• Le démon de treize heures (4, à suivre)

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    Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpg J’adore les chansons de Cliff Richard, de Neil Sedaka, de Ricky Nelson, de Brenda Lee... Certaines d’entre elles, malgré leur superficialité, se sont... comment dire... incrustées dans mon cerveau comme des pierres précieuses dans une couronne d’une valeur inestimable. Au moindre rappel,  elles se mettent à briller et tout mon être se met aussitôt dans un drôle d’état.

     D’effervescence, d’ivresse, de jubilation, d’euphorie, d’extase, de transe ou de lévitation?

     De lévitation, c’est ça! J’ai l’impression de nager dans les airs ou de planer dans les eaux. Ou les deux à la fois.

     Quel bonheur! Quelle insouciance! Je me sens jeune. Non, je suis jeune. Car tout est dans le ciboulot!


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  • J'ai aimé et tué ma soeur (15, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpg  Alors, je propose à cet inconnu que la providence ou les Services secrets et honteux de Confédération ont largué sur mon chemin:

     - Lancez-vous dans l’univers des balbutiements historiques. La générosité du cœur ouvre la première porte, celle de l’esprit la seconde par politesse et ainsi de suite. Vous semblez être affecté par une histoire qui vous dépasse...

     - Sembler être... n' y a-t-il pas pléonasme? m’interrompt-il.

     - Dieu sois loué! je m’exclame... Fabuleux! Cela prouve bien que vous ne faites pas partie de la grande famille flicailleuse.

     - De la flicaille, vous voulez dire?

     - Oui, c’est ça?

     Il se gratte la narine gauche et me dit:

     - Bonne déduction! Vous êtes plus malin que je l’imaginais.

     Il ment, il ment comme il respire, je pense aussitôt. Il s’est gratté la narine gauche, deux points, c’est un flic à cent pour cent! Ou plutôt un sycophante instruit au service des polices.

     - Lancez-vous dans l’univers des balbutiements historiques! je répète d’un ton plus convaincant.

     Il grimace, sourit, grimace de nouveau puis s’exécute:

     - Vous ou pas vous, j’ai follement aimé la sœur de cet artiste et philosophe de quatre sous... Paul me disait-elle... Paul, c’est moi... sois patient, aucun mur n’est éternel sauf peut-être la Grande Muraille mais le monstre est très loin de chez nous... Oui, sois patient mon petit Popol, mon frangin finira par comprendre que je ne suis plus une gamine et que le droit de cuissage est obsolète... Il se prenait pour un seigneur, le con... Anke, je l’ai connue à l’époque des hippies. Comme était belle avec ses cheveux longs! Un peu fofolle certains jours  mais elle ne fumait pas. Jamais! Ni sexe, ni fumette. Bizarre pour une beatnik, non?

     - Beatnik ou hippie?

     - Entre les deux, peut-être. Je crois. C’est son look qui me fascinait. Le reste, je m’en foutais carrément. C’était ma saine et sainte vierge à moi.

     Tout à coup, il éclate en sanglots...

    Anke par Popol.jpg

    Anke, aquarelle de Popol

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (14, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgIl me secoue le bras en me suppliant presque:

     - Allez, soyez sympa, avouez que c’est vous! 

     Et dire que j’ai écrit, il n’y a pas si longtemps: A mon humble avis, il n’y a que quatre péchés à ne jamais commettre sur cette fabuleuse planète où vivent des êtres sensibles et fragiles: mentir, voler, blesser, moralement et physiquement, et tuer. 

