On naît ange, on meurt démon (10, à suivre)

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On naît ange on meurt démon, Hank Vogel.jpgCharly retrouve le tea-room de tout à l’heure, s’arrête devant, hésite quelques secondes puis entre. Le décor lui semble différent. Inexplicablement différent. Il s’installe. Près de la sortie. Pour faciliter toute éventuelle fuite. On ne sait jamais!

La serveuse, l’Allemande, la Néerlandaise ou la Suédoise s’approche de lui. Subitement, son cœur se met à battre très fort.

Pourquoi maintenant et non pas la première fois? se demande-t-il.

La jeune femme sourit puis elle lui dit:

- Je vous connais, vous savez. Vous êtes parti comme une flèche. En abandonnant tout. Baba au rhum et thé de Chine. Sans rien toucher. Mais la maison ne vous en pas pour autant. Bien qu’elle a horreur du gaspillage. Et c’est combattre ce fléau qu’elle vous a gardé votre baba. Uniquement le baba. Le thé réchauffé, on n’aime pas ça ici. Qu’en pensez-vous?

- Je trouve que c’est sympathique de votre part, répond l’ex prisonnier. Surtout que j’adore le baba au rhum.

- Je vous l’apporte alors?

- C’est une excellente idée...

- Et avec ça? Un thé de Chine?

- Un jus de fruit pour changer.

- Abricot, pêche, poire ou mangue?

- Mangue.

- OK!

Et elle se retire.

Charly est tout agité. Intérieurement agité. Extérieurement, ça ne se voit pas, tout parait normal.

Elle s’est souvenu de moi, se dit-il. C’est bon signe. J’ai peut-être une chance. Mais que dire, que faire?

La serveuse réapparaît. Encore plus troublante. Encore plus désirable. Elle est toute joyeuse, toute décontractée. Elle dépose le tout sur la table puis elle lance:

- Vous n’avez pas l’air d’ici. Vous êtes diplomate? Journaliste?

Charly se sent flatté. Surévalué. C’est prometteur. Très prometteur. Alors il décide de mentir. Non, d’inventer. Et il avance:

- Je suis un homme d’affaires. J’achète, je vends, je revends des maisons, des tableaux, des œuvres d’art...

- Vous n’en avez pas l’air.

- C’est pourtant la vérité. Vous ne me croyez pas?

- Si. Mais vous me faites penser plus à quelqu’un qui se ronge l’esprit qu’à quelqu’un qui calcule ou qui marchande.

- En effet, je sais pas calculer ni marchander, c’est ma secrétaire qui se charge de ça à ma place.

- Comment c’est possible?

- C’est très possible mais c’est long à expliquer. Si vous le désirez, je pourrai tout vous dévoiler un de ces prochains jours. Ailleurs mais pas ici.

- Je vois, dit-elle avec un sourire au bout des lèvres et s’éloigne pour aller servir un autre client.

Charly est satisfait, il a lancé le premier hameçon. Mais il lui reste le plus dur à faire: être convaincant. Être convaincant comme un marchand de tableau ou de tapis. Et il le sait. Et il sait aussi qu’il est incapable de convaincre qui que ce soit pour quoi que ce soit. C’est sa grande faiblesse. Faiblesse qui l’a conduit déjà en prison. Cette satisfaction ne dure donc que quelques minutes, le temps d’une maigre vanité...

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Commentaires

  • Suite à l'article AVIATION FAKE NEWS: LE CONSEIL FÉDÉRAL PRIS LA MAIN DANS LE SAC, le matin. ch

    (https://www.lematin.ch/suisse/fake-news-conseil-federal-pris-main-sac/story/24946943)

    Bravo Madame Isabelle Pasquier!...

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