• El Pirata (26, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgCassure, fracture, rupture, séparation, divorce, changement de cap... Quand le mur tombe, toutes les fenêtres s’ouvrent. La vue est belle. Les espaces sont immenses. On galope déjà vers l’avenir.

    Il suffit parfois qu’une seule de nos cellules cérébrales, sage ou rebelle, se mette à vibrer autrement que ses consœurs pour que notre cerveau se libère aussitôt de la lourdeur de son passé.

    Une cellule seulement! Telle une étoile nouvelle, flamboyante, jamais observée dans le firmament.

    Tout se passe en un laps de temps et ne dure qu’une fraction de seconde. L’illumination! Ou un moment infime de silence, de vide et d’éternité.

    Je regarde Madame Carla Amélia de Carvalho et Monsieur Adolf Hiller. Je regarde Carla et Adolf. Je regarde ma concierge et mon nouvel ami le flic. Je regarde une femme et un homme. Mon regard n’est jamais le même, il est multiple. Il est influencé par mon jugement qui, lui aussi, varie selon mon humeur, mon humour ou mes préjugés du moment.

    Rien n’est stable dans la cervelle, tout vacille. Telles des barques sur un océan agité, nos pensées s’orientent vers une mer d’huile. En vain!

    Dieu est-il cruel? La réaction est très personnelle. Malheureusement préméditée, souvent conditionnée depuis l’enfance.

    Malgré son inhumanité voulue, selon moi, comme seul et parfait remède, le Seigneur des seigneurs et des vauriens, nous a pourtant permis d’espérer. L’espérance! Source de toute croyance, toute religion quand nous manquons de rames. Soit d’idées créatrices.

    Je souris et, tel un voyeur assouvi et rassuré de ne pas s’être fait repéré, je referme la fenêtre en marmonnant:

    - Que la culpabilité ne vous anéantisse pas trop, petits voyous.

    Retour au texte que j’ai recopié. Je le relis très attentivement, puis, les yeux dans le vague, je déchire la feuille en me disant:

    C’est bien joli tout ça, très envoûtant mais mon ADN ne m’autorise pas tout...

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  • El Pirata (25, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgSans le moindre scrupule, soigneusement, je recopie cette déclaration sur une nouvelle feuille de papier, filigrané Clairefontaine haut de gamme de teinte ivoire, et...

    - Zut, zut! je ronchonne. Je n’ai ni timbre, ni enveloppe. Et encore moins son adresse.

    Non, c’est faux, j’exagère, je divague, j’ignore seulement le numéro postale de la région où elle habite.

    Un silence. C’est le vide total. L’absence de tout. Je me sens perdu au milieu de nulle part. J’ai peur. Je m’affole. La folie me guette à l’horizon. Avec ses absurdes réponses. Sans tête ni queue. Ou plutôt sans queue ni tête, dans mon cas où... où quoi?

    Je m’essuies le front avec ma main, il est en sueur.

    Que se passe-t-il? Qu’ai-je fait au Bon Dieu pour en arriver là? Qui pioche trop dans ses pensées creuse-t-il sa tombe malgré lui?

    Vite un verre d’eau, la douche ou un grand bol d’air!

    Fainéant comme je suis, j’ouvre vite la fenêtre qui se trouve juste en face de moi.

    Et qui vois-je en bas dans la cour? Madame Carla Amélia de Carvalho en train de flirter avec Monsieur Adolf Hiller.

    Illico presto, toutes mes interrogations n'ont plus aucune raison d'être. Mais d'autres points de fuite se mettent à se multiplier à la vitesse grand V. C’est la cata, la confusion ne fait que de changer de peau. Manque de pot!...

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  • El Pirata (24, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgChère Leeloo,

    Bien que je n’ai pas le courage patriotique d’un Eli Cohen ni l’audace décomplexée d’un Toru Muranishi, je tâcherai de t’aimer à la folie et de te protéger de tout danger, tout ennemi au péril de ma vie. Je suis donc prêt à me soumettre aux pires disciplines soit les plus contraignantes afin que notre couple puisse fonctionner en parfaite harmonie.

    - Et... et puis, je susurre.

    C’est ridicule tout ça, me dis-je.

    Soudainement, la Lettre d’amour d’un écrivain, un texte écrit par mon grand-père, se met à onduler dans ma cervelle.