     Soit l’individu en face de moi est un professionnel du renseignement rusé qui se la joue gentil ou anticonformiste mais incapable de reconnaître à tire-d’aile un criminel faute d’instruction, soit j’ai assimilé à la perfection le bréviaire du parfait dissimulateur qui conseille aux menteurs de tout calibre, en quelques mots et à ma façon:

     Ne cherchez nullement à dissimuler votre visage. Empêchez vos narines de frémir telles les nageoires d’un poisson pressé ou, au pire, pincez-vous le nez si vous craignez qu’elles risquent d’exploser, et vos yeux de cligner plus rapidement que d’habitude ou, à titre imaginatif, pareil à une poupée mécanique. Évitez à tout prix de vous gratter la narine gauche et de racler votre gorge, signes indéniables de mensonge et de trahison. Souriez normalement. Soyez relaxe, le plus décontracté possible, les bras non croisés et les jambes non écartées, si possible totalement à l’opposé de quelqu’un qui est en train de se pisser dessus, autre signe fragrant de culpabilité. 

     Les études servent finalement à quelque chose, me dis-je, pour le meilleur comme pour le pire.

     Alors, je propose à cet inconnu que la providence ou les Services secrets et honteux de Confédération ont largué sur mon chemin:...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (13, à suivre)

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    Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpg- Et ça, c’est quoi, le cul d’une autruche du Néguev?

     Et je découvre, avec stupéfaction et  inquiétude, la photo de mon deuxième passeport suisse, colorée ou curieusement teintée. Quand j’étais jeune, forcément.

     Un long silence. Un trop long silence de plusieurs secondes dont certaines chercheraient à surpasser l’éternité. Face à l’incroyable, le temps n’est qu’un trou sans fin. Aussi ridicule qu’une une prière d’un condamné à mort, à genoux et au pied de son bourreau.

     Puis je réagis avec ironie:

     - En effet, vous avez raison, le jeune homme a parfaitement le profil d’une ou d’un struthio molybdophanes.

     - Ai-je bientôt entendu? s’interroge le clodo, à haute voix. 

     Il s’adresse à moi: 

     - Êtes-vous un défenseur de la faune et de la flore ou un collectionneur de plumes?

     - Mécaniques seulement, je précise.

     - C’est-à-dire?

     -  Caran d'Ache, Cross, Montblanc, Parker, Pelikan, Sheaffer, Waterman...

     - Je vois, je vois...

     - En somme, vous ne voyez les choses que grâce leur marque. Et les êtres alors?

     - Tous les moyens sont bons pour ne pas entrer dans le vif du sujet. N’est-ce pas?...

     - Quel sujet?

     - Même de faire l’âne... A votre place, j’aurais honte et je ne dormirais pas la nuit... Et vous?

     -  Moi, c’est tout le contraire. J’ai souvent de la peine à me réveiller pour aller pisser. 

     Il me secoue le bras en m’implorant presque:

     - Allez, soyez sympa, avouez que c’est vous!...        

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (12, à suivre)

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     J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgUn clochard du même âge que moi m’accoste et me dit en désignant du bras l’œuvre en question, relativement bafouée:

     - C’est bien foutu, n’est-ce pas?

     Je hoche la tête en signe d’affirmation.

     Bien qu’il soit mal rasé et très mal habillé,  le  bonhomme dégage une certaine prestance, difficile à définir. Il me dévisage un bref instant puis il me demande les yeux tout ronds:

     - C’est vous? C’était vous?

     - Non, ce n’est pas moi, je réponds automatiquement. Soit par méfiance, soit par instinct de protection, de conservation.

     - C’était quand? insiste-t-il.

     - Non, ce n’est pas moi, je réitère mon mensonge.

     - C’était avant ou après? persiste-t-il.

     - Lâchez-moi les baskets, je crie... Vous êtes sourd ou quoi?

     Alors, tout énervé et tremblant, le pauvre  homme, en apparence, sort un portrait photographique de sa poche et me le montre en me hurlant dessus:

     - Et ça, c’est quoi, le cul d’une autruche du Néguev?

     Et je découvre, avec stupéfaction et  inquiétude, la photo de mon deuxième passeport suisse, colorée ou curieusement teintée. Quand j’étais jeune, forcément...

