• Coronavirus: nouvelles de Pouchkine (Saint-Pétersbourg) 2

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    Toutes les frontières sont fermées. Terre, ciel et mer! Pardon mers, la Russie est immense. C'est le plus grand pays du monde. Une semaine de vacances supplémentaire pour tous. A la maison évidemment et payée, j'espère pour les camarades travailleurs.

    Voici une vidéo.

    Le haut-parleur dit en gros:

    - Restez chez vous, nettoyez votre maison et faites de la gymnastique.

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  • Un salaud de bonne moralité (3, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpg- Et les homos, pédés et gouines, ont-ils enfin le droit de se marier sous vos lumineuses chapelles? je m’adresse aux deux ministres de Dieu.

    Choqué, soit par mes mots indignes soit par ma question, le pasteur me répond:

    - Pourquoi faut-il que de nos jours le sexe soit mêlé à toutes les conversations? Le mariage est institution sociale et sacrée qui ne méritent pas la moindre critique, ni le moindre doute d’ailleurs. L’homme et la femme...

    - Ont-ils enfin le droit de se marier sous vos lumineuses chapelles? je répète agressivement. Oui ou non?

    - Pourquoi insistes-tu autant et avec une telle violence, Agostino? intervient aussitôt mon père tout inquiet. Serais-tu... aurais-tu...

    - Non Papa, je n’ai pas du tout changé de camp et je ne suis pas de la jaquette, je le rassure. J’aime trop les putes et les femelles en chaleur pour basculer dans cet univers-là. Mais... mais...

    - Mais? bêlent simultanément les soi-disant amis de la famille...

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  • Un salaud de bonne moralité (2, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe m’appelle Agostino Murchadha. Je ne possède aucune nationalité, je suis apatride. Mais d’après mon ADN, je serais:

    51,9 % ouest et nord-européen. 25,7 % grec et italien du sud. 9,4 % italien. 8,9 % breton, irlandais, écossais et gallois. Et 4,1 % asiatique de l’Ouest.

    Il semblerait que ma grand-mère maternelle soit née à Ur. Ville où naquit jadis un certain Abraham qui a failli égorger sa progéniture.

    Ah, ces sacrés bédouins! Toujours prêts à dégainer et pointer leur poignard au moindre geste de leur Chef. Même quand ce dernier plaisante ou déconne.

    C’est sans doute pour cela que j’adore les friandises orientales et les écharpes écossaises et que j’ai toujours un canif suisse dans la poche droite de mon pantalon. La gauche, elle, est strictement réservée à mon mouchoir.

    J’ai vingt-quatre ans et je viens de terminer mes études d’architecture.

    Malgré mon aversion envers leurs croyances, mes géniteurs n’ont jamais fait obstacle à mes choix universitaires ni artistiques. Tout au contraire. La maternel m’a toujours soutenu moralement. Et le paternel financièrement, y compris quand il était au chômage et fauché comme les blés.

    Après la pompeuse cérémonie des remises des diplômes où j’ai préféré me rendre non accompagné, je rentre allégrement au bercail, mon trophée d’architecte patenté sous le bras.

    - Bravo fiston, je suis fier de toi! s’exclame mon père, à peine la porte d’entrée ouverte.

    Ma mère me saute au cou et m’embrasse tendrement.

    - Passons au salon, nos amis veulent également te féliciter, me dit le vieil homme.

    - Quels amis? je lui demande. Vous n’avez point d’amis.

    - Mais si, mais si... Et il me tire par le bras.

    Quel cauchemar!

    Je me trouve face à mes pires ennemis: les prêtres attitrés de mes croulants.

    Bonjour, bonjour et tout le tralala. Courtoisie oblige!

    Nous asseyons tous. Soit en toussant soit en reniflant. Par nervosité, certainement.

    Quel spectacle! A la fois comique et surréaliste.

    Ça sent pourtant le complot, me dis-je.

    L’évangéliste, dans la quarantaine, chauve et sec comme un clou, se lance le première:

    - D’après nos archives paroissiales, vous vous êtes farouchement opposé à faire votre confirmation mais il n’est jamais trop tard de remédier à cela en professant tardivement votre foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. En public ou en privé. Le dimanche de Pentecôte ou n’importe quand. Le monde a énormément changé. Notre Église aussi.

    - La nôtre également voire davantage, poursuit le papiste, d’un âge incertain et grassouillet. Et oui, nos réformes sont en voie de surpasser celles de la Réforme. Notre évêque de Rome a si grandement ouvert tant de portes closes qu’il ne sera plus jamais possible de les refermer. Se basant sur le niveau actuel de l’évolution de l’égalité entre femmes et hommes, il a proposé que les couvents soient mixtes.

