On naît ange, on meurt démon (16, à suivre)

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On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgLe soleil règne en maître absolu. Le ciel est donc bleu. Les gens sont donc moins habituels. Ils vibrent. Ils vibrent harmonieusement. Cela plaît à Charly. Il aime voir le monde sourire de bonheur.

Il marche. Sans but précis. Son horizon est multiple. Je dirais même: ses horizons sont multiples. Car il y a l’imagination. Et cela compte. Compte énormément. L’homme vit plusieurs vies à la fois. Des vies qui se suivent. Des vies qui s’entrecroisent. Des vies qui se superposent.

Il saute dans un autobus. Destination: le bord de mer, la campagne ou une autre cité. On est entassé.  Comme des sardines, dans une boîte à sardine. Mais debout, bien entendu. Le contraire aurait été choquant ou absurde. Mais guère impossible. N’avez-vous jamais entendu parler de wagons chargés de prisonniers de guerre, de Juifs, de Tziganes ou d’Africains? Bien sûr! Et vu de vos propres yeux? Ces images se gravent à jamais dans votre propre mémoire. Vous collent à la peau. Vous déforment certains organes...

Terminus, tout le monde descend!

Charly se dirige vers la plage. Ils croisent des vacanciers, des prêtres, des sœurs religieuses et quelques chats égarés.

Que c’est étrange! se dit-il. Les plaisirs estivaux se marient mal avec les plaisirs célestes. Que font-ils là ces êtres d’outre-érotisme? Sortent-ils d’une pêche miraculeuse? Mais qui a pêché qui?

L’ex-prisonnier s’installe sur une terrasse d’un cabanon rongé par le sel. Il commande une limonade. On le sert. Il paye. La mer attire ses regards. Forcément, l’infini intrigue, inspire et aspire les rêveurs d’une vie meilleure. Sans roi ni bourreaux. Mais l’infini inquiète et chasse aussi. Chasse les anges, les démons et les demandeurs d’une terre promise, due, obligatoire.

Charly a subitement faim. Quoi manger? Où aller? Et pourquoi ne résisterait-il pas? Comme au temps où même ses besoins naturelles étaient programmés des mois voire des années à l’avance. Où ses désirs se gonflaient de patience. Où, faute d’objet, tel un mendiant, il se contentait de fantômes. De dévorer des images, des ombres ou des symboles. Non, il refuse de résister. L’avenir lui appartient désormais.

- Que les mainteneurs de l’ordre aillent tous se faire foutre, murmure-t-il. Quoi, quand, comment... ont réintégré mon discours, ma logique, mes démarches.

Il se lève d’un bond et part en quête d’un restaurant.

Cuisine chinoise à toute heure comme à la maison, annonce une pancarte. Il trouve cela amusant. Il se laisse séduire. Tout à coup, un flash! Il se souvient de l’Allemande, de la Néerlandaise ou de la Suédoise. Sans importance! Une jeune femme lui propose une table dans un coin. Il en choisit une près d’un aquarium. Et le rituel gastronomique commence...

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