Une fumée en couleurs (extrait 6, à suivre)

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 Une fumée en couleurs.jpgA l’heure du loup, peut-être un peu avant ou après, je me réveille brusquement et deux lunes s’approchent de moi, prêtes à me dévorer.

 - Nó là Minh, j'entends doucement en sentant légèrement un poids sur mes lèvre.

 Je secoue la tête et je réalise que ce présumé monstre n’est autre que Minh Hiên.

 - Puis-je? me demande-t-elle.

 Et, sans attendre une réponse, ni le moindre signe de ma part, elle s’allonge à côté de moi.

 Par réflexe, je jette un coup d’œil à droite,  afin de m’assurer que mon ami Tauxe est bien dans son lit et qu’il dort sur ses deux oreilles. RAS! Il respire comme il ment. C’est-à-dire: la gueule grande ouverte.

 -  Je suis une guerrière qui lutte pour sa  survie, me dit-elle, comme ma mère au temps des Américains.

 Un étrange frisson traverse tout mon corps. De bas en haut puis inversement.

 - Mais ne crains rien, me rassure-t-elle... Je n’ai ni arc ni flèche cachés derrière mon dos...

 - Que veux-tu? je lui demande tout perplexe.

 - Un peu de tendresse, de l’amour et ou quelques milliers de dongs. Si cela ne te dérange pas trop. 

 - C’est tout?

 - Tu es sérieux ou tu plaisantes?

 - J’aurais voulu que les choses se passent autrement, différemment...

 - Les ou la chose?... En si peu de temps?

 - Tu as raison.

 Elle m’embrasse sur la joue.

 Un long silence, tel un démon bourré d’idées confuses et chargé de nous anéantir, s’invite à notre manège, très inattendu pour moi. 

 Puis une brève hésitation, tel un ange pressé et prêt à tout, chasse cet intrus et nous nous enlaçons.

 Mais aussitôt après cet enlacement inoubliable et avant qu’un éventuel massacre n’advienne! 

 Sans doute, pris entre deux feus, celui d’une réalité déchue et celui d’un avenir inassouvissable, je retire mon porte-fric de sous le coussin, l’ouvre et, de ses doigts agiles et expérimentés, la belle de Saïgon me fauche un billet de vingt dollars.  

 - Fiche vite le camp, je lui ordonne gentiment et en souriant, avant que le zouave d’à côté ne se réveille et nous accuse de complicité intellectuelle...

Une fumée en couleurs, Hank Vogel*.jpg

De droite à gauche: Jean-Jacques Tauxe, deux étudiantes et Hank Vogel à Saïgon

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