    - C’est une plaisanterie, mon père? lui demande ma mère, toute scandalisée.

    - Non, ma fille, c’est la pure vérité...

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  • Un salaud de bonne moralité (1, à suivre)

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    Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgMa mère est catholique, mon père protestant et moi... un apostat! Pour mes parents seulement, pour l’instant.

    Aux yeux de nos voisins, je dois toujours rester le fils parfait. Ou pour le moins en donner l’impression. C’est-à-dire: intelligent, poli et obéissant à l’extrême.

    Tout simplement, parce qu’un soir à table j’ai osé dire à mes vieux fanatiques malgré eux, les pauvres:

    - La bible est un roman fleuve d’amour et de guerre mais nullement un livre sacré.

    Depuis ce jour-là, tous les dimanches, ils m’interdisent de toucher à la tresse, pain dominical béni la veille tantôt par le pasteur tantôt par le curé du coin.

    Aucune importance et tant mieux pour moi car je souffre d'intolérance au gluten. Mais eux n’en savent rien. Ils se préoccupent davantage des problèmes de leurs paroisses que des miens.

    Que c’est triste de vivre ainsi! La chair de leurs chairs est souvent abandonnée au profit de deux chaires où s’exhibent des inconnus...

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  • Coronavirus: nouvelles de Pouchkine (Saint-Pétersbourg)

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    Plus exactement: Inkeri, un quartier tranquille aux allures finlandaises.

    Depuis ma fenêtre: pas un avion, pas un taxi, pas un chat... ou presque. L'air est pur, voire parfait, et je peux enfin respirer à pleins poumons depuis mon balcon.

    Au-delà de notre pâté de maisons, clôturé et protégé jour et nuit par un gardien, tous les magasins, à part ceux d'alimentation, les pharmacies et les banques, sont fermés.

    Les Russes parlent peu mais savent s'organiser. Lentement mais sûrement. J'espère!

    Et, contrairement à bien des peuples, ils sont très courageux et sincèrement bénévoles.

    Pouchkine - Inkeri.png

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  • Juif x% (4, à suivre)

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    Juif x%, Hank Vogel.jpgLes parents d’Andy, Monsieur et Madame Hochstein, et sa grand-mère, Madame Rosenberg, s’étaient convertis au protestantisme, avaient fui leur pays natale, l’Autriche ou la Hongrie, et atterri en Égypte, territoire encore contrôlé par les britanniques à cette époque, pour échapper définitivement aux nazis et à toutes leurs cliques d’enragés.

    Bizarrement, tous les membres de la famille communiquaient entre eux en anglais et rêvaient de s’établir aux États-Unis. Était-ce un choix vraiment délibéré? Je ne le saurai jamais.

    - Les démons du passé nous collent au cul toute notre vie, dirait ma concierge iranienne en kurde, avec des termes moins grossiers, bien entendu.

    Mais les enfants apprennent rapidement une langue. Avec Andy, mon père et mon frère, je parlais le français. Avec ma mère et Fardossa, notre bonne nubienne, je parlais l’italien. Et avec Saïouda, l’arabe...

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  • Juif x% (3, à suivre)

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    Juif x%, Hank Vogel.jpgCelui qui ne soutient que ses frères noirs, rouges ou verts n’est guère différent que celui qui déteste les noirs, les rouges ou les verts. 

    Un être vraiment intelligent, rien à voir avec l’accumulation des connaissances, n’adhère profondément à aucune association. Qu’elle soit d’ordre politique, religieuse ou autre. Tel un poisson volant presque, il plane et nage dans l’univers lumineux et paisible de la liberté.

    L'homme naît bon, c'est la société qui le corrompt, disait Rousseau. Avait-il tort de penser cela? Avait-il raison?

    Pour le savoir, il n’y a pas mieux que de fouiller au fond de soi-même. Je plonge donc dans mon enfance, la période la plus curieuse voire mystique de ma vie.

    Quand j’étais petit et n’allais pas encore à l’école, à Alexandrie, je jouais souvent avec Saïouda, la fille du bawab, et Andy Hochstein, le dernier fils des voisins du deuxième étage.

    Elle, c’est ma première petite copine. Elle était musulmane. Lui, c’est mon premier grand copain. Il était juif. En principe!

    En principe?...