    Je bondis alors de mon siège, je cours vers ma bibliothèque et, tel un inspecteur de police surexcité mais très chanceux, je fouille et je trouve le recueil où figure l’œuvre en question. Je l’ouvre, tourne quelques pages, délicatement, comme si c’était une pièce à conviction, et, après un long soupir, je lis à voix basse:

    - Il y a... Cela n'a aucune importance. Un jour, j'ai allongé des mots sur le papier. Puis des phrases. Puis de petits textes. Puis de grands textes. Puis les textes sont devenus des nouvelles, des pièces et des romans. En allongeant les mots, j'ai rencontré de petits personnages. Puis ces petits personnages sont devenus grands. Et en grandissant, ils sont devenus riches, pauvres, savants, idiots, sages ou indifférents. J'ai aussi rencontré de nombreuses femmes. Des belles, des laides, des désirables, des intouchables. Au fil des pages, certaines perdirent leur charme, leur jeunesse ou mon attachement. Que de larmes, que de joies, que de rêves, que de bavardages, que d'explications, que de mots pour arriver au mot fin! J'ai écrit avec de l'encre noire, bleue, verte, rouge, violette et maintenant avec de l'encre bordeaux. J'ai écrit pour tout le monde et pour personne à la fois. J'ai écrit la plupart du temps en buvant du café et de l'eau. Rarement de l'alcool. J'ai écrit le matin très tôt, le soir très tard, la journée, en plein soleil, en plein désert, à l'ombre, à l'abri du vent, à l'abri du froid. J'ai énormément écrit dans les cafés et j'ai pu ainsi observer le monde avec ses contradictions et son éternelle solitude. Au-delà de mon papier blanc et de mes mots, j'ai vu l'amour et la haine. Que j'ai aussitôt transformés en mots. J'ai aussi vu le plaisir et la souffrance que j'ai aussi aussitôt transformés en mots. Dans chaque ville où j'étais de passage, j'ai acheté des cahiers pour les charger de mots. Des mots et des mots! J'ai aussi acheté de nombreux stylos. Que de marques! Que de becs différents! Toujours pour allonger des mots. Que de ratures! Que de mots arrachés à mon passé! Que de mots faux! Que de mots corrigés! Que de mots barrés! Que de mots sans le savoir! Et maintenant que je découvre le merveilleux, j'hésite d'écrire... J'ai peur. J'ai peur d'inventer un faux personnage. J'ai peur d'allonger des mots peu convaincants. Mais j'ai surtout peur de tuer le silence, la tendresse et le souvenir d'un si beau sourire, le tien...

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  • El Pirata (23, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgFions-nous de nouveau à notre chère montre, les amis! A elle seule. Car les aiguilles de notre horloge biologique ont souvent tendance à tourner dans le vide et à se prendre parfois pour celle d’une boussole capricieuse.

    Me revoici donc sur les sentiers palpitants mais incertains qui devraient me mener au mariage. Que d’arrangements et de concessions m’attendent pourtant au bout du chemin!

    Marié, je ne serai plus moi-même, un homme à part entière mais... une terre à moitié occupée. Que Dieu me préserve de l’esclavage matrimonial!

    Après Joslyn, passons à la suivante. Qui ça? Kenzie, Leeloo ou Ella?

    Ces temps-ci, je fantasme sur les rousses.

    - Mais elles sont toutes rouquines tes femelles de prédilection! s’exclamerait Madame Carla Amélia de Carvalho, l’oeil de Moscou du quartier et la lorgnette de l’immeuble pour ceux qui ignorent tout de notre relation... Serais-tu en train de devenir amnésique, mon coquelet sauvage?

    Elle aurait raison. Elle a toujours raison, la marginalisée, l’écartée de ma liste. Je commence à perdre la tête.

    Qui sera ma prochaine douce victime?

    Comme c’est le deuxième jour de pleine lune, bien que cet évènement ne dure qu’un bref instant, j’opte pour Leeloo.

    - Leeloo... L... Lune, je murmure pour me rassurer de ma décision paranormale.

    Coup de fil ou visite surprise? Non. J’ai une meilleure idée, une excellente idée, à l’opposé du plus sublime des textos que n’importe quel abruti surexcité peut composer et envoyer de nos jours, en tremblant comme une feuille: la missive amoureuse. Les fillettes ne rêvent que de ça. Les mots priment sur les actes. Et dans chaque femme, bien ou mal dans ses baskets, propres ou sales, il y a une petite fille qui sommeille.

    Alors, alors, alors...

    Ni une, ni deux, pressé comme un lavement, je m’installe confortablement à mon bureau en me dandinant comme un babouin sur la chaise, j’ouvre le tiroir à fournitures, j’arrache mon stylo préféré, un Montblanc acheté à un drogué pour trois fois rien, de son long isolement non mérité à cause mon prétentieux ordinateur, je le décalotte, je pointe son bec sur une feuille de papier vierge qui se trouve là par hasard, miraculeusement, et je crache le morceau:...

