• Poursuites sans suite

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     Permettez-moi de vous donner à lire un récit d'un autre style, d'une autre écriture, écrit avec mon deuxième stylo, ma caméra. La liberté d'expression et la transparence sont les deux mamelles de la vérité. Alors montrez vos seins, les saintes-nitouches! Au figuré, bien entendu.

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  • Méo rêvait de l'Amérique (4, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpgMon pied-à-terre, quand je ne plane pas forcément, se trouve à cheval entre le Nana Square et le Soi Cowboy, deux quartiers chauds, non loin l’un de l’autre, où la chair humaine se vend ou plutôt se loue pour une nuit toute entière jusqu’au petit matin. Voire plus si, par accident ou par miracle, le sexe cède sa place au rêve d’un amour probable ou certain. De courte ou de longue durée.

     Pourtant!

     En tant que bon chevalier des terres malsaines, avant de galoper vers l’une d’elles, j’hésite toujours un long moment en me demandant, l’air hagard:

     - Pourquoi les putes d’ici font moins putes que les putes de mon pays? Est-ce une question de race ou de culture? Ou encore: le  Bon Dieu sous les tropiques fricote-t-il avec le diable?...

          Mon roman est-il le fruit d'un effet dont j'ignore sa cause? Ou l'inverse?       

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  • Ni arc ni ciel (2, à suivre)

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     Ni arc ni ciel, Hank Vogel.jpgUn soir, au début de l’année 1995, avec beaucoup d’intérêt, je regarde un reportage sur le Vietnam à la télévision. A la fin du film, je téléphone aussitôt à mon ami John James, qui adore la terre de l’Oncle Hô, et lui dit:

     - Persuadé que tu as dû voir ce que j’ai vu, tu ne penses pas que certaines séquences ont été tournées dans un bordel à Bangkok?

     - Sans aucun doute, me répond-t-il, fort convaincu. J’ai failli reconnaître une de mes petites copines...

     - Certains journalistes sont très doués pour dénigrer un pays...

     - Avec de drôles de preuves à l’appui!

     - Ils piquent des infos de-ci delà et en font une bonne salade russe chargée de belles phases que seuls les imbéciles avalent sans bouger le petit forcément... Mais quand le doute persiste, il faut le battre à chaud.

     - C’est-à-dire?

     - Allons sur place et vérifions par nous-mêmes si des filles dansent à poil  à l’ Apocalypse Now...

    Comment est né ce roman...

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  • Le démon de treize heures (17, à suivre)

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     Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgCelui qui goûte aux fruits du pouvoir aujourd’hui, en raffolera demain.

     Pareil à notre corps, notre mental est dominé par le démon de conservation et de possession. C’est pourquoi nous fonctionnons tous non pas comme une montre à quartz suisse mais comme une horloge folle créée par un fabricant de farces et attrapes chinois. C’est-à-dire: qui sait qu’elle doit avancer mais, pour effrayer et rassurer en même temps sa propre gallérie, ne cesse pas de faire de petits sauts en arrière.

     Nous ne sommes que des machines. Des machines évoluées, certes! Et prétentieuses! C’est pourquoi, nous pétons souvent plus haut que notre cul.

     Succinct exemple de fonctionnement de ce gadget divin, relatant peut-être une époque heureuse et prospère: 

     Tous les jours ouvrables, avant de se rendre à son travail, mon ami Jules se précipite au Café du commerce, commande un renversé et un croissant au garçon italien, décroche «La Suisse» de son habituel crochet... et, tout excité, se met à lire le quotidien du matin.

     Ceci est un fait vu de l’extérieur ou le constat d’un simple observateur, espion ou voyeur sans la moindre imagination. 

     Mais!

     Me référant à ma thèse et connaissant bien cet apôtre d’aucune doctrine spécifique, je suis persuadé qu’avant, pendant et après sa collation et sa passionnante lecture matinale, il s’angoisse souvent pour rien. En se posant un tas de questions absurdes et plus rapides que l’éclair.

     Soit quelques-unes au ralenti:

     Les journalistes feront-ils la grève suite à ce-ci et à cela? «La Suisse» finira-t-elle par disparaître? Une autre gazette de même envergure pourra-t-elle m’informer également de bonne heure des  événements de la veille au cas où...? Aurai-je droit à mon renversé et à mon croissant si...?

