• El Pirata (8, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpg- Explicite, explicite! On dirait que ce mot t’excite! L’aurais-tu appris par hasard lors d’une arrestation à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation ou à la clinique de psychiatrie?...

    - Mais...

    - Non, pas une syllabe de plus! Je m’approche du sujet.

    - Quel sujet?

    - Je suis au courant que son service m’espionne, mon cher ami. Merci tout de même pour ta bonne intention, ratée en quelque sorte.

    Il reste bouche bée.

    - Baba au rhum avec ou sans crème? Ainsi font, font, font, les petites marionnettes, je chante.

    - Mais c’est grave! explose-t-il. On ne fait pas ça dans un pays démocratique. Dans quelle caverne sommes-nous tombés?

    - Je suis peut-être un espion, malgré moi...

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  • El Pirata (7, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgAprès voir avalé, chacun, un kiwi, deux œufs au plat, trois biscottes et un café au lait, Adolf me dit, en me regardant très attentivement:

    - Tu es un drôle d’oiseau, tu sais? Vraiment, tu n’est pas pressé de savoir ce que j’ai à te dévoiler?

    - Toute étiquette sur un flacon signale ce qu’il y a à l’intérieur de ce foutu flacon, en principe, je lui explique. Mais toi, comme de nombreuses personnes, tu me fais plutôt penser à un livre ouvre écrit dans plusieurs langues.

    - Sois plus explicite!

    - Explicite, explicite! On dirait que ce mot t’excite! L’aurais-tu appris par hasard lors d’une arrestation à la faculté de psychologie et des sciences de l'éducation ou à la clinique de psychiatrie?...

    - Mais...

    - Non, pas une syllabe de plus! Je m’approche du sujet.

    - Quel sujet?

    - Je suis au courant que son service m’espionne, mon cher ami. Merci tout de même pour ta bonne intention, ratée en quelque sorte.

    Il reste bouche bée.

    - Baba au rhum avec ou sans crème? Ainsi font, font, font, les petites marionnettes, je chante.

    - Mais c’est grave! explose-t-il. On ne fait pas ça dans un pays démocratique. Dans quelle caverne sommes-nous tombés?

    - Je suis peut-être un espion, malgré moi...

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  • El Pirata (6, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgLe lendemain. Ou trois jours, quatre mois ou cinq ans plus tard. Une histoire émouvante ne vieillit jamais plus de quelques heures dans la cervelle d’un poète ébranlé. A six heures du matin.

    Dring! On sonne à ma porte. Timidement.

    Sur la pointe des pieds, je m’approche de l’entrée et je guigne par le judas.

    Et que vois-je à ma plus grande stupéfaction? Un bonhomme déguisé en pirate branlant un pistolet de flibustier.

    C’est quoi pour un poisson d’avril, surtout qu’on est en juillet? je me demande, les oreilles plus larges que les épaules.

    Deuxième coup de sonnette. Insistant celui-ci.

    - C’est qui? je crie, les mains tremblantes.

    - C’est moi? me répond l’individu d’une voix fluette.

    - Moi qui?

    - Moi... Adolf Hiller, votre ami.

    Furax, j’ouvre brusquement la porte, force ce farceur de mauvais goût d’en franchir le seuil en le tirant par le bras, et la referme aussitôt en la claquant.

    - Eh du calme fiston! s’exclame-t-il. Nous avons tout notre temps.

    - Quel temps, celui de bouffer des cerises par la queue? je lui demande près à lui foutre mon poing sur la gueule.

    - Les cerises par la queue? Ça veut dire quoi?

    - Je n’en sais rien, j’ai dû mal retenir une expression, bref. Qu’est-ce qui vous amène de si bonne heure... et dans un tel accoutrement?

    - Et vous alors?

    - Moi, je suis chez moi et je ne suis pas déguisé. A moi que...

    - En effet, pendant une fraction de seconde, je vous ai pris pour un voleur.

    - A moitié à poil?

    - Pour le cambrioleur expérimenté, la moins soignée des ruses est parfois le meilleur moyen pour tromper le brave peuple.

    - Moi, je remplacerais ruses par uniforme et la moins soignée par le plus soigné.

    Adolf Hiller se gratte la tête, réfléchis un instant puis me supplie presque:

    - Pour l’amour du Ciel, tutoyons-nous! J’ai quelque chose de très fraternel à vous... à te dévoiler dans ton intérêt. Nous pouvons nous asseoir quelque part?

    - Au salon pour boire un verre également ou à la cuisine pour manger un morceau? je lui propose.

    L’amitié est une équation impossible à résoudre, pleurnichait souvent ma concierge, en caressant la célèbre photo d’Albert Einstein tirant la langue, une reproduction bien entendu.

    Je précise que la tristounette confondait mathématiques et physique. Et ignorait totalement que le Grand Adalbert était moins doué en calcul que sa première épouse Mileva...

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  • El Pirata (5, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgToute rencontre est le fruit d’une décision. Même si on est resté là à se demander: j’y vais ou je n’y vais pas?

    Je suis content d’avoir fait la connaissance d’Adolf Hiller.

    C’est de l’eau sainte tombée du ciel! Pétillante pour mon estomac délicat. Légèrement grasse pour mon moulin à prière qui a tendance à grincer.

    Rien à voir avec cette eau bénite qui stagne dans les bénitiers. Trop souvent polluée par des doigts sales et obscènes.

    Le hasard, qui n’en est jamais un, fait bien les choses. Du jour au lendemain, on peut devenir meilleur ou pire. Ouvert au monde ou fermé à lui comme les persiennes d’une maison close, attirant ainsi voyeurs et obsédés.

