J'ai aimé et tué ma soeur (23, à suivre)

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J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg  Tout à coup, je sens le poids d’une main légère sur mon épaule droite.

 Pourquoi réagir, me retourner brutalement, comme d’habitude? me dis-je aussitôt. La spontanéité mérite une pause, d’être en stand-by, non? Ne serait-ce d’une fois! A titre expérimental. Tout se passe très vite dans le cerveau. Certains de mes neurones ont peut-être osé bousculer les règles établies, leurs propres règles. Par caprice ou révolte. Le miracle n’est-il pas lui aussi une extravagance, une impatience? Alors mon corps tout entier décide de s’immobiliser. Et je deviens de marbre. Pour de vrai pour ainsi dire. La pesanteur de cette masse étrangère sur ma peau sensible, pourtant à travers mon veston épais, n’a plus raison d’être, elle n’est plus là, elle a disparu. Qui suis-je? Où suis-je? Je vole, je plane. Suis-je dans le jardin de Dieu?

 Brusquement, je me sens secoué comme une prunier et  j’entends une voix lointaine et féminine, m’expliquer:

 - Les murs ont des oreilles mais aussi parfois des yeux ou un œil.

 Puis, toute affolée:

 - Revenez à vous, cher monsieur! Pour l’amour du ciel!

 - On dirait qu’il est mort, le con, réplique une autre voix, tout autant distante mais masculine. Appelez une ambulance ou les pompes funèbres, bordel! 

 Et comme par enchantement, je me retrouve dans la ruelle où j’ai rencontré l’énigmatique Paul Popol. Face aux graffitis. 

 Je regarde le mur et je constate que l’on a remplacé ma caricature, en cow-boy, par celle du personnage éponyme de mon roman El Pirata.

 Subitement, une troisième voix, distincte celle-là, répète mot à mot ou presque les paroles de la première, soit:

 - Attention, les murs ont des oreilles et au moins un œil. La preuve...

 Et le visage de cette créature picturale se met d'emblée à s’animer...


 

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