• Pondichéry un jour d'automne (9, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgSuite à ma demande, le réceptionniste de l’hôtel nous propose un petit salon rarement occupé.

    Nous nous asseyons timidement l’un en face de l’autre. Elle, sur un canapé bleu. Moi, dans un fauteuil au tissu identique. Quasi comme deux ministres prêts à signer un traité de paix.

    Étrange et inattendue sensation, me dis-je. Le rationnel et l’irrationnel sont comme deux frères qui ne cessent pas de chamailler sur ce continent.

    - Ça va, tout va bien? me demande Krishna. Vous êtes tout pâle, vous ne supportez pas la chaleur?

    - C’est tout le contraire, c’est simplement un coup de fatigue, je lui réponds. J’ai trop mal dormi dans l’avion. La prochaine fois, si j’ai le courage ou un gros grain de folie dans le ciboulot, je prendrai une compagnie qui possède des lits.

    - Ça existe?

    - Bien sûr que cela existe! Mais je suis trop habitué à voyager en classe touriste. Ma richesse ne m’a pas encore totalement aveuglé.

    - Aveuglé?

    - Fait perdre la boule.

    - Je vois...

    - Bref! Ne soyons trop vaches avec les ploutocrates, approchons-nous plutôt de nos petits moutons.

    - Je ne comprends pas...

    - Désolé d’avoir évoqué en vain le nom d’un de vos Seigneurs!

    - Je ne vous comprends toujours pas.

    - La vache n’est-elle pas sacrée chez vous, pour vous?

    - Pas forcément.

    - Comment ça?

    - Bien que j’adhère au végétarisme par hygiène, je ne suis ni une brahmane, ni une goundar, ni une vaishya, ni une shudra, ni une dalit. Autrement formulé, pour moi, les castes des prêtres, des guerriers, des marchands, des serviteurs et des intouchables, c’est de l’histoire ancienne... J’ai eu la chance d’avoir été éduquée par des parents libérés de toute croyance et de toute discrimination.

    - Des adeptes de Krishnamurti?

    - Non des lecteurs et des participants aux conférences de ce cher monsieur. Pardon, de feu cette bonne personne.

    - J’en suis ravi... Un peu comme mes parents en somme, lorsqu’ils étaient fauchés. Aujourd’hui, ils préfèrent être présents aux séances des actionnaires... Pièces qui roulent n’amassent pas mousse. Proverbe transformé de mon père quand quelqu’un lui réclame de l’aide. Financière bien entendu.

    - Tel père, tel fils?...

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  • Pondichéry un jour d'automne (8, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgL’Inde! L’Inde? L’unique pays au monde où les vaches peuvent se promener librement sur les routes la nuit sans courir le risque de se faire écraser ou maltraiter pour ensuite être dévorées. Mais là aussi pourtant où l’enseignement de Siddhartha Gautama, dit le Bouddha, a échoué, n’a pas pu prendre racine face aux dieux de la trinité hindoue. Trop simple voire simpliste sans doute aux yeux de ses habitants, très habitués à la logique envoûtante de Brahma le créateur, de Vishnou le conservateur et de Shiva le destructeur. Et du charme incontestable de Ganesh, de Kali et de Rama, pour ne citer qu’elles parmi tant d’autres divinités. L’homme de la rue adore se compliquer la vie. Contrairement au sage, plus il y a de règles, plus il se sent en sécurité.

    Comme promis, j’attends à la réception de l’hôtel. En faisant les cents pas.

    Une jeune et belle indienne, habillée à l’occidentale, jeans bleu ciel, tee-shirt rose et baskets blanches, m’accoste en m’expliquant presque, les mains jointes religieusement et tout sourire:

    - Ici, il n’y a que des tigres en liberté, pas la peine d’imiter un lion en cage, personne ne prendra soin de vous.

    - C’est... vous... Krish... na? je bafouille.

    - Vous m’avez reconnue sans mon sari?

    - Les yeux sont les miroirs de l’âme et une belle âme ne passe jamais inaperçue... On s’installe quelque part?

