Extrême (14, à suivre)

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Extrême, Hank Vogel*.jpg- Avec qui?

- Avec Chintamanee, ta bonne à tout faire!

C’est un piège, me dis-je. Dans la vie, on parle souvent trop. On se dévoile et les personnes que l’on côtoie ont tendance parfois à déformer nos propos. Nos amis, les minimisent et nos ennemis les amplifient. Ou le contraire. Tout dépend de quel côté de la barrière l’on se trouve. Rue ou jardin? Parmi les privilégiés ou parmi les laissés-pour-compte?

- A quoi tu penses? me demande Extrême. Est-ce une extravagance...

Mais avant même qu’il ne termine sa question, je lui réponds:

- Ton idée est excellente, je n’y avait jamais pensé. Que veux-tu, mon long célibat m’a rendu trop axé sur moi-même et trop égoïste. Tu as raison, ma fortune, acquise proprement par mon grand-père, ne mérite nullement de finir dans les caisses de l’état. Surtout quand l’état est dans les mains de certains prestidigitateurs.

- Qui soupçonnes-tu?

- Personne et tout le monde à la fois. Aucune nation n’est blanche comme neige. Des salauds, il y en a partout. Même dans ma famille.

- Au fait, elle est glaronaise depuis quand?

- Avec certitude, cent ans avant qu’Amerigo Vespucci ne donne son nom à l’Amérique malgré lui.

- C’est-à-dire?

- Je croyais que tu étais fort en histoire et en mathématiques.

- A l’école seulement.

- Eh oui, les années passent et bien de belles leçons tombent aux oubliettes...

- Alors?

- Alors quoi?

- Alors quoi quoi?

- Cet alors serait-il double ou simple?

- C’est trop compliqué pour moi, je jette ma langue au chat.

- Qu’est-ce qui chatouille le plus ta curiosité: mon glaronisme en chute libre ou, au contraire, mon attirance en croissance vertigineuse pour les fesses de Chinta, si fermes et si douces?

Tout d’un coup, Extrême se lève comme une bombe, trébuche, s’étale par terre et frappe du poing le sol en hurlant comme un désespéré:

- Je le savais, je le savais!

En bon samaritain, je sors en toute hâte de mon hamac pour l’aider à se relever mais le bougre refuse toute assistance en me repoussant du bas et il se met debout tout seul.

Il me regarde, je le regarde et nous nous regardons en chiens de faïence, durant une dizaine de secondes.

Puis, comme si de rien n’était, il part la tête haute sans me remercier, ni pour le repas ni pour le cigare.

Et, une fois de plus dans mon existence, je tombe des nues...

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Amerigo Vespucci (cliquez sur le portrait)

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