• El Pirata (2, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgMais comme les mirages et les miracles ne durent qu’un laps de temps, le flic patenté qui est en lui se réveille et m’ordonne:

    - Permis de conduire, passeport ou carte d’identité!

    - Je ne conduis pas et je n’ai nullement l’intention de traverser la frontière, je lui explique sincèrement. Surtout qu’il est de plus en plus difficile de la distinguer.

    - Alors nom et prénoms... ou l’inverse...

    - El Pirata.

    - Ça, je le sais déjà.

    - Alors pourquoi me forcez-vous à le répéter?

    - Répéter quoi?

    - Mon nom et mon prénom ou, si vous préférez, mon prénom et mon nom de famille.

    - Soyez précis dans vos allégations!

    - Allégations?

    - Affirmations, confessions, déclarations, preuves, alibis...

    - Vous me soupçonnez déjà?

    - De quoi?

    - D’avoir braqué mon propre héritage.

    - Je ne comprends rien à vos salades.

    - Moi non plus aux vôtres.

    - Sur ces entrefaites, commençons par le commencement. Nom?

    - Pirata.

    - Prénoms?

    - Un seul... El.

    - Avec un seul L aussi? Je suppose.

    - Forcément. Si j’étais né fille, mes parents m’aurait sûrement baptisé Elle, Elléa, Ellen, Ellia, Ela, Else, Ely, Eole, Erelle, Evaëlle ou...

    - Vous êtes espagnol?

    - Qu’est-ce qui vous pousse à penser ça?

    - El pirata veut bien dire le pirate en espagnol, non?

    - Tout à fait!

    - Donc?

    - Le coup de mon père fonctionne toujours.

    - Soyez plus explicite! Je ne suis pas un intello, moi!

    - Pourtant, votre langage semble vous trahir parfois.

    - Comme le rouge à lèvres sur les lèvres d’une donzelle.

    - Vous voyez? Notre éducation est un gros boulet que l’on tire derrière soi toute sa vie. Et nos apparences le fruit de nos arrangements.

    - Seriez-vous philosophe?

    - Nous le sommes tous aux heures creuses de notre existence ou quand nos petits colonels jouent aux paresseux.

    - Les petits colonels? Quels colonels?

    - Le côlon et le rectum.

    Le brigadier ou le sous-brigadier sourit. Puis il grimace tel un gamin curieux de connaître la suite.

    Petite marche arrière, au sens figuré. Je reviens à mon paternel:

    - Le Vieux a toujours été un original. Tantôt communiste, tantôt anarchiste. On dirait que le Bon Dieu l’a fait venir sur terre pour emmerder son prochain. Bien que d’une générosité et d’un courage hors-norme. Envers les souffrants et les démunis. Contrairement à la plupart des hommes politiques et de mes concitoyens, c’est quelqu’un qui ne supporte ni l’injustice ni hypocrisie. Dans sa jeunesse, à deux ou à trois reprises, il a changé de nationalité et transformé son patronyme, camouflant ainsi les traces de ses véritables origines ancestrales. Par déception ou par peur? Mystère! Fuyait-il la brigade des stupéfiants ou celle des mœurs? Je ne crois. Ma seule drogue et mon seul défaut sexuel, si l’on peut appeler ça un défaut, c’est la masturbation à outrance depuis que tu as trébuché chez ton curé! criait-il souvent à ma mère lorsqu’il vivait encore avec elle. Quant à ma chère maman, elle est à l’opposé de son mari. La pauvre, elle n’a pas eu la chance de parfaire ses études faute de moyens financiers et de volonté, peut-être. Mes grand-parents maternels étaient des gens fauchés, terriblement fauchés, et entièrement soumis aux règles fascistes de leurs patrons.

    - Ce ne serait plus possible de nos jours, glisse le policier, sûr de lui.

    - Miroir aux alouettes, je poursuis pour le contrarier. Si tu est intelligent, téméraire et habité par la vérité, n’hésite pas à défoncer la porte blindée de tous les tribunaux. Par contre, si tu es très instruit mais peu vaillant, continue de mener ta vie tranquille de fossoyeur de drapeaux et de pancartes décapités. Pendant que tes frères et sœurs luttent pour la bonne cause. Tu as deux voies devant toi, choisis celle qu’il te semble la meilleure pour tes convictions. Ainsi me parla mon énigmatique procréateur, le fameux matin avant sa disparition... Il a eu l’audace de me prénommer El, uniquement pour embêter sa belle-mère qui détestait les Espagnols. Il faut avoir une sacré dose de je ne sais quoi pour agir de la sorte...