    - Je vous suis...

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  • Pondichéry un jour d'automne (7, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgIl existe plusieurs types de riches. Mais pour simplifier les choses, je me contenterais de dire qu’il n’y en a que trois. Le généreux, l’égoïste et le nul. Le premier profite de sa richesse et la fait profiter aux autres. Le deuxième profite de sa richesse mais s’interdit de la faire profiter aux autres. Et le troisième ne pense qu’à s’enrichir davantage et tremble avant se sortir le moindre sous.

    Quant à moi, sans fausse modestie, j’aurais plutôt tendance à figurer parmi les moins admiratifs du taureau de Wall Street, contrairement à mes parents et à ma sœurette.

    Ceci dit, ceci gravé au fond de mon âme!

    Ainsi, je décide de partir pour Pondichéry. Là où la misère risque de devenir une sacrée bombe à retardement.

    Et j’expédie à Krishna:

    J’arrive dans trois jours. Rendez-vous à la réception de l’hôtel Le Dupleix, 5 rue de la Caserne, vers 11 heures. Bien à vous.

    Quand le fric est là, la frontière entre le rêve et la réalité ne mérite qu’un ridicule petit saut, même de travers, me dis-je...

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  • Pondichéry un jour d'automne (6, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgÉtrangement, un matin, je reçois une lettre de Pondichéry.

    J’ai l’impression que les dieux du panthéon hindou communiquent plus rapidement entre eux que les cellules de mon cerveau entre elles, me dis-je.

    Je l’ouvre et je découvre le portrait d’une jeune et belle personne habillée d’un sari doré.

    Est-ce une femme ou un homme déguisé, une vraie ou une photo truquée? je me demande.

    Je lis sur le dos de cette photographie, douteuse à mes yeux:

    Je m’appelle Krishna Hirapati. Je parle le hindi, l’ourdou, le tamoul, l’anglais et le français. Mes parents furent de grands lecteurs et admirateurs de Jiddu Krishnamurti, dont votre père a certainement dû connaître. Donc imaginez la suite. J’ai une question à vous poser. Elle est toute simple. Croyez-vous sincèrement qu’une fortune qui dort est capable de réaliser de gigantesques rêves? Si oui, bonne chance! Si non, ayez au moins le courage de me contacter. Cordialement, Krishna.

    krishna-hirapati@gmail.com.

    Vers la fin de l'après-midi, je lui envoie le message suivant:

    Si vous êtes fou, allez vous faire frire un œuf. Si vous êtes folle, je suis prêt à vous rencontrer.

    Malgré les neuf heures et demie de décalage horaire, Krishna me répond aussitôt:

    Désolée d’avoir omis de préciser mon sexe. En effet, mon prénom est androgyne. Je vous attends donc prochainement.

    Mais qui donc a osé parler de moi à cette belle inconnue? trotte dans ma tête. Carla? Impossible, trop possessive. Adolf? Avec lui tous les possibles sont permis.

    Mais voilà, comme tout imbécile heureux, tu préfères languir dans l’ignorance que de jouir quelques secondes dans la connaissance, me dirait ma petite sœur. Il y a du masochisme intellectuel en toi...

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  • Pondichéry un jour d'automne (5, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgJe visionne le mini-reportage. Il me paraît simpliste. Ou trop proche de la réalité, une réalité bien superficielle. Question de choix?

    Dans ce genre d’exercice, les choses cachées sont généralement commentées. En bien ou mal. Selon les avis du réalisateur et du producteur. Ce qui pousse souvent le bon cinéphile à douter de leur conjointe vérité, de l’objectivité de l’œuvre.

    La plupart des cinéastes n’hésitent pas à tricher avec la vie. La vraie vie! Dans leurs films, il n’y a jamais, ou presque jamais, le moindre désir de trahison entre deux actions héroïques. Tout doit... tout va trop vite pour envoûter le spectateur et sauver ainsi la morale établie. Le bon n’est que bon et le mauvais n’est que mauvais. Pas de juste milieu.

