Les nouvelles vacances (6, à suivre)

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 Les nouvelles vacances.jpgLa femme
 - Quelles vacances?

 L’homme
 - Tu as déjà oublié que nous sommes en vacances?

 La femme
 - C’est vrai, je ne sais plus où j’en suis, trop de nouvelles arrivent au même moment... Remets la machine en route! Je préfère l’immobilité de nos images de vacances à l’instabilité de nos pensées.

 L’homme relance la projection...

 La femme
 - Mais... mais... c’est une femme à poil!

 L’homme
 - Une femme à poil?

 La femme
 - Oui, une femme nue des pieds à la tête.

 L’homme
 - Je ne la vois pas.

 La femme
 - Pourtant, elle est visible à l’œil nu.

 L’homme
 - Pas pour moi.

 La femme
 - Comment est-ce possible que tu ne puisses pas voir une chose pareille?

 L’homme
 - Je ne vois que ce qui existe.

 La femme
 - Quand l’as-tu prise... cette photographie?

 L’homme
 - Sans doute lors de nos premières vacances, il y a vingt ans... Mais où  vois-tu cette femme à poil? Côté mer ou côté dunes?

 La femme
 - Elle est debout, côté mer.

 L’homme
 - Moi, je vois un homme assis, côté dunes.

 La femme
 - Nu?

 L’homme
 - Difficile à dire, il est assis.

 La femme
 - Moi, je ne le vois pas... Mais comment est-ce possible que tu puisses voir une chose pareille?

 L’homme
 - Je vois ce que je ressens.

 La femme
 - Il ne faut pas confondre photographie d’amateur et peinture de maître.

 L’homme
 - N’oublie pas que je suis l’auteur de cette œuvre photographique.

 La femme
 - Tu n’es qu’un amateur dans ce domaine.

 L’homme
 - Qu’est-ce qui te fait dire ça?

 La femme
 - L’incertitude existentielle de tes personnages.

 L’homme
 - Ce n’est de ma faute si tu n’as pas de bonnes lunettes.

 La femme
 - Mes lunettes, c’est toi qui me les a achetées.

 L’homme
 - Moi?

 La femme
 - Oui, toi, mon amour.

 L’homme
 - Je suis désolé, ma chérie, la lunetterie médicale n’est pas mon rayon.

 La femme
 - Comment ce n’est pas ton rayon?

 L’homme
 - Non, ce n’est mon rayon. Mon rayon est celui des lunettes de soleil, des parasols et des linges de bain.

 La femme
 - Depuis quand?

 L’homme
 - Mais depuis toujours! Depuis que le boucher vend ces articles.

 La femme
 - Tu as raison, mon amour. Comme j’ai la mémoire courte!

 L’homme
 - Tu devrais te mettre à écrire, toi aussi.

 La femme
 - Tu veux rire?

 L’homme
 - Pas du tout, je suis très sérieux. L’écriture ouvre les portes de la mémoire comme le yoga ouvre les fenêtres de la béatitude...

Lien permanent 2 commentaires

Commentaires

  • Je vous remercie Cher Monsieur Vogel la dernière phrase m'a fait sourire car il est vrai que l'écriture surtout avec l'écran permet à de nombreux souvenirs de remonter du passé mais concernant les béatitudes là j'ai quelques doutes me concernant en tous cas
    Très belle fin de soirée pour Vous Cher Monsieur

  • Bonne nuit, chère Lovejoie.

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