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  • El Pirata (1, à suivre)

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    El Pirata, Hank Vogel.jpgNi mer, ni océan! Ni désert, ni continent! Rien, strictement rien, n’est trop vaste à mes yeux. Car j’ai le goût du voyage et de l’aventure.

    On m’a fabriqué ainsi, malgré moi. Sans me demander le moindre avis.

    - Voici ton acide désoxyribonucléique, à toi de faire le reste si tu peux! a murmuré mon Père Céleste lors de ma création. C’est-à-dire: dès que le plus engagé des ovules de ma mère a osé embrasser le plus téméraire des spermatozoïdes de mon père.

    Il devait faire très chaud à cet instant. Trop chaud peut-être. Ça devait être au mois de juin... Certainement, après quelques boissons rafraîchissantes ou un bon coup de ventilateur dans les fesses. A cette époque, on ne connaissait pas encore les climatiseurs. En tout cas, chez nous, pauvres colons sans colonie!

    Aujourd’hui, on préfère attraper une bonne crève au lieu de s’essuyer régulièrement le front permettant ainsi au corps de mieux respirer.

    Que chacun choisisse ce que bon lui semble! On m’a parachuté ici-bas, non pas pour donner des conseils d’hygiène tous azimuts ou pour me préoccuper faussement de la santé des autres mais pour aller de l’avant tout en regardant derrière moi occasionnellement.

    Donc, égoïstement parlant, je suis un marcheur à part entière qui ne recule devant rien. En d’autres termes: un explorateur du temps libre qui n’a peur de rien.

    Pardon! Un policier m’accoste et me demande poliment et gentiment, c’est si rare:

    - Où allez-vous, beau jeune homme, avec ce déguisement de pirate? Ce n’est pas carnaval, que je sache!

    - Non? C’est vraiment dommage, je lui réponds en prenant un air de chien battu.

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  • La Nubienne (24, fin)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgNéfertiti serait parfaite dans le rôle de monarque. D’une Candace, nouvelle version!

    Chut! Elle s’approche de moi. Elle a sûrement l’intention de me révéler ou de me soumettre quelque chose.

    Elle ouvre son clapet de conférencière:

    - Mon très cher Ramsès, sans la moindre hésitation ni la moindre vergogne, je peux t’avouer ainsi qu’à tous mes amis et ennemis que je suis fier de toi. Pour plusieurs raisons. La première raison, c’est pour avoir réussi l’examen d’entrée à l’université malgré nos interminables nuits d’amour, très agitées. Ce qui me pousse à affirmer que notre trio marche à merveille. Pour preuve en plus: personne d’entre nous n’a revendiqué quoi que ce soit. Ni à l’intérieur, ni à l’extérieur du cercle de nos intimités. Au plan écologique, ce système de relations triangulaires à parts entières, à ne pas fondre avec la relation triangulaire ou le triangle relationnel, est un atout majeur. Une seule couverture, un seul drap et une seule brosse à dents pour ma soeur, toi et moi. Ainsi moins de lessives, moins de consommation d’eau, moins d’objets en plastique à balancer par les fenêtres... La deuxième raison, c’est pour avoir choisi la voie des lettres. Par conséquent, le passé, le présent et le futur ne feront plus qu’un. Symboliquement et pratiquement. Je m’explique!... Toi: le journaliste ou l’édition pour informer et combattre la désinformation. Harriet: la sociologie pour comparer les sociétés et proposer au public le top du top de chacune d’elles. Moi: l’archéologie pour extraire du sol les connaissances ensevelies et les mettre à jour pour le bien de tous. Ainsi, à nous trois, nous allons pouvoir établir les vraies lois et règlements à suivre pour un état exemplaire et digne. La troisième raison: c’est de t’être soumis, consciemment ou inconsciemment, au système matriarcal en acceptant de faire la vaisselle tous les soirs et de passer l’aspirateur tous les matins. En Nubie... Au fait, il y a encore un peu de poussière sous mon lit. Bref, revenons à nos moutons!... Je disais quoi? Ah oui! En Nubie, à l’époque du règne des Reines, c’était la femme qui choisissait son mari. Donc, si tu n’as rien contre, vu que nous sommes encore en démocratie, je te choisis pour époux. Bon, affaire conclue! Officieusement pour le moment, bien entendu.