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  • Staline et le dinosaure (26, fin)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgUn mois plus tard, le Commandant XYZ, un des responsables des services secrets, qui préfère évidemment garder l’anonymat dans l’intérêt de tous, se pointe à l’improviste dans mon bureau, ça me rappelle étrangement quelqu’un, et, après m’avoir présenté son badge et sa carte de flic spécialisé dans les affaires d’espionnage bien entendu, me demande le sourire au bout des lèvres:

    - Elle n’est pas là votre collègue?

    - Qui ça? J’en ai deux, je lui réponds tout déboussolé.

    - Pas celle qui poutse mais celle qui relève les renseignements, précise-t-il.

    - Quels renseignements?

    - Les épigraphes des visiteurs intellos qui ont souillé à jamais vos deux poupées géantes. Soit les déclarations, les citations, les propositions, les lamentations, les divagations...

    - J’ai très bien compris!

    - Où est-elle, votre chère Anita?

    - Vous la connaissez?

    - Pas du tout comme vous.

    - C’est-à-dire?

    - Où est-elle?

    - A Stockholm aujourd’hui... Elle n’a pas souhaité abandonner totalement ses activités de journaliste.

    - Je la comprends... Déchiffrer et recopier des phrases souvent débiles dans un gros calepin brodé ou doré, ça doit être vachement chiant à la longue. Non?

    - Pas si vous avez l’imagination fertile et une envie folle de devenir romancier.

    - Vraiment?

    - Sûrement!... Il y a quelques jours, pour preuve, quelqu’un a écrit, plus au moins: les virus les plus dangereux pour l’homme sont ceux qui tombent du ciel accrochés à une météore ou à une astéroïde et ceux qui s’échappent d’une éprouvette militaire...

    - C’est signé?

    - Peut-être. Mais c’est le dernier de mes soucis.

    - Pas pour moi. Puis-je consulter le registre?

    - Aucune objection! Bien qu’il nous sera davantage utile lorsque Staline et le dinosaure donneront l’impression d’être recouverts d’une couche de vernis totalement bleu. Comme notre ciel qui refuse trop souvent de nous éclairer. Mais en plus foncé...

    - Où est-il?


    - Derrière vous sur la petite table, presque collé à vos fesses, je lui réponds en pointant du doigt tant bien que mal un dossier ouvert à la dernière page.

    L’ennemi de nos ennemis se retourne illico presto, y plonge son nez et, après un curieux laps de temps, me dit tout en lisant:

    - Des codes... des codes... des codes... Mais où donc vont-ils chercher tout ça?... Encore des codes... Merde alors! Pourquoi ne m’a-t-elle pas rapporté cette phrase?

    - Quelle phrase? je m’inquiète. Et de qui vous parlez?...

    - De... de ta... de ma... petite sœur.

    Puis sans bégayer, sérieusement, quasi solennellement, il poursuit:

    - Si Dieu était maçon, l’homme serait plus franc.

    Il se redresse et, en me regardant froidement dans les yeux, me demande:

    - C’est politique ou absurde d’après vous?

    Je hausse les épaules.

    Il hoche la tête et me dit ironiquement:

    - Vos statues remplaceront peut-être un jour le Mur des Lamentations. Pour les espions nostalgiques uniquement... Des vacances à l’œil, aux frais de la princesse! Et grâce à vous, le bon berger retrouvera sa brebis égarée. Comme dans l’un des fameux contes de Hans Christian Andersen.

    - Lequel?

    - Jørgen et Anita, je crois.

    - Quoi? Impossible! je hurle, me sentant bizarrement à la fois cocu et libéré... Andersen n’a jamais pondu la moindre histoire aussi sordide.

    - Alors à vous de le faire, cher conservateur et futur rédempteur du passé, me conseille le Commandant XYZ, sournoisement. Si vous avez l’imagination fertile et une envie folle de devenir romancier, il y va de soi... Puis-je emprunter votre bible manuscrite?

    Je lève le pouce, en signe d’acceptation.

    Nous nous serrons fortement la main et il disparaît de ma vue.

    Enfant, je jouais aux soldats de plomb avec ma petite voisine. Adulte, à quoi je joue, bon sang? Et avec qui?

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  • Staline et le dinosaure (25, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgEn privé, l’artiste s’exprime en toute liberté. Aucune retenue, aucune gêne. A poil ou à quatre épingles, il est le même! Car personne ne le regarde. Il baigne dans une parfaite harmonie avec son art.

