• J'ai aimé et tué ma soeur (8, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgUne personne n’existe réellement que si l’on peut la voir, l’entendre et la toucher.

    Je n’ai donc vraiment, véritablement, connu que très peu de personnes jusqu’à maintenant. Toutes les autres que j’ai croisées sur mon chemin n’étaient en somme que des fantômes ou plutôt des êtres à l’existence incertaine.

    Alors sans tarder, j’allume mon ordinateur, je voile avec un spray de peinture noire l’objectif de ma caméra incorporée et je déclare en ricanant:

    - Flics de mes deux, gros lards ou petits macaronis naturalisés, vous entendrez tout, voire davantage, mais vous verrez que dalle... Ma sœur ne tardera pas à se pointer. Dommage pour vous! Car à poil, elle surpasse la sœur du Bon Dieu.

    Il n’est pas nécessaire d’être un auteur de romans policiers ou de récits fantastiques pour s’inventer des histoires sanglantes ou à dormir debout.

    En cherchant bien, aux confins de nos limbes ancestrales, les démons et les anges assassinés sont toujours prêts à nous aider.

    Et voici que:

    Anke, ma sœurette, sort de son long silence et me demande:

    - Sais-tu que d’après la Banque mondiale plus d'un milliard d’individus dans le monde sont incapables de prouver leur identité avec un document officiel?

    - Non, j’ignorais ça, je lui réponds fort étonné... Un peu plus d’un sur sept... c’est terriblement affolant!

    - Ton étonnement m’étonne étonnamment.

    - Wouah, quelle belle phrase!... Je ne comprends pas.

    - Et moi, je figure sur quelle liste? On me crois morte et pourtant j’existe mais sans papier.

    - Pourquoi, tu regrettes de n’avoir jamais dû payer des impôts? Mais grâce aux nombreuses sociétés caritatives qui refusent de jouer aux gendarmes et aux voleurs tu as su profiter de leurs aides...

    - Suis-je la seule?

    - Non, bien entendu... Mais... mais...

    - Mais quoi? Accouche pour une fois sans gémir!

    - Bêler serait plus adéquat. Car je ne suis pas toi.

    - Pas pour Maman et Papa.

    - Et qui d’autre?

    Et je m’esclaffe...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (7, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgJe rentre chez moi. Ma femme est chez elle, en Russie.

    Petit éclairage: l’éclaireur part toujours le premier et si possible seul, la troupe suit ses traces un peu plus tard, si l’avenir a tendance à se dessiner.

    J’ai presque le même l’âge que Trump, le quarante-cinquième président des États-Unis d’Amérique. Ou plutôt, c’est lui qui a presque le même âge que moi. Car je suis né trois mois avant lui. Il me doit donc du respect. Si ce terme fait partie de la liste de ses prérogatives, bien entendu.

    Autre chose que nous avons en commun, c’est la jeunesse de nos épouses.

    Mais lui, le Grand Donald, grâce à sa fortune, n’a pas eu besoin d’expliquer à la police, comme moi, pourquoi il a épousé une étrangère beaucoup plus jeune que lui. Et ce afin qu’on veuille bien accorder à sa toute belle un visa!

    Faire venir des putes sur le territoire helvétique, ce n’est mon style. Mais faire venir de la main-d’œuvre bon marché outre-frontière, c’est celui des patrons.

    Pourquoi donc cette étrange comparaison?

    A vous de trouver, bon sang! La lecture ne doit être forcément une sinécure. Et ça rime par-dessus le marché!

    Et voilà que ça recommence... Il y a une vingtaine d’années, on craignait peut-être que j’étais un proxénète. Aujourd’hui, on me soupçonne de vouloir semer la merde dans la région.

    Mais comment est-ce possible?

    Le gouvernement de ce foutu canton est déjà dans le caca. Quoi de plus normal, les élus qui le dirigent ont tous le cœur, un bras ou un pied à terre à l’étranger.

