J'ai aimé et tué ma soeur (16, à suivre)

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J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg  Tout à coup, il éclate en sanglots. Et, aussitôt, il prend la fuite. 

 Et, forcément, je tombe sur le cul. 

 Inéluctablement, ça fait désordre pour quelqu’un qui est chargé de mettre de l’ordre, me dis-je. Bien que cette charge cache une panoplie de très mauvaises et révoltantes méthodes pour le pékin de la rue. La plus pire: assassiner de sang froid celui qui s’en prend un max aux ordres arbitraires. A moins que...

 - A moins que quoi? je chuchote.

 Dois-je penser le contraire de ce que j’ai osé penser? je poursuis cérébralement. C’est-à-dire: les études servent finalement à quelque chose, pour le meilleur comme pour le pire.

 Je rectifie donc cette phrase dans ma cervelle  ainsi:

 Finalement, les études ne servent à rien lorsque l’on se trouve face à un con de policier ou à un con tout court.

 Subitement, l’image du commissaire me vient à l’esprit. Qui se ressemble s’assemble! Réellement ou virtuellement. 
 
 Non, je ne me fais pas des films, je me rassure. Ce sont les films qui viennent à moi. Un documentaire en particulier. Celui où je surprend l’animal en train d’abuser d’une prostituée. 

 Mais illico presto le générique de ma vie de débauché se déroule dans ma petite cervelle, encore elle et toujours elle, à cheval entre les regrets et la culpabilité. Et je lis, par ordre alphabétique, les prénoms suivants:

 Aja, Alice, Alicia, Alisia, Allie, Amanda, Amarna, Analie, Angel, Annabelle, Anny, Aubrey, Bianca, Blanche, Blue, Brittany, Cameron, Candi, Carla, Courtni, Daisy, Denisa, Elisa, Ella, Elle, Izzy, Jessie, Joslyn, Karla, Kiwi, Lianna, Lily, Madison, Mandy, Masem, Misha, Nastya, Natalie, Nikki, Sarina, Scarlet, Scarlett, Sofia, Tiffany, Tracy, Yulia et Zuzana.

 Et je murmure, après les avoir comptés:

 - Quarante-sept noms de baptême, des convenances. Telles des étiquettes collées sur des flacons vides. En apparence tout semble si anodin. Mais chacune d’elles camoufle l’absence du vrai,  une histoire fausse ou sans de réels personnages, une jouissance à sens unique voir au fil du rasoir dans certains lieux non sécurisés.

 Un femme s’approche de moi et me dit toute étonnée:

 - Ça ne me regarde pas mais j’ai l’impression  que vous confondez sérieusement ce mur avec le Mur des Lamentations.

 Je cligne des yeux.

 - A Jérusalem, précise-t-elle... Vous connaissez?

 - Comme ma poche de mon palto! dis-je spontanément. 

 - Pourquoi pas de votre pantalon?...

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