Méo rêvait de l'Amérique (7, à suivre)

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 Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpgJe tombe sur le cul et j’ai vraiment l’air con.

 - Pauvre falang! dit-elle. 

 - Vous... vous... par... lez... ke... co... une... Française, je bégaye.

 - C’est seulement maintenant que vous vous rendez compte? me demande-t-elle.

 - J’ai... j’ai...

 - Non, ce n’était ni de l’anglais ni franglais et pourtant je vous ai dépendu dans la langue de Molière. Mais voilà! Vous étiez soit sur Soleure soit dans la lune. Ai-je tort ou raison?

 - Mais qui donc être-vous donc?

 - Deux donc dans la phrase ça fait redondant, vous ne trouvez pas?

 Je souris.

 Un silence. Long en apparence. Archi court dans la réalité. Permettant ainsi aux horloges de la réflexion de toutes parts à se mettre à l’heure.

 - Je n’ai rien à expliciter dans le futur, j’avoue comme si j’avais commis un tas de crimes dans le passé. Car mon avenir est ici et maintenant. Banal et nullement ambitieux. Certaines choses ne s’expliquent cas. Du moins aux autres. Mes allégations sans queue ni tête  ne servent qu’à me rassurer. Tel un bon coup de ventilateur en pleine gueule pour ne pas perdre conscience. Mais... mais...

 - Mais?

 - Mais dans ces états au-delà du bien et du mal, je capte malgré moi des vérités qui planent dans les airs.

 - Bonnes ou mauvaises?

 - Je n’ai pas une âme de juge ou de justicier pour pouvoir en débattre.

 L’Asiatique, aux réactions imprévisibles,  à l’opposé de la femme soumise selon moi, pose son arme occasionnelle près de mon bol vide, s’assied en face moi et m’ordonne, une fois de plus, mais avec flegme typiquement britannique:

 - Frappe-moi avec cet engin si mon tom sens la tome!

 - Ou le gruyère? je temporise.

 - Je ne plaisante pas.

 - Moi non plus.

 - Alors frappe ou avoue!

 - Avouer quoi?

 - Ce que tu as vu, capté ou ressenti...

 - On se tutoie maintenant?

 - On se tutoie.

 - OK! 

 - Alors?

 - Comment tu t’appelles, d’abord? 

 - Ratana.

 - Ratana comment?

 - La suite est quasi un secret d’état. Et toi?

 - Erik. Ma suite est sans suite.

 - Parfait! Nous sommes sur la même longueur d’onde. En somme, nous sommes pareils à deux intellos qui pataugent dans la même mare aux connards.

 - J’ai déjà entendu ça.

 - Sûrement, nous avons dû lire les mêmes bouquins débiles... bref! Tu cognes ou tu craches?

 - Tu t’es trahie, ma belle. Ou plutôt ton vocabulaire t’a trahie. On véhicule sans cesse notre passé grâce ou à cause des mots que l’on divulgue. Par exemple, le terme expliciter est souvent utiliser par les enseignants, les pédagogues et les adeptes des sciences du langage. Comme courbe, gain ou profit chez nos chers banquiers. Ou les mêmes vocables des voyou chez les flics. Qui se ressemble s’assemble. Non? On n’échappe pas à son éducation et encore moins à son vécu.

 Elle applaudit. Pour me déstabiliser ou pour en savoir plus?

 Tant pis! je me lance:

 - Ratana, tu es plus nue toute habillée qu’après une séance de strip-tease intégral. 

 Elle ne réagit pas. Je poursuis donc:

 - Outre celui déjà évoqué, voici les trois points de fuite d’un fragment de ta vie que j’ai vaguement ressenti: Molière, Soleure et falang ou farang... Tu as soit épousé un prof d’histoire romand fan de Jean-Baptiste Poquelin et raciste à retardement qui t’a chassée de chez lui après une année de bons services soit donné des cours d’art dramatique à des adolescents qui suçaient encore leur pouce et...

 Brusquement, elle se lève, me coupant ainsi la parole, et me crie dessus:

 - Cesse de me poignarder! Tu n’es guère plus rassurant qu’un moine qui prédit tout et n’importe quoi.

 Je me sens tout embarrassé, confus, gêné, honteux, pantois... voire tout ça et davantage. 

 Alors, sans perdre le moindre laps de temps, je paye chichement ce qu’ai avalé, au sens propre comme au figuré, et je m’éclipse à l’anglaise...

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