    Ils se méfient de moi? Eh bien, ils en auront pour leur tirelire...

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  • Mille mercis, camarade Renaud!

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    Voici la succincte liste des hommes que j'admire pour leur noblesse d'âme, leur franchise et/ou leur courage:

    Edgar Vogel (mon père),  Lao Tseu, Omar Khayyam, Krishnamurti et Renaud.

     

    C'est au moment où tu vois un moustique se poser sur tes testicules que tu te rends compte qu'il y a moyen de régler certains problèmes autrement que par la violence. (Lao Tseu)

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  • On naît ange, on meurt démon (14, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgEt l’ex-taulard déballe ouvertement:

    - Je ne suis pas un homme d’affaires mais un vulgaire petit individu qui vient de sortir de tôle. Condamné pour viol, coups et blessures. Injustement condamné... Vous me croyez maintenant?

    La jeune femme ne répond pas. Elle fait semblant d’être ailleurs. Sur une autre planète. La sienne. Où les princes charmants existent. Comme dans les contes de fées. Elle s’y trouve peut-être réellement. Dans cet univers chargé d’illusions.

    - Vous me croyez maintenant? répète-t-il.

    Elle atterrit brutalement sur terre. Avec un sourire. Un sourire proche d’une grimace. Et elle dit froidement:

    - Partez! Je réglerai l’addition.

    - Quoi? s’exclame-t-il à haute voix.

    - Pas de scandale, s’il vous plaît! J’ai horreur de ça...

    - Je vous imaginais plus humaine, vous me décevez...

    - Hein! Et moi donc? Partez, je vous en prie!

    Déçu, profondément déçu et très mal à l’aise, Charly se lève et disparaît en courant presque.

    Dehors, c’est la fraîcheur. L’absence de tout sentiment. La nudité de tout espoir. L’autre n’est qu’une trajectoire. Un objet qui se déplace sans laisser de trace.

    Charly se laisse aller, se laisse conduire comme poussé par un ange vagabond. La vie sent agréablement l’enfance en ces moments où les esprits du ciel se chargent de mener à bon port notre destinée.

    Charly ne touche pas terre. Il plane, il nage, il flotte. L’indifférence est l’unique remède contre toute souffrance, toute attaque. C’est dans la solitude, une solitude forcée, que l’ex prisonnier a su flirter avec elle. Entre des murs gris et sales. Derrière les barreaux. La formule est simple: on t’agresse, laisse-toi mourir, tu renaîtras plus fort, plus invulnérable. Mais toute application n’est pas toujours une réussite...

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  • On naît ange, on meurt démon (13, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgOn s’installe. L’ambiance est très chintok mais fort agréable. Un bonne chance pour que tout aille à merveille. Les menus sont intéressants. On décide d’en prendre un pas trop cher. Et de l’eau plate. On est raisonnable des deux côtés. On attend l’entrée. Petits échanges philosophiques primaires, en apparence. Rien de fabuleux. Les rouleaux de printemps arrivent. On trouve ça bon.

    - Vous avez dû en connaître des endroits comme celui-ci, en tant qu’un homme d’affaires, dit l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise.

    - Sûrement, répond Charly.

    - Sûrement?

    - Quand on travaille, tout va si vite, vous savez. On ne remarque rien.

    - A ce point-là?

    - Je ne suis attentif qu’aux belles choses.

    - C’est-à-dire?

    - C’est-à-dire...

    - Citez-en une!

    - Aux tableaux, par exemple.

    - Ça, je le sais déjà.

    - Comment le savez-vous?

    - C’est vous qui me l’avez dit.

    - Moi?

    - Oui, vous, hier... Mais quel genre d’homme d’affaires êtes-vous donc? Vous ne savez pas compter, vous ne savez pas marchander et vous oublier tout!

    - Il ne faut pas exagérer...

    - Façon de dire. Et qu’est-ce que vous faites d’autre qui soit contraire à votre profession?

    - C’est un piège?