    Les histoires de pédés et de lesbiennes, interdites hier, se multiplient comme des petits pains aujourd’hui. Leurs auteurs, frileux face à la plus banale des censures, suivent comme des moutons les mouvements de l’actualité. Tout ce qui dans le vent est bon pour leurs poches.

    Selon le FBI, aux États-Unis, dans 40% des cas, les auteurs des meurtres ne sont pas arrêtés. Donc quasi un agent sur deux est nul ou incompétent. Et pourtant, on nous montre de plus en plus des flics doués voir surdoués au cinéma et à la télévision.

    Il y a beaucoup de faux-culs dans les milieux artistiques où le nerf de la guerre a tendance à ramollir tous les autres nerfs. Et aussi beaucoup d’individus qui carburent à l’héroïne, à la cocaïne ou à d’autres stupéfiants à la mode.

    Riche je le suis, dupe pas encore ou plutôt jamais. L’héritage de mon grand-père doit servir pour une bonne cause. Laquelle? Je l’ignore pour l’instant...

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  • Pondichéry un jour d'automne (4, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgDedans on pense trop. Dehors, pas assez, on cherche surtout à ne pas écraser les crottes de chien.

    Heureusement, sur cette île paradisiaque, les indigènes sont des êtres totalement décomplexés qui n’ont pas besoin d’un animal de compagnie pour s’exprimer. Donc on peut marcher dans la rue tout décontracté et rêver les yeux braqués au ciel.

    Mais il faut que je dise la vérité! Au bout d’un certain temps, on finit par s’emmerder à cent sous l’heure.

    C’est pourquoi tous les matins, après avoir posé mon cul dans l’eau au bord de la plage et admiré mes couilles flotter, je me presse de rentrer chez moi pour allumer mon ordinateur.

    Les actualité en premier, youtube en deuxième...

    - Mince, une vidéo du couillon qui a osé écrire un roman sur moi! me m’exclame.

    Désolé pour ma trivialité!

    - Il a dû se lever du pied cloué au mur, le pauvre diable, vous dirait Carla.

    Je visionne le mini-reportage:

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  • Pondichéry un jour d'automne (3, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgOn gagne, on perd, on gagne, on perd! Tout s’effrite au fil temps. Rien ne dure éternellement, si ce n’est que la cruauté humaine.

    La guerre par-ci, la guerre par-là!

    De peur de heurter leur misérable foi, certains médiocres individus n’osent pas compter et encore moins imaginer le nombre d’orphelins qu’il y a dus aux bombardements mais ils n’hésitent nullement à calculer, dans la jubilation la plus extrême, les bénéfices dus à la vente des fusils, des bombes, des canons et des avions de combat.

    Au nom de Dieu, de la patrie ou du fric, les généraux et leurs complices se gargarisent avec le sang des innocents. Maudits soient-ils!

    Et, à ma plus grande stupéfaction, je découvre dans la presse que les plus grands marchands d’armes dans le monde sont: la Chine, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni et la Russie.

    Que puis-je faire, moi simple péquenaud fortuné, face à ce gigantesque bourbier?

    Le diable n’attendra pas pour me répondre...

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  • Pondichéry un jour d'automne (2, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgJe me gratterais la tête puis lui expliquerais en des termes simples, nullement sophistiqués:

    - Celui qui n’a rien et ne veut rien est plus riche que celui qui a tout et qui veut davantage. Être riche, c’est comme être libre. Je ne dois rien à personne et je n’attends rien de quiconque. Le vieillard en bonne santé qui touche une retraite confortable, c’est-à-dire suffisante pour se loger dignement, se nourrir convenablement et se payer de temps à autres un petit voyage pour se changer les idées, est plus riche que le plus riche des milliardaires cloué au lit... dans la plus somptueuse des chambres de la plus magistrale des cliniques. Finalement, tous ces plus ne valent guère plus que des clous. Car tout est dans le ciboulot avant de sombrer dans les poches. Et là encore rien n’est vraiment joué, terminé, classé.

