• El Pirata (15, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Alors accouche finalement ce qui bouillonne dans ton ventre.

    Sans la moindre hésitation, je lui demande prestement:

    - Veux-tu m’épouser?

    Joslyn me regarde fixement, étrangement, un sacré bout de temps, dans l’espoir que je change d’avis peut-être ou que je reformule la question autrement. Mais comment? Puis elle me déclare ironiquement:

    - C’est certainement la meilleure plaisanterie que j’ai entendue ces deux dernières années... voire trois, voire quatre, voire cinq... Monsieur me baise à fond, me viole presque, à l’aube de mes seize ans, me laisse tomber comme une vieille, sale et puante chaussette... Pas un coup de fil! Pas une lettre! Pas une carte postale! Ni le moindre signe de la part de son meilleur ami! Rien! Strictement rien. Tout le monde avait disparu. Et voilà qu’il se pointe au crépuscule de mes espérances matrimoniales, la queue entre les jambes, et me propose le summum des arrangements... Les souvenirs et toi, vous ne devez pas être très copains, hein? Tu te souviens au moins de l’endroit où tu m’as dépucelée quasi de force? Non, bien sûr!...

    - Si, je conteste. C’était dans la chambre de tes vieux. Dans la grosse armoire où tu te cachais souvent quand tu était toute gamine... Et puis c’est faux, tu fabules, Joslyn, je ne t’ai pas défloré brutalement mais, au contraire, avec beaucoup de douceur et de précaution. Quant au reste... si tu n’as plus eu de mes nouvelles, ce n’est pas de ma faute mais de celle de ton cher père.

    - Qu’est-ce mon père vient faire dans notre histoire? Tu ne l’as rencontré qu’une seule fois.

    - Deux fois. La deuxième: j’étais seul avec lui. Il m’a menacé. Avec un pistolet.

    - Quel pistolet? C’est impossible.

    - C’était pourtant un parabellum.

    - Je te répète: c’est impossible! Mon père déteste les armes à feu...

    - Sauf le parabellum de ton grand-père... Je te répète à mon tour: ton père m’a menacé avec un pistolet...

    - J’ai de la peine à te croire.

    - Alors fouille dans son bureau. A fond. Avec un peu de chance, tu finiras bien par trouver la pièce à conviction.

    - On se croirait dans un film policier.

    - Si au moins!

    - Que veux-tu insinuer?

    - Tout est plus concluant au cinéma.

    - Tu as raison... archi raison...

    Subitement, Joslyn me foudroie du regard. A-t-elle l’intention de me gifler? Comme lors de notre tout premier rendez-vous. Aussitôt, mon cœur se met à battre la chamade.

    Instinctivement, je pose ma main sur ma poitrine en murmurant:...

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  • El Pirata (14, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Tiens! C’est gentil de me rendre visite, après si longtemps et à l’improviste, me lance-elle froidement. Tu as certainement quelque chose à me quémander, non?

    - Pire, je lui réponds avec un sourire au bout des lèvres.

    - C’est quoi pour une drôle de grimace? A quoi tu joues, El Pirata?

    - Au bourge pour une fois.

    - Au bourge, toi?

    - Tu n’as pas peur de mourir vierge? Moi, si.

    - Aurais-tu oublié tout ce que tu m’as fait subir ou es-tu devenu aussi carré que mon prof de philo? Le pauvre bougre n’a jamais accepté mes insinuations concernant la climatologie. Sans doute un peu exagérées ou surréalistes mais propices à la réflexion. Pour lui, tout doit être explicite dès le départ... L’enseignement des mathématiques lui conviendrait mieux.

    - A quoi veux-tu en venir?

    - A rien. C’était... un flash, juste un flash... Tu m’as bêtement fait penser à lui.

    - Je suis désolé!

    - Ça m’étonne.

    - Il me ressemble un peu?

    - Qui ça?

    - Ton oiseau de malheur.

