d’emblée:   

 - C’était toi, cet énorme fracas! Oui c’était toi, n’est-ce pas?   

 - Non, Saint-Pète, le saint des motards et des fabricants d’engins explosifs, j’ironise.

 - Ne joue pas au plus malin avec moi...

 - Boum!...

 - La prochaine fois, j’avertirai la police.

 - Elle ne verra que du feu. Au sens figuré, au cas où...

 - Oui, oui!

 - Ce n’était qu’un pétard du genre chinois, anodin, très anodin, chère Madame.

 - Anodin, anodin! Je veux bien... mais à quoi bon donc faire du bruit pour rien?

 Je joins mes mains et je lui explique:

 - Pas pour rien. Du bruit, certes, mais c’est plus que ça, c’est la preuve, l’aboutissement d’un rêve cent mille fois rêvé, la création ou l’achèvement d’une chose quasi impossible à réaliser. Une offrande du ciel et non pas pour le ciel en vain.

 Elle me sourit étrangement puis elle me déclare, toute navrée:

 - Mon pauvre garçon, j’ai l’impression que le collège ne te convient pas du tout, il est en train de te transformer soit en bourrique soit en démon... Allez! File au bercail!

 Si seulement il pouvait aussi me métamorphoser en prince charmant, me dis-je aussitôt en pensant à Denise. Elle serait ma reine et moi, je dormirais à ses pieds... jusqu’à ma prochaine bombe seulement, évidemment.

 Et je m'éloigne de cette geôlière obèse...

Un amour entre les gouttes de Hank Vogel.gif

Denise imaginée en reine

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Commentaires

  • Que ne ferait-on pas pour ces beaux yeux bleus!

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