    Et, en s’essuyant le front, elle réagirait:

    - Méfie-toi du soleil d’ici, on pète parfois les plombs en l’admirant!

    Mais, me connaissant trop bien, je contre-attaquerais:

    - A force de balayer, on finit souvent par vouloir tout nettoyer voire tout balancer.

    Subitement, je passe du conditionnel au présent.

    Les absents ont toujours tort, me dis-je. Ils comprennent tout de travers. Comme les politiciens entêtés... Je ferais mieux d’aller plonger...

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  • Pondichéry un jour d'automne (1, à suivre)

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    Pondichéry un jour d'automne, Hank Vogel.jpgLa vengeance est un plat qui se mange froid.

    Personnellement, j’aurais tendance à penser:

    La vengeance est un bon vin que l’on laisse vieillir au fond de sa cave jusqu’au jour où son dernier ennemi casse sa pipe.

    Les blessures de l’âme ne s’effacent jamais. Pareilles aux nuages, elles vont et viennent au gré des évènements. Et encore: au gré du vent, de la pluie, du froid ou du chaud!

    Mon stylo n’est guère différent que le scalpel d’un chirurgien. Pas forcément apprenti.

    Il, je... nous charcutons pour extraire le pire qu’il y a dans l’homme.

    Je m’appelle El Rath de Saint-Pie. Ce qui ont lu El Pirata de mon confrère Hank Vogel me connaissent déjà, les autres me découvriront au fil du temps, au fil des pages. Certainement mieux. Car les préjugés ne perdent jamais une seconde pour brouiller les cartes.

    Je suis content d’être riche et en bonne santé.

    - C’est quoi être riche et en bonne santé pour toi, tête de noeud? me demanderait Carla, mon ex concierge quand je n’étais pas loin de vouloir sauter du balcon.

    - C’est être soi-même, je lui répondrais.

    - C’est tout?

    - Oui, c’est tout.

    - Explicite, Bon Dieu!... Tu me prends pour une conne ou quoi?...

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  • El Pirata (33, fin)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgSix mois plus tard. L’héritage de mon Grand-père m’a terriblement transformé. Je ne suis plus le même homme. Je souris tous les matins en me levant et j’éclate de rire tous les soirs en me couchant. Jamais la moindre goutte d’alcool fort ou de trace de drogue dure dans mon sang!

    Mes parents et ma soeur Julie se sont installés à New York. Mon frère Georges, son épouse Annita et leur fille Astrid, récemment née en Suisse lors d’un séjour touristique, à Stockholm. Et moi, sur une des îles des Caraïbes. Laquelle? Désolé, toute précision mettrait ma sécurité en danger!

    J’écris, j’ai décidé de devenir écrivain.

    Quand tu est plein aux as, presque tous les éditeurs te trouvent intéressant, imaginatif ou intelligent excepté les bons qui n’osent à peine te regarder en face, m’a-t-on prévenu.

    Alors, après de troublantes constations et de vives réflexions, j’ai opté pour l’auto-édition. Donc: aucun contrat, aucun diktat, aucune pression, aucune préméditation... mais la liberté littéraire dans toute sa splendeur!

    Je suis sur le balcon de ma petite villa. J’admire la mer. A l’horizon: un voilier. Je m’imagine en pirate. Qui suis-je ou vais-je? Un récit est en gestation...

    Soudainement, mon téléphone mobile se met à vibrer.

    Je le sors de ma poche tel un pistolet de flibustier... et je réponds sans trop tarder:

    - Rath de Sainte-Pie le dernier vous écoute. Vous désirez?

    - C’est moi?

    - Vous qui?

    - Mickael Macdonald, votre ancien patron.

    - Micmac!

    - Pardon?

    - Non, rien... Vous êtes dans le coin?

    - Non, dans mon labo.

    - Que voulez-vous?

    - Puis-je vous poser une question? Malgré que nous nous sommes...

    - Posez, posez! Le passé est dernier nous...

    - Avez-vous fait le fameux test ADN?

    - Pas encore. Pourquoi?

    - Parce que j’aurais un petite Sarah à vous présenter.

