Un salaud de bonne moralité (4, à suivre)

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Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJ’inspire et expire profondément. Puis, après dix secondes de concentration, je déclare:

- Avant que les mais ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé, permettez-moi d’ouvrir une parenthèse... Il y a fort longtemps, lors d’une remise officielle d’un prix littéraire à laquelle j’étais convié, dans un lieu typiquement bourgeois, bourré d’illustres professeurs d’université, d’académiciens, de dignitaires tous azimuts et d’autres personnalités imbues d’elles-mêmes, mon écrivain préféré, et l’amant de ma meilleure amie, me chuchota à l’oreille: pour ne rien te cacher camarade, je suis devenu intelligent non pas en lisant... mais en écrivant. Ce petit silence entre lire et écrire voulait sûrement insinuer: les conneries de ces grands connards. Puis il m’expliqua aisément: car quand j’utilise ma plume, je médite, je plonge, je vais ou j’essaie d’aller au fond des choses. Par contre quand je lis, je reste en surface, je stagne, je fais la planche ou je nage, je nageote... souvent comme une vieille grenouille pressée de s’accrocher à une branche égarée et pourrie... Et depuis cette soirée-là, chaque fois que je doute de moi ou que je me sens perdu, ces ou ses paroles me viennent rapidement à l’esprit. Je remercie vivement cet homme. Fin de la parenthèse!...

- Lui qui? s’inquiète ma chère maman. Quel genre d’écrivain est-ce?

- De gauche, d’extrême droite ou anarchiste? rajoute mon cher papa, tout terrifié... Et notre Seigneur Jésus-Christ, tu ne le remercies pas? Il s’est laissé crucifier pour nous, pour nous sauver...

- Du calme, mes très chers parents! Vos convictions ne sont pas les miennes et me pousser comme un condamné à mort vers le poteau d’exécution, tel que vous le faites, ne me fera pas changer d’avis. Certes, enfant, j’adorais aller à l’école du dimanche. Écouter les belles histoires sur Esther, Marie Madeleine, Marie, Joseph et l’autre Jojo jeté dans un puits sec ou boueux. Je m’en souviens plus très bien. C’était passionnant. Très passionnant. Mais après, adolescent, tout le reste ne valait que dalle. Les serments, les chants et les prières, c’est du pipeau. Du pipi de chameau!

- Blasphème! s’écrie l’abbé du quartier.

- Il insulte, il critique par désespoir, temporise le réformateur. Peut-on revenir à ces mais avant qu’ils ne se transforment bêtement en des oui c’est vrai je n’y avais pas pensé?...

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