    Hank Vogel.jpg

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (11, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgJ’éteins mon ordinateur et je me dis:

     Dans un monde fou, les fous courent les rues et se précipitent sur les réseaux sociaux. Ils écrivent et réécrivent sans cesse... ils épuisent tout leur sang-froid et vomissent des pages entières de preuves et d’infirmations. Mais à quoi bon? Oui, à quoi bon s’acharner sur des évènements qui seront demain déformés par les historiens? La vérité n’étant qu’un leurre dans une société faite de partisans...  Le plus voyou des présidents étasuniens allongera-t-il la liste où figurent Napoléon, Hitler et tous les autre semeurs de zizanie à outrance de tous les temps? Il ne faut tout de même pas exagérer, le bonhomme n’est pas aussi cinglé comme le prétendent certains psychiatres, eux-mêmes un pied dans la folie et l’autre dans la normalité. C’est tout simplement un individu très malin, prétentieux, hautain et mal éduqué ou éduqué mercantilement.  

     Je claque la porte de chez moi en criant:

     - Allez tous vous faire foutre, bande d’intellos pourris jusqu’à la moelle! Labourez la terre et vous changerez vite d’idées!... Qu’en pensez-vous?

     Aucune réponse. Pas le moindre chuchotements. Ni l’ombre d’une concierge. De la mienne pour être moi discriminatoire.

     Forcément et sûrement, à cette heure-ci,  la pauvre dame commère à l’église avec sa meilleure amie, une fille de son village andalou, et tous mes voisins sont au boulot en train de préparer la prochaine grève, à la cantine, à la barbe de leur patron.

     Je m’éloigne de mon immeuble, qui pue la putréfaction dirait un ami chirurgien, et je me faufile dans un longue ruelle dont les murs sont allègrement tagués.

     Je marche, j’observe et je m’interroge. 

     Pourtant, il n’y a rien à comprendre. Tout semble si vague, si peu convaincant, nullement révoltant.  

     Tout à coup, je me trouve face avec une caricature de moi-même, déguisé en cow-boy quand j’avais vingt-quatre ans.

     - Merde, c’est moi et davantage! je m’exclame bizarrement...

    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel*.jpg

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (10, à suivre)

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     J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgJ’allume mon ordonne et en cherchant tout et n’importe quoi, sans but précis,  je tombe sur un article de presse qui parle de Jérusalem-Est rédigé par un jeune homme sans doute mais en tout cas par quelqu’un de moins âgé que moi, vu son style proche du dégainage hollywoodien. 

     Mais avant d’arriver au bout de son message, subitement, un évènement personnel, très intense et très instructif pour mon avenir, me revient à l’esprit:

     Un habitant de cette ville dite sainte mais mal respectée, un Jordanien, un Cisjordanien ou un apatride pro-palestinien, qu’importe son identité, me tire par le bras et me demande:

     - Veux-tu apercevoir secrètement Israël, le pays arabe le plus aidé des Américains?

     - Oui, pourquoi pas, je lui réponds spontanément, tout  perplexe mais confiant.

     - Alors suis-moi!

     Et j’obéis comme un touriste à la dérive, n’ayant plus rien de palpitant à découvrir.
     
     Après avoir serpenté la vielle ville durant une dizaine de minutes tout au plus, nous nous arrêtons devant un mur séparant deux vieilles maisons en pierre, le bonhomme me montre une fissure et me dit:

     - Approche-toi d’elle et guigne... et tu verras que j’ai raison.

     Je regarde à travers la petite faille, tel un adolescent un peu pervers qui espionne sa  grande sœur par le trou de la serrure des toilettes, et que vois-je pour la première fois de ma vie? Une parcelle de l’État hébreux et quelques passants nullement américanisés.

     Je me tourne vers mon guide occasionnel et je lui dis:

     - Tu as raison, vous vous ressemblez comme deux gouttes d’eau. Peut-être l’une est salée et l’autre est sucrée. Cassez le mur et vous sentirez sûrement moins la différence. 

