Péril jaune (2, à suivre...)

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Péril jaune, Hank Vogel.jpg- Comme tu as pu le constater à plusieurs reprises dans les quartiers chinois de Bangkok et d’ailleurs, les bridés rotent facilement et très fort à table mais pour le reste ils sont très discrets, me dit-il.

- C’est vrai, c’est pourquoi j’ai une préférence pour les Japonaises, je lui avoue joyeusement. Elles osent à peine jouir au lit et éternuer au cabinet quand la porte n’a pas de loquet... Mais où veux-tu en venir?

- A Pong.

- L’ami de Ping?

- Parfaitement.

- Je l’ai connu il y a très longtemps, lorsqu’il préparait sa thèse sur l’éléphant... l’éléphant...

- Rose?

- Non, mauve!... Il prétendait que prendre l’éléphant par les défenses, c’est autre chose que de prendre le taureau par les cornes. A la différence du taureau, un éléphant châtré reste éléphant. Il garde toute sa mémoire. Le taureau lui devient bœuf.

- C’est lui qui a dit ça? Cela m’étonne.

- C’est écrit noir sur blanc.

- Où ça?

- Dans un livre.

- De qui?

- Secret d’état... Ou!

- Ou quoi?

- Si tu souhaites me rectifier, tu n’as qu’à chercher sur google.

- Je n’ai pas le temps pour ça.

- Alors salut! A la prochaine...

- Non, attends! C’est très important. Peut-on se voir?

- Dans une ruelle sombre ou sur les quais?

- Au pied de la statue de Lénine à midi précise.

- OK, j’y serai.

Quand j’étais communiste, j’adorais plus Lénine que Staline. Sans doute à cause ou grâce à sa casquette d’ouvrier. Quand j’étais fasciste, j’adorais plus le Duce que le Führer. Sans doute parce que ma mère était italienne. Quand j’étais chrétien, j’adorais plus Marie que Jésus. Sans doute parce qu’ à cette époque j’étais terriblement attiré par les vierges.

Que d’adorations et de doutes dans ma jeunesse!

Aujourd’hui que je ne suis ni de gauche, ni droite et ni du centre, je n’adore que le chocolat. Et ce avec certitude.

- A quoi tu penses, l’ami? me demande Youri, les yeux fixés, comme moi, sur le bonnet tout chiffonné de Vladimir Ilitch.

- A rien, à une boutade sans importance, je lui réponds d’un ton mitigé.

- Raconte! J’adore ça.

- Tu ne comprendrais pas, tu as trop vécu ici.

- Serais-tu raciste dans ton genre?

- Toi aussi tu t’y mets... à ce jeu débile?

- On ne sait jamais!

- Comment veux-tu qu’un pauvre type comme moi qui ai fréquenté une musulmane, une juive, une Vietnamienne, une Congolaise, une Indienne d’Amérique, une Tokyoïte et une albinos puisse l’être? Le racisme, c’est réservé aux gens trop bien dans leur peau... Ma concierge, la plus intime, m’a dit un jour: je sais maintenant pourquoi tu aimes tout le monde! Pourquoi? Parce que tu n’es pas sérieux.

- Et c’est vrai?

- Non, c’est faux, je suis paresseux... Ma cervelle n’est pas faite pour ruminer... Bon! Passons aux choses sérieuses!

- Terrifiantes selon les experts et...

- Accouche! Quelle genre de surprise est-il en train de nous mijoter, mon vieux copain Pong?

- Une machine invisible et une contre-machine à cette machine, également invisible.

- Peux-tu être plus clair? Je ne comprends rien à ton charabia.

- Impossible!

- Pourquoi?

- On m’a interdit de nommer ces deux monstres autrement. Enfin, le premier plus que le second. Sinon... sinon...

- C’est la Sibérie tous les hivers jusqu’au réchauffement certain de la planète.

- Seul ou avec ta famille?

- On ne me l’a pas précisé.

- Ça, c’est vraiment méchant. Laissez quelqu’un dans le doute, c’est pire que de le poignarder dans le dos... Et Ping dans cette histoire?

- Je ne la connais pas.

- Mais tu mens comme tu respires!

- Simple déformation professionnelle.

- De mieux en mieux! C’est lamentable. Je ne te reconnais plus...

- J’ai une épouse et deux filles à nourrir, moi! Et, excepté les patates et le pain noir fait maison, tout est hors de prix de nos jours.

- Mais la vodka coule toujours à flots.

- Uniquement dans les grandes occasions.

- Désolé! Je comporte encore... parfois comme un touriste mal informé ou malveillant. Mille excuses, camarade! Tu me pardonnes?...

- Tu ne vas pas en faire tout un gruyère pour ça?

- Un fromage!

- Quoi?

- On dit un fromage et non pas un gruyère.

- Je suis au courant. Mais c’était pour te faire plaisir.

- Alors tu aurais dû choisir le schabziger.

- Je le déteste. Il pue la vieille chèvre toute épuisée...

- Nul n’échappe donc à la pensée touristique.

- Je ne te suis pas.

- Il est fabriqué avec du lait de vache.

- Pour moi, malgré cela, il pue toujours.

- Pas pour moi. Il sens bon la vraie démocratie. La vraie! La main haute et les trous bien ouverts face aux autres.

Bizarrement, Youri me regarde un instant avec beaucoup de tristesse et de compassion. Puis il me propose timidement:

- Et si on allait boire un verre et manger et un morceau? Je te dévoilerais tout sur Ping et ses petits caprices.

- Ping ou Pong? je l’interroge pour m’assurer d’avoir bien entendu.

- Ping, ta fameuse joueuse de ping-pong à vos heures perdues, bordel!...

Lénine, Hank Vogel.jpg

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