    - Pourquoi dites-vous ça?

    - Je ne sais pas. J’ai l’impression que vous ne me croyez pas à cent pour cent.

    - Je ne vous crois... pas du tout.

    Quel choc, quelle frappe en plein cœur! L’espérance risque de perdre une aile.

    Charly s’interroge:

    Vérité ou mensonge? Pour quelle voie opter?

    Et il choisit:

    - J’ai peut-être menti.

    - Pourquoi peut-être? demande sèchement la belle blonde.

    - Parce que dans chaque mensonge il y a une petite vérité qui s’y cache, répond le jeune homme, un tantinet embarrassé.

    Et l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise se dit:

    J’espère que je ne suis pas tombée sur un mec compliqué.

    - Soyez clair, grogne-t-elle.

    Et l’ex taulard déballe ouvertement:

    - Je ne suis pas un homme d’affaires mais un vulgaire petit individu qui vient de sortir de tôle. Condamné pour viol, coups et blessures. Injustement condamné... Vous me croyez maintenant?...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (6, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout revient à la normale, façon de parler.

    Je me frotte les yeux. Le commissaire en profite, pareil à un serpent biblique, pour m’extorquer quelques lointains souvenirs:

    - Pourtant la femme de ménage a dépoussiéré mon bureau juste avant votre arrivée, glisse-t-il. Seriez-vous plus sensible à la poussière domestique qu’ à celle du désert? Les tempêtes de sable, ça doit être très éprouvant, n’est-ce pas?

    - Rudement voire terriblement éprouvant, j'avoue. Mais je n’en ai vraiment vécu aucune. Ou de loin et très rarement, tel un voyeur qui prend plaisir à observer la mort en train de tout anéantir et de tout effacer sur son passage. En même temps. Tuer et gommer à jamais la moindre trace de son abominable crime. Voilà un bel exploit!... Qui est capable de faire mieux? Vous? Moi? Non! Nous sommes trop honnêtes ou pas assez futés. Les dictateurs alors? Ceux que tous les crétins et branleurs de drapeaux adorent et que toutes les polices du monde protègent sans raisonner...

    - Comment ça?

    Brusquement, je me lève et je lui demande tout énervé:

    - Vous n’auriez pas un fauteuil douillet comme le vôtre pour mes vieilles fesses, par hasard? Question de respect, de courtoisie ou simplement d’égalité!

    Puis je lui explique gentiment et sans gêne:

    - Les chaises métalliques et sans coussin finissent toujours par me gonfler les couilles et me donner de sacrées douleurs au cul. Vous savez, je n’ai plus l’âge débile où l’on accepte volontiers de s’asseoir même sur des crottes de chien pour écouter les paroles soi-disant sensées d’un farfelu vautré dans un canapé. Et ils sont nombreux ces guignoles qui prétendent tout savoir. Je n’ai ni maître ni dieu. Je n'ai besoin de personne. Ma modeste boussole cérébrale me suffit largement pour naviguer dignement sur cet océan infesté de requins... Ceci dit, je vous salue officier des ténèbres.

    Et je m’éclipse...

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  • On naît ange, on meurt démon (12, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly a un peu plus de vingt-quatre heures pour penser, rêver ou se torturer. Vingt-quatre heures pour mettre sur pied toute une stratégie, un plan de combat pour conquérir un cœur, une âme...

    Et les il faut que, les il ne faut pas que, les comme ceci, les ou comme cela et les ou plutôt ainsi ne tardent pas à se mettre à vibrer, à troubler son ordre mental, à agiter les cellules les imaginatives de son cerveau.

    Alors Charly se gratte la tête, se frotte les yeux, se mord les lèvres, se mouche, crache, soupire, aspire, expire, s’étire, se masse les bras, les jambes, se caresse le front, les joues, les parties génitales... Quelle gymnastique! Le désir d’amour frise-t-il parfois la démence?