    Mais en public, à moins qu’il adore d’exhiber comme le plus vulgaire des saltimbanques, c’est une toute autre histoire. Car on l’observe. On soupèse ses faits et gestes. Surtout s’il a beaucoup de talent. Au moindre acte gestuel maladroit ou non conforme aux bonnes manières de notre société bourgeoise, tel le tremblement ou l’excitation d’un oculaire, d’un index ou d’un pouce en train chercher rapidement une vieille crotte gênante au fond d’une narine, c’est la chute certaine de son piédestal. Les portes de la gloire se referment gentiment mais sûrement.

    Alors Ana, avec une prudence extrême, sage comme un image, dit à haute voix, en barbouillant une moustache sur le visage de Staline et en griffonnant:

    - Camarade, j’ai entendu beaucoup de critiques sur toi. Mais tant de louages aussi. Qui suis-je moi pour te juger? Ton époque n’est pas la mienne. Le fou crie, le sage se tait. Dors en paix, vieux dinosaure.

    Applaudissements!

    Encouragée comme jamais par une foule enthousiaste, la jeune peintresse s’approche de l’animal préhistorique et dit également à haute voix mais cette fois-ci en calligraphiant sur l'une de ses cornes:

    - Tu as vécu sur cette planète verdoyante puis tu as disparu, cher ancêtre. A cause d’un astéroïde paraît-il! Les scientifiques disparaîtront à leur tour quand la lune cessera de les éclairer?

    Ricanements, rires et acclamations!

    Puis c’est la ruée des incultes, des incompris et des êtres injustement condamnés. Staline et le dinosaure sont pris d’assaut.

    Vérités, mensonges, injures et félicitions coulent à flot. Aucune pensée verbalisée n’est interdite. La liberté semble avoir retrouvé son souffle d’origine. Qu’importe son destin, ses buts nouveaux. L’avenir est une surprise qu’il ne faut jamais craindre...

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  • Staline et le dinosaure (24, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgEnfin le jour tant attendu, tant espéré!

    Tout le monde est là. Anita, Madame Buhagiar, Ana et tous les autres. Soit: les forcés, les intéressés et les curieux.

    Presque!

    Évidemment! Sauf un des plus importants, peut-être: Jørgen Blikra, le municipal chargé des affaires culturelles qui devait prendre la parole le premier. Moi ensuite.

    Aucune importance, Madame le Maire a décidé de le remplacer sans la moindre hésitation. Quasi avec une satisfaction digne d’une vengeresse aux abois, élue pourtant haut la main grâce à ses idées novatrices et libératrices.

    Elle est là avec toute sa clique de lèche-bottes et de délatrices sans scrupule, la féministe aimée du peuple et adorée à l’extrême par ses partisanes.

    Son discours, bien que riche en promesses probables, me laisse totalement de marbre.

    Il faut dire que les politiciens et surtout les politiciennes, je les préfèrent assis sur un tabouret en train d’éplucher des patates à la soupe populaire que de debout derrière un podium en train d’essayer de nous faire gober leurs salades.

    Après les applaudissements, les bravos et les hourras, la Dame au coeur ardent, comme l’appellent les ex pupilles de la nation, me cède courtoisement la parole.

    Je la remercie en hochant la tête, je tousse un bon coup et, étrangement, je déclare sans vergogne:

    - Aujourd’hui, grâce à vous, je suis quelqu’un. Mais demain, à cause de vous, je ne serai plus personne. Et tant mieux, finalement! Car je pourrai ainsi dormir sur mes deux oreilles. Contrairement à ce Staline et à ce dinosaure qui rongeront davantage vos esprits inquiets. Qu'elles soient en bronze, en albâtre ou en carton-pâte et en plâtre, comme celles-ci, les statues sont éternellement vivantes. Elles nous plongent dans l’histoire. Elles nous replongent dans le passé. Un passé sans cesse recomposé au goût du jour. Sans que nous, pauvres mortels, simples citoyens, puissions agir, réagir, contredire, corriger, anéantir les diktats de nos historiens... Staline et le dinosaure! Qui des deux a vraiment fait trembler l’homme. Le chef d’état ou la bête? Qui le plus? Qui le moins? Ou aucun des deux?... La direction de cet établissement, unique en son genre, est un fan inconditionnel de la liberté d’expression. C’est pour cette raison-là que des stylos-feutres à l’encre bleue sont à votre disposition. Dans une grande caisse transparente vers l’entrée, pour ceux qui ne l’auraient pas aperçue. Servez-vous en et libérez-vous, chers visiteurs. Répondez à ma question ou aux questions du moment qui vous tourmentent. Exprimez librement! Staline et le dinosaure n’attendent que vous pour passer du blanc à l’azur, le seul habit confortable proche du ciel. Car la nudité leur donne froid aux yeux.