    - Mais... mais... mais...

    - Cesse de bêler, Rami! Tu songes à Harriet? Pas de problème! Tu pourras continuer de coucher avec elle tout autant. Et avec ma bénédiction! Excluant ainsi de notre vocabulaire le terme ingrat d’adultère, dur à digérer.

    Elle sourit puis elle poursuit:

    - Désolé de t’avoir dit un jour que les zèbres et le gazelles ne baisent jamais ensemble. A vrai dire, je n’en sais rien s’ils baisent ou pas ensemble et je m’en fous éperdument. C’était une erreur de ma part. Due à une pensée raciste passagère. Comme chez n’importe qui... Qu’importe si notre enfant naisse noir, blanc ou chocolat. L’essentiel, c’est qu’il soit le fruit de notre amour. Un fruit bien désiré... Ne t’inquiète pas! Je ne suis pas enceinte. Après nos études peut-être. Si Aphrodite aura encore la force de nous supporter.

    ***

    Trois jours plus tard, après une partie de jambes en l’air avec Harriet, la belle Scandinave me dit:

    - J’aime beaucoup ma sœur, peut-être trop, mais c’est toi j’aime vraiment. Veux-tu m’épouser?

    - Mais... mais... mais...

    - Cesse de bêler, Rami! Tu songes à Néfer? Pas de problème! Tu pourras continuer de coucher avec elle tout autant. Et avec ma bénédiction! Excluant ainsi de notre vocabulaire le terme ingrat d’adultère, dur à digérer.

    Ma parole, c’est un coup monté! me dis-je. Quelle complicité! Quelle subtilité féminine! Que veulent-elles savoir? Que cherchent-elles à découvrir? La nudité de mon âme?

    Tans pis! Je me lance, la tête froide et les yeux grand ouverts:

    - Compte tenu du fait que le mariage mixte par n’a pas encore été bien mixé, je suis prêt à signaler à qui veut l’entendre que j’ai deux épouses tout bon chrétien que je suis. Non reconnues par les autorités civile et religieuse, pour l’instant... Un homme et deux femmes, une femme et deux hommes, trois hommes ou trois femmes pour le pire et pour le meilleur, tout est bon pour la libido. Pourvu que ça dure! Mais...

    - Mais?

    - Il y a aussi du bon dans le célibat. Même du très bon! Surtout quand on a les oreilles qui ont tendance à siffler.

    Secrètement:

    Bien que j’ai une préférence pour la Nubienne.

    C’est très difficile voire impossible d’être impartial dans la vie, Sainte Trinité!

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  • La Nubienne (23, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgLe temps passe. Certaines journées et soirées sont uniques, les autres se ressemblent ou nous paraissent se ressembler comme deux gouttes de sueur ou plutôt comme les gouttelettes d’eau au plafond d’une caverne. Auxquelles seul un spéléologue prête attention.

    - La vie est une salade russe, faite de joies multiples, de tristesses diverses, de gros mensonges et de petites vérités, que nous sommes obligé d’avaler, fredonnait ma bonne soudanaise le jour de sa misérable paie.

    Je la vois encore, notre gentille soubrette, devant moi en train de laver le parterre à quatre pattes et forcément le cul en l’air.

    Quel monument! Quel mausolée chargé de visiteurs égarés, de naufragés et de loups solitaires! Quelle bombe à retardement!

    - Je suis à vous, à toi mais avant tout à moi-même! me répétait-elle souvent en caressant mes cheveux dorés.

    Comme j’aimais ses tendres caresses et sa peau si douce! Je nageais et je planais en plein dans la béatitude.

    Néfertiti me fait souvent penser à elle. Par la noirceur de son épiderme et à la morphologie de son corps.

    Les Nubiennes étaient les plus belles femmes du monde. Et les mères les plus sublimes de tous les temps. Le lait qui coulait de leurs seins était plus pur que la plus sainte des eaux bénites. Et c’est sans doute grâce à cela que les dieux et les déesses des terres arides permirent à ces êtres exceptionnels d’engendrer ensemble la première civilisation...

    Bref, bref et bref!

    Cessons de nous propulser dans des sphères hors de la raison et revenons au fait!