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  • El Pirata (22, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Ça vient ou merde?

    Tante Wanda, la sœur cadette de mon paternel, la personne la plus dévergondée de toute la famille, m’a souvent soufflé aux oreilles dans mon adolescence, en me caressant le bas-ventre:

    - Face à une situation diabolique, il n’y que deux possibilités pour t’en sortir, mon chéri. Soit tu fuis, soit tu te comportes divinement en improvisant un plan de bataille.

    Ce conseil répété avec beaucoup de panache et de volupté a finalement marqué d’un fer rouge ma mémoire.

    Alors, en pensant à cette préconiseuse de bon aloi et au plus Grand Incitateur à la formication de tous les temps, celui qui a poussé sans vergogne les enfants du jardin d’Éden à se multiplier à tire larigot, je me déshabille en toute hâte et, une fois totalement nu, sans la moindre hésitation, je saute sur Carla, tel un crapaud qui plonge dans sa mare natale et qui ne songe qu’à faire des brasses.

    Sa robe et sa culotte jaillissent au plafond.

    - Oui, oui! Non, non! Mais si, mais si! gémit la belle Portugaise, les jambes en l’air et les bras au ciel... Ne t’inquiète pas, El, je déteste les longs préliminaires et les interminables discours. Tu as fait le bon choix... Brûle-moi de tes ailes ardentes, fils du démon! Dévore-moi!... J’adore les pirates, les motards, les tatoués, les voyous, ceux qui ne... ceux qui ne...

    - Ceux qui n’ont rien dans le crâne mais tout dans le sexe, je poursuis à sa place en nasillant, mon visage enfoui entre ses seins.

    - Dieu que c’est bon! Continue ton manège, amant d’une nuit de pleine lune. Que c’est merveilleux! La bouffe c’est du pipi de chameau à côté de ça...

    Tout-à-coup, au bout d’une demi-heure d’ébats amoureux et de débats tous azimuts, ma concierge si dévouée me repousse violemment, se met debout et me demande:

    - Tu n’as pas faim, toi?...

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  • El Pirata (21, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgElle balance ses jambes. Ses pieds sont nus. Une incontrôlable excitation me monte au ciboulot. J’ai une forte attirance pour ces parties du corps, que voulez-vous. Elle remarque cela. Sans doute à cause de mes yeux qui semblent pisser du sang.

    - Ils sont sales, n’est-ce pas? me demande-t-elle, un peu embarrassée... Eh bien sachez... non sache... ton comportement pervers me déstabilise. Cesse de zieuter mes panards! Ils sont moches...
    - C’est tout le contraire, je lui réponds en relevant la tête. Ils sont propres et beaux... Eh?

    - Et quoi?

    - Non, eh bien sachez ou sache... quoi?

    - Ça?

    - Oui, ça!

    - J’ai oublié.

    - Vous mentez!

    - D’accord, je mens mais arrête de me vouvoyer.

    - Je t’écoute.

    Et Madame de Carvalho ou Mademoiselle Carla Amélia, ne sachant pas si elle est mariée ou pas, me déclare en toute sérénité:

    - Eh bien sache, mon cher ami, que l’on ne m’achète pas avec deux sourires et trois compliments. Et encore moins avec de l’argent. Je ne suis et ne serais jamais la proie de quelqu’un, aussi sublime soit-il ou aussi divin puisse-t-il devenir. Mais je suis prête à jouer au jeu des extases les plus extrêmes avec le dernier des cons, si l’occasion et l’envie se présentent. Tu me suis?

    - Je te suis.

    Et elle poursuit quasi avec rage:

    - Les concierges portugaises ne sont pas toutes des ramasseuses de merdes et des ôte vite ta gaine que je dégaine. Il y a en beaucoup, comme moi, qui ont fait des études. Mais voilà, pour le connard souillé de préjugés, elles sont toutes sorties du cul de l’enfer...

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  • El Pirata (20, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgNous nous installons au salon. Elle sur son éternel divan, vu l’usure du velours. Moi dans un des deux fauteuils qui se trouvent face à elle.

    Le Japonais moyen ou non fortuné en serait terriblement jaloux. Espace et simplicité. Je me crois presque dans une salle d’attente d’un musée.

    - C’est vraiment très beau chez vous, je lui dis en panotant du regard.

    Pas de tapis. Très peu d’objets, forcément. Deux immenses vases en porcelaine de Satsuma ou de Chine et trois sculptures africaines à hauteur d’un Pygmée, à faire fuir le plus blasé des chats. Et au milieu, au millimètre près, de la parois centrale, posé à l’équerre: le portrait d’un bel homme moustachu, à l’huile certainement, entouré d’une superbe corniche dorée. Ni plus ni moins.