    Le temps s’écoule dans une atmosphère chaotique, forcément. Mais, finalement, le moment tant attendu est sagement là.

    Et comme convenu, à l’endroit choisi, Charly attend l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise.

    Et à l’heure précise, plus une dizaine de minutes, féminité oblige, le couple se retrouve.

    On est gêné des deux côtés. On décide d’aller au restaurant le plus proche. La promenade, c’est trop tôt. C’est pour plus tard. Peut-être. Si tout se déroulera progressivement, normalement. Si ça en vaudra la peine. On se dit des choses banales, presque idiotes. On parle et on se sourit. On se regarde, on s’observe, on se toise presque par brefs instants. On se pose un tas de questions. Toujours les mêmes et éternelles questions relatives aux sentiments, au sexe... Tout va très vite. Très très vite dans le ciboulot. On s’arrête devant une auberge asiatique. Cuisine thaïlandaise, indonésienne ou chinoise. En tout cas: cuisine asiatique à la méthode européenne. On hésite. On entre...

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  • J'ai aimé et tué ma soeur (5, à suivre)

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    J'ai aimé et tué ma soeur, Hank Vogel.jpgTout revient à la normale, façon de parler.

    Je me frotte les yeux. Le commissaire profite pour m’extorquer quelques lointains souvenirs:

    - Pourtant la femme de ménage a dépoussiéré mon bureau juste avant votre arrivée. Seriez-vous plus sensible à la poussière domestique qu’ à celle du désert? Les tempêtes de sable, ça doit être très éprouvant, n’est-ce pas?

    - Rudement voire terriblement éprouvant, je lui explique. Mais je n’en ai vraiment vécu aucune. Ou de loin et très rarement, tel un voyeur qui prend plaisir à observer la mort en train de tout anéantir et de tout effacer sur son passage. En même temps. Tuer et ne pas laisser la moindre trace de son abominable crime. Voilà un bel exploit!... Qui est capable de faire mieux? Vous? Moi? Non! Nous sommes trop honnêtes ou pas assez futés. Les dictateurs alors? Ceux que tous les crétins et branleurs de drapeaux adorent et que toutes les polices du monde protègent sans raisonner...

    - Comment ça?...

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  • On naît ange, on meurt démon (11, à suivre)

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    On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly dévore son baba, avale son thé de Chine, puis, le visage sombre, il fait signe à la serveuse de d’approcher de lui.

    La jeune femme obéit.

    - Vous n’allez pas me dire que le baba n’était pas excellent? s'inquiète-t-elle.

    - Non, au contraire, je pendrais volontiers un autre, répond-t-il tout souriant.

    - Je constate que Monsieur est un fin connaisseur, soupire-t-elle.

    - Je ne le pense pas. C’est plutôt une question de gourmandise. Ou une envie folle de replonger en enfance... époque glorieuse où les sucreries remplaçaient tout. Crimes et châtiments.

    - Quelle horreur! s’exclame-t-elle, toute étonnée voire troublée que Charly ait employé ces mots.

    Pourquoi une telle aversion? s'interroge-t-il.

    - On a commis ça dans votre famille quand vous étiez enfant? lui demande-t-elle, le regard lointain.

    Charly grimace puis répond:

    - On a tué des souris et des guêpes.

    - Ah bon! J’aime mieux ça.

    Et, toute rassurée, elle va chercher le deuxième baba...

    Elle pose délicatement la pâtisserie sur la table. Quasi avec grâce. Comme si quelque chose venait de naître entre elle et lui. Du respect ou une certaine gêne. Ou un sentiment plus fort. Et Charly en profite pour lancer d’autres hameçons. Plus gros, plus accrocheurs, plus convaincants. Et finalement le rendez-vous est accepté. Pour le lendemain soir, après le travail, à la fermeture du tea-room.

    Un miracle pour Charly!

    Mais aussi un exploit chargé de pièges. Car l’ex bagnard est méfiant. Parfois trop. Les salauds l’on rendu ainsi...

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