     Je le répète: nous ne sommes que des machines. Des machines évoluées, certes! Et prétentieuses! C’est pourquoi, nous pétons souvent plus haut que notre cul.

     Non? Alors pourquoi sommes-nous si incapables de nous réparer nous-mêmes lorsque la folie ou une maladie incurable s’empare de nous?...

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  • Méo rêvait de l'Amérique (3, à suivre)

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    Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpg  Été 1994. Je me trouve actuellement à Krung Thep. Ou, en français dans son entière dénomination, pour ceux qui ont du temps à perdre et pour ceux qui adorent la poésie au quotidien, dans La ville des anges, des fées ou des dieux, grande ville, résidence du Bouddha d’émeraude, ville imprenable du dieu Indra, grande capitale du monde ciselée de neuf pierres précieuses, ville heureuse, riche dans l’énorme Palais royal identique à la demeure céleste, règne du dieu réincarné, ville dédié à Indra et construite par Vishnukarn. Ou encore, pour les pressés comme des lavements et pour ceux qui prennent souvent l’avion, à BKK. En somme, à chaque type d’individu sa propre dose de phonèmes!

     - OK! Je m’imagine que tu stagnes tel un journaliste littéraire dans cet immense bordel à ciel ouvert qui, paraît-il,  ne dort jamais... mais qui es-tu réellement, l’auteur de ce massacre éditorial ou un plouc de la  pire espèce en voie de se transformer en je ne sais quoi? me demanderait ma concierge, plus critique et plus psychologue que n’importe quel expert dans le domaine de la santé mentale... Sois transparent et concis dans tes propos et surtout à l’opposé des circoncis du zizi et du cerveau! ¿Entendiste mi mensaje?

     - Si señora.

     Elle a raison, toujours raison, cette laide antifranquiste.  Bien que je coucherais volontiers avec elle, rien qu’une seule fois, juste pour l’entendre jouir, sa  boîte à conseils fermée... bref!  Erik, c’est mon nom de famille et également mon prénom. Erik Erik, ça fait rikiki voire redondant pour les simplistes, j’en conviens. Mais depuis que j’ai passé à la télé, en train de rouler les mécaniques à la John Wayne dans un western amateur, tous mes copains m’appelle Duck, Dick ou Dac. J’ai quarante-huit ans, l’âge de toutes les tempêtes possibles, à cheval entre la crise de la quarantaine et celle de la cinquantaine. Un soir, à cause d’une histoire de cul sans queue ni tête, ma chère épouse m’a flanqué à la porte, chassé à coups de balai de notre domicile conjugal. Alors pour accéder à son jeu mi-figue mi-raisin, selon moi, et lui donner une petite leçon en retour, j’ai décidé de disparaître à ses yeux pour un certain temps. C’est pourquoi, je demeure ici où j’ai pris une chambre dans un hôtel bangkokois, à plus de neuf mille kilomètres de la cité barbare où je paie régulièrement mes impôts... pardon! nos impôts.

      BKK quelques années plus tard...

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  • GARDIENS DES REMPARTS

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    Je viens de recevoir une vidéo d'Israël. Un jeune Israélien s'exprime:

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  • Méo rêvait de l'Amérique (2, à suivre)

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    Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpg  Et Méo rêvait de l’Amérique. Une Amérique qu’elle imaginait car elle n’y avait jamais mis les pieds.

     Mais, encore lui, qui est donc cette Méo?

     C’est une jeune femme asiatique que j’ai  abordée dans un quartier malfamé de Bangkok...

     Stop! Ne me jugez pas trop vite! Attendez d’abord la fin de mon histoire avec elle avant le faire. C’est la moindre des politesses mentales que vous puissiez avoir à l’égard de nous deux et de notre future relation. 

     Je suis allé une fois au Cambodge et à Singapour, deux fois en Birmanie, trois fois au Vietnam et de nombreux fois en Thaïlande.  L’Asie du Sud-Est, je connais donc un peu. Mais suffisamment pour reconnaître le péril jaune dès qu’il sort ses griffes tel un monstre assoiffé d’espace  ou de domination. C’est-à-dire: quand une femme ou un homme de race jaune a tendance à me prendre pour le blanc d’un œuf cru dans le but de me voir disparaître dans sa souhaitée omelette.

