J'ai aimé et tué ma soeur (39, à suivre)

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 J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg- Mais de qui tu parles-tu?...

 - Du commissaire, parbleu!

 Et patatras! Je me retrouve au fond du trou de la stupéfaction la plus totale.

 Je me relève nonchalamment, tel un collégien piégé par son meilleur camarade de classe, et lui demande, pourtant sans haine ni rancune:

 - Comment sais-tu que j’ai eu affaire à lui?

  Le sieur Kashama fait un inhabituel signe de la croix, en se caressant rapidement le nez, le  menton et les lèvres, et m’explique à contre cœur et une dose d’hésitation:

 - Ma petite sœur travaille au commissariat, heureusement mais malheureusement,  comme technicienne de surface et... et...

 - Et?

 - Elle rêve de devenir flic et... et...

 - Et?  
 
 - J’étais en train de discuter avec elle quand... c’est con...

 - Con?

 - Non, quand je t’ai vu sortir du bureau de l’affreux jojo.

 - J’ai l’impression que tu le connais mieux  que moi.

 - Grâce à Marie-Antoinette, ma sœurette qui... qui...

 - Qui?

 - A plusieurs reprises, elle s’est fait traiter de sale négresse par ce vilain individu.

 - Cela ne m’étonne guère.

 - Elle n’a jamais réagi... elle a fermé sa gueule pour ne pas perdre son emploi. Et la famille aussi...

 - C’est courant.

 - Mais c’est grave! Surtout de ce pays civilisé et démocratique.  

 Quinze secondes de silence. Cela me rappelle, entre autres, les nombreuses minutes de silence officielles, écourtées faute de temps ou de vrai respect, auxquelles j’ai participé.

 Après cette séquence temporelle mi figue mi raisin, je dis à mon ami de quelques heures:

 - Plus rien ne me surprend aujourd’hui. Ici comme ailleurs. J’ai lu dernièrement dans Le Temps, un journal plus que sérieux pour ta gouverne, un article intitulé: En Suisse, près de 600 cas de discrimination raciale ont été recensés en 2020. Donc, en ajoutant les mésaventures non dévoilées de ta sœurette, celles de Pierrette, Paulette et Jeannette ainsi que celles de Pierre, Paul et Jacques, le tableau est terriblement monstrueux... Non, l’ex Italien au service de l’ordre helvétique ne m’a pas l’œil à cause de la publication de mon livre La Nubienne, comme tu penses sûrement, mais parce que  j’ai écrit: J’ai aimé et tué ma sœur. Paradoxe des paradoxes! On a bien beau croire que l’on est ceci et non pas cela. Mais on est tantôt ceci et tantôt cela. 

 - Explicite!...

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