    - De plus en plus avec les années, comme tous les autres d’ailleurs.

    - Donc, rien n’arrive bêtement.

    - En effet.

    - Tu l’as revu récemment?

    - Il y a quelques mois.

    - Tu as... tu as...

    - Non, je n’ai pas couché avec lui! Mais j’ai failli... failli...

    - Et?

    - C’est quoi pour un interrogatoire? Tu travailles à la police maintenant?

    - Je t’en prie, pour l'amour du ciel n’évoque jamais le diable en vain!

    - Alors accouche finalement ce qui bouillonne dans ton ventre...

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  • El Pirata (13, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgJoslyn, Kenzie, Leeloo ou Elle? Elle ou Ella? Laquelle choisir pour enfin me décider à fonder une famille traditionnelle? Bien que je n’aime pas ça. L’adjectif pour commencer. Il m’irrite. Il me donne de l’urticaire au cerveau, me semble-t-il.

    Mais voilà! Si tu veux entrer dans la cour des grands, où le traditionalisme règne en maître absolu, il faut que tu fermes les yeux sur tes propres idéaux et faire preuve de réelle et profonde soumission, me répète souvent ma chère maman. Juste pour entrer, bien entendu! Après, après... tu remontes sur ton cheval d’assaut et... et non pas d’arçons comme le cheval des accros aux muscles raides.

    Mais un Pirata reste un Pirata jusqu’à son dernier soupir, nom d’une pipe!

    J’hésite souvent beaucoup sur tout et sur rien. Mais jamais de ma vie, je ne suivrai les conseils de ma mère, qui n’est autre que l’une des quatre bâtardes d’un jésuite dont ma mémoire a carrément refusé de retenir son nom. Le jour où on me l’a présenté pour la première fois, à l’anniversaire de mes onze ans.

    Du côté de ma génitrice, tout est caché, bien caché, secret voire mystérieux.

    Du côté de mon géniteur, mon vieux adoré ou Mon Vieux tout court, tout est transparent, clair et net. On prend les choses comme elles viennent.

    Par quel vent dois-je donc me laisser emporter pour choisir?

    Qui, qui, qui bon sang?

    Allons-y pour la première qui n’est venue à l’esprit!

    Joslyn est belle, grande et très intelligente. C’est une rousse sans complexe apparent qui a osé dire à son professeur de philosophie:

    - Actuellement, la climatologie c’est la dernière religion à la mode. Beaucoup de mensonges et peu de vérités. Comme pour n’importe quel dogme, on tombe dans le panneau ou pas...

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  • El Pirata (12, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgAdolf Hiller se lève d’un bond, gesticule dans tous les sens, muettement, tel un robot en folie, et disparaît de ma vue. De ma vie, ce serait vraiment absurde!

    Je tombe des nues.

    Tant pis pour lui, tant mieux pour moi ou inversement! me dis-je. Qui sait! Le destin utilise parfois des ruses que le malin ignore.

    Dommage! Je me console en pensant:

    Un flic ne pardonne jamais, il obéit toujours aux ordres. C’est ce qui fait de lui un parfait serviteur du régime en place, quel qu’il soit. Pareil au prêtre de haut rang... Le jour où ce type d’individu soumis aux croyances établies se libérera du poids de sa lourde éducation, les barrières et les pancartes tomberont d’elles-mêmes. Ce jour-là aussi, le fils de Dieu pourra revenir sur terre et prêcher la vraie sainte parole en toute quiétude.

    Miracle! Que m’arrive-t-il?...

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  • El Pirata (11, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Belle mais triste jeunesse?

    Je m’explique:

    - Belle comme un jardin au milieu du printemps et triste comme une cellule de prison en plein hiver... J’étais... non, mes copains aussi. Nous étions en quelque sorte à cheval entre deux saisons éloignées. La plus formidable nous passait systématiquement sous le nez. Nous rêvions beaucoup à cette époque. Mais on nous empêchait d’accomplir le moindre rêve personnel. Arbeiten, arbeiten! nous criaient aux oreilles nos chers protecteurs. Les instituteurs la journée et nos géniteurs le soir. Le plaisir, c’est pour demain, martelaient-ils. Soi-disant pour notre santé morale et physique, notre avenir...