     Non! Je ne suis pas un raciste patenté. Ou si, avec d’autres termes, de plus terribles mots, envers une grande partie de ceux qui ont eu et ont la même couleur de peau que moi! Par ses nombreux combats sanguinaires déjà, le blanc est l’être le  plus méprisable de toute l’humanité. Ce qui me pousserait à croire que le dieu qui créa l’homme à son image était forcément noir. 

     Bref, ne nous écartons pas trop du sujet!

     Les voyages forment la jeunesse, certes! A condition que vous soyez prêt ou prête à tout voir et à goûter à tout, dans les limites du raisonnable bien entendu. Passer des journées entières à vous bronzer sous les tropiques n’enrichira nullement vos connaissances sur la tropicalité...

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  • Méo rêvait de l'Amérique (1, à suivre)

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     Méo rêvait de L'Amérique, Hank Vogel.jpgL’inventeur  invente, le poète poétise  et le consommateur consomme. Ceci est une évidence, un constat que nul ne peut contester. Ni Dieu ni le diable. A moins qu’ils soient tous les deux de mauvaise foi et ce au même instant.

     Mais!

     Comme il y a toujours un mais, pour nous éclairer davantage et non pas pour nous forcer à retourner dans notre habituelle  caverne obscure, ces trois moments sublimes de jubilation extrême, soit l’invention, la poétisation et la consommation, ne tombent pas du ciel par hasard. Chaque évènement est précédé d’un avant et suivi d’un après. 

     Et que font nos chers bonhommes lors de ces laps de temps? Ils pensent, il rêvent les yeux ouverts. 

     Eh oui, nous rêvons tous constamment de quelque chose. Précise, vague ou en gestation.

     Et Méo rêvait de l’Amérique. Une Amérique qu’elle imaginait car elle n’y avait jamais mis les pieds.

     Mais, encore lui, qui est donc cette Méo?..

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  • Bombardements à Graza!

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    Je viens de recevoir cette vidéo. On dirait que certains journalistes (juifs ou arabes) étaient avertis à l'avance de cet horrible show...

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  • Le démon de treize heures (16, à suivre)

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     Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgÔ Dieu! Encore toi! Toi le prioritaire. Hélas, tu es toujours sourd à mes discours. 

     Quelle guigne d’être né dans une famille monothéisme! Si j’étais venu au monde dans une maisonnée hindoue, j’aurais maintenant plus de choix vers qui m’adresser pour me lamenter de  mon sort. J’aurais en face de moi, en laiton ou en terre cuite bien entendu, Brahma, Shiva, Vishnou et toute un panoplie d’avatars. Quelle aubaine pour mes yeux! Moi qui ai tendance à vouloir jouer à la guerre avec des soldats en plomb.

     En effet, j’ai sur mon bureau, ou plutôt ma modeste table de travail, trois figurines,  trois pions de l’échiquier du Grand Architecte qui représentent chacun un personnage historique. Soit: Pierre le Grand, empereur de toutes les Russies, Napoléon Bonaparte et Staline.

     Le premier semble protéger sérieusement son épée avec sa main gauche, le deuxième caresser discrètement son ventre gonflé avec sa main droite à moitié enfouie dans son gilet et le troisième réfléchir profondément avec sa pipe éteinte et sans tabac. 

     Le Russe pèse 84,3 grammes, le Corse 74, 3 grammes et le Géorgien 60,5 grammes. Selon ma mini balance électronique que je viens d’acheter par caprice.

     Le poids de chacune de ces statuettes que représente-t-il à mon cogito en perpétuelle gestation?   

     Tout et rien à la fois. 

     - Impossible, bordel! crierait  ma concierge contestataire. Tu ne peux pas être au four et au moulin en même temps. À moins que tu aies un frère jumeau qui se prend pour toi. Mais ça, c’est une toute autre histoire!

     Alors je lui répondrais, fier tel un étudiant en psychologie ou en philosophie:

     - En effet, peut-être, pas forcément... Tout cela dépend de l’humeur de ma conscience. Plus précisément: rien quand je préfère me  taire de peur de me trouver en taule dans un pays dont les dirigeants sont hostiles à toute liberté d’expression, non ce n’est pas de la paranoïa due aux réseaux sociaux, ou quand les fesses de ma voisine m’obsèdent jour et nuit. Et tout quand j’ai envie de cracher quelques vérités dans l’espoir de... de... de...