    - C’est vraiment très beau chez vous, je répète.

    - Vous ne trouvez pas que c’est tout de même un peu trop... trop misérable tout ça? réagit-elle, toute irritée.

    - Misérable? je m’étonne. Je ne vous comprends pas.

    Elle se lève et, comme si de rien n’était, me propose:

    - Porto, vodka, russe, finlandaise ou tout simplement un petit verre de schnaps pour ne pas vous différencier de vos amis du coin?

    - Non merci, les alcools forts ce n’est pas dans mes habitudes, je lui réponds en prenant un air dégoûté.

    - Pas nécessaire de faire une tête pareille!

    - Désolé mais c’est plus fort que moi.

    - Tant pis pour toi! Malheureusement, je n’ai que ça. Le coca fait grossir et la bière fait gonfler le ventre.

    Et elle se rassied.

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  • El Pirata (19, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDe fil en aiguille. Ou plutôt: de questions confuses en réponses absurdes. Ou encore: de tentations inquiétantes en désirs brûlants. Que voulez-vous, une situation frisant la folie, déstabilise forcément le sens du raisonnement et les organes les plus performants voire les plus intimes.

    Trois minutes avant l’heure, conformément à ce qui a été dit et promis, je sonne à la porte de Madame ma concierge. Honorabilité oblige!

    Dring pouette! Dring pouette! Dring pouette-pouette!

    En effet, un quatrième coup aurait été de trop, me dis-je en souriant. Humour et modernité, la vieille!

    La porte s’ouvre sur-le-champ.

    - Bonsoir Madame Cavallo, je gémis presque.

    - Carvalho, corrige-t-elle. Carla Amélia de Carvalho pour ne rien te cacher... Tu refuses mon invitation?

    - Non, au contraire!

    - Chez moi bonsoir c’est au revoir.

    - Non, je voulais juste vous...

    - Entre alors!...

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  • El Pirata (18, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgL’affaire est close. Pour lui. Pour moi: peut-être. Tout déprendra de celle qui voudra obstinément vivre avec moi. Juive, chrétienne, musulmane ou de n’importe quelle autre confession, aussi sophistiquée!

    Il ne se prend pas pour la queue d’une poire, le tartuffe, ajouterait ma concierge portugaise, en pensant à moi forcément.

    Bref!

    Nous nous apprêtons à passer à mon avenir...

    Micmac aurait-il une nièce à placer, lui le marié tardif sans progéniture? je m’interroge.

    Ma parole, c’est une obsession chez ce Mec-là! s’énerverait intérieurement la pauvre rescapée du Mozambique.

    Il faut donc que je vous parle d’elle. C’est plus fort que moi, elle est entrée dans mes pensées par la porte du sexe.

    Je m’explique, je me justifie, je m’expose...

    - Dites la vérité, toute la vérité, rien que la vérité!

    - Oui, Madame la Juge. Mais une fois à poil, vous aurez sûrement envie de coucher avec moi.

    - El, El! L’équilibre de votre prénom ne vaut pas celui d’une paire d’ailes. Vous vous envolez facilement pour trois fois rien en risquant ainsi de vous disperser et de vous perdre dans les sphères du temps. Revenez su terre! Soyez terre-à-terre! Presque à terre comme un cabot. Et personne n’osera vous arracher le moindre poil.

    - C’est encore à voir! Mais pour vous satisfaire intellectuellement, je vous obéis à la lettre.

    Donc:

    Comme mon passé visite constamment mon présent, chatouillé régulièrement par mon futur, l’actualité mérite la primauté.

    Re donc:

    Un après-midi d’automne, la Libérienne, fort libertine aux heures creuses, en train de laver à quatre pattes les escaliers du quatrième étage, se redresse brusquement et me balance à la figure:

    - Sale obsédé du troisième! Tu as fini de mater mes fesses ou tu préfères que je te fasse sentir la vraie chaleur de l’été indien?

    - Je... je... j’admirais... votre labeur, je bafouille.

    - Labeur, labeur! On ne me tartine pas avec du beurre, moi! Si ton machin n’a aucune difficulté à se mettre au garde à vous, alors tu n’as qu’à te pointer chez moi ce soir, vers neuf heures. Trois coups de sonnette, ni plus ni moins. Compris?

    - Con... compris!...

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  • El Pirata (17, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Cessez de ramer, El! m’ordonne gaiement Monsieur Mickael Macdonald... Même les galériens méritent de temps à autre une petite pause.

