Un salaud de bonne moralité (26, à suivre)

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Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgLe lendemain matin, à la cuisine, je dis à ma mère en m’asseyant à table:

- Yvette m’a payé trois mois à l’avance comme chez les dresseurs de bourricots... Je peux les garder?

- Les qui? marmonne-t-elle toute distraite ou plutôt trop concentrée à me préparer un plat, inhabituel pour elle mais mon préféré pour le petit déjeuner. Soit: des œufs brouillés, à la thaï ou à la chinoise, avec de la ciboule, de la coriandre, du gingembre, du piment rouge et quelques grosses gouttes de sauce de soja.

- Les qui? répète-t-elle.

- Comme à la régie, je précise.

Et j’épilogue avec mépris:

- Les dresseurs de bourricots: les propriétaires bailleurs, ceux qui se lugent sur le dos des moins chanceux et qui les menacent au moindre écart de parcours, ceux que les gouvernements de droite, du centre et de la gauche endormie soutiendront jusqu’à la Trinité...

- Pourquoi tu en veux à tout le monde, cher Agostino?

- A ceux qui n’ont pas le sens du partage seulement, chère Maman... Je peux les garder?

Ma maternelle me sert à manger comme si de rien n’était. Puis elle se penche sur moi et me chuchote à l’oreille:

- C’est pour aller à Pétra?

Je saute presque au plafond.

- Merde, merde, quelle trahison! je m’exclame... Pourquoi faut-il que je parle en dormant et que je dévoile ainsi à Pierre, Paul et aux autres mes plus intimes secrets, codés ou pas?

- C’est héréditaire et passager, me rassure ma tendre mère. Pourquoi vouloir à tout prix défigurer le bénin? Il n’y a pas le feu au lac que je sache, chanterait notre voisine genevoise.

- Mon ami l’écrivain croit aux rêves prémonitoires, tu y crois aussi?

- Aux prémonitions surtout.

- Je rêve souvent de Pétra. Comme si Dieu ou une force mystérieuse cherchait à... c’est dur à expliquer...

- Alors vas-y! Je t’offre le billet d’avion...

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