     Et, comme le cerveau est à la fois un outil et un compagnon intelligent mais souvent très jaloux, je me dis pour le rassurer et le calmer:

     - Un test ADN permettrait à certains surexcités, convaincus d’appartenir à une telle tribu et surtout pas à une telle autre,  de se recentrer...

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  • Ma Mère, cette Italienne (18, à suivre)

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    Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpg Beaucoup d’Européens firent d’excellentes affaires en Égypte. Les plus cupides et vénaux, en exploitant à fond les fellahs et le sol égyptien car, comme l’a écrit Hérodote, avec plus d’élégance et de conviction certainement, sa terre est noire, friable et faite du limon et des alluvions apportés d'Éthiopie par le Nil. Surtout les planteurs de coton. A l’instar de quelques familles suisses alémaniques. Mais à l’inverse de l’agronome et défenseur des droits de l’homme, le genevois John Ninet. Et les autres, aléatoirement accros à l’argent, comme vous et moi face à un bancomat sans surveillance, en fabricant ou en achetant des produits locaux pour une misère et en les revendant à l’étranger à prix d’or. 

     Quant au père d’Edgar, Vogel Charles né à Lausanne alias Karl né à Berlin pour les services secrets britanniques, toujours méfiants envers les étrangers,  mon honorable grand-mère, contrairement à ce que pensaient et le pensent peut-être encore certaines personnes jalouses et malintentionnées, ne s’est pas enrichi sur le dos des pauvres arabes mais en découvrant de talentueux artistes, chanteurs et musiciens... et en distribuant à grande échelle leurs disques, entre autres, sous le label His Master’s Voice à travers tout le Moyen-Orient. Alexandrie n’était qu’une sorte de pied-à-terre dont le climat convenait à merveille à la santé fragile de sa tendre Hélène, ma douce grand-mètre prussienne d’origine française.

     Et c’est grâce à cela et non pas suite à des activités malsaines, purement colonialistes, que cet homme, pourtant plus souvent attiré par l’univers éthéré des anges et des morts que le monde terre-à-terre du commerce culturel, laissa une belle fortune à ses héritiers, le jour de son décès. C’était  le 16 février 1929. Edgar n’avait pas encore quinze ans...

    John Ninet.png

    John Ninet (pour plus d'infos cliquez sur cette Image)

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  • Ma Mère, cette Italienne (17, à suivre)

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    Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpg- Et toi, tu l’as lu?

     Edgar se frotta le front puis il répondit d’une voix nette:

     - Oui.

     Mais il ajouta, sans doute, pour se faire pardonner ou justifier son acte de vilain petit cachottier auprès de sa princesse imaginaire qui ne s’était pas encore totalement dévoilée:

     - Comme je lis beaucoup et que tu as pu le constater, tout ce qui est illicite, mon libraire me le propose en cachette afin que je lui donne mon opinion... Le risque en vaut-il la chandelle?... D’après lui, les avaleurs de livres qui viennent régulièrement au magasin ne sont tous dignes de confiance... Comprends-tu le pourquoi de la chose? 

     La jeune maman retira son mamelon gauche de la bouche de son enfant.

     - En long et en large, dit-elle après avoir essuyé délicatement la bouche de son bébé... Il n’ y a plus qu’à le faire roter ce futur fasciste avant que je m’y mette moi aussi à feuilleter des revues cochonnes.

     Après avoir ruminé, comme une vache glaronaise, une montagne d’interrogations douteuses et non pas une botte de foin, forcément, le lecteur insatiable totalement apolitique dit à la fasciste en herbe:

     - Freddy ne sera jamais fasciste, le sang de mes ancêtres coule dans ses veines.

     - Et celui des mieux coule où? Dans les égouts?...

     - Ils étaient des libérateurs d’esclaves, des nobles au cœur noble et non pas des lèche-bottes...

