Ma Mère, cette Italienne (23, à suivre)

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 Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpgLa guerre est une vache à lait pour les uns, une minorité, et une calamité pour les autres, la majorité. Elle n’enrichit en somme que les marchands d’armes, les fabricants de prothèses et la faune multicolore qui rôde autour... ainsi que tous ceux qui excellent dans le marché noir, bien entendu.  

 Tous les autres, pauvres, moins pauvres et riches, perdent des plumes. Jusqu’à devenir des dindons tout ramollis de la belle farce.

 En principe, les dictateurs et ceux qui jouissent en les écoutant, n’aiment que les marches miliaires qui, métaphoriquement, chassent la peur à coups de matraque.

 Ainsi: adieu les mélodies à l’eau de rose et endormantes de grand-maman et grand-papa et vive les chansons paillardes et entrainantes!  Jusqu’à quand?

 Mais hélas!

 En 1942, faute de moyens populaires, la vente des 78 tours et des gramophones His Master’s Voice était en chute libre. A cause aussi de la concurrence américaine. La fameuse mine d’or creusée dans l’énigmatique cité de Cléopâtre ne rapportait pas autant qu’à l’époque de la multiplication  des pains sonores d’Oum Kalsoum et de son véritable découvreur, Charles Clair Vogel von Glarus, qui en outre, avait créé pour le plaisir et avec l’aide d’un ingénieur et ami de Guglielmo Marconi, la première radio d’Alexandrie. 

 Alors les filles et fils du très discret et honorable Nabab louèrent leurs belles villas et leurs luxueux appartements meublés à des bourgeois mieux lotis qu’eux et s’installèrent tous, tant bien que mal, dans des logements beaucoup plus modestes et surtout moins sophistiqués. 

 Eh oui! Il faut apprendre et savoir s’habituer à tout dans la vie, même au pire! leur répétait souvent le prévoyant patriarche sans confession, dans leur heureuse jeunesse. Bien que l’exercice de telles mésaventures permet de survivre aisément. A condition que les locataires soient réglos et présents lors des encaissements.

 1943: c’est la pagaille en Italie. Qui choisir? Le roi Victor-Emmanuel III, également empereur d'Éthiopie de 1936 à 1941 et roi d'Albanie de 1939 à ce jour, ou Benito Mussolini, le vilain rital chassé par les Suisses puis attitré par ces derniers à l’Université de Lausanne? 

 Aïe aïe aïe, ces soi-disant gardiens de la morale, ils pataugent tantôt dans la choucroute tantôt dans la fondue, fribourgeoise et brûlante, jusqu’aux couilles! Avec le risque sublime d’en perdre une au nom de la neutralité. Comme ces barbus munis d’une kalachnikov qui hurlent sauvagement le nom de leur dieu après chaque prière standardisée. 

 Les Italiens se révoltent enfin. Antoinette est terriblement déçue. Elle, qui a une âme de rassembleuse et de bonne sœur,  se retrouve brusquement sur la lame du rasseoir.

 Son passé, son présent et son futur se mélangent diaboliquement dans sa tête. Sa cervelle n’est plus qu’une salade russe indigeste, dirait un neurologue, fin gastronome mais tout affolé. Prête à exploser. Identique à celles des auteurs trop engagés dans leurs propres cavernes.  

 Un matin, en se réveillant, la belle Italienne dit à son intègre Glaronais:

 - J’en ai marre de cette guerre qui n’a pas de sens, comme toutes les autres d’ailleurs.   Illico presto, je vais rendre visite  au directeur de la British Eastern Telegraph Company. Il se souviendra sûrement de moi. Et il me proposera certainement un boulot dans les services secrets...

 - Quoi? cria Edgardon, en tombant presque du lit. Dans les services secrets de l’armée britannique?

 - Ou celle des Alliés. Les Écossais  sont très forts pour embobiner les Anglais, tu sais. Et mon ancien dirlo en est un... Pourquoi, ça te dérange?

 - Non, ça m’étonne de ta part... Tu n’as pas froid aux yeux?

 - Ni aux yeux ni aux oreilles!

 - Non, je voulais dire: tu n’as honte de trahir ta patrie?

 - Mon ex patrie! Et, comme un ex mari brutal et sicilien que je m'imagine, elle m’a fait voir de toutes le couleurs. L’Italie est devenue une grande malade pour bien longtemps. Et il ne faut sûrement pas que les stronzi des fascistes et des nazis la fassent disparaître de la surface du globe.

 - Qui ou quoi veux-tu sauver concrètement?

 - Laisse-moi faire! Contrairement à toi, quand je suis en colère je trouve toujours la clé que je cherche...

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