J'ai aimé et tué ma soeur (41, fin)

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 J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Que veux-tu, Anke, ma sœur, avait tout pour déplaire aux esprits conventionnels. Elle était plus libre que la liberté. Ou,  moins poétiquement, accro de libertés.  Adolescente déjà, elle adorait portait des masques. De chat surtout. De chatte en chaleur, revendiquait-elle souvent. Oui, revendiquer, c’était son terme favori. Passe encore! Mais... Mais... le voyeurisme, l’exhibitionnisme, le sado-masochisme et d’autres pratiques paraphiliques, ainsi que, paradoxalement, l’abstinence sexuelle faisaient partie du programme qu’elle s’était fixé de suivre et qu’elle suivait aléatoirement. Alors, pour apaiser la colère de mes vieux, je l’ai tuée... Ai-je eu tort? Ai-je eu raison? Seule l’humanité de demain pourrait nous donner la bonne réponse.

 Pierre-Jean Kashama me dévisage bizarrement pendant un bon moment puis me dit:

 - Je te comprends très bien. Chez moi, dans la savane du Nord-Kivu, les lions ne chassent jamais ce genre de gazelle. Par peur de se métamorphoser en serpents, probablement. Et tant mieux pour le paysage... Au fait, c’est qui véritablement cette Anke?

 Alors, tout en souriant, je lui avoue discrètement.

 - Ma vraie ou fausse jumelle,  moi au féminin, cette part équivoque de moi-même que mes parents, l’école et la société m’ont encouragé à abattre et à enterrer.

 - Tu blagues ou quoi? 

 - Le commissaire se fera une joie immense de te répondre.

***  

 Je rentre chez moi. En vérité, ce chez-moi, que j’ai omis de vous décrire, faute d’odeurs habituelles et rassurantes, est un luxueux petit logement meublé que j’ai loué pour trois mois à bas prix grâce à l’aide miraculeuse d’un très vieil ami. 

Et je téléphone à ma femme qui me répond aussitôt en se lamentant:

 - Quelle folie! Enfin, je t’ai au bout fil. J’ai essayé de t’appeler au moins cent fois. Que se passe-t-il au pays de Tell, on empêche aussi les opposants à tout système de communiquer entre eux? 

 Alors, pour ne pas inquiéter davantage ma chère épouse, je lui raconte le mensonge suivant:

 - En allant à l’Office cantonal de la population, j’ai perdu mon smatphone dans le bus. Deux jours plus tard, une Africaine, en balayant la merde des touristes chinois bourrée de microbes, l’a retrouvé sous un siège et l’a aussitôt remis à son chef, un  Albanais, qui l’a aussitôt apporté au Service des objets trouvés. Tout va très vite ici. Et, forcément, vu nos étranges conversations enregistrées qui semblent codées, le responsable de ce  capharnaüm, un Sicilien,  s’est pressé de téléphoner à un cousin qui travaille à la police et, après moult sérieuses recherches, on a fini par me localiser et on m’a restitué mon portable dans un écrin en velours rouge avec les compliments de la République.

 - Quelle classe ces Genevois! s’exclame ma tendre moitié. Courtois et honnêtes jusqu’au bout des ongles. 

 - Déjà pour ça, je suis prêt à déposer mes 

papiers. Pardon, nos papiers... Malgré que les excellents flics n’existent que dans les séries télévisées.

 - Pourquoi tu dis ça?

 - Non, pour rien, désolé... je pensais à mon roman.

In memoriam Anke, Hank Vogel.jpg

9 mai, anniversaire de sa mort

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Commentaires

  • Bon, j'avoue que je n'ai pas suivi la saga. Mais une question me tarabuste. Pourquoi cette image de pinup irrésistible en couverture et en conclusion ?

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