     - Eh bien, je lui chanterai des chansons partisanes qui coloreront tout son corps ainsi que son âme, dit-elle ironiquement.

     - Alors chante! lance-t-il, un peu énervé.

     - Pas maintenant! Tu ne vois que le petit s’est endormi?...

     - Mais qu’avez-vous toutes avec ce Mussolini?

     - Toutes?

     - Ta mère, tes sœurs, tes cousines, tes copines d’école...

     - Maintenant en Italie, les hommes n’ont plus le droit le siffler les femmes, de cracher par terre et de prononcer des mots grossiers... sous peine d’amende... Quand je me balade toute seule dans la rue, je me sens plus en sécurité, j’ai la certitude de vivre enfin parmi des gens civilisés. Et ça, c’est grâce au Duce.   

     - Et c’est tout? C’est cela sa grande révolution culturelle et sociale qui vous fait tant jubiler?

     - Tu préfères le comportement de nos arabes? Ils sont voleurs, sales, marchent pieds nus et pissent partout. 

     - Pas tous. Les mal éduqués seulement.

     - Ils le sont tous.

     - Uniquement ceux que nous exploitons à mort. Un jour, ils se vengeront...

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  • Le démon de treize heures (3, à suivre)

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     Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgVive Israël, la Jordanie et la Palestine!

     J’entends subitement une voix, lointaine, trop lointaine.

     Que bafouille-t-elle?

     Elle répète très doucement mais distinctement:

     - Est-tu certain?

     Il faut bien que les habitants de ces trois pays finissent par s'entendre comme larrons en foire afin que nous puissions visiter la Terre Sainte en toute sécurité, bordel! J’espère ne m’être pas trompé, géographiquement. Avec ces frontières qui bougent sans cesse, dans ma tête et en réalité, j’ai parfois de la peine à me situer dans l’espace et dans le temps. Comme ici dans la région d'Ohalatva. Jadis finlandaise voire suédoise et aujourd’hui russe. Avant, après... et plus tard?

     - Tu connais la  Slovénie?

     - Oui... sans doute.

     - La Croatie?

     - Oui... sans doute.

     - La Serbie?

     - Oui... sans doute.

     - Pourquoi ajoutes-tu sans doute après chaque oui?

     - Parce que quand j’avais vingt ans, avec des copains...  nous n’avons traversé qu’un seul état, la Yougoslavie, pour nous rendre au Moyen-Orient et je ne me souviens pas très bien de la route que nous avons prise... 

     C’était une conversation hasardeuse à La Prison, un bar à café, à la vieille-ville de Genève, bien connu des soixante-huitards et autres ploucs de l’époque, qui scintille parfois encore dans les limbes de ma mémoire.

     Mensonge par omission! C’est à la mode... C’était ailleurs, dix ou quinze ans plus tard, dans un coin bien bourge. Que veux-tu, ange du ciel ou de l’enfer, les calvinistes préfèrent le fric et les flics à la vie de bohème. Les banques aux services sociaux. Les cliniques privées aux hôpitaux populaires. De vrais idolâtres du veau d’or et de parfaits masochistes, ces Genevois! Certains même ont vachement dû aimer se faire castrer par les théories du terroriste légalisé Jean Calvin. Au catéchisme ou auprès, pas trop près, de leur belle-maman. Ah, ces vauriens! Bien que nous soyons tous des moins-que-rien face aux travaux du Créateur, autodidacte par excellence.     

     On s’unit, on se désunit. Mariage, divorce, on vit à la colle, on se sépare, on se recolle... la mentalité des hommes me rappelle souvent le soufflet de l’accordéon. Ou plutôt inversement quand je sirote dans un bal musette. Quoique la musique et moi ça deux. 

     Mais!

     J’adore les chansons de Cliff Richard, de Neil Sedaka, de Ricki Nelson, de Brenda Lee... Certaines d’entre elles, malgré leur superficialité, se sont... comment dire...

