Un salaud de bonne moralité (2, à suivre)

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Un salaud de bonne moralité, Hank Vogel.jpgJe m’appelle Agostino Murchadha. Je ne possède aucune nationalité, je suis apatride. Mais d’après mon ADN, je serais:

51,9 % ouest et nord-européen. 25,7 % grec et italien du sud. 9,4 % italien. 8,9 % breton, irlandais, écossais et gallois. Et 4,1 % asiatique de l’Ouest.

Il semblerait que ma grand-mère maternelle soit née à Ur. Ville où naquit jadis un certain Abraham qui a failli égorger sa progéniture.

Ah, ces sacrés bédouins! Toujours prêts à dégainer et pointer leur poignard au moindre geste de leur Chef. Même quand ce dernier plaisante ou déconne.

C’est sans doute pour cela que j’adore les friandises orientales et les écharpes écossaises et que j’ai toujours un canif suisse dans la poche droite de mon pantalon. La gauche, elle, est strictement réservée à mon mouchoir.

J’ai vingt-quatre ans et je viens de terminer mes études d’architecture.

Malgré mon aversion envers leurs croyances, mes géniteurs n’ont jamais fait obstacle à mes choix universitaires ni artistiques. Tout au contraire. La maternel m’a toujours soutenu moralement. Et le paternel financièrement, y compris quand il était au chômage et fauché comme les blés.

Après la pompeuse cérémonie des remises des diplômes où j’ai préféré me rendre non accompagné, je rentre allégrement au bercail, mon trophée d’architecte patenté sous le bras.

- Bravo fiston, je suis fier de toi! s’exclame mon père, à peine la porte d’entrée ouverte.

Ma mère me saute au cou et m’embrasse tendrement.

- Passons au salon, nos amis veulent également te féliciter, me dit le vieil homme.

- Quels amis? je lui demande. Vous n’avez point d’amis.

- Mais si, mais si... Et il me tire par le bras.

Quel cauchemar!

Je me trouve face à mes pires ennemis: les prêtres attitrés de mes croulants.

Bonjour, bonjour et tout le tralala. Courtoisie oblige!

Nous asseyons tous. Soit en toussant soit en reniflant. Par nervosité, certainement.

Quel spectacle! A la fois comique et surréaliste.

Ça sent pourtant le complot, me dis-je.

L’évangéliste, dans la quarantaine, chauve et sec comme un clou, se lance le première:

- D’après nos archives paroissiales, vous vous êtes farouchement opposé à faire votre confirmation mais il n’est jamais trop tard de remédier à cela en professant tardivement votre foi en Notre Seigneur Jésus-Christ. En public ou en privé. Le dimanche de Pentecôte ou n’importe quand. Le monde a énormément changé. Notre Église aussi.

- La nôtre également voire davantage, poursuit le papiste, d’un âge incertain et grassouillet. Et oui, nos réformes sont en voie de surpasser celles de la Réforme. Notre évêque de Rome a si grandement ouvert tant de portes closes qu’il ne sera plus jamais possible de les refermer. Se basant sur le niveau actuel de l’évolution de l’égalité entre femmes et hommes, il a proposé que les couvents soient mixtes.

- C’est une plaisanterie, mon père? lui demande ma mère, toute scandalisée.

- Non, ma fille, c’est la pure vérité...

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