    Épris de nudité, spirituelle cela va de soi, j’opte pour les petits sentiers qui mènent à la lumière. A l’abri des foules envoûtées et de leurs applaudissements insensés.

    Grâce à Adolf, le caporal sans moustache, je sens que mon jugement à l’égard des flics est en train de changer.

    - Finalement, ils ne sont pas tous con... formistes et factices, je murmure.

    Sa voix bouillonne encore dans cafetière et j’entends régulièrement:

    - Auriez... avez-vous une sœur jumelle? Ou une cousine de votre âge qui vous ressemble beaucoup?

    C’est louche tout de même!

    Drôle d’oiseau pour un chasseur de corbeaux, entre autres.

    J’espère! Je suppose!

    Il m’inquiète le jeune homme.

    Ce poulet chargé de l’informatique de son poste devrait avoir d’autres chats à fouetter que de s’exciter fréquemment devant son ordinateur en regardant des sites pornos.

    Il est certainement obsédé par le cul, le pauvre! C’est l’impression qu’il m’a donnée. Ces yeux étaient rouges et secs. Pleins de crottes. Signe de mouvements oculaires agités.

    Spot! Le sommeil m’ordonne de plonger dans les bras de Morphée...

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  • El Pirata (4, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgDieu sois loué! Encore un pédé camouflé dans un uniforme officiel?

    - S... seriez-vous... de... de la... non rien, je bégaye.

    - Si, si, vous pouvez tout me demander à moi, me dit-il d’un air joyeux et rassurant... Ma mère m’a enseigné l’art de l’écoute et mon père, souvent absent, trop souvent, celui de la réprimande. Pan pan cucul et l’équilibre est rétabli.

    Merde! C’en est un, c’en est une!

    Il se dévoile, en partie:

    - J’aime l’ordre et la propreté. Un tantinet maniaque, dirait Maman. Mais guère agressif. Jamais! Jamais de ma vie, je n’ai tué une mouche, une souris ou un cafard. D’Afrique, d’Asie ou d’ici. Et je ne porte ni arme ni menottes en dehors du commissariat. L’avez-vous constaté?

    Je le toise, presque. Il s’avance vers moi. Je recule aussitôt d’un pas. Il éclate de rire et se met à gesticuler comme une marionnette.

    Puis dans le calme et la sérénité, il m’avoue et se dévoile entièrement:

    - Je ne suis pas un homo, un pédéraste, une pédale, une tante, une tantouse ou une tapette. Je suis à l’opposé de ces gens-là. Totalement à l’opposé. A des centaines années-lumière... Je m’appelle Adolf Hiller. Caporal de gendarmerie fraîchement gradé, responsable de l’informatique de mon poste. J’ai trente-deux ans. Marié et père de trois enfants. Deux filles avec ma première épouse et un garçon avec ma deuxième. La vie ne nous laisse pas toujours le choix...

    - Deuxième, je répète la tête dans les nuages et rassuré pour ma virginité dans cet univers inconnu à mes sens.

    - Quelque chose vous tracasse?

    - Non, rien. Tracasser n’est pas le terme exact.

    - Alors?

    - Une deuxième laisse forcément le champ libre à une troisième, ne croyez-vous pas?

    - Je ne vous suis pas.

    - En principe, celui qui n’a nullement l’intention de se remarier à nouveau songe à sa seconde, bourgeoise, et non pas à sa deuxième, post-maîtresse. Le français est une langue très capricieuse mais beaucoup plus précise que l’anglais. Un accent mis à la place d’un autre et voilà que l’on passe illico presto de la rivière au bûcher. Ou vice versa.

    - Comme?

    - Pêcher et pécher.

    - Et?

    - Et si on allait boire un verre dans un bistro? Vous n’avez pas mal aux jambes, vous?

    - Si, non, je ne peux pas...

    - Vous n’avez pas soif?

    - Si, terriblement.

    - Alors, allons-y!

    - Impossible! Un gendarme n’est pas autorisé à trinquer avec un civil dans un lieu public. Je risquerais un blâme dur à supporter. D’ailleurs, il faut je vous laisse maintenant, mon chef doit fortement s’inquiéter.

    Et il se met à galoper en zigzaguant, tel un zèbre fuyant un guépard affamé, en direction de l’endroit d’où il s’est pointé...

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  • El Pirata (3, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgUne profonde respiration. Quelques secondes de doute, d’inquiétude, de stress ou de troubles confus. Difficile de se psychanalyser dans certaines circonstances inattendues, même si l’on est un fan de Freud. Les surprises de la vie nous éclatent au visage comme les flashs des photographes. L’aveuglement momentané est assuré. Et:

    - Nous sommes tous des produits de nos éducations et de nos choix, souvent forcés. Condamnés à survivre entre les mailles du filet... Les chemins pour atteindre la liberté sont très longs, terriblement escarpés et bourrés de pièges. Et mortels dans bien des sociétés. Mais heureusement, pour vous comme pour moi, nous vivons dans un pays où la minorité au pouvoir a souvent de la peine à convaincre la majorité. Partir à la guerre la fleur au fusil pour permettre aux dispensés d’engrosser nos greluches, c’est de l’histoire ancienne. J’espère! Car avec les réseaux sociaux tout retour est possible.

    Le policier ôte son chapeau, se gratte la tête puis, un peu embarrassé, il me demande:

    - Auriez... avez-vous une sœur jumelle? Ou une cousine de votre âge qui vous ressemble beaucoup?

    - Pas à ma connaissance, je lui réponds d’un ton désinvolte... Pourquoi?

    - Parce que je vous trouve très sympathique. Ouvert à tout. Sans tabou...

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