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  • Le démon de treize heures (2, à suivre)

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    Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgPas de réponse, bonne perspective. Cela nous permet et nous pousse à réfléchir, à chercher... Me pousse!  A écrire surtout! Les autres, je n’en sais rien et je n’en ai rien à foutre. Personne ne se précipitera pour prendre ma place le jour de mon dernier souffle. Dans le cercueil, bien entendu. Et les fous de Jésus nous bassinent à longueur d’année qu’il faut absolument aider son prochain. Quel prochain? Mes voisins? Ce sont des escrocs, des macros, des machos et des fils à papa. Des futurs présidents, ministres ou chefs d’entreprise(s). La vie est peut-être une réussite mais nos sociétés sont des échecs. J’ai dit peut-être! Car elle mérite aussi le doute, mon doute. Quand tout va bien, l’humain comme la bête naît en pleine forme et meurt à moitié ou totalement esquinté. Le contraire nous donnerait sûrement des ailes et plus d’estime envers nous-mêmes. En quelque sorte, nous serions tous des toubibs à la naissance. De vrais médecins, innés, à l’état latent, et non pas des produits de bonne ou  de mauvaise qualité à devenir selon les circonstances. Yes? No, l’amerloque? Je divague?

     Je m’imagine, tu t’en moques éperdument. Parce que la grande faucheuse t’a réduit au silence une fois pour toutes. La salope! Elle est pire que ces abrutis de la censure qui, dans de nombreux pays soi-disant démocratiques entre autres, savent à peine lire ou louchent en lissant... 

     Flash dans mon esprit!

     La vilaine m’a aussitôt fait penser à la mer Morte. On prétend qu’aucun poisson n’y vit. C’est faux! A l’embouchure de ce grand lac salé et d’un cour d’eau qui venait de je ne sais où, j’ai vu de mes propres yeux plusieurs alevins, de deux à trois centimètres de long, nager librement comme des grands... J’ai gouté l’eau, elle était salée. Soit les océanographes n’y ont vu que du feu ou plutôt ne sont pas donné la peine d’explorer également toutes ses rives, soit à ce moment-là je venais d’avoir une sérieuse crise de delirium tremens, moi qui ne bois que très rarement du vin. Bref! Mais une chose est sûre, certaine, nullement contestable: on peut confortablement y lire un de tes romans en flottant, le cul dans la flotte et les genoux en plein soleil...

    Mer_morte.jpg

    Mer Morte (pour plus d'infos cliquez sur la photo)

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  • Le démon de treize heures (1, à suivre)

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    Le démon de treize heures, Hank Vogel.jpgJe chante:

     - Vor der Kaserne... vor dem großen Tor... stand eine Laterne... und steht sie noch davor...

     Lili Marleen est la plus belle chanson d’amour de tous les temps. Cette déclaration, qui n’est autre que la tienne, m’a terriblement ébranlé l’âme, mon ami John. Le savais-tu? Non? Eh bien maintenant tu le sais, camarade des souris et des hommes.  D’autant  plus que c’est en te lisant que j’ai décidé de m’engager à fond dans la voie de l’écriture à en perdre parfois la raison. Ou d’entendre de toutes mes oreilles la voix de la vérité toute crue et toute nue et d’essayer ensuite de la transmettre aux autres par le biais des mots. Noms, adjectifs, verbes, adverbes et tout le tralala. Tu n’es pas d’accord? Ce n’est pas ça? Pourtant, d’après Malraux, André pour les copains, le plus sublime des ministres français de la culture, on ne naît pas écrivain, sculpteur ou peintre mais on le devient en découvrant des livres, des sculptures ou des peintures. Ou en d’autres termes, plus proches de sa pensée: je peins une pomme, non parce que je viens de voir une vraie pomme, mais parce que je viens de voir la peinture d’une pomme. Toujours pas d’accord? A quoi et à qui penses-tu? A l’homme des cavernes  qui, faute de musées à cette époque, a eu l’idée géniale de ramasser une pierre noire, blanche ou ocre et de se mettre à... dessiner? Notre ancêtre était un génie!