     Mes pensées vont souvent plus loin que mes écrits. Car faute d’avocats sincères et de juges honnêtes et puissants à mes côtés, je me censure régulièrement...

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  • Ni arc ni ciel (1, à suivre)

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    Ni arc ni ciel, Hank Vogel.jpg  Un jour pas comme les autres, sans doute le plus enchanteur de ma vie d’écolier voire d’étudiant, mon prof de français et de philosophie préféré écrivit sur le tableau noir:

     Le monde que l’on observe est-il différent du monde que l’on imagine? Et quelle différence y a-t-il entre un journaliste, un vrai, et un écrivain, sincère? 

     Puis il dit à ses élèves, moi y compris forcément, avec un petit sourire malicieux:

     - Mes chers concitoyens à part entière de demain, vous avez une heure et demi pour réfléchir et répondre à ces deux questions primordiales... Celui qui aura pondu la meilleure dissertation, telle une poule qui  pond des œufs en or, aura droit à un merveilleux cadeau...

     Ricanements et chuchotements de-ci delà. Puis toute la classe éclata de rire. 

     - Chut! Attendez la surprise avant de jouir comme des pucelles pour trois fois rien! cria-t-il soudainement.

     Quelle surprise? Mystère et boule de gomme.

     Car le lendemain, Maître-Raoul-qui-évite-la-semoule-contrairement-à-nos-pions-fils-de-pute, c’était le surnom le plus élogieux à son égard, quitta de son propre gré définitivement la fonction publique, selon les échos du préau, pour une raison que j’ignore jusqu’à présent.

     Il faut dire qu’ à cette époque la droite conservatrice, baveuse mais trompeuse,   était au pouvoir au pays des banques et des multinationales. 

     Mais!

     Malgré la volatilisation de mon épreuve rédactionnelle, ainsi que celles de mes camarades bien attendu, et la disparition de cet enseignant hors norme, trop à l’ouest pour la gauche coincée, ces deux phrases écrites à la craie ne se sont jamais effacées de ma mémoire. Au contraire, elles se renforcent d’année en année et m’encourage souvent à poursuivre la voix de l’écriture. 

     Le chemin est long, je sais, mais bien libérateur...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (41, fin)

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     J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Que veux-tu, Anke, ma sœur, avait tout pour déplaire aux esprits conventionnels. Elle était plus libre que la liberté. Ou,  moins poétiquement, accro de libertés.  Adolescente déjà, elle adorait portait des masques. De chat surtout. De chatte en chaleur, revendiquait-elle souvent. Oui, revendiquer, c’était son terme favori. Passe encore! Mais... Mais... le voyeurisme, l’exhibitionnisme, le sado-masochisme et d’autres pratiques paraphiliques, ainsi que, paradoxalement, l’abstinence sexuelle faisaient partie du programme qu’elle s’était fixé de suivre et qu’elle suivait aléatoirement. Alors, pour apaiser la colère de mes vieux, je l’ai tuée... Ai-je eu tort? Ai-je eu raison? Seule l’humanité de demain pourrait nous donner la bonne réponse.

     Pierre-Jean Kashama me dévisage bizarrement pendant un bon moment puis me dit:

     - Je te comprends très bien. Chez moi, dans la savane du Nord-Kivu, les lions ne chassent jamais ce genre de gazelle. Par peur de se métamorphoser en serpents, probablement. Et tant mieux pour le paysage... Au fait, c’est qui véritablement cette Anke?

     Alors, tout en souriant, je lui avoue discrètement.

     - Ma vraie ou fausse jumelle,  moi au féminin, cette part équivoque de moi-même que mes parents, l’école et la société m’ont encouragé à abattre et à enterrer.

     - Tu blagues ou quoi? 

     - Le commissaire se fera une joie immense de te répondre.

    ***  

     Je rentre chez moi. En vérité, ce chez-moi, que j’ai omis de vous décrire, faute d’odeurs habituelles et rassurantes, est un luxueux petit logement meublé que j’ai loué pour trois mois à bas prix grâce à l’aide miraculeuse d’un très vieil ami. 

