Double Tsar (13, à suivre)

Imprimer

Double Tsar, Hank Vogel.jpg- L’ humour, c’est ma seule vraie richesse, m’explique-t-elle, le regard ironique. Un minable petit miroir aux alouettes pour éblouir et calmer mes amants en colère comme toi.

Autre sourire totalement différent, sur mon visage encore imberbe évidemment. Proche de la grimace et l’interrogation.

La plaisanterie cache souvent un désir ou une frustration, me dis-je.

Mais comme l’homme est un coq, qui n’ose pas trop s’éloigner de ses poules par crainte de passer le premier à la casserole, ne cesse pas de s’assurer en coqueriquant, je coquerique donc:

- Tu me surprends de jour en jour, ma très douce duchesse. Et je suis persuadé que les idées progressistes de ton illustre père viennent de toi.

- Lesquelles? me demande-t-elle.

Et je n’hésite pas à énumérer:

- La liberté de culte, la liberté de parole, la liberté de réunion, la liberté d'association et ... et...

- Continue! Le mot liberté me donne des ailes...

- Le reste est à venir, peut-être.

- Sûrement! Mais le peuple veut toujours tout et tout de suite.

- C’est normal, il a constamment soif et faim.

- Je doute qu’il vive dans la misère.

- Ta réaction est pardonnable, parce tu vivotes dans un palais. Mais voyage! Échappe-toi de ta caverne dorée et éternellement illuminée et tu découvriras enfin les paysages sombres de la réalité.

- Je ne peux pas. Tout le problème est là.

- Il n’y a pas de problème, il n’y a que des solutions. L’esprit de l’homme invente ensuite le problème. Citation d’André Gide...

- Pas dans une situation contradictoire.

- Comment ça?

- Est-ce de ma faute si je suis prisonnière de mon rang?

- Je ne te suis pas.

- Chaque fois que vois un papillon voler de fleur en fleur, je m’imagine en chenille condamnée à ne jamais pouvoir se métamorphoser... Et les reines des abeilles meurent toutes comme des pétasses. Navrée pour ma grossièreté!...

- Alors il faut abolir la royauté.

- Crois-tu que mon cher papa n’y a jamais songé?... Et, si j’étais la fille du président des États-Unis d’Amérique, pourrais-je poser mes grosses fesses de-ci delà sur un banc public sans être espionnée, surveillée, protégée par une dizaine de flics en civil au moins?

- La richesse et la célébrité sont deux sœurs jumelles, splendides le matin et très moches le soir, je dirais alors.

- Et moi: deux couronnes quasi identiques, euphorisantes le matin et épineuses le soir...

Lien permanent 0 commentaire

Les commentaires sont fermés.