Ma Mère, cette Italienne (28, fin)

Imprimer

 Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpg7 mai 1945: à Reims, au SHAEF, le quartier général des forces alliées en Europe nord-occidentale, le général Alfred Jordi capitule au nom de toute l’armée allemande, nazie. 

 C’est la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

 Parmi les gagnants et les indemnes: on chante, on danse, on boit et on fait l’amour.

 Parmi les perdants et les blessés: on se soigne, on espère, on fuit et on se suicide.

 Cette plaisanterie diabolique aurait anéanti 15% de la population polonaise, dont trois millions de Juifs (polonais), 10% de la population russe... Au total, au niveau mondial: entre 40 et 60 millions d’individus, militaires et civils confondus.

- La mort d’un homme est un tragédie, celle d’un million d’hommes est une statistique, a ou aurait dit un jour Joseph Staline.

 Et j’aurais rajouté:

 - Ce qui me pousse à croire que les personnes qui ne pleurent jamais lors d’un enterrement sont ou feraient de parfaits statisticiens.

....

10 mars 1946: Boris Vian, écrivain, poète, traducteur, parolier, chanteur, trompettiste,   scénariste, acteur, peintre et ingénieur, fête son vingt-sixième anniversaire, avec son épouse Michelle, au Tabou à Paris. Ou ailleurs. Et Antoinette Vogel, à Alexandrie, met au monde pour la troisième fois un garçon aux yeux bleus mais blond cette fois-ci: Hans Christian Erik. 

 Qui choisira plus tard le prénom artistique de Hank pour rendre hommage à la reine  Nefertiti  qui portait souvent la croix de la vie, l’Ânkh. C’est-à-dire: moi, l’auteur de cette mini biographie.

 Quatre heures quarante-cinq du matin, j’affrontai l’inconnu tel la moitie d’un obus de la Grande Guerre, soit fabriqué de trois kilos et sept cents grammes de chair fraîche, tiré par un canon qui n’était autre que ma mère. 

 Évidemment, avec un poids aussi minable mais dans les normes, je n’explosai pas mais je poussai un cri... De peur ou de colère? Difficile d’y répondre? Le Bon Dieu avait certainement désamorcé la bombe. Toutes les bombes, pour un certain temps. Mais jusqu’à quand?

 Quel évènement!

 Quand j’ouvris à fond mes mirettes, par curiosité ou stupéfaction, je vis une petite foule d’étrangers qui me regardaient curieusement. Certains, les plus courbés, en me reniflant, les autres en ricanant ou en me souriant prudemment. Mais, heureusement, tous semblaient  rassasiés et désaltérés par l’eau du Nil que j’avais hâte de goûter. Ils étaient originaires  des quatre coins du monde. D’Angleterre, d’Australie, de Chypre, de Grèce, de Croatie, de France, d’Italie, du Liban, de Malte, de Prusse, de Suisse, de Syrie, de Turquie et d’Amérique à l’état latent. Au cœur de ce mini public, hétéroclite mais soudé en apparence, se trouvait évidemment la cause essentielle de cette manifestation: la rassembleuse, celle qui me serrait fortement dans ses bras,  ma Mère cette Italienne.

100072758_max.jpg

Ânkh (pour plus d'infos... cliquez sur la croix)

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.