Un salaud de bonne moralité (11, à suivre)

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Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Enfin, exprime-toi clairement, Maman! je gueule.

Elle secoue la tête, tel un enfant grondé à tort, et me dit:

- Je sais, je me comporte parfois comme une extraterrestre. Que veux-tu, je suis née à une mauvaise époque! A une époque où les filles n’avaient pas le droit de porter des pantalons à l’école... J’ai subi tellement d’injustices dans ma jeunesse, par rapport à mes frères, le choix imposé de mes études par exemple... que j’ai fini par me refermer sur moi-même. On a fait de moi une sorte d’esclave non confinée, à l’air libre, sans chaîne mais muselée intellectuellement. «Sois belle et tais-toi!» Ou plus explicitement: «On te regarde, je veux bien, mais c’est moi que l’on doit entendre!» C’était la devise inconsciente des mâles inconscients en ces temps médiocres, si tu permets cette expression. La rencontre avec ton père fut un grand moment de joie, de délivrance, de liberté... Mais bien vite la famille et la belle-famille me firent comprendre que je faisais faute route. Traditions par-ci, coutumes par-là! Habitudes par-là, bonnes manières par-ci! A longueur d’année. Alors je me suis enfermée à nouveau dans ma cage de femelle ou ma cellule de femme condamné à la fermer. Heureusement, tu es venu au monde et j’ai tout misé sur toi.

- Sur moi? Comment?

- Oui, Agostino Murchadha, sur toi. Tous mes espoirs! Quand tu étais tout petit et doux comme un ours en peluche, je te suppliais souvent de devenir quelqu’un de bien. Un esprit à l’écoute de l’autre. Une âme pleine de compassion. Dans sa fraîche et pure innocence, le bébé enregistre tout et certaines paroles, sous forme de sons, restent gravées à jamais dans sa mémoire. L’éducation commence là...

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