    Je sors un stylo de ma poche, le tend à Ana et lui dit:

    - A vous l’honneur, prodigieuse artiste. Ouvrez le bal de la pensée!

    Madame Buhagiar me regarde toute émue.

    - Merci pour ma fille, chuchote-t-elle...

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  • Staline et le dinosaure (23, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpg- Pourquoi en bleu?

    - Parce que le bleu, c’est la couleur de la mer lorsqu’elle est calme et du ciel lorsqu’il est totalement dégagé, immaculé...

    - En plein jour seulement!

    - La nuit, je n’admire que les étoiles... Pour moi, le bleu c’est aussi la couleur de l’infini et de la sérénité.

    - Écrire te conviendrait mieux que de jouer au conservateur de musée.

    Alors, une fois de plus, j’arrache mon livre préféré de son lieu de prédilection, l’ouvre à la dernière page et je lis à haute voix:

    - Si la connaissance n’était pas au-delà du savoir, j’aurais de fortes chances de devenir divin. La connaissance est un luxe réservé à Dieu. Son unique luxe. J’ai donc l’honneur de vous soumettre un extrait de mon dernier essai littéraire Une cité dans les airs. 2 décembre 1988. 6h45 du matin. La pipe à la bouche, la plume à la main, je pars à la conquête d’une philosophie nouvelle. Je veux comprendre et effacer à jamais de mon esprit: l’injustice, la malhonnêteté, l’entêtement, le mépris, l’indifférence, la colère, la haine, le sadisme, le crime, la violence, le désordre, l’obsession, l’avarice, l’égocentrisme, la différence, la colère, la haine, le sadisme, le crime, la violence, le désordre, l’obsession, l’avarice, l’égocentrisme, la cupidité, l’anxiété, la lamentation, la critique, la médisance, le vice, l’intolérance, le viol, la dépendance, le découragement, la jalousie, l’envie, la moquerie, la gourmandise, l’ivresse, le mal dans tout son ensemble quoi! Ainsi, une fois tout cela de fait, je pourrai gouverner ma cité bien aimée. La cité dans les airs deviendra une réalité, descendra sur terre.

    Un long et profond silence. Sans doute chargé d’une paix inattendue.

    - Tu préfères toujours ignorer son auteur? je demande à la belle journaliste.

    - Plus que jamais, me répond-t-elle, le regard lointain.

    - Même si je t’avoue que c’est lui qui m’a donné goût à l’écrire?

    - Même si tu me donnes la preuve que le Bon Dieu possède de nombreux comptes bancaires illégaux en Suisse. Non merci!... Le fameux ministre français André Malraux a bafouillé, et quelqu’un d’autre a écrit avec plus de mots: Cézanne ne peint pas des pommes parce qu’il y a des pommes mais parce qu’il y a eu des peintres avant qui ont peint des pommes...

    Et j'enchaîne avec fierté:

    - Et c’est pareil avec tous les autres arts. Nous sommes tous des imitateurs, des copieurs, des plagiaires, des contrefacteurs, des faussaires... des éternels moutons!

    Anita est toute ahurie. Comme paralysée...

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  • Staline et le dinosaure (22, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgA la maison, ma mère m’a appris à boire et à manger proprement et à faire pipi et caca dans les règles de l’art.

    A l’école, ma première maîtresse, au sens propre forcément, Mademoiselle Eliou, m’a donné goût au dessin, à la lecture, à l’écriture et au calcul.

    Mais, à l’abri des rumeurs et des bruits de la ville, mon père, malgré lui ou sans le vouloir, m’a offert la clé du succès auprès de la gent féminine.

    C’était... juste après mon premier et dernier chagrin d’amour.

    Ce jour-là, il me dit d’un ton désinvolte:

    - Mon cher fiston, ne cours jamais après les ombres. Laisse plutôt celles-ci se confondre à la tienne. Sois généreux, ferme et mystérieux! Et tu verras: les femmes adorent ça.

    Anita porte l’épée, moi le bouclier. Ou l’inverse. Désormais, le musée est protégé par un chevalier certain, à la fois mâle et femelle, gardien des cicatrices de l’humanité.

    Le soir, j’avertis à ma nouvelle compagne:

    - Demain, tout visiteur pourra enfin cracher librement ses propres vérités sur une monument public. Bien que fait en carton-pâte et recouvert de plâtre. La future célèbre statue de Staline et le dinosaure!

    - Cracher sur Staline? s’interroge-t-elle à haute voix, toute inquiète.

    - Non, écrire au stylo feutre bleu quelques mots sur l’homme et sur la bête.

