Staline et le dinosaure (25, à suivre)

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Staline et le dinosaure, Hank Vogel.jpgEn privé, l’artiste s’exprime en toute liberté. Aucune retenue, aucune gêne. A poil ou à quatre épingles, il est le même! Car personne ne le regarde. Il baigne dans une parfaite harmonie avec son art.

Mais en public, à moins qu’il adore d’exhiber comme le plus vulgaire des saltimbanques, c’est une toute autre histoire. Car on l’observe. On soupèse ses faits et gestes. Surtout s’il a beaucoup de talent. Au moindre acte gestuel maladroit ou non conforme aux bonnes manières de notre société bourgeoise, tel le tremblement ou l’excitation d’un oculaire, d’un index ou d’un pouce en train chercher rapidement une vieille crotte gênante au fond d’une narine, c’est la chute certaine de son piédestal. Les portes de la gloire se referment gentiment mais sûrement.

Alors Ana, avec une prudence extrême, sage comme un image, dit à haute voix, en barbouillant une moustache sur le visage de Staline et en griffonnant:

- Camarade, j’ai entendu beaucoup de critiques sur toi. Mais tant de louages aussi. Qui suis-je moi pour te juger? Ton époque n’est pas la mienne. Le fou crie, le sage se tait. Dors en paix, vieux dinosaure.

Applaudissements!

Encouragée comme jamais par une foule enthousiaste, la jeune peintresse s’approche de l’animal préhistorique et dit également à haute voix mais cette fois-ci en calligraphiant sur l'une de ses cornes:

- Tu as vécu sur cette planète verdoyante puis tu as disparu, cher ancêtre. A cause d’un astéroïde paraît-il! Les scientifiques disparaîtront à leur tour quand la lune cessera de les éclairer?

Ricanements, rires et acclamations!

Puis c’est la ruée des incultes, des incompris et des êtres injustement condamnés. Staline et le dinosaure sont pris d’assaut.

Vérités, mensonges, injures et félicitions coulent à flot. Aucune pensée verbalisée n’est interdite. La liberté semble avoir retrouvé son souffle d’origine. Qu’importe son destin, ses buts nouveaux. L’avenir est une surprise qu’il ne faut jamais craindre...

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