    Au fait? Quel fait? Ils sont si nombreux.

    Je suis fait. Pris au piège. Comme un rat gourmand et pantouflard. Attiré par l’éclair au chocolat et le chou à la crème à la fois. Néfertiti et Harriet. Black and White. Accro à la diversité. A l’alcool, au sexe et aux technologies nouvelles.

    Hier, j’étais, comme tous les cocus des anciennes sociétés idéalistes rangées par le mensonge, à cheval entre la faucille et le marteau, aujourd’hui, je partage ma vie entre l’ordinateur et le smartphone. Quand je ne suis pas collé aux fesses de mes deux concubines, bien entendu.

    En somme, je me comporte comme n’importe quel imbécile du postpostmordernisme.

    Hier aussi, dans l’autobus ou le métro, je lisais tranquillement un bouquin, aujourd’hui, je m’excite sur mon portable cherchant désespérément le renouveau.

    Mais au fond, rien n’a vraiment changé. Le policier a remplacé son képi par une casquette américanisée, moins débile peut-être, mais la matraque est toujours là. Le politique se gargarise tout autant. Et le peuple continue de payer les pots cassés et les pot-de-vins de l’élu incompétent et corrompu. La démocratie est plus que jamais branlante. A se demander s’il ne serait pas plus intelligent et nécessaire pour la survie de l’humanité d’avoir à la tête de tous les états des reines qui ont des couilles que des présidents qui n’en ont point.

    Néfertiti serait parfaite dans le rôle de monarque. D’une Candace, nouvelle version!

    Chut! Elle s’approche de moi. Elle a sûrement l’intention de me révéler ou de me soumettre quelque chose...

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  • La Nubienne (22, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel*.jpgCes deux guenons seraient-elles en train de me jeter des cacahouètes au visage? je cogite. Pourquoi suis-je entré dans leur cage?

    - Pour qui me prenez-vous? je riposte suite à sa réplique vaseuse et à mon hallucination.

    Néfer réagit aussitôt:

    - Ma sœurette est une farouche partisane du libre arbitre. Si elle a choisi la sociologie, ce n’est pas pour des prunes...

    - C’est ta sœur maintenant? Quelle complicité! je taquine.

    - Parfaitement! C’est mon acolyte petite sœur... non de sang mais par d’adoption, m’explique-t-elle en souriant à Harriet.

    - Parents... blancs ou noirs?

    - Tu as déjà vu une blanche ou une blanc élevé par des noirs?

    - Jamais mais ça doit existe, non?

    - Si mais pas ici. La population ne comprendrait pas. Le Nègre est toujours considéré comme un larbin, jamais comme un maitre. Pourtant... pourtant...

    - Pourtant?

    - La civilisation vient d’Afrique et particulièrement de Nubie. Et des femmes de surcroît... Tu ne me crois pas?

    - ...

    - Les candaces, ça te stimule les méninges ou pas, fils d’égyptologue?

    - Les Reines noires qui ont régné durant sept siècles...

    - Ton père ne doit être pareil à ses vieux confrères pour t’avoir raconté ça.

    - Je ne comprends pas.

    - Macho!

    - Je ne comprends toujours pas.

    - Ils ont préféré minimiser cette période héroïque de l’histoire et axer leurs recherches sur l’Égypte des pharaons blancs. De parfaits racistes-misogynes ces historiens des époques napoléoniennes et coloniales! Par les temps qui courent, les féministes les brûleraient tout nus et vivants, ces grands connards. Et je ferais volontiers partie du peloton d’exécution...

    - Comme quoi l’histoire est sujette à caution!

    - Et si on changeait de disque? propose Harriet... Qu’importe tes bonnes ou mauvaises racines, Ramsès, nous t’aimons tel que tu es... N’est-ce pas, Néfer? Ce jeune homme pourrait vivre une expérience unique dans son genre avec nous. Qu’en penses-tu?

    - Dieu créa l’homme, l’homme la guerre et la femme la civilisation! s’exclame la Nubienne...

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  • La Nubienne (21, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- A qui ou à quoi penses-tu? me demande Néfer, en tartinant un toast.

    Si les yeux sont le miroir de l’âme, les miens sont des panneaux lumineux, je conclus.

    - A qui ou à quoi penses-tu? répète-t-elle... Tu ne cesses pas de voyager dans le temps, n’est-ce pas?