    - Je vois. C’est sans aucun doute une fille juive dont les parents souhaitent qu’elle épouse un jeune homme juif, n’est-ce pas?

    - Vous avez tout compris.

    - Désolé, je préfère vivre comme un moine pour l’instant...

    - Vous n’avez l’intention de changer de bord? Avec tous les beaux négros qu’il y a sur votre île...

    - Comment savez-vous que je suis sur une île?

    - Votre ami vous a localisé grâce à votre portable...

    - Quel ami?

    - Adolf Hiller.

    - Comment le connaissez-vous?

    - Il travaille maintenant pour moi.

    - Mais c’est un flic pur sang!

    - Un ancien flic. Les guignoles l’on foutu dehors. Il était trop doué pour eux.

    - Cela ne m’étonne pas.

    - Il aimerait vous appeler mais il n’ose pas. Il se sens un peu coupable.

    - Dites-lui de ma part que c’est un con et que je suis prêt à lui envoyer un billet d’avion en gage d’amitié. Ainsi qu’à Carla.

    - Carla? Quelle Carla?

    - Madame Carla Amélia de Carvalho, sa copine, mon ex concierge...

    - Merde alors! Il se tape ma maîtresse.

    Et il met fin à la communication.

    On n’a pas besoin d’inventer des histoires, ce sont elles qui nous inventent, me dis-je.

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  • El Pirata (32, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgMa mère s’interpose:

    - La vérité ne peut venir que d’une personne totalement neutre. C’est-à-dire: objective et pleinement attentive... El et Denise n’ont jamais rompu. C’est elle qui a changé de partenaire...

    - Elle ou El? glisse mon père, tout paumé.

    - Tu vois comme tes idées soi-disant originales peuvent nous foutre dans la merde? lui fait remarquer sa fidèle épouse mal récompensée.

    Elle suit sa lancée:

    - El, mon fils, je précise pour les esprits trop vagabonds, parle parfois la nuit. En tout cas quand il vivait encore sous ce toit. Et j’ai entendu beaucoup de choses.

    - Qu’est-ce que tu as entendu, Maman? je lui demande, un peu inquiet.

    - Rien de graves te concernant, mon mignon, me rassure-t-elle.

    Elle poursuit:

    - Le dad de Denise, un bourgeois conservateur à l’extrême, craignant que sa fille ne décide un jour d’épouser un jeune homme dont seul le nom déjà pourrait lui porter préjudice, a tout fait pour séparer les deux tourtereaux. A force de taper sur le clou, on finit par l’enfoncer. Proverbe québécois. D’après ce que j’ai conclu... Eh oui! Le paronyme Pirata porte finalement la poisse. La plupart des gens ne nous prennent pas au sérieux, malgré leur bonne volonté. Je l’ai souvent constaté.

    Mon père se tord dans tous les sens, tel un lombric qui sort de terre, et ronchonne:

    - Tous des bâtisseurs de murs en béton et de cathédrales en carton, ces bourges!

    - Pas forcément tous, je temporise. N’agissons pas comme eux, en mettant tous nos adversaires dans le même sac. Certains méritent notre respect. Le paternel de mon premier n’est pas le seul responsable de ce fiasco amoureux... J’aurais dû me battre jusqu’à la mort mais j’ai préféré baisser les bras... Tout était si embrouillé lors notre première et dernière grande dispute... S’aimer en cachette ne dure jamais longtemps, le sexe finit toujours étouffer les plus tendres sentiments. Plus poétiquement: à la longue, un amour sans espace n’est guère plus amusant qu’ un banal tour de passe-passe.

    - Mais tout ce chaos ne se serait peut-être pas arrivé si tu t’appelait Rockfeller ou tout simplement Rath de Saint-Pie comme ton grand-père, souligne tristement ma chère maternel.

    - L’homme blesse et se blesse, la femme panse toutes les plaies, déclare joyeusement le chasseur de poules à jarretières, en levant son couteau.

    Ma mère sourit étrangement et retourne à ses fourneaux, comme d’habitude.

