Le démon de treize heures (19, à suivre)

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 Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgSalut l’ami Tauxinelle! Comment vas-tu? Désolé, je voulais dire comment te sens-tu à la gauche de Dieu? Sachant que la droite est occupée par le fils du charpentier, le pire ennemi des pharisiens, et ses petits copains...

 Quel silence!

 Tu refuses de me répondre, toi le Genevois? Que lui est-il arrivé à ta mordache, à ta grande gueule des Pâquis ou de Plainpalais?

  Motus et bouche cousue! Motus pour tous,  au même stade d’égalité. Enfin un peu de justice! Je suppose.

 Ici-bas, rien n’a changé depuis que tu nous as quittés il y a plus d’une année, à l’aube de  de tes soixante-dix-huit ans. Rubis sur l’ongle, voire davantage et sans relâche, les femmes, les féministes surtout,  se  battent toujours pour se trouver au même niveau que les hommes, question salaire et pouvoir, et rien ne bouge aux pays des machos.   Au mieux, les phallocentriques les laissent bêler sans intervenir. Au pire, ils leur coupent l’herbe sous les pieds avant ou après chaque long bêlement. Car la compagne du mâle, pour ces gens-là qui dominent la planète bleue, bientôt noir fumée ou noire de fumée, est toujours considérée comme une chèvre qui n’est bonne que pour être prise par derrière, engendrer et donner de bons  fromages. D’où l’expression: en faire tout un fromage. D’après moi, bien entendu.

 Mais ton nouveau papa, céleste forcément, bien qu’il ne frappe jamais ses enfants à coups de ceinture tel ton ex éducateur et protecteur terrestre, n’est pas toujours au top concernant ses jugements, ses décisions et ses actions.

 Pour preuve, la semaine dernière, je me suis permis de demander à un caissier manchot d’un petit supermarché proche de chez moi:

 - Où et quand avez-vous perdu votre main gauche, en Afghanistan lors d’un combat?

 - Loin de là, je suis né ainsi, m’a-t-il répondu en souriant... C’est dans la famille, ma cousine est venue au monde avec un pied en  moins. 

 - Et... et... cela ne vous affecte pas trop?

 - A l’école peut-être mais plus maintenant. Ni complexe ni problème. Avant de trouver cette place paisible, j’étais conducteur de bus et je conduisais mieux que mes collègues. Sobre et ivre... Pourquoi ces questions?

 - Déplacées selon vous?

 - Niet, inattendues.

 - J’écris des romans entre autres... Puis-je vous citer dans l’un de mes prochains récits?

 - Volontiers! Je m’appelle Dimitri Novokipov et vous?

 Eh oui! La nature, cette infatigable créatrice des êtres et des choses, n’hésite pas à se laisser aller parfois. Créant ainsi des situations terribles, durement surmontables pour certains de ses deniers objets amusants, ses marionnettes vivantes. Quelles énormes différences entre elles souvent! Quel casse-tête pour l’égalitaire?

 C’est le désordre à deux doigts du chaos.

 Justement! En pensant à son contraire, il y a un certain temps, ma tendre épouse a rêvé de feu mon père. 

 Dans son rêve, le vieux lord, oui lord vu sa prestance et son langage prude, lui a dit:

 - L’ordre fait défaut là-haut. C’est pourquoi, j’ai l’intention de revenir sérieusement parmi vous. Mais avant cela, il faut que je fasse quelque chose. Quoi? Je ne sais pas encore...

 Alors après avoir brassé tout cela dans ma petite cervelle, j’ai décidé de faire du rangement dans mes souvenirs et ce en donnant une seconde vie à des images que j’avais abandonnées au fond de mes archives audiovisuelles.

 D’où ma série sur YouTube intitulée: Il était une fois mon vingtième siècle.  

 Tauxinelle! Nous avons découvert ensemble des lieux paradisiaques à pied, en moto, en bateau, en train, en hélicoptère, en avion et à dos d’éléphant. 

 Te souviens-tu de Coca et de Cola, ce couple de proboscidiens qui pétaient sans vergogne dans la forêt vierge ou presque,  au nord du fameux Pont de la rivière Kwaï? Quelle puanteur nauséabonde mais quels rires aussi!

 Vive l’aventure!

 Non, ne repose pas en paix, camarade! Essaie plutôt de suivre les traces célestes de mon géniteur, aventurier dans l’âme lui-aussi. Car j’ai l’impression que le vrai paradis se trouve sur terre. Et nulle part ailleurs.

 Nom de zou!

 

A la mémoire de Jean-Jacques Tauxe. 

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