    - C’est vrai, je confirme... Mais je ne suis pas un cas unique.

    - Oh, que si! Dans ton style...

    - Mais on se connaît à peine.

    - C’est faux!... A vrai dire, toi tu me connais à peine, ou pas du tout, mais moi je te connais à fond. Pardon, presque à fond...

    - Comment ça?

    - Grâce à tout ce que tu as gravé contre les parois de ta grotte.

    - Ma grotte? Quelles parois?

    - Facebook, Twitter et tous les autres réseaux sociaux que tu as contaminés par tes paraphrases insensées.

    - Insensés est de trop.

    - Je te l’accorde... En crachant sur la toile tes jugements sur tout et sur rien, tu as dévoilé ta vraie identité. Cogito ergo sum!

    - Et si ce n’étaient que des mensonges?

    - Seul les états mentent pas les particuliers.

    - Serais-tu naïve?

    - Quand ils mentent à Pâques, ils se confessent à Noël. Je parle des individus...

    Intervient Harriet:

    - C’est pourquoi, de nos jours, il est très dangereux de donner son nom au premier venu... Quelques tapes sur le clavier de mon portable et hop me voilà au courant de la taille du soutien-gorge de ta petite amie ou de ton zizi...

    - C’est n’importe quoi! je m’apprête à m’énerver. Et toi alors? Tu m’as bien donné le tien...

    - Calmos amigos! Sans doute.

    - Non, c’est certain Miss Anderson!

    - Oui mais moi je ne m’expose pas jour et nuit aux yeux grand ouverts et aux oreilles tendus du FBI, de la CIA, du Mossad et de tous leurs faux copains...

    - Jamais?

    - Jamais!

    - Aurais-je tort?

    - Pas de réponse.

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  • La Nubienne (20, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpg- Diane debout! me hurle une voix aux oreilles.

    Je me crois au service militaire. Je bondis donc de mon lit et je me mets automatiquement au garde-à-vous, en chancelant.

    Mais en face moi, ce n’est pas la gueule enfarinée de mon sergent-major, bien que c’est le seul gradé de l’armée que trouvais sympathique, mais les bouilles endimanchées d’ Harriet et de Néfertiti.

    - A vos ordres Black and White! je nasille, évidemment à moitié endormi.

    - Tu es pardonné d’avance car c’est le jour du seigneur, me dit la Nubienne.

    Je secoue la tête.

    - Quel con! Quelle horreur! je m’exclame.

    - Brave petit soldat n’aime pas la journée des patates au beurre, il préfère celles sans, ironise sa coloc.

    - A condition que le commandant de la compagnie ne soit pas végane, j’ajoute.

    - C’est bon, le parachutiste a atterri, allons préparer le petit déj' à Pharaon, dit Néfer à Harriet.

    Vite fait sur le gaz, tout est parfait lorsqu’on maîtrise la situation.

    Une belle femme qui ne pense qu’à cuisiner n’attire que les gourmands. Pas de place pour les obsédés!

    Elles sont faites pour le mariage ces deux-là, me dis-je en déjeunant avec ces surprenantes demoiselles.

    Et, bizarrement, comme souvent, j’entends mon grand-père se plaindre à ma grand-mère:

    - Tout était plus simple lorsque nous étions étudiants. Pas de chichi, de compromis ni de confession entre nous. Nous étions libres, entiers, sveltes et beaux. Rien nous semblait interdit. Tout était à nous. Pas de barrières ni de pancartes. Aujourd’hui, c’est tout le contraire...

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  • La Nubienne (19, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgEt, comme un caniche assoiffé jusqu’aux entrailles, je suis Harriet.

    Forcément, mon regard se porte sur son derrière.

    C’est un beau cul mais légèrement moins volumineux que celui de Néfertiti, me dis-je. Quelle stupide comparaison! Pas nécessairement. Qui pèse ou mesure s’apprête à une vente ou à un achat. Finalement, l’autre n’est souvent qu’une vulgaire marchandise au commencement d’une relation.

    Tout en nous désaltérant, nous nous asseyons à table.

    - Alors, elles sont comment? me demande la belle Scandinave, en posant brusquement son verre. Ta respiration a trahi tes secrètes pensées...

    - Elles... quoi... comment... de qui veux-tu que l’on cause? je baragouine, sachant pourtant de quoi il s’agit.