    Le braconnier, repenti peut-être, en nous regardons droit dans les yeux, tantôt Julie tantôt moi, profite alors pour nous avouer:

    - Je retourne au bercail, comme tu l’as si bien pressenti et formulé, fiston. Pour deux raisons. La première: parce que j’aime votre mère du fond de mon âme. Je l’adore. C’est une sainte, une Madone en chair et en os. Moi je ne suis que le dernier des larrons, prêt pourtant a expier mes péchés... Je fais... non, je faisais partie de ces types instables qui font une crise tous les dix ans. Celle de la trentaine, celle de la quarante, celle de cinquantaine... je les ai toutes faites, toutes subies. J’espère que j’échapperai à celle le la soixantaine. La seconde:... j’ai décidé de donner un sacré coup de balaie dans le foutoir que j’ai crée à l’époque des années folles de ma jeunesse. C’était uniquement pour emmerder le Grand-Père dont je ne partageais nullement ses idées, trop nobles, trop aristocratiques ou trop statiques selon moi. Donc, mes chers enfants, nous allons redevenir des Rath de Sainte-Pie à part entière. Car aucune raison ne vient sans raison. Le vieux loup de Wall Street et de Zurich aurait caché aux Îles Caïmans une énorme caisse de lingots et de pièces d’or d’une fortune colossale. A nous les Pirata d’aller la déterrer...

    Julie saute plusieurs fois au plafond. Moi, je demeure perplexe.

    - En somme, dis-je ironiquement, rien ne changera jamais au royaume des singes. On doit toujours baisser son pantalon pour enfiler une nouvelle chemise. Ou inversement.

    - Exactement, approuve mon père. Identité, nationalité, passeport, patriotisme, partis politiques, religions, diplomatie... tous ça c’est du bidon. Du cocktail pour les crétins. Seul l’argent est puissant et efficace en ce bas monde. Ce sont les riches qui gouvernent notre société. Battons-les!...

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  • El Pirata (31, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDimanche! Jour du Seigneur pour les uns, jour de repos pour les autres. Dans une société chrétienne où l’on respecte la famille, bien entendu.

    Pour moi, qui stagne dans les sphères du doute et de la fainéantise, c’est ni plus ni moins vingt-quatre heures supplémentaires à devoir subir les gaz des voitures, les pets des passants et les mauvaises odeurs des égouts.

    Et ce depuis que j’ai cessé de fumer et entraîné mon nez à dénicher les meilleurs parfums au labo.

    Ah la belle et grande famille réunie! Si seulement! Il y a toujours une brebis galeuse qui refuse de suivre le troupeau. Pour une fois, ce n’est pas moi mais mon frère aîné Georges, Jorge officiellement, marié à Annita, une belle et blonde Suédoise enceinte de six mois. Il doit probablement faire la gueule à l’un de mes parents pour une histoire à la con. C’est son style. Il est rancunier comme un chameau.

    Nous nous installons à table.

    La Mamma a préparé des braciole di vitello al sugo et des macaronis au four. Deux parmi ses nombreuses spécialités culinaires que nous adorons tous.

    Ma mère me sert le premier. C’est normal, je suis son chouchou paraît-il.

    - Quel met succulent! je m’exclame. Si tu savais combien de fois j’ai regretté d’avoir quitté la maison...

    - La liberté coûte parfois très chère, lance mon père.

    - C’est ce qui t’as décidé à retourner auprès ton épouse? je lui demande sèchement.

    - Rien n’a été conclu jusqu’à maintenant, intervient Julie.

    Elle s’adresse particulièrement à moi:

    - Leur guerre et paix, ça ne regarde qu’eux. Ta zizanie, tu peux la garder pour la semer ailleurs.

    A notre Vieux, en posant sa main sur son bras:

    - Dis-nous ce que tu as à nous dire, Papa chéri! Ne fais pas attention à lui. El a beaucoup souffert, il n’est plus le même... surtout depuis qu’il a rompu avec Denise?