    Depuis que j’ai arrêté mes études d’architecture, je travaille occasionnellement comme aide-chimiste dans un laboratoire de produits cosmétiques dont le patron est un Juif écossais ou un Écossais juif. Tout dépend de la dernière histoire que l’on vient d’entendre.

    On dit que les Écossais sont près de leurs sous et les Juifs avares. Ou l’inverse. Ou pire. Alors vous vous imaginez dans quelle galère je me trouve? Et pour quel monstre je transpire?

    Eh bien, non! Car tous les après-midi, vers quatre heures, mon boss, que j’ai surnommé Micmac, m’offre une brioche et m’invite à prendre le thé avec lui.

    Nos conversations sont brèves mais enrichissantes, passionnantes ou troublantes, jamais sans lendemain. Pour moi en tout cas. D’ailleurs un jour, il m’a dit:

    - Tout est option et rien n’est sans conséquence. Qu’on le veuille ou non...

    Mais revenons dans le présent.

    Après avoir rempli ma tasse en porcelaine fine de Limoges de son breuvage préféré, l’alchimiste de ces dames, autre pseudonyme, me demande chaleureusement:

    - Avez-vous mal dormi cette nuit, cher collaborateur?... Quelque chose ne va pas?

    - Rien ne va plus, les jeux sont faits! j’ironise.

    - Alors ce n’est pas si grave.

    - Non, en effet. On se prend parfois la tête pour des clopinettes.

    - Petit problème d’argent?

    - Non, de femme.

    - Une de perdue dix de retrouvées!

    - C’est ce qu’on raconte.

    - Même votre... la bible en fait mention.

    - Je l’ignorais. Je ne suis pas un fan de récits religieux.

    - Athée?

    - Agnostique.

    - Moi aussi. Mais il m’arrive de lire l’ancien et le nouveau testament. Jésus était juif après tout! Comme vous peut-être.

    - Comment ça? Ma mère est catholique et mon père libre-penseur...

    - Je pensais que vous étiez juif.

    - C’est à cause de mon nez légèrement courbé?

    - Et les Peaux-Rouges alors? Ce critère est raciste et provocateur, il a été inventé au Moyen-Âge. Non, c’est une intuition. Ou plutôt, c’était vu votre réaction. Mais à votre place, je ferais tout de même des recherches...

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  • El Pirata (16, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgSubitement, Joslyn me foudroie du regard. A-t-elle l’intention de me gifler? Comme lors de notre tout premier rendez-vous. Aussitôt, mon cœur se met à battre la chamade.

    Instinctivement, je pose ma main sur ma poitrine en murmurant:

    - Miseria negra.

    Curieuse de nature ou terrifiée de voir la mort agir devant elle, sans vergogne ni tact, la belle rousse se penche vers moi et me supplie presque, en caressant mon bras droit:

    - Pas maintenant El, pas maintenant, s’il te plaît! Tu ne mérites pas ça maintenant... Tu jures aussi en espagnol maintenant?

    - Tu n’en as pas marre de ton instant présent? je lui reproche en la repoussant gentiment. On dirait que tu as la trouille du lendemain.

    - Je ne saisis pas mais cela n’a aucune importance. Réponds-moi honnêtement, franchement, sans détour...

    - Vas-y, vas-y!

    - Tu as deux passeport, n’est-ce pas?

    - Bientôt trois.

    - Laissons tomber ton troisième! Ton père était espagnole avant de devenir suisse ou le contraire?

    - Le contraire... Cela te dérange?

    - Pas du tout... mais je trouve cela inhabituel.

    - Pour le moment... Tout change dans la vie. Les riches deviennent pauvres et les pauvres riches...

    - Ou les riches encore plus riches et les pauvres plus misérables.

    - Jusqu’au jour où ça pète! Pouet pouet!

    Les mots imbéciles aident parfois les constipés à se soulager.

    - Alors Joslyn? C’est oui ou merde?

    - Tout dépendra de ma petite enquête. Parabellum ou pas parabellum?

    - Je vois.

    En réalité, je ne vois rien, je ne la comprends pas. Je ne reconnaît plus en elle la fille que j’ai connue. Un peu frêle mais terriblement spontanée. Prête à tout et à n’importe quoi. Au nom du risque et de l’aventure. Hélas! La tendresse, la souplesse de certaines personnes se transforme rapidement en dureté, en inflexibilité. Telles les tiges d’un arbre. Pour résister aux tempêtes du temps. Désormais, sa vie de femme déprendra, probablement, d’une affirmation, d’une assurance, d’une constatation, d’une preuve, d’un témoignage... vrai ou faux...

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