    - Pourquoi en bleu?...

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  • Staline et le dinosaure (21, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpg- C’est beau, me dit Anita, toute éblouie... Mais je souhaite en rester là.

    - Comment ça? je m’inquiète.

    - Je préfère ignorer son auteur, précise-t-elle... Autrement... autrement...

    - Autrement?

    - Ma cervelle se transforme en une sorte de... devient le bureau parfait d’un commissaire de police tenace. Tout passe au peigne fin. Rien n’y échappe...

    - Ça tombe à pic! Je suis prêt à t’engager à n’importe quelle condition, je lui déclare en fixant du regard ses pieds.

    - En quel honneur?
    - ...

    - Grâce à mes panards de géante qui énervent et excitent à la fois les vilains petits nains? Mes quarante-cinq grosse fillette, selon mon dernier amant...

    - Pas d’après moi... Tu chausses du combien en réalité?

    - Du quarante-deux?

    - Tout à fait dans les normes pour une belle et grande fille comme toi.

    - Merci pour le compliment.

    - C’est la pure vérité... Les gens racontent n’importe quoi. Surtout certains politiciens.

    - A qui penses-tu en particulier? A ton pire ennemi ou au mien?

    - C’est la même personne.

    - Je vois... Il t’a raconté aussi que ma mère fait la pute pour survivre et que mon père est un gros pédé ou un escroc?

    - Pas encore.

    - Méfie-toi de lui, c’est un homme dangereux, diabolique. Il serait capable de s’associer avec tous les démons de la terre et du ciel pour que ton projet capote. Tout ce qui ne vient pas de lui, ça ne vaut pas un clou.

    - Je sais. Je l’ai compris. C’est pourquoi j’aimerais que tu fasses partie de mon équipe.

    - En tant que quoi?

    - Bras droit pour commencer...

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  • Staline et le dinosaure (20, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgSans la moindre retenue, nous nous enlaçons et nous donnons libre cours à notre imagination et, forcément, à nos faits et gestes.

    Elle est tantôt femme, tantôt mâle. Je suis tantôt homme, tantôt femelle.

    Et à l’instant le plus sublime voire peut-être au moment fatidique, nous ne sommes plus qu’un. Dieu est nous, nous sommes Dieu.

    Une fois la chose faite, comme dirait ma concierge quand elle se sent abusée et désabusée, je chuchote à l’oreille de ma complice du Jardin d’Éden, encore tout essoufflé:

    - Mille mercis de toute mon âme!

    - Pourquoi un tel remerciement? me demande-t-elle, toute étonnée

    - Dans certains pays, typiquement en Russie, toute la famille remercie chaleureusement celui ou celle qui a préparé le repas. Et l’amour n’est-il pas le plus divin des festins?... En guise d’action de grâce, j’aurais dû réagir autrement, plus noblement.

    Alors, je saute du lit, j’arrache mon livre préféré de son lieu de prédilection, l’ouvre à son unique page cornée par mes soins et je lui lis à haute voix:

    - Il y a... Cela n’a aucune importance. Un jour, j’ai allongé des mots sur le papier. Puis des phrases. Puis de petits textes. Puis de grands textes. Puis les textes sont devenus des nouvelles, des pièces et des romans. En allongeant les mots, j’ai rencontré de petits personnages. Puis ces petits personnages sont devenus grands. Et en grandissant, ils sont devenus riches, pauvres, savants, idiots, sages ou indifférents. J’ai aussi rencontré de nombreuses femmes. Des belles, des laides, des désirables, des intouchables. Au fil des pages, certaines perdirent leur charme, leur jeunesse ou mon attachement. Que de larmes, que de joies, que de rêves, que de bavardages, que d’explications, que de mots pour arriver au mot fin ! J’ai écrit avec de l’encre noire, bleue, verte, rouge, violette et maintenant avec de l’encre bordeaux. J’ai écrit pour tout le monde et pour personne à la fois. J’ai écrit la plupart du temps en buvant du café et de l’eau. Rarement de l’alcool. J’ai écrit le matin très tôt, le soir très tard, la journée, en plein soleil, en plein désert, à l’ombre, à l’abri du vent, à l’abri du froid. J’ai énormément écrit dans les cafés et j’ai pu ainsi observer le monde avec ses contradictions et son éternelle solitude. Au-delà de mon papier blanc et de mes mots, j’ai vu l’amour et la haine. Que j’ai aussitôt transformés en mots. J’ai aussi vu le plaisir et la souffrance que j’ai aussi aussitôt transformés en mots. Dans chaque ville où j’étais de passage, j’ai acheté des cahiers pour les charger de mots. Des mots et des mots ! J’ai aussi acheté de nombreux stylos. Que de marques ! Que de becs différents ! Toujours pour allonger des mots. Que de ratures ! Que de mots arrachés à mon passé ! Que de mots faux ! Que de mots corrigés ! Que de mots barrés ! Que de mots sans le savoir ! Et maintenant que je découvre le merveilleux, j’hésite d’écrire... J’ai peur. J’ai peur d’inventer un faux personnage. J’ai peur d’allonger des mots peu convaincants. Mais j’ai surtout peur de tuer le silence, la tendresse et le souvenir d’un si beau sourire, le tien...