    - Pas possible! s’étonne le quinquagénaire. Ils étaient pourtant faits l’un pour l’autre... Qu’as-tu fait de si impardonnable pour en arriver-là, fiston?

    - Moi rien mais toi tout.

    - Comment ça? Je ne suis jamais mêlé de tes affaires...

    - Dis-nous ce que tu as à nous dire, Pa... répète Julie.

    - Cesse de vouloir tout banaliser, ma fille! crie-il... L’accusation est trop grave. J’ai droit à des explications.

    - Soit! Je vais te les donner ces explications, je lui dis.

    - Je veux des preuves!

    - Tu auras tout ce que tu voudras. A condition que tu me fasses confiance...

    - La vérité, toute la vérité, rien que la vérité...

    Ma mère s’interpose:...

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  • El Pirata (30, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgEn attendant dimanche, je passe le reste de la semaine à végéter.

    Soit: croupir, languir, m’encroûter, stagner, traîner, vivoter, survivre...

    - Tu fais quoi exactement quand tu végètes? me demanderait Carla... Végéter, ça vient de végétation?

    Et maintenant que je suis fier d’avoir osé lui coller mes mains aux fesses, je lui répondrais:

    - Je lis, je rêvasse, je crayonne, je griffonne, je ponds des textes personnels, impersonnels et asexués, je regarde des films pornos sur internet, des vidéos de lesbiennes de préférence, je me masturbe, je me promets de ne plus m’amuser à ce jeu-là, en vain, et... et...

    - Et?

    - Je recommence.

    - C’est tout?

    - Non! Bien sûr que non! Quand j’ai du fric à jeter par les fenêtres, je fais la tournée des bars et je me paye une pute. Ou l’inverse. C’est moins décevant. Mieux vaut tirer un coup les poches encore pleines à craquer qu’à moitié vides... aussi bien au sens propre qu’au figuré, n’est-ce pas?...

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  • El Pirata (29, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg

    Dans la rue, je reçois un message sur mon téléphone mobile, de la part de ma sœur cadette Julie:

    slt dim pointe ton pif chez Ma Pa sera là ça urge il faut que je te parle il y aura de la bragiole à la salsa pour te consoler :-*

    Bientôt, nous serons obligés de décrocher un doctorat en égyptologie pour nous comprendre ou du moins pour déchiffrer certaines abréviations, me dis-je. Dieu soit loué! Heureusement, la frangine n’en abuse pas trop. Pour être franc, uniquement lorsque elle s’adresse à moi vu que j’ai tendance à ironiser toute nouveauté. Suis-je né vieux?...

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  • El Pirata (28, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDans l’après-midi, lors de notre pause habituelle, moment unique de la journée où nous cherchons à mieux nous connaître comme partout ailleurs et, forcément à ressusciter ainsi nos qualités intellectuelles, culturelles et sociales mortifiées pendant les tristes et insupportables heures de boulot, surtout quand il est terriblement chiant, Micmac me dit en servant le thé:

    - Désolé, j’ai oublié d’acheter votre pain au sucre.

    - Est-ce l’exception qui confirme la règle ou la règle qui confirme l’exception? je lui demande, un peu confus et déçu.

    - Le mot charabia... ça vient de l’espagnol ou des Arabes? rétorque-t-il présomptueusement.

    - Laissez vos cousins tranquilles! Ne les accablez pas davantage...

    - Vous n’avez pas répondu à ma question...

    - Et vous à la mienne.

    - Vous d’abord. Je suis votre supérieur à bien des échelons...

    - D’après les dernières nouvelles, ça viendrait du marquis de Saluces, un rital au service du roi de France François the first.

    - Un traitre à la patrie de plus!

    - A vous maintenant...

    - Tout crime mérite châtiment.

    - Eh bien! vous n’y allez pas de main morte. Rien ne justifie une telle décision. Je vous croyez au-dessus de ça...

    - C’était l’occasion de lancer la discussion sur la punition.

    - A d’autres!... Demain, j’achèterai moi-même ma petite brioche.

