Pondichéry un jour d'automne (10, à suivre)

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Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpg- Tel père, tel fils?

Et tel un bovidé sacré, je rumine un bref instant puis je lui crache à la figure ma divine vérité:

- Les copier-coller, ils n’existent réellement qu’en informatique, pour le moment. Bien que cette science ou technologie est en train de nous métamorphoser en de sympathiques et crétins petits robots... Et, dans plus ou moins le même ordre des choses, j’ajouterais que je suis persuadé que l’Espagnol ou, encore plus explicite, l’Italien qui s’est fait naturaliser suisse ou javanais garde toujours des spaghettis au fond de sa gorge.

Elle clignote des yeux.

Je précise:

- Nous sommes tous des fruits uniques. Avec beaucoup ou presque pas de pépins à la naissance. Tout au long de notre vie, nos parents, l’école, la société, nos amis et nos ennemis nous manipulent, nous modèlent, nous déforment, nous dénaturent ou, au pire, essayent de nous transformer en trognons... Mais! Nous restons toujours le fruit originel. Mon père, c’est mon père. Moi, je suis moi... Et maintenant?

- Maintenant quoi? s’inquiète Krishna.

- Quel est le brut mercantile de notre rencontre? Qui vous a communiqué mon adresse? Certainement cet abruti d’Adolf, ce fameux fouille-merde tous azimuts que la police n’a su garder, n’est-ce pas?

Elle joint les mains et elle me supplie presque:

- Pour l’amour du ciel, soyez plus clément, plus respectueux envers lui. Il vous aime comme un frère, vous le saviez?

- Je ne sais pas ce que c’est d’avoir vraiment un frère, je lui réponds, tout désenchanté. J’en ai un effectivement mais c’est le roi des cons. Notre patriarche n’a pas su créer une fraternité au sein de notre famille. Toujours ailleurs pour son soi-disant boulot si captivant, si épuisant. La gueule de travers déjà au réveil... Non, mon vieux à échoué là où sa vieille aurait pu faire des miracles. Comme dans nombreux foyers de l'empire capitaliste sans doute... Combien voulez-vous? C’est sûrement pour un bonne cause qui, comme toutes les autres, ne servira à rien, que vous êtes là, non? Regardez ce qui se passe autour de vous, de nous, les conflits éclatent de plus en plus et les organisations dites humanitaires poussent comme des champignons. Les idéalistes, les songe-creux, les politiciens jubilent en plaisantant, se gargarisent au champagne et pètent un bon coup de joie après chaque conférence. Pendant que les sans-abri, sans cesse en augmentation, crèvent de froid, de faim et osent à peine espérer...

Elle me coupe brutalement:

- D’accord, d’accord! Mille fois d’accord avec vous! Mais qui ne tente rien n’a rien... Seriez-vous déjà devenu un vieil avare en si peu de temps? C’est le pingre qui déclare à tout quémandeur que s’il distribuait toute sa fortune aux pauvres cela ne ferait que d’en augmenter le nombre...

- Vous ai-je dit cela?

- Non... mais...

- Mais vous, vous avez imaginé ça?

- Oui.

- Pas moi! Jamais cette malheureuse scène, phrase ne m’a traversé l’esprit. Car je suis un très mauvais comptable... La pensée est parfois plus dangereuse que l’action. Elle se projette dans l’avenir sans la moindre retenue.

Elle sourit. Un sourire un peu forcé, crispé.

Alors, pour la rassurer et améliorer mon image de petit prétentieux fortuné à la con comme dirait Carla, je lui avoue:

- Cet aphorisme n’est pas de moi mais de mon meilleur professeur de philosophie qui selon lui je devrais vous aider coûte que coûte.

Ses yeux se mettent aussitôt à briller...

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