    Et je téléphone à ma femme qui me répond aussitôt en se lamentant:

     - Quelle folie! Enfin, je t’ai au bout fil. J’ai essayé de t’appeler au moins cent fois. Que se passe-t-il au pays de Tell, on empêche aussi les opposants à tout système de communiquer entre eux? 

     Alors, pour ne pas inquiéter davantage ma chère épouse, je lui raconte le mensonge suivant:

     - En allant à l’Office cantonal de la population, j’ai perdu mon smatphone dans le bus. Deux jours plus tard, une Africaine, en balayant la merde des touristes chinois bourrée de microbes, l’a retrouvé sous un siège et l’a aussitôt remis à son chef, un  Albanais, qui l’a aussitôt apporté au Service des objets trouvés. Tout va très vite ici. Et, forcément, vu nos étranges conversations enregistrées qui semblent codées, le responsable de ce  capharnaüm, un Sicilien,  s’est pressé de téléphoner à un cousin qui travaille à la police et, après moult sérieuses recherches, on a fini par me localiser et on m’a restitué mon portable dans un écrin en velours rouge avec les compliments de la République.

     - Quelle classe ces Genevois! s’exclame ma tendre moitié. Courtois et honnêtes jusqu’au bout des ongles. 

     - Déjà pour ça, je suis prêt à déposer mes 

    papiers. Pardon, nos papiers... Malgré que les excellents flics n’existent que dans les séries télévisées.

     - Pourquoi tu dis ça?

     - Non, pour rien, désolé... je pensais à mon roman.

    In memoriam Anke, Hank Vogel.jpg

    9 mai, anniversaire de sa mort

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (40, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg  - La théorie du complot est à la mode ou à nouveau à la mode. Tout imbécile heureux qui n’adhère pas aux idées de la grande masse est considéré de connard, de complotiste, de conspirationniste voire de terroriste par les partisans inconditionnels de celle-ci. Et tout imbécile heureux qui adhère aux idées de la grande masse n’est pas mieux considéré par les adeptes inconditionnels du complotisme. D’un côté nous avons les partisans et de l’autre les adeptes. Dans quel camp sommes-nous?... Dans quel camp suis-je d’après toi? 

     - ...

     - Brièvement: certains chercheurs, spécialisés dans le domaine social et bien installés, prétendent que ceux qui sont contre le système dans lequel ils vivotent, forcément, ont un sacré penchant pour les théories du complot. Et ce pour se rassurer. Donc... donc...

     - Donc?

     - Jésus était un complotiste, un conspirationniste, un conspirateur, un terroriste... 

     - Comment ça?

     - Il a comploté en faveur du Royaume de Dieu et le système de l’époque, bigarré certainement, l’a crucifié. Il est mort sur la croix et... et...

     - Il a ressuscité.

     - Oui, mais d’après les évangiles, écrits par ses apôtres... Également des histoires du complot?... J’attends une réponse.  

     Le Congolais, l’ Ivoirien ou le Suisse naturalisé me fixe du regard et se met aussitôt à suer.

     - Pas de réponse, bonne réponse, dis-je en baissant les yeux. Tantôt nous marchons au pas, tantôt nous pédalons dans la semoule...

     - Tes propos me donnent des sueurs à la fois froides et brûlantes, se plaint-il promptement... Tu ne vois pas que je transpire comme un nègre. 

     - Ça se remarque à l’œil nu mais c’est toi  seul qui peut le déclarer en ces terres hostiles à la vraie liberté d’expression.  

     - Qu’essaies-tu de me faire comprendre?

     - Rien du tout... Ce serait trop dans la même journée.

     - Alors parlons de la pluie et du beau temps.

     - Pas si vite, futur bourge et bouffeur de longeoles! Pas avant d’avoir mis un terme à ma réflexion. 

     - Quelle réflexion?

     - Pourquoi le harceleur de ta frangine me cherche des emmerdes.

     - Pour moi, c’est clair et net et je te le répète: c’est un raciste, il déteste les noirs et ceux qui les défendent.

     - Probablement aussi... Mais la principale et la plus vraisemblable raison est celle-ci... oui, celle-ci... Je suis certain à quatre-vint-dix-neuf pour cent. 

     - On dit nonante-neuf ici.