    - Moi aussi, j’ai passé par là, glisse-t-il timidement.

    - Cela ne m’étonne pas de toi. C’est ton style dans tous les domaines... Le résultat n’est guère flatteur.

    - Concernant qui?

    - Toi évidemment!

    Adolf me fixe des yeux. Il semble m’en vouloir à mort. Ou presque.

    Je lui souris alors, d’un sourire crispé forcément, et lui propose:

    - Changeons de disque, veux-tu? Et cessons de nous lamentons comme deux retraités abusés par leurs anciens patrons et cocus par-dessus le marché. Nous sommes encore jeunes après tout...

    - Toi pas moi, conteste-il.

    - Comment ça?

    - Je suis flic, fils d’un flic et d’une fliquette. Et mon grand-père l’était aussi.

    Une fraction de seconde de silence, très intense, à la limite de devenir totalement sourd. Et j’éclate de rire...

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  • A vous de voir!

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    Ma caméra, ou mon deuxième stylo, a parfois tendance à capter des instants ou des moments un peu inattendus. Mais c'est à vous de voir...

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  • El Pirata (10, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgIl m’énerve, j’explose:

    - Pour l’amour de l’humanité, cesse de raisonner comme un flic à la con!

    Calmement, dignement, il cherche à me rassurer:

    - Tu t’égares, enfant des mers agitées, tu t’égares dans les profondeurs obscures de ton âme. Contrairement à ce que tu penses, je n’agis pas du tout comme la plupart de mes collègues de travail. Je suis plus proche de l’agneau que du loup. Les méthodes d’investigation que j’utilise demandent beaucoup de concentration, d’attention, de pure analyse... sans la moindre trace d’un quelconque préjugé...

    J’intervins aussitôt:

    - Mon œil, camarade! Nul être n’est dépourvu de préjugés. L’individu transparent comme l’air et largement ouvert à tout ça n’existe que dans les manuels de propagande, religieux et politiques... Nous sommes tous bourrés, gavés comme des oies, de ces panneaux d’interdiction, pour les autres bien entendu, que nous avons avalés malgré nous durant notre sublime enfance et notre belle mais triste jeunesse.

    Il s’étonne:

    - Belle mais triste jeunesse?

    Je m’explique:...

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  • El Pirata (9, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Baba au rhum avec ou sans crème? Ainsi font, font, font, les petites marionnettes, je chante.

    - Mais c’est grave! explose-t-il. On ne fait pas ça dans un pays démocratique. Dans quelle caverne sommes-nous tombés?

    - Je suis peut-être un espion, malgré moi. Un terroriste à l’état latent. Ceux qui nous jugent sont probablement doté d’un sixième sens.

    - Tu es sérieux?

    - Bien sûr que non... je plaisante, camarade Adolf!

    - Conseil de professionnel: protège ton ordinateur d’un VPN.

    - De quoi?

    - D’un VPN, d’un réseau privé virtuel... contre...

    - L’espionnage, la censure et tous les trouble-fêtes qui polluent l’internet, je suis au courant, merci!

    - Alors pourquoi...

    - Désolé de te couper la parole! Sache que mon nom a eu et a une forte influence sur ma façon de penser et d’agir. Plus informé et plus rusé que moi, tu meurs, dirait ma nourrisse, à qui j’ai failli sucer même tout son sang. Nous sommes tous le fruit des étiquettes que l’on nous a collées sur le dos.

    Adolf se gratte la tête puis marmonne en contemplant le plafond:

    - Étiquettes?... Dos?... Collées?... Qui et comment?

    Il m’énerve, j’explose:

    - Pour l’amour de l’humanité, cesse de raisonner comme un flic à la con!..

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