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  • Staline et le dinosaure (19, à suivre)

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    C’est la veille du grand soir. Le jour de l’ouverture de mon musée, pour ceux qui auraient perdu le fil de ma petite histoire et les attentifs éternellement septiques.

    A peine debout, j’allume mon smartphone et j’appelle Anita Bergström, la soi-disant hystérique qui chausse du quarante-cinq.

    Je la soupçonne d’être déjà dans les parages. Allez savoir pourquoi! Aurais-je acquis le sixième sens lors de l'une de mes promenades aux confins du Tibet?

    Après deux bip seulement, elle me répond, saoule probablement:

    - Tu veux quoi, mon chou? Me sauter pour éviter la cata...

    - C’est... c’est...

    - Je sais qui c’est, ton nom s’est affiché, bordel! Tu veux quoi?

    - J’aimerais que l’on discute.

    - J’arrive tout de suite.

    - Miracle! je hurle, un fois mon portable éteint, bien entendu.

    Oui, mieux que prévu!

    Pendant au moins dix minutes, je tourne en rond dans ma chambre à coucher comme un tigre en chaleur enfermé dans une cage non réglementaire et je fantasme à tout vent.

    Puis, pareil à un employé modèle, issu des institutions bourgeoises les mieux éclairées, c’est-à-dire qui a peur de se faire engueuler comme un chien voire se faire humilier devant ses collègues de travail par son supérieur hiérarchique pour le moindre retard, injustifiable ou justifiable, je me lave, me peigne, m’habille et j’avale un verre de lait frais en toute hâte.

    Brusquement, je réalise que je ne suis l’esclave de personne.

    - Je suis mon propre chef, bon sang! je murmure. Quelle chance j’ai! Merci Seigneur!... Qu’ils aillent donc tous au diable mes anciens patrons... J’ai sacrifié mes plus belles années de ma vie pour vous servir, bande de salauds! Ignobles profiteurs!...

    Mais! Mais: second miracle.

    Tout à coup, je me trouve nez à nez avec la belle Suédoise.

    Quelle frayeur et quelle joie à la fois! Dans de telles circonstances, le tutoiement est forcément de rigueur.

    - La porte était ouverte, me dit-elle. Tu te crois dans les Alpes suisses?

    - Non, dans les glaronaises seulement.

    - Ça ne me dit rien.

    - En es-tu certaine?

    - J’ai peut-être étudié ça à l’école mais j’ai dû oublier...

    - Elles se situent en partie dans le canton de Glaris.

    - Ça ne me dit rien.

    - Et le schabziger, ça aussi ne te dit rien?

    - Au contraire, cela me dit tout. J’adore les fromages qui puent.

    - En somme, tu ne te souviens que des choses qui sentent fort la vache, la chèvre ou le bouc, n’est-ce pas?

    - Où veux-tu en venir?

    - On déjeune sur l’herbe... d’abord?

    - A la Manet, à la Monet ou à la Renoir?

    - A toi de choisir.

    - Enfin, un conservateur ouvert à tout!...

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  • Juif x% (2, à suivre)

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    Juif x%, Hank Vogel.jpgIl n’y a pas si longtemps, dans El Pirata, j’ai essayé de raconter librement un banal évènement de ma vie qui refuse pourtant de s’endormir à jamais dans les entrailles de ma mémoire.

    Le voici:

    - Cessez de ramer, El! m’ordonne gaiement Monsieur Mickael Macdonald... Même les galériens méritent de temps à autre une petite pause.

    Depuis que j’ai arrêté mes études d’architecture, je travaille occasionnellement comme aide-chimiste dans un laboratoire de produits cosmétiques dont le patron est un Juif écossais ou un Écossais juif. Tout dépend de la dernière histoire que l’on vient d’entendre.

    On dit que les Écossais sont près de leurs sous et les Juifs avares. Ou l’inverse. Ou pire. Alors vous vous imaginez dans quelle galère je me trouve? Et pour quel monstre je transpire?