     - Je ne vis pas encore ici. Et puis, qu’importe les habitudes, l’essentiel c’est de se comprendre...

     - Accouche donc! 

     Je me frotte les mains tel un patron après avoir entubé le plus coriace de ses créanciers et je conclus ma thèse ainsi:

     - Le commissaire est obnubilé par un portrait de Anke que j’ai publié sur internet. Il  est persuadé que suis l’auteur de l’assassinat de cette gamine et de la disparition de son corps. Malheureusement, c’est un flic  qui raisonne presque comme flic ordinaire. C’est-à-dire: tel un scientifique qui a besoin de preuves matérielles pour justifier ses recherches mais qui, en parfait fils à sa Mamma, va tous les dimanches à l’église. D’après lui, on ne peut pas tuer quelqu’un autrement qu’avec une arme, un instrument, un objet, ses mains, ses pieds ou ses dents. Laissant ainsi des indices, des traces ou des empruntes. Pour lui, tuer quelqu’un par la pensée, c’est de la pure science-fiction. Pourtant certaines personnes, dont mes soi-disant soignants à l’hôpital, ont dû lui faire part de leur consternation face à ma dernière expérience insolite. Qui concerne plus la mort que la catalepsie.  Ou seule la Faucheuse. Et qui  pourrait justifier mes pouvoirs maléfiques. Mais voilà! Sans du solide, du palpable, Raoul patauge dans la semoule, il marche souvent à côté de ses pompes... au lieu de se préoccuper des affaires beaucoup plus importantes, essentielles. Et ce n’est pas le seul flic sur terre à agir ainsi.

     - ...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (39, à suivre)

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     J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Mais de qui tu parles-tu?...

     - Du commissaire, parbleu!

     Et patatras! Je me retrouve au fond du trou de la stupéfaction la plus totale.

     Je me relève nonchalamment, tel un collégien piégé par son meilleur camarade de classe, et lui demande, pourtant sans haine ni rancune:

     - Comment sais-tu que j’ai eu affaire à lui?

      Le sieur Kashama fait un inhabituel signe de la croix, en se caressant rapidement le nez, le  menton et les lèvres, et m’explique à contre cœur et une dose d’hésitation:

     - Ma petite sœur travaille au commissariat, heureusement mais malheureusement,  comme technicienne de surface et... et...

     - Et?

     - Elle rêve de devenir flic et... et...

     - Et?  
     
     - J’étais en train de discuter avec elle quand... c’est con...

     - Con?

     - Non, quand je t’ai vu sortir du bureau de l’affreux jojo.

     - J’ai l’impression que tu le connais mieux  que moi.

     - Grâce à Marie-Antoinette, ma sœurette qui... qui...

     - Qui?

     - A plusieurs reprises, elle s’est fait traiter de sale négresse par ce vilain individu.

     - Cela ne m’étonne guère.

     - Elle n’a jamais réagi... elle a fermé sa gueule pour ne pas perdre son emploi. Et la famille aussi...

     - C’est courant.

     - Mais c’est grave! Surtout de ce pays civilisé et démocratique.  

     Quinze secondes de silence. Cela me rappelle, entre autres, les nombreuses minutes de silence officielles, écourtées faute de temps ou de vrai respect, auxquelles j’ai participé.

     Après cette séquence temporelle mi figue mi raisin, je dis à mon ami de quelques heures:

     - Plus rien ne me surprend aujourd’hui. Ici comme ailleurs. J’ai lu dernièrement dans Le Temps, un journal plus que sérieux pour ta gouverne, un article intitulé: En Suisse, près de 600 cas de discrimination raciale ont été recensés en 2020. Donc, en ajoutant les mésaventures non dévoilées de ta sœurette, celles de Pierrette, Paulette et Jeannette ainsi que celles de Pierre, Paul et Jacques, le tableau est terriblement monstrueux... Non, l’ex Italien au service de l’ordre helvétique ne m’a pas l’œil à cause de la publication de mon livre La Nubienne, comme tu penses sûrement, mais parce que  j’ai écrit: J’ai aimé et tué ma sœur. Paradoxe des paradoxes! On a bien beau croire que l’on est ceci et non pas cela. Mais on est tantôt ceci et tantôt cela. 

     - Explicite!...

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