     Mais quelle force mystérieuse a poussé cet être poilu, robuste et courbé comme un gorille, à agir cent mille fois mieux qu’un professeur  d’université imberbe, fragile et maigre comme un clou rouillé? Dieu ou un démon? Quel Dieu? Quel démon?...

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    Pour entendre ou réentendre Lili Marleen, cliquez sur Lale Andersen!

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  • Ma Mère, cette Italienne (16, à suivre)

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    Ma Mère cette Italienne, Hank Vogel.jpgEdgardon se gratta la tête, chercha dans ses souvenirs puis il dit:

     - La géographie, la géologie, la botanique, l’herbier, la collection de pierres...  Les livres sans la réalité, les cinq sens, n’engendrent que des croyances. Comme la bible, le Capital de Karl Marx, le Kamasutra, le...

     - Ton fils est en train de rougir, fit subitement Antoinette en souriant, coupant ainsi la parole à son époux.

     - Tu l’as lu? demanda inquiet le jeune mari. Un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout, craignant le pire.

     - Mais de quoi parles-tu?

     - Du Kamasutra.

     - Connais pas. 

     - Alors pourquoi tu as souri?

     - Quand Freddy fait son petit caca, sa maman est toujours aux anges.

     - Je préfère ça.

     - Pourquoi? Les femmes n’ont pas le droit de lire ce bouquin?

     - Il est interdit au public.

     - C’est une réponse de jésuite.

     - Peut-être mais il est interdit... pour le moment...

    Kamasutra.jpg

    Le Kamasutra (pour plus d'infos cliquez sur le... tapis)

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  • Ma Mère, cette Italienne (15, à suivre)

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     5 juin 1933: Pierre Cot a la cote, le ministre français de l'air passe son brevet de pilote et madame Antoinette Vogel, ex-mademoiselle Antonietta Banfi, met  au monde son premier garçon, Frédéric. La fameuse prédiction du bédouin au mouchoir est en bonne voie.
     
     Onze jours plus tard, à Tel-Aviv, on assassine le chef du département politique de l'Agence juive Haïm Arlozoroff, sioniste convaincu. 
     
     - Tu as l’air bien sombre aujourd’hui, que se passe-t-il? demanda Antoinette à son mari, en allaitant son enfant.

     - Je viens de lire dans la presse une triste nouvelle, répondit Edgar, le regard lointain... On a un tué un poète juif, défenseur de l'idée d'un État d'Israël et du retour des Juifs en Terre d'Israël.

     - Tu connaissais?

     - Pas du tout mais le drame s’est déroulé dans la même ville où, quand j’étais enfant, l’ancien ou un des anciens médecins du tsar, juif lui aussi, m’a sauvé d’une méchante grippe.

     - Où exactement?

     - A Tel-Aviv, en Palestine... Dans le même  hôtel où descendait souvent Latife Uşşaki.

     - Qui ça?

     - La future épouse-éclair d’Atatürk... Des oui-dire. Est-ce vrai, est-ce faux?...

     - Que faisais-tu là?

     - Ma mère, mon frère Charles et moi, nous suivions toujours le Grand Maître dans presque tous ses déplacements commerciaux.
     
     - Le Grand Maître?

     - Mon père.

     - Pourquoi le traites-tu ainsi?

    - Ce n’est pas péjoratif. C’était vraiment un grand maître à tous les points de vue... Il profitait des voyages pour nous enseigner un tas de choses. Sur le terrain.

     - Par exemple?...

    Haïm Arlozoroff.jpg

    Haïm Arlozoroff (pour plus d'infos cliquez sur la photo)

    Latife Uşşaki.jpg

    Latife Uşşaki (pour plus d'infos cliquez sur la photo)

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