    Eh bien, non! Car tous les après-midi, vers quatre heures, mon boss, que j’ai surnommé Micmac, m’offre une brioche et m’invite à prendre le thé avec lui.

    Nos conversations sont brèves mais enrichissantes, passionnantes ou troublantes, jamais sans lendemain. Pour moi en tout cas. D’ailleurs un jour, il m’a dit:

    - Tout est option et rien n’est sans conséquence. Qu’on le veuille ou non...

    Mais revenons dans le présent.

    Après avoir rempli ma tasse en porcelaine fine de Limoges de son breuvage préféré, l’alchimiste de ces dames, autre pseudonyme, me demande chaleureusement:

    - Avez-vous mal dormi cette nuit, cher collaborateur?... Quelque chose ne va pas?

    - Rien ne va plus, les jeux sont faits! j’ironise.

    - Alors ce n’est pas si grave.

    - Non, en effet. On se prend parfois la tête pour des clopinettes.

    - Petit problème d’argent?

    - Non, de femme.

    - Une de perdue dix de retrouvées!

    - C’est ce qu’on raconte.

    - Même votre... la bible en fait mention.

    - Je l’ignorais. Je ne suis pas un fan de récits religieux.

    - Athée?

    - Agnostique.

    - Moi aussi. Mais il m’arrive de lire l’ancien et le nouveau testament. Jésus était juif après tout! Comme vous peut-être.

    - Comment ça? Ma mère est catholique et mon père libre-penseur...

    - Je pensais que vous étiez juif.

    - C’est à cause de mon nez légèrement courbé?

    - Et les Peaux-Rouges alors? Ce critère est raciste et provocateur, il a été inventé au Moyen-Âge. Non, c’est une intuition. Ou plutôt, c’était vu votre réaction. Mais à votre place, je ferais tout de même des recherches.

    L’affaire est close. Pour lui. Pour moi: peut-être. Tout déprendra de celle qui voudra obstinément vivre avec moi. Juive, chrétienne, musulmane ou de n’importe quelle autre confession, aussi sophistiquée!

    Il ne se prend pas pour la queue d’une poire, le tartuffe, ajouterait ma concierge portugaise, en pensant à moi forcément.

    En vérité, Mickael Macdonald n’était autre que Monsieur Jean Cogan, le mari de Madame Lydia Daïnow, dont les produits cosmétiques sont fabriqués encore de nos jours...

    Lydia Daïnow.png

    Lydia Daïnow (cliquer sur la photo)

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  • Staline et le dinosaure (18, à suivre)

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    Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpg- Mais ce serait un mensonge!

    - Un de plus ou un de moins, quelle importance? Mentir est monnaie courante dans votre métier. Non? Je me trompe ou j’exagère?... Mon père ressasse à ma mère tous les dimanches matin, au lieu d’aller à confesse: le mensonge est une vérité dans un monde inconnue. Il faut dire que le bonhomme a beaucoup d’imagination.

    Jørgen Blikra, telle la Lapone de Kurravaara, son ex partenaire sexuelle, me foudroie du regard quelques secondes puis il me crie dessus comme un putois:

    - Vous êtes stupide et vilain comme un pou! La politique et vous, ça fait deux. Disparaissez de ma vue et faites en sorte que je ne vois pas jusqu’à la fermeture définitive de votre musée à la noix.

    Et il ajoute calmement avant que je me décide à mettre en exécution ses ordres:

    - Vous avez et pouvez encore séduire la plupart de mes collègues, surtout les féministes, mais pas moi. Jamais de la vie!

    #

    Nous sommes tous un exemple à suivre ou à ne pas suivre pour quelqu’un voire pour plusieurs personnes à la fois quand le Ciel a voulu nous bénir.

    Aussi flamboyante est la couronne, aussi épineuses sont les critiques.

    Et je n’agis guère mieux que mes ennemis. Qu’ils soient réels ou imaginaires!

    L’autre est une source certaine d’inquiétudes.

    Si Jørgen Blikra ne m’aime pas ou a beaucoup de peine à me supporter, c’est certainement parce le groupe des femmes, majoritaire au sein du conseil communal, a voté en bloc pour moi et non pas pour l’un de ses copains aussi minable et misogyne que lui.

    Est-ce de ma faute si mon projet a plu à ces gentilles dames? Ou tout simplement mon profil, séduisant et rassurant, de protecteur de la gent féminine...

    Stop! Je spécule pour rien. Tel un arriviste imbu de lui-même face un miroir baroque...

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