    Micmac me foudroie du regard puis il m’avoue, en me tutoyant:

    - Tu as raison, j’ai réagi par pure colère. Il fallait bien que je trouve un coupable. Et le plus probable c’était toi... J’ai pensé que la frustration, c’était le meilleur moyen pour...

    - Spot! je crie... C’est minable de votre part. Et tout ça pour quelques kilos de crème ratée!

    - C’est tout de même une sacrée perte d’argent...

    - A la vente seulement! Pas à la fabrication.

    - Tu fouilles dans mes documents maintenant, affreux pirate?

    Trop, c’est trop!

    Sali comme jamais, je bondis alors de ma chaise, j’enlève ma blouse blanche et lui crie dessus en la lui jetant à la figure:

    - Trouve-toi un autre bouc émissaire, espèce d’esclavagiste britannique.

    Et, forcément, je quitte le laboratoire en courant, l’esprit quasi perdu dans les ténèbres...

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  • El Pirata (27, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgCertaines personnes ont le sens, inné et profond, du commerce et des économies. C’est plus fort qu’elles.

    - C’est héréditaire ou congénital, dirait Carla à haute voix.

    Monsieur Mickael Macdonald fait partie de ces gens-là. Pour preuve: le chimiste n’a qu’un seul employé qui doit tout faire ou presque, ma pomme, et n’a aucun scrupule à acheter régulièrement un litre l’huile d’arachide pour des cacahuètes, chez l’épicier minable d’en face, pour le revendre ensuite, au prix d’un saladier en cristal, aux fofolles de l’institut de beauté de sa chère épouse.

    Après que j’ai légèrement parfumé et minutieusement transvasé le produit dans de petits flacons joliment étiquetés, il y va de soi!

    - Tant qu’il y aura des moches et des têtes de nœud sur terre, les marchés de la cosmétique et de la guerre auront de beaux jours devant eux, me répète souvent Micmac. Quant à moi, étant pacifiste, je préfère verser de l’huile dans de l’eau que de jeter de l’huile sur le feu.

    Petite parenthèse, pour ceux qui ignorent tout de la fabrication des produits de soin:

    Une crème, chère ou à deux balles, qui sent bon ou intrigue les narines, colorée ou pas, c’est le résultat d’un vulgaire brassage de flotte, d’huile, de paraffine la plus part du temps, et d’un émulsifiant. Dans lequel on a ajouté, secrètement vu la concurrence, des particules soi-disant miraculeuses.

    En effleurant l’univers des secrets, je profite de vous signaler sans vergogne que mon patron anticonformiste, farouche adorateur de la lune par période, pourtant diplômé de l’université de Saint Andrews en Écosse, cache discrètement ses formules dans les toilettes de son labo, derrière la bride de rinçage. Tous les soirs, avant de rentrer chez lui.

    Mais voilà, il y a des jours où l’astre sacré des sorcières a tendance à déboussoler ses adeptes les plus savants.

    - Vous n’avez pas vu mon cahier? me demande l’alchimiste occasionnel, tout affolé.

    Je ne réponds pas. Je plane dans les airs avec Leeloo.

    Il poursuit, tout énervé:

    - Vous avez bien lavé et rincé plusieurs fois l’évier, les béchers, les erlenmeyers et les éprouvettes? N’est-ce pas?

    - Comme d’habitude, je lui réponds.

    - C’est-à-dire?

    - Deux ou trois fois.

    - Ce n’est pas une réponse scientifique.

    - Alors quatre fois, si ma mémoire est bonne.

    - Je ne vous crois pas.

    - Pourquoi?

    - La chantilly refuse de monter.

    - Quelle chantilly?

    - C’est notre jargon, à ma femme et moi.

    - Je ne vous suis pas.

    - La lotion anti-âge est ratée.

    - A cause de quoi?

    - Une infime trace de détergent due à un mauvais rinçage...

    - Ou à un oubli de votre part.

    - J’aurais oublié quoi selon vous?

    - L’émulsifiant peut-être.

    - Impossible!

    - Impossible n’est pas scientifique.

    - Vous avez raison.

    Et il disparaît de ma vue...

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