    - Mais de mes fesses, camarade!

    - ...

    - Poire, pomme ou pastèque?

    - Poire, pomme ou...

    - La forme!

    - La forme?

    - Elles ressemblent à quoi les ailes de mon pétard?

    - Serais-tu en détresse par manque de sexe?... Passons à quelque chose de plus constructif, s’il te plaît...

    - Et toi serais-tu de la jaquette?

    - Ma parole, c’est une obsession chez toi! Je croyais que les filles ne pensaient toujours à ça. En tout cas, moins que les garçons...

    - Tu n’as pas répondu à ma question.

    - Non, je ne fais pas partie de la catégorie de ces gens-là. J’aime trop les femmes pour ça. A la limite de la folie, parfois.

    - Alors?

    - Alors quoi?

    - Qu'est-ce que tu attends pour me sauter dessus?

    - Non merci, je ne suis pas tenté par ce type d'exercice.

    - Pourquoi, tu me trouves moche?

    - Loin de là mais j’ai mes raisons.

    - Peut-on en débattre? Ouvertement, honnêtement?

    - Sur le champ? Maintenant et ici?

    - Pourquoi, il te faudrait une estrade, un auditoire et des caméras?

    Je souris.

    - Enfin, une lueur de sincérité, me dit-elle en se levant.

    Elle pose son verre dans l’évier et, comme si de rien n’était, elle retourne se coucher...

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  • La Nubienne (18, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgMais à cet instant sublime de pure introspection, la lumière s’allume.

    Évidemment, je bondis presque au plafond et, instinctivement, je me retourne afin de protéger mes arrières. Au sens propre comme au figuré, si cela vous permet de mieux comprendre ma terrible anxiété.

    Et qui vois-je à ma plus grande stupéfaction?

    Harriet en habit d’Ève, les poings sur les hanches et les yeux d’une rondeur quasi diabolique.

    - Mais que... qu’avez-vous toutes... à vous foutre à poil... devant moi? je lui demande, les lèvres tremblantes et le cœur battant la chamade.

    - Je suis chez moi, bordel! me répond-t-elle, en colère je suppose... Et toi, langé d’un boxer ridicule, ça t’arrive souvent de danser comme une sauterelle avant de pisser?

    - J’ai surtout soif.

    - Alors cesse de gesticuler comme un tapette!

    - Papette toi-même! Veux-tu que je te montre si j’en suis une?...

    - Essaie donc!

    - Vraiment?

    - Si seulement!... Mais non, c’était pour rire, nigaud! Viens, suis-moi à la cuisine, une fontaine nous attend...

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  • La Nubienne (17, à suivre)

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    La Nubienne, Hank Vogel.jpgJe me lève au ralenti, j’enjambe prudemment le corps de Néfertiti, jambes et bras écartés, et, sur la pointe des pieds, je pars à la recherche de la cuisine ou des latrines.

    J’ai la trouille. De la demi obscurité, des ombres, des fantômes, de tout et de rien.

    J’ai vraiment le trouillomètre à zéro.

    J’avance à petits pas.

    Je frisonne, je tremblote, je palpite, je vibre, je tremble comme jamais dans ma vie.

    Peur égale pensée égale peur, me dis-je pour me rassurer.

    Que dalle! Aucun effet. Quand le monstre ne cesse de s’infiltrer dans nos entrailles, il est très difficile de le déloger.

    Que faire alors?

    - Pète un bon coup! me conseillerait ma bonne soudanaise. L’odeur de ta merde te replongera dans la réalité.

    - Je veux bien mais je ne peux pas, je lui répondrais.

    - Pourquoi?

    - Question d’éducation.

    - Quelle éducation?

    - On ne vesse pas chez les autres... surtout dans un corridor. Du moins, pour le respect du lieu d’accueil.

    Elle rirait aux éclats en m’interrogeant:

    - Crois-tu vraiment que le Président des États-Unies n’a jamais loufé dans le Cross Hall?

    - Où ça?

    - A la Maison-Blanche, inculte!... Hein?

    Mais à cet instant sublime de pure introspection, la lumière s’allume.

    Évidemment, je bondis presque au plafond et, instinctivement, je me retourne afin de protéger mes arrières. Au sens propre comme au figuré, si cela vous permet de mieux comprendre ma terrible anxiété.

    Et qui vois-je à ma plus grande stupéfaction?...

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