Double Tsar (26, fin)

Imprimer

Double Tsar, Hank Vogel.jpgQuoi qu'il en soit!

Maria et moi, nous nous aimons à la folie mais en cachette. A l’abri de la pluie, du vent, du soleil, des mauvais langues et des regards tordus des jaloux.

Mais une telle relation fabuleuse n’est-elle pas vouée à l’échec après un certain temps? Faute d’espace et de liberté?

Un soir, les yeux cernés, le visage pâle, épuisé de fatigue pour avoir bossé comme un nègre à l’hôpital, je me laisse tomber près de Maria, allongée sur son lit, qui se presse illico presto à me dorloter et à me chanter à l’oreille, très doucement:

- Dors Ivan, dors mon prince charmant, dors mon petit Ivan et tu deviendras grand, aussi grand que le Tsar de toutes les Russies...

Inévitablement, je m’endors et je rêve que je suis le Tsar, un tsar autoritaire et cruel.

Une trentaine de minutes plus tard, je me réveille et je me demande aussitôt si je ne suis pas plutôt le Tsar et j’ai rêvé d’être Ivan.

Confus, à cheval entre le monde des songes et celui de la réalité, je pense à la parabole Le rêve du papillon de Tchouang-tseu, je me retourne et je m’étale par terre le nez collé à l’une de mes pantoufles.

- Mais où est donc passée l’autre? je crie tout effrayé... Sans l’autre, je ne peux aller nulle part.

Spontanément, mon épouse Natalia sort à moité de son délicat sommeil et me supplie en murmurant:

- Pour l’amour du ciel, cesse d’écrire à haute voix! Il est tard, mon chéri.

Pouchkine ex Tsarskoïe Selo, 11 septembre 2020.

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.